mercredi 3 octobre 2012

Élévation d'une des grandes Pyramides d'Égypte, par Étienne Gravier marquis d'Ortières



Peu de renseignements sur cet illustrateur du XVIIe siècle, si ce n'est qu'il avait été mandaté par Louis XIV pour se rendre dans l'Empire Ottoman afin d'y effectuer des relevés et recueillir des informations, le souverain français nourrissant sur cet empire des "ambitions plus qu'imaginaires". (*)

Date d'édition de cette gravure : 1685-1687

Commentaire : "Appartient à : Estat des places que les princes mahométans possèdent sur les costes de la mer Méditerranée et dont les plans ont esté levez par ordre du Roy a la faveur de la visitte des Eschelles du Levant, que Sa Majesté a fait faire les années 1685, 1686 et 1687 avec les proiets pour y faire descente et s'en rendre maistres."


Noter l'emplacement de l'encoche sur l'une des arêtes de la pyramide (à l'évidence : celle de  Khéops).

Source : Gallica

(*) "Si l’on connaît la qualité et l’étendue des relations diplomatiques nouées par le Roi Soleil avec son homologue pour l’Orient à Istanbul – relations relativement opposées à celles qu’il entretenait avec l’Empereur d’Autriche –, on ignore bien souvent que Louis XIV nourrissait des ambitions plus qu’imaginaires à l’égard de la capitale ottomane et des territoires sur lesquels celle-ci imposait sa domination. Quelques années avant le second siège, infructueux, des Ottomans devant Vienne (1683), l’idée se faisait jour dans l’esprit du roi d’une conquête d’Istanbul, précédée d’une mainmise sur ce que l’on considérait, encore à cette époque, comme le grenier à blé de l’empire du Sultan, l’Égypte.
De tous ces projets ambitieux, dont on trouve l’écho dans des récits de voyage et autres rapports officiels ou officieux depuis le Bas Moyen Âge, aucun ne se concrétisa autant dans les faits que celui qui aboutit à l’envoi, en 1685, d’un grand commis qui, sous couvert d’une mission commerciale, était chargé de collecter des informations de tout type sur l’état de l’Empire ottoman. Étienne Gravier – tel était son nom –, marquis d’Ortières, était accompagné d’officiers ingénieurs (Plantier, les frères de Combes) qui n’avaient d’autre rôle que de dresser, le plus fidèlement possible, des tracés, des plans et des élévations des places fortes qui se trouvaient sur la route de l’ancienne Constantinople et dont il fallait s’assurer la conquête en cas de coup de force. Mission hautement secrète s’il en fut, qui devint vite un secret de Polichinelle, les autorités ottomanes ayant rapidement remarqué les étranges simagrées auxquelles se livraient les ingénieurs pour mener leurs enquêtes de terrain. Si le projet qui alimentait cette mission de renseignements resta une chimère, au même titre que tous ceux qui l’avaient précédé, le roi de France étant trop préoccupé par les destinées de l’Europe et la place qu’il souhaitait y prendre, il eut le mérite d’assurer la conservation de données fondamentales qui permettent non seulement d’enrichir l’analyse de l’histoire politique à l’époque considérée, mais surtout de fournir des matériaux inédits aux spécialistes de l’histoire ottomane étant donné la précision des relevés et autres dessins qui ont été produits dans ce cadre. Le résultat tangible est en effet conservé dans plusieurs institutions françaises : les Archives de la Marine, le Service historique de la Marine (Vincennes) et la Bibliothèque nationale de France (départements des manuscrits français et des cartes et plans)."

(Bilici Faruk, "Louis XIV et son projet de conquête d’Istanbul", Ankara, Imprimerie de la Société d’histoire turque (Publications de la Société d’histoire turque, xi. série, nº 11), 2004, XVII-369 p.)

Détails de l'illustration ci-dessus




Du même auteur : "Coupe de la pyramide qui fait voir la disposition du dedans, et du tombeau de porphir marqué et pratiqué dans une chambre de porphir avec le chemin qui y conduit". Source : Gallica