jeudi 18 avril 2013

"Khéops, Khephren et les autres, faut-il raser les pyramides d’Egypte?"

Une émission de France Culture (Le Salon Noir), présentée par Vincent Charpentier.
Invité : Jean-Pierre Adam.



mercredi 10 avril 2013

« La photographie joue un rôle essentiel dans l'étude du plateau de Guizeh » (Rus Gant)


L'interview que l'on lira ci-dessous est au confluent de plusieurs rencontres.
Tout est parti d'une fructueuse collaboration entre les techniciens de Dassault Systèmes et une entité de l'Université de Harvard, The Giza Archives Project, dirigé par Peter Der Manuelian, pour la reconstitutionen 3D du Plateau de Guizeh et l'exploitation de cette technologie à des fins d'enseignement.
Rus Gant est l'un des artisans du Giza Archives Project, en tant que « technology consultant » et « virtual reality designer ».
Keith Payne, webmaster du blog EmHotep, et moi-même avons eu l'opportunité, en mai 2012, d'assister à Boston à la première de Giza 3D. A cette occasion, nous avons pu faire la connaissance de Rus Gant et, déjà, d'esquisser l'interview ci-après. Celle-ci a été finalisée et réalisée récemment par Keith, qui a eu l'amitié de m'y associer virtuellement.
On pourra lire l'interview dans sa version originale ICI.
La traduction en français a été réalisée par Estelle Dennery, de Dassault Systèmes. Je lui renouvelle mon merci le plus cordial pour cette précieuse collaboration.
M.C.

Em Hotep/Pyramidales : Giza 3D est le fruit de la rencontre entre des temps très reculés et la technologie de pointe. Ce que l’on appelle l’« archéologie par satellite » est certainement l’une des plus manières les plus intéressantes d’utiliser la technologie moderne. Quelle est l’importance de cette imagerie satellite dans le projet Giza 3D ?
Rus Gant
Rus Gant : Afin de réaliser notre modèle, nous avons besoin des meilleures photographies aériennes et satellite existantes. Nous avons accès à une très riche collection de photographies satellite de la NASA et provenant d’autres sources, comme ce satellite allemand capable de fournir des vues stéréoscopiques d’ensemble à 50 cm de résolution.

Em Hotep/Pyramidales : Votre imagerie satellite est donc meilleure que celle de Google Earth ?

Rus Gant : Oui, bien meilleure. La résolution est largement supérieure et qui plus est, disponible dans différentes longueurs d’onde – infrarouge, lumière invisible, tout un domaine qui n’est pas accessible avec Google Earth. Outre la photographie satellite, nous avons des photos aériennes et notre base de données de cartes SIG réunissant plus de cent cartes historiques de Gizeh. Et c’est donc à l’aide de toutes ces ressources que nous construisons notre modèle. 



Em Hotep/Pyramidales : En cette ère de la photographie satellite, quelle est l’importance de la photographie aérienne dans la construction de Giza 3D et dans l’étude du plateau de Gizeh en général ?

Rus Gant : La photographie aérienne joue un rôle tout-à-fait essentiel car elle est maintenant utilisée depuis plus d’un siècle. De fait, nous recevons tous les deux ou trois ans une nouvelle photographie aérienne qui nous permet d’observer les fouilles, de voir le plateau changer : les routes apparaissent et disparaissent, et le plateau évolue au fil du temps. La photographie aérienne est vraiment une ressource extraordinaire.

Em Hotep/Pyramidales : Les photographies aériennes tant anciennes que nouvelles sont donc utiles ?

Rus Gant : Tout-à-fait. Nous avons même des photos prises depuis le dirigeable allemand Graf Zeppelin, qui a fait le voyage jusqu’aux pyramides en 1931. Nous possédons des clichés provenant de deux albums réalisés par des passagers qui ont pris des photos tandis que le dirigeable tournait autour des pyramides. Du fait de leur faible résolution, elles ne sont bien sûr pas aussi utiles que d’autres photographies aériennes, dont les meilleures demeurent les prises de vue militaires. Nous utilisons des photos de la RAF, de la Luftwaffe, de l’American Air Force et de l’armée de l’air égyptienne. Pendant la Première Guerre Mondiale, les militaires possédaient d’ailleurs les meilleurs appareils photo, de très grands formats permettant d’obtenir une résolution optimale.

Em Hotep/Pyramidales : Pour vous, quelles sont les parties les plus intéressantes de Giza 3D ?

Rus Gant : La zone de peuplement autour du temple de la vallée de Mykérinos est pour moi l’un des secteurs les plus intéressants, et ce à plusieurs titres. On y trouve notamment certaines des représentations les plus précises de la vie quotidienne dans l'Égypte antique au temps des pyramides.

Em Hotep/Pyramidales : On ne pense généralement pas aux environs d’un temple comme à une zone de peuplement. Comment se fait-il qu’on trouve d’aussi bonnes représentations du quotidien dans le temple de la vallée de Mykérinos ?

George Reisner
Rus Gant : Pendant la majeure partie de son histoire, les prêtres qui étaient affectés à ce temple avaient leurs quartiers d’habitation dans la cour, qui était donc une sorte de dortoir sommaire pour prêtres. Lorsque George Reisner a découvert le temple de la vallée, celui-ci avait quasiment toujours été enterré, si bien que la zone de peuplement n’avait pas été érodée. En dehors du village des constructeurs que Mark Lehner est en train de fouiller et de documenter, la zone de peuplement du temple de la vallée de Mykérinos constitue l’un des meilleurs témoignages d’architecture et offre certaines des informations les plus complètes que nous puissions avoir sur Gizeh. En fait, à certains égards, elle est même mieux préservée que le village de Mark. Et à mesure que Mark reprend les fouilles, il redécouvre les zones du site que Reisner avait naturellement ré-enterrées.
Dans un passage de ses notes, Reisner explique qu’ils ont réenfoui la zone afin de protéger les vestiges du monument et parce que 100 ans plus tard, les techniques de fouilles seraient plus au point, et que l’on y reviendrait. Il avait vu juste : Reisner a terminé ses fouilles en avril 1910, et l’équipe de Mark Lehner y est revenue exactement 100 ans plus tard, en 2010. Lorsque Mark fermera le chantier, il sera prévu qu’une équipe y revienne 100 ans plus tard.

Le Zeppelin survolant les pyramides


Em Hotep/Pyramidales : Le réenfouissement fait-il partie de l’héritage de Reisner ? N’est-ce pas une pratique courante aujourd’hui ?

Rus Gant : Absolument, le remblaiement est un mécanisme de sauvegarde, tout particulièrement utile lorsque nous avons affaire à une architecture de brique en terre crue, et pour tous les matériaux susceptibles de s’éroder, qui sont ainsi protégés contre les éléments. Par ailleurs, il est désormais courant de réserver de 10 à 40 % d’un site en vue de futures fouilles. La norme consiste de plus en plus à ne pas fouiller l’intégralité d’un site et à la place, à prélever des échantillons, trouver les éléments spécifiques que l’on recherche, puis laisser de grandes zones intactes pour les archéologues qui nous succèderont. En ce sens, Reisner était donc plutôt en avance sur son temps avec sa méthodologie – pas seulement par ses techniques d’enregistrement, mais aussi de par sa clairvoyance sur la préservation du site pour les générations futures.

Em Hotep/Pyramidales : Peut-on dire que Reisner était en avance sur son temps sur d’autres plans?

Rus Gant : Oui, par son recours à des équipes pluriscientifiques. En réunissant ces différentes disciplines, il a défini un standard qui sera suivi par la suite : un mélange d’égyptologues et de spécialistes – des experts en poterie et en botanique, des architectes, des artistes… Il a été le premier à constituer une grande équipe de ce type. Et c’est aujourd’hui devenu la norme.

Mystérieuse quatrième pyramide


Dans l’ouvrage Miscellaneous Works de John Greaves (1602-1652), cet auteur, traitant des auteurs ou fondateurs des pyramides, cite “four Pyramids of Cheops, Cephren, Mycerinus and Asichys” (texte).
Plusieurs autres auteurs mentionneront également l’existence, sur le plateau de Guizeh, d’une quatrième pyramide, distincte des pyramides mineures que l’on peut encore admirer de nos jours.
Cette pyramide a pu être liée, dans la logique d’une chronologie due à Hérodote, au pharaon Asychis, successeur (fils ?) de Mykérinos.
Mais qu’est-il advenu de ce monument, pour autant qu’il ait existé ? Dans la mesure où il aurait été de moindres dimensions que les trois pyramides majeures du plateau, aurait-il été condamné à devenir la première carrière de pierres de construction pour les bâtisseurs du Caire fatimide ?
Je n’ai évidemment pas la réponse à ces questions. Je me contente donc de reprendre ici quelques extraits de textes déjà répertoriés dans Pyramidales, en souhaitant recevoir les avis éclairés sur ce point d’histoire qui, à mes yeux, reste encore dans le flou le plus total.


La quatrième pyramide est de cent pieds plus basse que la troisième ; elle est de même que les autres, c'est-à-dire point couverte au dehors ; elle est bouchée et n'a point de temple comme la première. On y voit une chose digne de remarque, c'est que son sommet est terminé par une grande pierre qui paraît avoir servi de piédestal. On ne peut pas dire qu'elle soit exactement sur la même ligne que les autres ; car elle est placée un peu plus à l'ouest.
Ces quatre grandes pyramides sont environnées d'autant d'autres plus petites qui ont été ouvertes presque toutes. Il y en a trois à l'est de la première pyramide, mais dont deux sont tellement détruites qu'on ne peut pas en découvrir la chambre. A l'ouest de la même pyramide, il y en avait encore d'autres, mais elles sont toutes démolies.
Vis-à-vis la seconde pyramide, il y en a six qui toutes ont été ouvertes.
” (Frédéric Louis Norden - 1708-1742 -, in Voyage d'Égypte et de Nubie)


Les principales pyramides sont à l'est-sud-est de Gizé, village situé sur la rive occidentale du Nil. Plusieurs auteurs ayant prétendu que la ville de Memphis avait été bâtie dans cet endroit, cela est cause qu'elles sont communément appelées pyramides de Memphis.
Il y en a quatre qui méritent toute l'attention des curieux. On en voit sept à huit autres, aux environs, mais elles ne sont rien en comparaison des premières, surtout depuis qu'elles ont été ouvertes, et peu s'en faut, entièrement ruinées. Les quatre principales sont presque sur une même ligne diagonale, et distantes l'une de l'autre d'environ quatre cents pas. Leurs quatre faces répondent aux quatre points cardinaux, le nord, le sud, l'est et l'ouest.
Les deux pyramides septentrionales sont les plus grandes, et ont 900 pieds de hauteur perpendiculaire. Les deux autres sont bien moindres ; mais elles offrent quelques particularités qui sont cause qu'on les examine et qu'on les admire.
” (Pierre François Henry - 1759-1833 -, in Route de l'Inde, ou Description géographique de l'Égypte, la Syrie, l'Arabie, la Perse et l'Inde, 1798)

La troisième pyramide qu'on attribue à Mycerinus, est beaucoup moins grande que les précédentes, mais elle les surpassait de beaucoup en beauté, ayant été toute revêtue en beau marbre de la Thébaïde, arraché par les Arabes afin d'orner d'autres édifices." (Adriano Balbi - XVIIIe-XIXe s.-, in Atlas ethnographique du globe et un Abrégé de Géographie, 1832)

Nous avons vu que la Grande Pyramide, ainsi que les deuxième, troisième et quatrième, avait entre autres destinations, celle de servir de point de repère chronologique pour fixer tout à la fois la date de l'avènement de son fondateur et l'époque précise de sa construction, et que Souphis Ier qui l'érigea, étant monté sur le trône 808 ans après l'avènement de Ménès, on avait formé la hauteur verticale de la pyramide par la superposition de 202 degrés ou assises, pour fixer ainsi le quart de la hauteur chronologique de Souphis Ier, de sorte qu'en multipliant les 202 assises par 4, on obtenait 808, représentant la date précise de l'avènement de ce roi qui l'avait construite.” (A. Dufeu, in Découverte de l'âge et de la véritable destination des quatre pyramides de Gizeh, principalement de la Grande Pyramide, 1873)

Les pyramides sont à 1 lieue ½ (6 kilomètres) du village de Djeesa, dont elles portent le nom. La route qui y conduit passe dans un pays fertile jusqu'auprès du désert, sur l'extrême bord duquel elles sont situées. Elles sont au nombre de quatre, savoir : celle de Chéops, la plus grande, de Céphrènes, de Mycerinus et de Philista. (...)
La pyramide de Philista, ou la quatrième grande pyramide : elle est située à peu près sur la même ligne que les autres, mais un peu plus à l'ouest. Elle est de 100 pieds (33 mètres) plus petite que la troisième pyramide ; mais elle est pareillement sans revêtement. Le sommet se termine par une seule pierre d'une grande dimension qui paraît avoir servi comme de piédestal. Ni cette pyramide ni celle de Mycérinus n'ont encore été explorées par des voyageurs modernes, quoiqu'il soit plus que probable qu'elles ont été l'une et l'autre ouvertes par les Sarrasins.
” (le Guide en Orient : itinéraire scientifique, artistique et pittoresque, de Richard et Quétin, édité en 1851)

King Moeris seems to have been the first to erect buildings in pyramidal form ; for on digging the lake which is called after his name, he built some large structures of this kind in the very middle of it. Much later, about 1000 B.C, Cheops built the largest pyramid near Memphis, the present Gizeh ; the second was built by his brother Chephrenes ; the third by Mycerinus, son of Cheops; and Asychis, his successor, erected the fourth. These, together with three smaller pyramids dedicated to the queens of the above mentioned kings, and to the daughter of Cheops, are known as the group of Gizeh.” (Johann Georg Heck - ? - 1857 -, in The art of building in ancient and modern times ; or architecture illustrated, édité en 1856)

Les pyramides ont été revêtues d'un parement en pierres taillées, polies et agencées avec art ; le témoignage des anciens est unanime sur ce point. Celui de la première et de la deuxième était un calcaire blanc et compact des carrières de Toûra. Hérodote dit que la troisième avait un magnifique revêtement en pierre d'Éthiopie (granit rose) ; ce revêtement existait encore au temps d'Abd-al-Latif et au commencement du quinzième siècle. Le colonel Vyse a découvert, sous les décombres au pied de cette pyramide, des blocs de granit rose, dont la forme indique qu'ils ont dû servir à ce parement. Elle était l'ouvrage et le tombeau du roi Mencherès, ou plutôt Menkaré, dont les Grecs avaient fait Mycerinus ; c'était la plus élégante des trois grandes pyramides. La deuxième a conservé la partie de son revêtement qui est vers la cime. Celui de la quatrième présentait, dit-on, de riches sculptures et des inscriptions hiéroglyphiques dont la copie eût exigé 10.000 pages.” (Jacques-Joseph Champollion-Figeac - 1778-1867 -, in Égypte ancienne, publié en 1839)

Point de vue contradictoire

Ces pyramides (de Guizeh) sont au nombre de trois ; c'est une chose que tout le monde sait. L'on ne peut donc attribuer qu'à une distraction l'erreur commise par M. Ader, dans sa relation de la campagne d’Égypte, quand il avance qu'il y en a quatre. M. Goupil-Fesquet parle aussi d'une quatrième pyramide ayant cent pieds de moins que les autres et terminée par une plate-forme. Il ajoute que : la tête du fameux sphinx élève un front mutilé à trente pieds environ au-dessus du sol, non loin de Cephrennes (deuxième pyramide) en descendant imperceptiblement vers l'Ouest. Ce sont là des erreurs matérielles difficiles à expliquer en présence du grand nombre d'ouvrages qui contiennent une description exacte, et surtout difficiles à comprendre de la part d'un voyageur qui a vu, dessiné ou daguerréotypé les objets.” (Henri Joseph Gisquet - 1792-1866 -, in L'Égypte, les Turcs et les Arabes, tome 2, 1848)








lundi 1 avril 2013

“La fin pour laquelle les pyramides ont été élevées est encore un objet de dispute entre les savants” (Mr. de Mauve - XVIIIe s.)


Comme de nombreuses publications à caractère encyclopédique, le Journal britannique (1750-1757) se satisfait de généralités en matière d’égyptologie.

Le  volume de cette publication, paru en septembre et octobre 1757, sous la responsabilité éditoriale de Mr. de Mauve, comporte ainsi une présentation du Voyage d’Egypte et de Nubie de Norden, qui, même complétée par quelques observations de Peter Templeman (1711-1769), secrétaire de la Royal Society for the Encouragement of Arts, Manufactures and Commerce, se limite au strict minimum.




“Notre auteur, avant de quitter Le Caire et ses environs, parle de plusieurs monuments qui méritent certainement l’attention de ceux qui voyagent en Egypte. Les monuments dont il veut parler sont les pyramides quon a mises dans les premiers temps au nombre des sept merveilles du monde, et qu’on admire encore aujourd’hui. On ne trouve ces beaux monuments que dans l’Egypte. Il est vrai qu’on en voit un à Rome, qu’on appelle la pyramide de Cestius, et dont le père Montfauçon a donné la description dans ses Antiquités. Mais cette pyramide n’est qu’une imitation de celles de l’Egypte, dont la moindre surpasse de beaucoup  en beauté et en grandeur celle de Rome.
Ces monuments ne se trouvent qu’entre Le Caire et Meidoum. Quelques auteurs ont avancé qu’il y en avait dans toute la Haute-Egypte, mais ils ont été trompés par de faux Mémoires, ou ils l’ont avancé par une espèce de vaine gloire, pour faire accroire au public qu’ils avaient parcouru ce pays, quoiqu’ils n’y aient jamais mis le pied.
Les pyramides sont construites sur les rochers ou au pied des montagnes qui séparent l’Egypte de la Libye. Elles ont été toutes bâties dans la même vue, c’est-à-dire pour servir de sépulture ; mais leur architecture est très différente : les unes sont plus grandes, les autres plus matérielles et distribuées d’une façon toute différente. Elles sont toutes ou presque toutes endommagées.
Toutes ces pyramides n’ont pas été élevées dans le même temps ; mais il est probable qu’elles sont précédé les hiéroglyphes.
Les principales se trouvent à l’Est-Sud-Est de Guizeh, village situé sur le bord occidental du Nil. Des auteurs ont prétendu que la ville de Memphis était bâtie dans cet endroit, et que c’était pour cette raison qu’on les appelait les pyramides de Memphis.
On a beaucoup disputé sur l’origine des pyramides et sur le nom de ceux qui les ont fait construire. C‘est ce qui a engagé le Docteur Templeman à faire quelques remarques sur la Pyramidographie de Mr Jean Greaves, ancien professeur d’astronomie à Oxford. Il prétend que Mr. Norden s’est trompé lorsqu’il a cité la pyramide bâtie par Kheops pour celle qui était toute de pierres selon Hérodote. La pyramide de brique fut bâtie par Asychis : on avait gravé sur une pierre une inscription remarquable, dont voici le sens : “Que personne ne me méprise jusqu’au point de me comparer avec les pyramides de pierres. Je l’emporte autant sur elles que Jupiter sur les autres dieux. On a ramassé le limon qui était au fond d’un lac, dont on a fait de la brique ; et c’est de cette brique que j’ai été faite.”
Quant à l’origine des pyramides, il passe sous silence les conjectures qui ont été faites sur ce point, ajoutant qu’il les croit beaucoup plus anciennes que la plupart des auteurs ne les font. Premièrement, il regarde comme une chose certaine que les pyramides existaient longtemps avant les hiéroglyphes.
La principale raison sur laquelle il se fonde, c’est qu’on n’a jamais trouvé de figure hiéroglyphique dans aucune pyramide : cette preuve lui paraît d’autant plus convaincante que les Égyptiens faisaient graver ces caractères, dès qu’ils furent connus, sur tous les monuments qu’ils faisaient bâtir. Il conclut de là que les pyramides existaient avant que Memphis fût bâtie, parce que ces caractères étaient en usage avant l’existence de cette fameuse ville ; car on s’en servait dès le temps de la fondation de Thèbes, bâtie avant Memphis.
La fin pour laquelle les pyramides ont été élevées est encore un objet de dispute entre les savants. Sans entrer dans la discussion des différents systèmes, nous conviendrons avec Mr. Greaves que la religion égyptienne fut la principale cause de la construction de ces monuments ; mais nous remarquerons en même temps avec Mr. Templeman que l’ambition des Grands y contribua beaucoup.
Comme les lois que nous nous sommes prescrites ne nous permettent pas de nous étendre autant que nous le souhaiterions, nous sommes obligés d’omettre plusieurs remarques curieuses sur les pyramides, afin de dire quelque chose sur les obélisques.”

Source : Gallica