mercredi 30 mai 2012

Les pyramides et moi



Oh là là ! Quel titre prétentieux ! Provocation oblige... Mais je n’en ai pas d’autres actuellement sous la main.
Une précision tout d’abord : quand j’écris “moi”, j’aurais dû dire “Pyramidales”. Avouons que la nuance est subtile, car si je suis bien l’initiateur, l’auteur en quelque sorte, de ce blog, son contenu n’a en réalité aucune teneur personnelle. Il n’a de valeur que par l’inventaire, aussi exhaustif et objectif que possible, des théories exposées.

Venons-en au fait !
Certains auteurs desdites théories, auxquels j’ai ouvert les portes de Pyramidales, n’ont pas manqué de me demander, parfois avec insistance, ce que “je” pensais de leur approche du “mystère” des techniques mises en œuvre par les bâtisseurs égyptiens pour l’édification de leurs pyramides.
Par quelle outrecuidance me serais-je autorisé à émettre le moindre avis, et a fortiori le moindre jugement de valeur, moi qui ne suis qu’un “ouvreur de guillemets”, non un architecte, ni un ingénieur, ni un technicien des matériaux, ni un constructeur, même si l’univers des bâtisseurs a amplement occupé ma vie professionnelle de journaliste ?
J’ai déjà, de-ci de-là dans le parcours de ce blog, esquissé cette même réponse. Hormis le cas de regrettables dérapages d’écriture, ou celui d’une concordance quasi unanime dans l’analyse de telle ou telle théorie jugée irrecevable d’un point de vue rationnel, je n’ai jamais répondu à la question-piège de mon jugement personnel ou de mes éventuelles préférences.
Sortir de cette ligne éditoriale aurait entraîné une perte de crédibilité, voire aurait neutralisé toute raison d’être de Pyramidales.

De la "sympathie" ou, pour le moins, du "respect", je pense en avoir pour tous les auteurs qui y ont été cités, plus ou moins longuement. Dans la mesure où quelqu'un consacre une grande partie de son temps, de son énergie, de sa réflexion, de ses capacités intellectuelles à tenter de comprendre, tout seul dans son coin ou avec des moyens techniques plus ou moins importants, comment ces obsédantes pyramides égyptiennes ont été construites, une telle démarche intellectuelle est, à mes yeux, infiniment respectable... quel que puisse être mon avis personnel.

Quant aux excès de langage ou aux propos aigres-doux de certains auteurs, étrangement mis en situation défensive ou offensive, qui ont accompagné parfois leurs démonstrations, hypothèses ou contradictions, il m’a bien fallu les constater, parfois les citer. Avec un peu de recul, j’y vois des “non-sens”. J’ai tenté en tout cas de ne pas les considérer comme l’essentiel de leurs propos.

Où est la "vraie" vérité sur la manière dont ont été construites les pyramides ? Qui le sait ?

Je rêve du jour où les auteurs "sérieux" pourraient s'asseoir à la même table, pour échanger librement, objectivement, sans a priori systématiques, leurs différents points de vue, aussi divers et contrastés soient-ils, sans agressivité, sans commencer par démolir ce que les autres ont essayé de construire en toute bonne foi. Mais on peut toujours rêver... car ce jour, selon toute vraisemblance, n'est pas sur le point d'arriver.
Dommage ! J'ai toujours pensé que la vraie démarche intellectuelle est nourrie, certes de convictions et de points de vue contradictoires, mais également et peut-être d'abord d'humilité.
Il y aurait beaucoup à redire sur le “Cogito ergo sum” du philosophe...
Simple point de vue. Entièrement personnel, cette fois-ci.
M.C.

dimanche 20 mai 2012

Buste de Ankh Haef

Photo Marc Chartier

Une récente visite au Museum of Fine Arts de Boston (USA) m'a permis d'y photographier le buste de Ankh Haef : voir les deux clichés ci-dessus et ci-dessous.
Voici comment ce chef-d’œuvre est décrit par le Bulletin du Musée (vol. XLI, n° 246, décembre 1943) :
Photo Marc Chartier

"The most convincing example of individualized portraiture in the Pyramid Age is the painted lime- stoneand plaster bust of Ankh-haef (...). This unique masterpiece is remarkable for several reasons. The subject was of the highest rank, had the largest tomb in the royal family cemetery at Giza, and the inscriptions on it tell us that he was the “eldest son of the king’s body” (probably Cheops, builder of the Great Pyramid), and that he held the highest administrative offices in the kingdom, those of Vizier and “Overseer of All Works of the King.” It is clear that he was an important member of the immediate royal circle with the best sculptors of the court at his command. The bust is exceptional both in form and material. It is neither a “reserve head” nor was it ever part of a complete statue, and we know of no other busts in the round like it. The technique also is unusual, for the figure is carved out of fine white limestone and completely covered with a layer of plaster of Paris in which the finer modelling of the surfaces has been executed. This was doubtless done while the plaster coating was still wet, and the whole figure was then painted with the brick-red color normally used to represent the flesh of men. This red color was even laid over the closely cropped hair, a quite abnormal pro- cedure, and only the eyes appear to have been white with dark pupils. But what is most note-worthy about this unique head is its utter lack of convention and the startling realism of its modelling. The magnificent shoulders, neck, and skull reflect keen observation of nature and a thorough grasp of the structure beneath the surface. The realistic rendering of the rather small eyes is in marked contrast to normal Egyptian practice, and the careful modelling of the face, the muscles round the mouth, and the pouches under the eyes give evidence of minute observation of the living model. In the writer‘s view the bust of Ankh-haef is the supreme example of realistic portraiture which has survived from ancient Egypt, alike for its freedom from con- vention and for its perfection of execution"


jeudi 10 mai 2012

Quand la 3D redonne vie au plateau de Guizeh

Dans une surprenante symbiose du réel et du virtuel, les espaces archéologiques majeurs du plateau de Guizeh peuvent désormais être visités ou redécouverts avec l'outil de la 3D interactive et "immersive", grâce à une superbe réalisation dont les techniciens de Dassault Systèmes, passés maîtres en la matière, ont le secret.
Pyramidales s'est déjà fait l'écho de cette technique appliquée à l'égyptologie, dans la mise en images des deux versions successives et complémentaires de la reconstitution du chantier de construction de la pyramide de Khéops, telle qu'élaborée par l'architecte français Jean-Pierre Houdin.
Cette fois-ci, le partenaire de Dassault Systèmes est une entité de l'Université de Harvard [Massachusetts - USA] : The Giza Archives Project, dirigé par Peter Der Manuelian, titulaire de la chaire d'égyptologie Philipp J. King de cette université. 
Cette nouvelle réalisation a été élaborée dans le but d'exploiter, à des fins pédagogiques et scientifiques, un exceptionnel fonds d'archives archéologiques, dont le Museum of Fine Arts de Boston est dépositaire et qui provient d’expéditions menées en Égypte par l’Université de Harvard et le Museum of Fine Arts (MFA) de Boston au cours de la première moitié du vingtième siècle. Les archives se composent de notes, de relevés topographiques, de photos, de dessins de tombes et de monuments, ainsi que de carnets de notes rédigés par l'égyptologue George Reisner (1867-1942), père de l'archéologie scientifique moderne.
"Cet environnement virtuel, reconnaît Peter Der Manuelian, offre une approche exceptionnelle pour découvrir la civilisation égyptienne. Grâce à ce projet, mes étudiants et collègues peuvent  visualiser les données de Guizeh et les intégrer dans la salle de classe en utilisant une méthode jusqu’alors inédite."
Peter Der Manuelian et son team ont déjà, à des fins de conservation et de divulgation auprès du grand public, numérisé une importante quantité des documents dont le Museum of Fine Arts est dépositaire. Le site internet Giza Archives permet ainsi, dans sa version de base, de consulter documents et photos, notamment ceux dont nous sommes redevables à George Reisner.


Une transposition en 3D, étonnamment réaliste
Une étape supplémentaire vient d'être franchie et officiellement révélée lors d'une présentation qui s'est déroulée à Boston le 8 mai dernier, au Museum of Fine Arts.
Elle repose sur la "virtu-réalité", sur une transposition en 3D, étonnamment "réaliste", de documents photographiques et de relevés topographiques et archéologiques réalisés sur quelques sites du plateau de Guizeh. Un tel "plus" de l'image tridimensionnelle "interactive" et "immersive" représente d'ores et déjà un atout pédagogique inestimable pour le professeur Der Manuelian. "Interactive" et "immersive" : autrement dit, l'image dynamique vous "plonge" dans une réalité archéologique mise à portée de main, qui obéit au moindre mouvement de la "souris" de votre ordinateur.
"Ce projet aide les étudiants à évoluer d’un environnement où le professeur se contente de diriger le processus pédagogique, vers un environnement où ils sont immergés dans le sujet du cours et dirigent eux-mêmes le dialogue et les discussions", ajoute John Shaw, directeur du département des Sciences de la Terre et des Planètes à l’Université de Harvard. 
"Jusqu’à présent, explique Mehdi Tayoubi, vice-Président en charge de la stratégie digitale et de  Dassault Systèmes, ces outils de réalité virtuelle étaient essentiellement réservés aux clients professionnels qui les utilisaient dans un contexte industriel. Notre objectif est de mettre ces technologies au service de l’enseignement en permettant d’accéder à des expériences immersives et interactives dont nous espérons qu’elles enrichiront l’éducation et la recherche."
La technologie 3D ”bouleverse durablement la façon dont l’Égypte ancienne, et tout site historique d’une manière générale, peut être présentée aux élèves et aux étudiants”, estime Lawrence Berman, conservateur des antiquités égyptiennes au Museum of Fine Arts de Boston. “La puissance de la 3D, ajoute-t-il, permet de découvrir et d’explorer le plateau de Guizeh tel qu’il était au temps des anciens Égyptiens, ce qui est tout simplement impossible à faire aujourd’hui avec les objets qu’abritent les musées du monde entier. Les ravages de l’érosion, les pillages et l’extension de la cité du Caire ont à jamais modifié l’aspect originel de ce plateau.”


Giza 3D répond aux attentes de publics très divers
De l'enseignement universitaire à l'écran d'ordinateur domestique, ce qui est dénommé "Giza 3D" s'adresse non seulement aux égyptologues aguerris ou en formation, mais également à tout un chacun, via internet. Une telle "astuce", à n'en pas douter, fera date dans l'histoire des connaissances en égyptologie.
Rituel de l'ouverture de la bouche
Faites-en l'expérience en suivant le lien mentionné ci-dessous ! Vous constaterez combien l'outil mis [gratuitement] à votre disposition est surprenant et ludique... ce qui allie l'agrément de la visite, au rythme et selon le trajet qui sont les vôtres, à l'émerveillement de la découverte. Vous vous retrouvez, comme par un enchantement dû aux "magiciens" de Dassault Systèmes, au cœur même du temple bas de la pyramide de Mykérinos. Vous assistez, privilège insigne, à la cérémonie de l' "ouverture de la bouche", instant rituel précédant le transport de la momie royale vers son ultime demeure.
Outre une visite guidée des monuments choisis, cette nouvelle expérience 3D multi-supports permet aux "visiteurs" de déambuler à volonté au milieu de la nécropole de Guizeh. La visite est complétée par l'incrustation d'images contemporaines et anciennes, ainsi que par la représentation des trente premiers objets découverts au début du vingtième siècle, méticuleusement reconstitués en 3D. Le site permet également d’accéder à des photos, carnets de fouille, cartes et autres articles collectés tout au long d’un siècle d’expéditions, illustrant ainsi une expérience éducative des plus riches.
Giza 3D répond ainsi aux attentes de publics très divers : le grand public, qui  y trouvera un moyen simple et convivial d’accéder aux meilleures sources d’information aujourd’hui disponibles relatives au plateau de Guizeh ; les professeurs et étudiants, qui bénéficieront d’un support innovant pour l’enseignement des connaissances en égyptologie ; les chercheurs, qui prendront appui sur les apports du virtuel pour “valider” certains acquis de leurs découvertes archéologiques ; les musées, qui pourront habiller leurs expositions de dispositifs muséographiques innovants, tels que tables tactiles, casques immersifs, TV 3D, etc.  


Une collaboration qui ne fait que commencer
Giza 3D n’a pu voir le jour que grâce à la rencontre de la technique et du savoir. Un tel projet est le fruit d’une réelle, d’une déjà longue complicité au sein de laquelle la passion pour l’égyptologie a été et demeure l’élément fédérateur.
Détente et concertation : Mehdi Tayoubi (à g.), Peter Der Manuelian
Cela apparaît évident à l’observateur dès lors qu’il approche Peter Der Manuelian et son équipe de chercheurs : ces passionnés d’Égypte ont le savoir à la fois discret et rayonnant, souriant et exigeant, porté par une compétence ne faisant aucune concession à l’improvisation. Cela s’applique également à toute la sympathique équipe de Dassault Systèmes, autour de Mehdi Tayoubi. Ces techniciens de la chose informatique, appliquée à des secteurs très complexes, ont attrapé eux aussi le virus de l’égyptologie, en refaisant tout le parcours des bâtisseurs d’une certaine Grande Pyramide, sous la guidance de ce grand admirateur d’Ankh-Haef qu’est Jean-Pierre Houdin.
La présentation officielle de Giza 3D n’est qu’un début, dans la mesure où seuls n’ont été exploités, pour la réalisation de cette première mouture, que 10 % du fonds documentaire du Museum of Fine Arts, confié à la gestion de Giza Archives.
En d'autres termes, il faut nous attendre à d’autres surprises, dont certaines, ai-je pu comprendre, risquent d’être de la plus grande importance dans la compréhension du plateau de Guizeh.
Nous ne demandons qu’à voir... en 3D, évidemment !

Giza 3D :  www.3ds.com/giza3D  

 

vendredi 4 mai 2012

Construction de la pyramide de Khéops : le "système de la pyramide interne", selon Marco Virginio Fiorini

arco Virginio Fiorini a déjà été présenté dans Pyramidales. Un chapitre du livre récent de cet architecte italien (Nel cantiere della Grande Piramide, Ananke, 2012, 184 pag.) a en effet été publié en exclusivité ici, avant même la parution de l’ouvrage.
En préambule à l’exposé de sa théorie sur la construction de la pyramide de Khéops, et parfois au détour de certains développements, l’auteur affirme son intention de se démarquer des multiples autres théories ou conjectures élaborées autour d’une énigme qui ne cesse de hanter la réflexion ou l’imaginaire de l’homme : comment “questi diavoli di Egizi” (ces diables d’Égyptiens) ont-ils procédé pour ériger la Grande Pyramide de Guizeh, cette merveille de pierre qui défie les siècles ?

Marco Virginio Fiorini ne se prive pas de faire état de sa “fierté”, au cours de sa démonstration qui sera résumée ci-dessous : Eh bien ! Je suis vraiment très fier d’avoir réussi à réaliser ce que d’autres considéraient comme impossible” - p. 101). Il considère son approche de professionnel de chantier comme beaucoup plus plausible que les considérations “littéraires” ou “vagues théories académiques”, aux résultats contestables, de nombreux chercheurs ou prétendus tels. Il modère toutefois sa satisfaction en modulant son propos d’une autre manière :”Mon propos n’était pas de trouver la “vraie” solution utilisée par les Égyptiens, mais seulement une méthode constructive “vraisemblable” me permettant d’être en mesure de reconstruire aujourd’hui une pyramide identique à celle de Khéops, mais avec les techniques d’alors.” (p. 11)
Avant de nous introduire sur le chantier de (re)construction de la Grande Pyramide et de nous guider pas à pas dans cette reconstitution, à l’aide notamment de très nombreux et très explicites schémas (qui facilitent la compréhension de l’ouvrage, même aux non-connaisseurs de la langue italienne), l’auteur rappelle des données de base indispensables à la perception de l’ampleur de la réalisation technique : emplacement de la pyramide (pourquoi le plateau de Guizeh ?), sa description extérieure et intérieure, les matériaux utilisés, période et durée de la construction, historique des découvertes du monument, les moyens à la disposition des ouvriers bâtisseurs, les modes de transport des matériaux...
Un détail : à la question “Pourquoi la Grande Pyramide a-t-elle été construite ?”, M. V. Fiorini répond que diverses hypothèses ont été émises, dont celle - à laquelle il donne plus particulièrement crédit - de Kurt Mendelssohn, à savoir une explication “sociale” : donner de l’occupation au peuple égyptien avec une réalisation dont il pourrait ensuite s’enorgueillir !


Le “troisième niveau”
Avant le démarrage proprement dit du chantier, notre “directeur des travaux” se livre à un état des lieux particulièrement évocateur, notamment par l’analyse des courbes de niveau sur le plateau de Guizeh. Il fait siennes, en tout premier lieu, les observations de l’Italien Diego Baratono concernant un “troisième niveau” (“terzo livello”), à la cote +110 m, soit 50 m plus élevé que le niveau de la base de la Grande Pyramide (+ 60 m). Voir note dans Pyramidales.
Les matériaux extraits d’une carrière située sur ce “troisième niveau” pourront ainsi être transportés jusqu’au chantier de la Grande Pyramide, par une rampe “descendante” dont l’inclinaison variera en fonction de l’élévation du monument, pour légèrement et progressivement remonter en phase finale de son utilisation, lorsque la pyramide aura atteint 60 m de hauteur (correspondant à 78 % de son volume total).
Cette première rampe sera utilisée également, en fin de trajet, pour les monolithes de granit destinés à la Chambre du Roi, provenant d’Assouan, transportés d’abord par bateau, puis remontés des rives du Nil jusqu’au “troisième niveau” via une rampe à très large courbe pour négocier une pente de 3% au maximum.

La troisième rampe, reliant le Nil au "3e niveau"
Pour terminer ce chapitre des rampes, V. M. Fiorini en propose une troisième qui nous introduit au coeur de sa théorie : une rampe enveloppante, en spirale, intégrée - et destinée à rester ainsi - dans la masse même de la pyramide en construction. Cette pyramide prend son départ dans l’angle S.-E. de la pyramide.


La pyramide “interne”

L’auteur développe alors très abondamment ce qu’il considère comme l’originalité de son “Projet Guizeh” : la "pyramide interne" peut, et elle seule, expliquer le "tracé volumétrique" ayant permis aux constructeurs égyptiens de réaliser une élévation correcte de la Grande Pyramide. Elle est la phase préalable indispensable à la construction d’une pyramide finale (“externe”) aux lignes parfaites. À son sommet, à 138 m de  hauteur, correspondant approximativement au sommet actuel dégradé de la pyramide, soit quelque 9 m plus bas que le sommet de la pyramide “externe” terminée, sera implantée une structure en bois - une sorte de hampe géante - destinée, entre autres utilisations, à la fixation des cordes qui serviront ultérieurement à délimiter les inclinaisons des arêtes et façades de la “peau” de la pyramide “externe” (le “tracé volumétrique”).
Hormis évidemment les matériaux parfaitement travaillés destinés à la construction des espaces aménagés (couloirs, chambres, Grande Galerie), les blocs intégrés dans la pyramide “interne” ne font pas l’objet d’un soin particulier et les interstices sont bouchés avec du mortier (tel celui décrit par Davidovits).
Le volume global de la pyramide “interne” représente 90 % du volume de la pyramide finale. Ses façades sont bien entendu parallèles à la “peau” de cette pyramide “externe”, avec un intervalle de 3 m.
La rampe en spirale, d’une largeur de 3 m, est construite au fur et à mesure que s’élève la pyramide “interne” : elle en fait parte intégrante, bien que non utilisée pour la première phase du chantier (seule est alors en service la rampe extérieure “descendante”). Elle entrera en fonction à partir de 60 m, utilisée pour le transport des matériaux (dont beaucoup provenant de la rampe droite “descendante”, démontée car devenue inutile) et les déplacements des ouvriers, jusqu’à la hauteur finale de la pyramide “interne” (138 m).
Parvenue à cette hauteur, la première phase du chantier est terminée. Flanquée de sa rampe enveloppante, abritant divers espaces fonctionnels (couloirs, chambres...), la pyramide “interne” va alors trouver l’utilité finale pour laquelle elle a été construite, à savoir servir d’appui et de repère pour la pyramide avec son revêtement ultime, sans oublier le pyramidion chapeautant ce sublime et pharaonique édifice.
Avant d’examiner la seconde phase du chantier, il nous faut relever quelques observations (ou non-observations) de l’auteur. Celui-ci survole très rapidement, au risque de passer carrément outre, la construction et les fonctions des Chambres de la Reine et du Roi, de la Grande Galerie (deux pages seulement de l’ouvrage), de la chambre des herses, des canaux “de ventilation”. Il est évident que son attention est portée ailleurs, son expérience d’homme de chantier l’amenant à s’intéresser plus aux techniques pures et dures de la construction qu’aux caractéristiques fonctionnelles ou rituelles, voire symboliques, des organes de la pyramide.


La pyramide “externe”
La construction de la “peau” de la pyramide définitive commence par la mise en place d’un socle très résistant tout autour de l’édifice, sur lequel prendront appui les premiers blocs de façade, en pierre de Tourah. Ces blocs, ainsi que ceux des rangées suivantes de chaque façade, seront mis en place en partant des deux angles de la façade pour se rejoindre à l’apothème. L’alignement, dans le sens de l’inclinaison de la façade, sera respecté à l’aide des cordages reliant la superstructure en bois (hampe) au niveau le plus bas de la pyramide.

Entre les beaux blocs de revêtement et la façade de la pyramide “interne” (intervalle de 3 m) sont installés de simples matériaux de remplissage, ne faisant pas l’objet d’un façonnage particulier.
Le transport de ces matériaux et des blocs est effectué sur traîneaux, via la rampe enveloppante en spirale. Aux angles, un espace a été aménagé pour permettre la manoeuvre et le changement de direction.


Au fur et à mesure de l’élévation de la pyramide “externe”, la rampe est recouverte avec des blocs respectant l’inclinaison de la pyramide (“blocchi a contrasto”), reposant sur un support vertical (“pietritto”). Elle est ainsi transformée en tunnel.


Le sommet de la pyramide


À la hauteur de 138 m, correspondant au sommet de la pyramide “interne”, complétée maintenant par le revêtement de la pyramide “externe” et le remplissage intermédiaire, un autre chantier commence, très technique.
La rampe en spirale, devenue un tunnel, va encore être utilisée pour le transport des matériaux, mais elle débouche sur un cul-de-sac.
L’”hypothèse” de l’auteur est désormais la suivante : les constructeurs égyptiens changent de registre pour un autre type de structure. Ils bâtissent, entre la cote 138 m et la cote 143,67 m (correspondant à la base du futur pyramidion), autour de la structure en bois déjà en place (la hampe repère), une pièce avec élévation en encorbellements (du type Grande Galerie). Avantages principaux de cette construction en creux : économie de matériaux et de temps, utilisation de matériaux moins volumineux.
Les murs extérieurs de la pièce correspondent à la surface finale de la pyramide. Y seront accolés, à titre provisoire, des éléments d’échafaudage (bois pour la surface portante et bronze pour l’ancrage), servant à la mise en place des blocs de Tourah ainsi qu’à l’installation à venir du pyramidion.


Le pyramidion
Nous voici parvenus, au sommet de la pièce coiffant la pyramide, à la cote 143,67 m. Un socle, d’une épaisseur de 1,46 m, est aménagé pour accueillir le pyramidion, celui-ci étant également creux (bloc évidé) pour une diminution de poids (1.200 kg, au lieu de 6.400 kg pour un bloc équivalent plein).


Cette pièce ultime du gigantesque puzzle est transportée sur un traîneau hissé sur une façade lisse de la pyramide par des ouvriers en poste sur l’échafaudage provisoire, côté façade opposée. Leurs efforts sont complétés et assurés à l’aide d’un treuil fabriqué, à l’intérieur de la chambre à encorbellements, avec le bois de la structure-hampe devenue inutile. Par souci de sécurité, le pyramidion est clipsé, à l’aide de tenons, dans son socle de pierre. Le traîneau en bois sur lequel reposait le pyramidion au cours de son transport est soit détruit sur place en menus morceaux, soit brûlé.
Il ne reste plus alors aux ouvriers qu’à démonter, à reculons, l’échafaudage provisoire et à sortir de la pyramide par la rampe-tunnel, à nettoyer les abords du chantier... et à admirer leur chef-d’oeuvre !


Vers une suite ?
Ce survol du livre de Marco Virginio Fiorini, vu la complexité technique de maints développements de l’auteur, est inévitablement trop succinct et partiel. Un tel ouvrage technique, sans aucune concession aux fioritures inutiles, ne se résume pas.
J’ai tenté néanmoins d’en relever les articulations principales traduisant ce que M. V. Fiorini pense être son apport personnel à l’interprétation du “mode opératoire” de la construction de la plus majestueuse des pyramides égyptiennes.
Les égyptologues aguerris et autres passionnés éclairés du savoir-faire des bâtisseurs égyptiens apprécieront et ne manqueront pas de se forger leur propre évaluation, eu égard à la très longue histoire des théories ou conjectures relatives aux techniques appliquées sur le chantier de Guizeh (sans oublier les autres pyramides égyptiennes, également porteuses de précieux indices sur la construction “à l’égyptienne”).
J’ai par ailleurs souligné certains “blancs” dans les développements de M. V. Fiorini. L’une des explications tient aux restrictions imposées par l’éditeur de l’ouvrage qui ne souhaitait pas publier un manuel par trop technique des méthodes de construction mises en oeuvre par les anciens Égyptiens.
Je crois savoir que l’architecte-auteur est quelque peu frustré par ces contraintes, d’autant que cet “homme de chantier” est avant tout un passionné de son métier et, par-delà les siècles, du savoir-faire qui a donné naissance aux plus belles structures de pierre que l’histoire ait pu connaître.
Cela signifie-t-il qu’une autre ouvrage suivra celui présenté ici ? Si c’est le cas, l’auteur, j’en suis convaincu, nous donnera sa lecture de la Grande Galerie, des Chambres du Roi et de la Reine, des conduits de ventilation, de l’agencement pour le moins complexe des superstructures de la Chambre du Roi, etc., entre autres éléments de la Grande Pyramide non abordés ici.

Un mot personnel enfin : j’ai évidemment remarqué que Pyramidales a fait l’objet d’une “mention très honorable” dans l’ouvrage. Que Marco Virginio Fiorini en soit cordialement remercié.

Toutes les illustrations sont en copyright Marco Virginio Fiorini

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Participation de Marco Virginio Fiorini à une émission de la RAI (voir la 3e partie).
Cliquer sur l'illustration ci-dessous