jeudi 28 février 2013

“Quelques voyageurs prétendent qu'on pourrait bien compter jusqu'à mille pyramides” (relation du géographe Henri Descombes - XVIIIe s. - à propos de l’Égypte)

Dans le volume 3 de sa Géographie universelle (1790), explorant l’Asie et l’Afrique, Henri Descombes consacre plusieurs pages aux pyramides égyptiennes.
Première impression : la description proposée par l’auteur est pour le moins sommaire, inspirée par diverses sources qui ne sont citées que très vaguement, voire même, plus globalement, passées sous silence. D’où de regrettables généralités, qui se donnent pourtant un vernis scientifique, avec la seule mention de quelques chiffres.
À l’évidence, l’auteur n’a jamais approché, de près ou de loin, les pyramides. Sa compilation, à caractère encyclopédique, se contente de banalités lues maintes fois dans d’autres ouvrages. Pire, elle repose, au moins en partie, sur des erreurs, sans doute héritées d’auteurs qui, eux non plus, n’avaient jamais vu de leurs yeux les pyramides de Guizeh ou Saqqarah.
L’égyptologie, la vraie, la scientifique, aura décidément fort à faire pour enrayer la divulgation de pseudo-vérités utilisées, des siècles durant, pour conter l’histoire des plus prestigieuses constructions du génie égyptien.



Aquarelle de Spyridon Scarvelli (1868-1942)
“À 3 ou 4 lieues O., ou S.O., du Caire, de l'autre côté du Nil, sont 4 des fameuses pyramides, qu'on regarde comme les plus énormes restes d'antiquité qu'il y ait sur la terre, et qui étaient une des 7 merveilles du Monde, la seule qui subsiste encore.
On estime qu'elles ont été bâties environ 15 siècles avant notre ère. Elles sont toutes à quatre faces. Les quatre dont il s'agit ici sont dans une vaste plaine sablonneuse et tout-à-fait aride, à la distance d'environ 2 cents pas les unes des autres. Il y en a 2 qui sont peu de chose ; mais les 2 autres sont des masses prodigieuses, à peu près d'égale grandeur.
La plus grande a 704 pieds de base, à chacune de ses 4 faces. Sa hauteur perpendiculaire, hors des sables, est de 616, ou 624 pieds. On a lieu de croire que les sables, qui sont amoncelés à la base, en cachent une grande partie ; car ils forment, autour, une espèce de colline. Toutes les pierres qui en composent l'extérieur ont 3 pieds de hauteur, sur 5 ou 6 de largeur ; les côtés sont taillés à angles droits, non selon le talus de la pyramide, de sorte que chaque rang fait une retraite en dedans, et forme, ainsi, autant de degrés qu'il y a de ces rangs, savoir 208.

“On présume qu'il y avait autrefois un colosse”
Le dessus se termine en plate-forme, de 16 à 17 pieds, à chaque face ; cependant, depuis le bas, la pyramide semble finir en pointe. On a, de là, une vue fort étendue et fort agréable sur le Caire et la campagne des environs. On présume qu'il y avait autrefois un colosse sur la plate-forme ; on a même cru y en voir quelques vestiges : ce devait être une addition bien considérable, à la hauteur de la pyramide ; car on ne peut guère supposer moins de cent pieds, à ce colosse, pour qu'il fût proportionné.
On monte au dessus par les degrés que forment les pierres, comme on a dit, par leur retraite, ce qui est assez difficile, fatiguant et dangereux ; car on ne s'élance qu'avec peine d'un rang à l'autre. D'ailleurs, les pierres sont minées, par le temps, en plusieurs endroits. Il ne faut pas moins de 2 heures, à un homme vigoureux, pour arriver au sommet. Ceux à qui la tête tourne facilement ne doivent pas l'entreprendre.
Il y a, au pied de la pyramide, une ouverture qui conduit dans l'intérieur, et à laquelle on arrive à l'aide d'un monceau de sable qui se trouve droit dessous, et qui la bouche quelquefois. Elle a 3 ½ pieds de hauteur, et un peu moins de largeur ; elle continue de même l'espace de 77 pieds, de sorte qu'on n'y peut aller qu'en se courbant. Il faut avoir des flambeaux. Ce passage va en baissant insensiblement ; ensuite on en trouve un autre, d'environ 80 pas, mais qui va un peu en montant. Il est de même largeur que le premier, mais il a si peu de hauteur, surtout au coude, qu'il faut s'y traîner en avançant les bras.
Au bout de cette allée, on en trouve une 3ème, de 162 pieds de longueur, et qui va aussi en montant : elle a 6 ⅓ pieds de largeur, et, de chaque côté, un banc de pierre qui règne tout le long. Les pierres qui composent ce 3e passage sont d'une grosseur prodigieuse, si bien unies qu'on n'en aperçoit pas les jointures, et polies comme une glace ; de sorte qu'il est si glissant qu'on n'y pourrait monter s'il n'y avait, presqu'à chaque pas, des trous faits exprès, pour y mettre les pieds, mais sans ordre ni propreté.

D’autres salles et “une espèce de puits”
La voûte est fort élevée et très magnifique. Au bout de cette allée, on trouve une salle, appelée chambre des sépulcres, au fond de laquelle est un grand sépulcre, de 7 pieds de longueur, 3 de largeur, 3 ½ de hauteur, et 5 pouces d'épaisseur, d'une seule pierre, extraordinairement dure, très bien polie, et qui ressemble à du porphyre, mais rend un son semblable à celui d'une cloche. La salle a de 16 à 20 pieds de largeur, le double de longueur, et 19 pieds de hauteur ; les parois sont incrustées de la même pierre que le sépulcre. Au lieu de voûte, il y a un lambris tout plat, qui n'est composé que de 9 pierres,dont la longueur tient toute la largeur de la chambre.
On trouve, en d'autres endroits de la pyramide, d'autres salles, mais moins grandes, et où l'on arrive par des passages semblables aux précédents. Les unes sont incrustées d'albâtre ; d’autres, de marbre, ou de quelque autre belle pierre, bien polie.
On y trouve aussi une espèce de puits, de 67 toises de profondeur, qui pénètre, par plusieurs détours, dans le roc sur lequel la pyramide est élevée. On est étouffé, dans tous ces endroits, par la quantité de poussière qu'il y a, et par l’air trop renfermé qu'on y respire ; car il n'y a point d'autre ouverture que l'entrée étroite dont on a parlé.
Divers auteurs anciens assurent que 360 mille hommes furent employés, pendant 23 ans consécutifs, à élever cette grande masse.
Quoiqu'on ne voie point d'ouverture, aux autres, apparemment à cause des sables qui se sont amoncelés autour, et qui les auront bouchées, on ne doute point qu'elles n'en aient aussi une, avec une chambre, dans l'intérieur, pour placer les corps de ceux pour qui elles avaient été élevées.
Elles reposent, toutes, sur un roc dur, élevé, mais couvert de sables blancs. Les pierres, dont elles sont construites sont un grès très dur, et d'une grosseur si énorme qu'on ne conçoit pas comment on a pu les élever si haut, dans un temps où l'on n'avait pas encore la plupart des machines dont on se sert aujourd'hui.
La 2de pyramide a 631 pieds de base, à chaque face. Elle se termine en pointe si aiguë qu'autant qu'on en peut juger, à l'œil, un homme ne pourrait pas s'y tenir debout. Le côté du Nord est un peu gâté, aussi bien qu'à la grande. Elle paraît, de loin, plus haute que celle-ci parce qu'elle pose sur un sol plus élevé, mais quand on en est près, on trouve le contraire. On ne peut pas y monter, quoique les pierres y soient posées et taillées, comme à l'autre : il paraît qu'elles sont trop gâtées. Les voyageurs qui nous ont donné les mesures de ces masses varient beaucoup sur leur grandeur.
Assez près de ces pyramides, on trouve quelques grottes, qui ont aussi servi, autrefois, à enterrer des morts. Il y en a plusieurs qui sont creusées dans un rocher, en assez mauvais ordre en dehors, mais fort régulières en dedans. Elles ont, toutes, un puits carré, aussi taillé dans le roc, où l'on mettait les corps.

“Un buste colossal taillé dans le roc”
À quelque distance de la plus grande pyramide, à l'E., est un buste colossal, taillé dans le roc, qui représente la tête et la gorge d'une femme ; mais les sables amoncelés le cachent, à présent, jusqu'au col. On l'appelle le sphinx. On soupçonne que tout le reste du corps, qui devait être celui d'un lion, selon la manière dont on représentait les sphinx, animaux imaginaires, était, de même, taillé dans le roc ; mais qu'il est enseveli sous le sable, comme une partie du buste. Ce qu'on en voit encore est une masse énorme, où les proportions ont été bien observées. La tête, seule, a 26 pieds de haut. Au-dessus est un trou, par où un homme peut descendre, par dedans, jusqu'à la poitrine. (...)
On voit encore (...) tout auprès (de Memphis), 15 pyramides, éloignées de quelque mille pas, les unes des autres , et dont on remarque 3, qui font fort grandes et fort bien conservées. Elles ont, toutes, du côté du N., comme la grande dont on a parlé, une ouverture, par où l'on arrive dans une chambre. La plus éloignée de Sakara qui est une des plus grandes, s'appelle Rodope. Elle a 643 pieds de base, à chaque face ; elle se termine en une plate-forme qui n'est pas unie, les pierres y étant posées sans aucun ordre, ce qui fait croire qu'elle n'a pas été finie. Cependant, on la croit beaucoup plus ancienne que les autres, parce que les pierres en sont entièrement usées, et s'en vont comme en poudre. Quelques voyageurs prétendent qu'on pourrait bien compter jusqu'à mille pyramides, dans ces déserts, tant grandes que petites , mais le temps les a presque entièrement ruinées, de sorte que la plupart ne sont que des monceaux difformes. On a lieu de croire que toutes ces masses avaient été construites avec la pierre que l'on tirait des souterrains dont on vient de parler, et que l'on arrangeait ainsi, sans beaucoup de façon.”
Source : Google livres