vendredi 20 octobre 2017

Documentaire

Les pyramides de Guizeh dans les années 1920 (documentaire muet)
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A silent black & white film sequence of the pyramids and Sphinx at Giza, Egypt from award-winning amateur filmmaker John V. Hansen's travel footage, c. 1926-1930.

jeudi 5 octobre 2017

Les outils utilisés pour la construction de la Grande Pyramide (la théorie de Jean Kuzniar)


Après la création d'un site internet, puis la diffusion d'une vidéo (voir ci-après), Jean Kuzniar vient d'éditer un ouvrage (*) dans lequel il expose sa théorie sur la construction de la pyramide de Khéops, qu'il présente comme une "solution inédite".
Cette "solution" repose sur une analyse détaillée des outils utilisés par les anciens bâtisseurs égyptiens : berceaux-oscillants, pierres de pivotement, chaises de stockage, billots, leviers, rouleaux, etc., qui "permettent enfin de résoudre un grand nombre d'énigmes".
L'auteur a reproduit à l'échelle ces outils et les a manipulés avec des blocs de béton pesant entre 1,3 et 6 tonnes, pour étayer et valider sa démonstration.

"On pourra accepter ou contester la suite des analyses de l'auteur concernant les modes d'acheminement des blocs et les étapes de construction de la grande pyramide, écrit Bernard Mathieu, dans la préface de l'ouvrage. Dans ce domaine, dès que le raisonnement ne prend plus appui sur l'observation d'artefacts révélés par l'archéologie, la part de supposition s'accroît, et le doute peut légitimement s'installer. Jamais, pourtant, Jean Kuzniar ne perd de vue l'exigence de faisabilité de ses reconstitutions et le souci de pragmatisme qu'avaient nécessairement les maîtres d'oeuvre égyptiens. Jean Kuzniar n'est pas un pyramidologue de plus. Il est un investigateur consciencieux, qui offre à l'égyptologue comme au grand public, méthodiquement, le fruit de ses connaissances techniques et de son expérience d'artisan. Le processus d'édification de la grande pyramide est loin d'être totalement élucidé, du fait de notre ignorance de ce que recèle un monument trop bien conservé. Aujourd'hui pourtant, grâce à la démarche factuelle, pragmatique et expérimentale de Jean Kuzniar, on peut considérer que cette lacune s'est notablement réduite.

Plutôt que de tenter de résumer un ouvrage où chaque outil et son utilisation sont présentés de manière concise et abondamment illustrée, nous relayons ici la vidéo réalisée par Jean Kuzniar : elle est préférable à toute tentative de résumé forcément réductrice.


(*) La pyramide de Khéops - Une solution de construction inédite, éditions du Rocher, 2017, 118 pages

mardi 26 septembre 2017

Quand la presse s'en mêle...

La presse, ces temps-ci, nous inonde de titres tous plus ronflants les uns que les autres : "Archaeologists Think They Know How The Pyramids In Egypt Were Built" ; "Le mystère des pyramides de Gizeh enfin résolu" (avec quand même un ?) ; "Plus aucun mystère autour de la construction des pyramides égyptiennes" ; "Le mystère des pyramides de Gizeh enfin percé" ; "Mystery of how the Great Pyramid was built has finally been solved"...
Les développements de ces titres sont, il est vrai, plus modestes. Ils sont inspirés par un documentaire diffusé récemment sur Channel4.

Qu'on se rappelle toutefois que si l'acheminement des blocs de pierre sur le site de Guizeh peut trouver des explications plausibles ou scientifiquement étayées, le chantier de construction n'en est pas pour autant terminé. Il faut encore hisser les blocs jusqu'à leur emplacement définitif, entre autres les monolithes colossaux de la Chambre du Roi. On eût donc apprécié qu'une certaine presse reste plus réaliste dans ses propos, en ne confondant pas le "tout ou partie"... ce qui relève de la plus élémentaire logique.

jeudi 21 septembre 2017

Le "Bottin" de la pyramide


Un article signé J.M., parue dans la revue Images, n°803- 28 janvier 1945


Un jour de 1935, Sa Majesté Farouk 1er, roi d'Egypte, encore Prince du Saïd, ayant fait l'ascension de la Grande Pyramide, fut frappé par l'intérêt documentaire qu'offrent les innombrables inscriptions qui tapissent le sommet du monument, et chargea M. Georges Goyon de les relever.

Avoir tiré de son silence la grande masse muette de la pyramide, tel est le résultat obtenu par un égyptologue français qui, encouragé par le souhait d'un jeune souverain éclairé, régnant sur le trône des Pharaons. dut escalader une centaine de fois le monument millénaire, y passer de longues heures, par le chaud comme par le froid, pour faire le relevé de toutes les inscriptions que les voyageurs y ont gravées, au cours des siècles, sur la plate-forme du sommet, sur les parois, à l'entrée et dans les salles intérieures. 
Pour faire le relevé des graffiti sur la pyramide, M. Georges Goyon
a dû escalader une centaine de fois ce monument.
Il a même passé plusieurs nuits au sommet où une tente avait été dressée pour Iui.
Déjà connu pour sa collaboration aux célèbres fouilles de Tanis, M. Georges Goyon vient donc de fournir en quelque sorte, et selon l'expression de M. Étienne Drioton, directeur général du ServIce des Antiquités, le “Bottin” de ceux qui ont laissé la trace de leur visite à la Grande Pyramide. Malheureusement. les belles pierres en calcaire fin qui recouvraient le gros œuvre ont disparu il y a longtemps, quand elles furent employées à la construction d'une partie du Caire naissant ! Avec elles, de précieux graffiti, depuis l'époque pharaonique jusqu'à la venue des Turcs au XVe siècle, ont fini sous le pic des maçons qui construisirent la Citadelle, El Ghuria et le Khan-Khalil.
Mais comme de juste, la plus ancienne inscription, celle de Chéops, le pharaon constructeur de la pyramide, est restée : elle a été découverte, sens dessus-dessous sur un bloc demeuré enfoui, par M. Georges Goyon, et elle aurait fait sensation aujourd'hui, si, il y a déjà cent ans, on n'avait découvert les seules inscriptions au nom de Chéops dans les chambres de décharge.

Parmi quelques noms grecs de l'antiquité, difficiles à identifier, il y a encore ceux d'un poète chypriote et d'une femme appelée Thémito qui nous sont restés. Et l'unique inscription arabe, antérieure à l'aspect actuel de la pyramide dépouillée de son revêtement, est celle de l'auteur arabe Abou-Masher Jafar dont le nom est demeuré avec un autre des rares blocs qui recouvraient jadis le monument.
C'est donc à partir du XVe siècle que commence le relevé des noms fait par M. Georges Goyon, bien que les noms des sultans mamelouks Aybek et Beibars (1250-1260) et la seule date de 1355 aient été aussi trouvés.
Sur l'arête N.-E., celle par où passent tous ceux qui font l'ascension de la pyramide, à mi-chemin, on peut lire le nom de Bartolomeo Sessa qui semble bien être celui du doyen des voyageurs connus qui ont écrit leur nom sur le plus grand des monuments du monde. Il écrivit en 1481 un ouvrage très rare aujourd'hui sur ses voyages en Orient.
Il y a une abondance de noms d'origine italienne parmi les graffiti de pèlerins et de marchands de cette époque, car les Vénitiens, auxquels le sultan Sélim accorda les premières capitulations en 1517, monopolisèrent le commerce et les voyages au Levant jusqu'à la fin du XVIe siècle. On voit par là combien ces simples graffiti sur la pyramide sont liés à des événements historiques.
Un autre nom connu, portant la date de 1563, est celui du Flamand Mercator, l'un des géographes les plus réputés de son époque. Il publia une Géographie comprenant naturellement la carte de l'Égypte, en 1578. Le Juif portugais Pedro Texeira a laissé aussi une belle inscription datée de 1584. avec son nom francisé : Pierre Texier, .sans doute parce que le Portugal jouissait d'une mauvaise réputation auprès des Ottomans après la découverte de la route du Cap qui avait ruiné le commerce de la mer Rouge. Enfin, en 1586, apparaissent au sommet de la pyramide les premières inscriptions françaises : Le Blanc, nom du voyageur marseillais qui voyagea depuis l'âge de douze ans, et celui de la marquise de Ribier, si évocateur.
En 1638, 1639 et 1641, voici les trois premiers noms anglais : Swanley, Burrough et Smith dont les inscriptions correspondent à l'apparition du commerce anglais en Égypte. Mais il faut attendre l'Expédition d'Égypte (1798- 1801) pour se trouver devant un nombre toujours croissant de graffiti dont le sentimental : O, CharLotte ! d'un maréchal des logis, et le nom de Jomard, le célèbre ingénieur-géographe. membre de l'Institut d'Égypte qui venait à peine d'être créé. Un vers de Delille : “Leur masse indestructible a fatigué le tems” (sic), fut gravé par un soldat de Bonaparte. Le comte de Marcellus, qui, en Grèce, avait découvert deux mois plus tôt la Vénus de Milo, a laissé en 1820 une belle inscription sur la pyramide, ainsi que l'officier polonais Bystrzonowski (prononcez comme ça s'écrit) qui collabora à la réorganisation de l'armée égyptienne de Mohamed-Ali.
Une écriture féminine : Bonhomme, et c'est le nom d'une jolie mercière du Mousky, très admirée par la colonie française du Caire de 1840 : Gérard de Nerval en parla avec enthousiasme dans son Voyage en Orient. Une longue inscription politique : “Que la Constitution demeure autant que les Pyramides”, datée 1844, est du poète grec et patriote émigré. Alexandre Soutzo. Enfin, Ferdinand de Lesseps qui perça le Canal de Suez, le prince di Napoli (l'actuel roi Victor-Emmanuel III), A. France, l'auteur de Thaïs, le prince of Wales (Edouard VIII) entourent de leurs inscriptions le nom de Farouk que Sa Majesté le Roi écrivit au crayon en écriture arabe. (Le tracé fut par la suite entaillé dans la pierre.) Il y a des graffiti non nominatifs sur la pyramide. qui évoquent des pays à l'origine : Ireland, Paris, Italia ; des sympathies politiques : une croix gammée datée de 1934, deux croix de Lorraine datées de 1941 et 1942 ; des professions de foi : “Gloire à Dieu”, “Vive Jésus”, “Vishnu” (divinité hindoue), des inscriptions hébraïques et musulmanes ; et, bien entendu, des cœurs percés ou non d'une flèche, avec des initiales.
Une inscription mutilée: (16) Nivose, N.B., située à mi-chemin de l'arête N.-E. de la pyramide, désigne Napoléon Bonaparte, et a été probablement gravée par Kléber. À noter une autre inscription apocryphe et récente au nom de Bonaparte qui ne fit jamais l'ascension de la pyramide, et des dessins, dont un obscène, et un autre représentant une montgolfière portant le millésime de 1798, ce qui indique qu'elle est l'œuvre de soldats aérostiers de l'Expédition. Le nom de Chateaubriand, gravé par un ami, a disparu : des voyageurs irrespectueux ou ignorants ont souvent effacé d'anciennes inscriptions à peine visibles mais illustres, pour y substituer leur nom obscur ! Quelqu'un n'a même pas hésité à supprimer des inscriptions pour écrire en l'honneur de son cabot “Remi, 1er chien qui est monté ici”.

Dans son important ouvrage qui honore la série des publications de la Société de Géographie, M. Georges Goyon étudie avec finesse la psychologie du visiteur de la pyramide, “cette montagne faite de main d'homme”. Il écrit : “Une obscure réminiscence d'ordre magique est peut-être à l'origine de ce besoin qu'ont les hommes d'apposer leur nom en des lieux qu'ils supposent éternels. On connaît le rôle considérable que joue la magie du verbe dans les croyances de tous les peuples. Appeler un être par son nom, c'est créer, c’est faire naître sa personnalité individuelle ; prononcer le nom, c'est façonner par la voix son image spirituelle ; écrire le nom, c'est dessiner son image matérielle. C'est donc pour obéir à cet antique et confus souvenir, dans le but de perpétuer une parcelle de soi-même et non seulement dans l'intention de laisser un simple souvenir, que les hommes apposent leurs noms sur les pierres…Il était de quelque intérêt d’en trouver la trace sur la pyramide. D'autres événements se succédant au cours des âges, d'autres inscriptions se superposeront ; seuls surnageront quelques noms rappelant les convulsions sanglantes des hommes. pour disparaître à leur tour, réduisant à néant l'importance que nous attribuons à des faits qui dominent notre existence actuelle… Tandis que la pyramide.... géant posé sur la dune, demeurera, dans son immutabilité, toujours présente aux yeux des générations à venir.” J. M.

"Le secret high-tech des Pyramides", une émission de Nicolas Martin (France Culture)

Quels mystères planent encore sur les Pyramides ? Quels outils scientifiques sont utilisés pour tenter d’y répondre ? Comment est née la mission ScanPyramids et que cherche-t-elle à faire découvrir ?

lundi 4 septembre 2017

La construction de la Grande Pyramide, "reconstituée" par le cinéaste hollywoodien Howard Hawks

La Terre des pharaons (Land of the Pharaohs) est un film américain réalisé par Howard Hawks et sorti en 1955.
"L'action se déroule 2 800 ans avant Jésus-Christ, sous la VIe dynastie ; Chéops, le grand Pharaon, entreprend de faire construire la pyramide qui sera son tombeau. Le film fait le récit de ce travail qui n'exigea pas moins de vingt années. Plusieurs générations d'ouvriers y consacrèrent leur existence et les 'accidents du travail' ne se comptèrent pas.
Si Land of the Pharaohs (La Terre des Pharaons) n'est pas le meilleur film de Howard Hawks, c'est en tout cas le premier qui aborde un tel sujet, un tel cadre, une telle époque, sans tomber dans le ridicule inhérent à l'égyptomanie hollywoodienne.
Au générique, un nom prestigieux : celui de William Faulkner, qui a participé à l'élaboration du scénario et à l'écriture des dialogues. Le point fort de ce scénario c'est que tous les thèmes, toutes les incidences se ramènent d'une manière ou d'une autre à la construction de la pyramide, évitant ainsi le double piège de la dispersion et du pittoresque facile. Ici, pas de coupes empoisonnées, pas d'orgies et pas de mièvrerie. L'architecte Valsthar
Valsthar invente de disposer les blocs de pierre de la pyramide de telle façon qu'une fois Chéops mort, enfermé, au centre, avec les siens (bien vivants, eux !), il suffira de briser deux poteries pour que s'écoule le sable qui libèrera l'ensemble. 
Cette idée, éventuellement faulknérienne, du travail de vingt années qui se parachève en quelques instants par une vague de sable, montre assez bien qu'il ne s'agit pas, avec Land of the Pharaohs d'une variante de The Egyptian ou de The Ten Commandments.
Le procédé Warnercolor n'est pas ici très satisfaisant, mais le Cinémascope une fois de plus nous comble ; ne serait-ce qu'en nous restituant, lors des scènes à grandes figurations, un peu des fresques célèbres qui nous montrent les 'ouvriers' taillant la pierre à petits coups, le corps de face, les membres et le visage de profil.
Dans un genre que l'on a souvent à juste titre décrié, Land of the Pharaohs apporte de la nouveauté et de l'intelligence."
François Truffaut, Les Films de ma vie, 1955

La totalité du film (en trois séquences), version française : ICI 




lundi 28 août 2017

La théorie de Jean-Michel Coste relative au transport des blocs de construction des pyramides : le "halage assisté"

La théorie proposée par Jean-Michel Coste est intentionnellement limitée aux "techniques pour lever et répartir les blocs de construction". L'auteur la synthétise ainsi : "un halage, à l'aide de chariots étanches, assisté par un contrepoids, qui permet d’éviter la construction de rampes". 
copyright : Jean-Michel Coste
Puis il la développe en ces termes :
"Le chariot étanche est un réservoir en bois prévu pour recevoir de l'eau : une fois lesté, il forme un contrepoids hydraulique. Ce dispositif est relié à un traîneau et ces deux éléments glissent sur des pentes opposées.
La forme ainsi que le volume de chaque chariot sont adaptés à leurs futures fonctions ainsi qu'à leur destination sur le chantier. Ils doivent épouser leur environnement et résister aux forces en jeu.
Pour le chantier de la pyramide de Khéops, j'ai imaginé quatre chariots. Deux sont de forte capacité et sont destinés à lever les blocs : l'un d'eux est positionné dans la Grande Galerie, l'autre sur la face nord au niveau de l'apothème. Les deux autres ont des dimensions nettement plus réduites et ne sont utilisés que pour distribuer les blocs dans les directions ouest et est.
Dans tous les cas, l'énergie fournie par les contrepoids représente 80 à 90% de l'énergie totale nécessaire pour déplacer les blocs de construction. Pour empêcher un emballement dû à l'inertie et garantir leur maîtrise, les 20 ou 10% de l'énergie restants sont confiés à des haleurs.
Les chariots glissent bois sur bois ou bois sur roche ; les patins et glissières sont saturés de graisse ou d'huile animale ou minérale. Le volume des deux gros chariots est d'environ 60 mètres cubes, celui des deux autres est d'environ 5 mètres cubes. Toutefois, ces données ne sont pas factuelles ; les poids correspondant à ces volumes sont arbitraires et n'ont été choisis que pour faciliter une modélisation mathématique. Leur amplitude est fonction de la hauteur de la construction. Les matériaux de construction sont levés soit d'une traite, soit en deux étapes. Dans ce cas, deux va-et-vient du contrepoids sont nécessaires. L'inclinaison de leurs glissières est de 51.5° et de 26.2°.
Les blocs de construction ne sont pas tractés à l'unité mais par grappes, les traîneaux lourds pouvant supporter plusieurs dizaines de tonnes. Les traîneaux fonctionnent par paires, le traîneau vide aidant au réarmement du chariot vide.
"

Présentation de cette théorie : ICI 

vendredi 11 août 2017

“Ce que les auteurs profanes peuvent nous apprendre de la fondation des fameuses pyramides n’est, dans l'origine, que ce que l'Écriture elle-même nous dit” (Pierre Guérin du Rocher - XVIIIe s.)

Guérin du Rocher (Pierre) - Archéologue né près de Falaise en 1731, mort à Paris le 2 septembre 1792. Après la dispersion de l'ordre des jésuites, dont il faisait partie, il voyagea en Italie et en Allemagne et devint professeur de droit canonique en Pologne. Revenu en France, il refusa de prêter le serment constitutionnel, et, emprisonné, périt lors des massacres de Septembre. Il est connu par son Histoire véritable des temps fabuleux (Paris, 1776, 3 vol. in-fol.) qui fut en butte aux vives critiques de Voltaire, de Guignes, d'Anquetil et de Du Voisin. Il prétendait démontrer que la Bible est l'unique source de l'histoire des anciens peuples et même la base des diverses mythologies” (cosmovisions.com)
C’est de cet ouvrage qu’est extrait le texte qui suit.

“Il n’est pas besoin d'entrer dans le détail des moyens qu’on employa pour élever les pyramides ; car Hérodote lui-même avoue que ce qu’il en dit n’est fondé que sur des raisonnements & des conjectures. Pour la description de ces monuments, on la trouve dans quantité d'auteurs, & elle n'est point de mon sujet.
J'observerai seulement qu'Artapan, cité par Eusèbe, attribue entr’autres choses l’invention des machines pour élever les pierres à Moïse lui-même qu'il fait contemporain du Roi Chénephrès. Ce nom de Roi (...) est le nom renversé du Chéphren d'Hérodote, l'un des Rois oppresseurs du peuple.
Ainsi l’on voit de plus en plus, que tout ce que les auteurs ont dit de la construction des pyramides, qu’Hérodote & Diodore placent durant cette oppression, se rapporte aux travaux des Israélites opprimés.
Il faut donc en conclure, ou que les Égyptiens ne savaient plus absolument rien de leur fondation, & qu’ils n'auront point trouvé de temps plus propre à la placer dans leur Histoire extraite de l’Écriture, que le temps de l'oppression du peuple d'Israël ; ou que c’est en effet ce même peuple qui a été employé à les construire. (...)
On a vu que les travaux dont les Rois Chéops & Chéphren surchargent le peuple, se rapportent à la dureté dont usèrent les Rois d'Égypte à l'égard des Hébreux. Tout ce que les auteurs profanes peuvent nous apprendre de la fondation des fameuses pyramides n’est, dans l'origine, que ce que l'Écriture elle-même nous dit au commencement de l'Exode, & que divers auteurs étrangers ont diversement interprété. Les noms mêmes de Chéops ou Chembès, et Céphren ou Chabryès, à qui les principales pyramides sont attribuées, ne sont que les mots qui signifient l'affliction des Hébreux. Les autres noms des prétendus auteurs de ces monuments, Armæus, Ammosis, Maron ou Inaron, ne sont que les noms altérés d'Amram & de ses deux fils Moïse & Aaron.”

jeudi 10 août 2017

“Leur architecture, tant intérieure qu'extérieure, est bien différente, soit pour la matière, soit pour la grandeur, soit pour la distribution” (Victor Delpuech de Comeiras - XVIIIe s. - à propos des pyramides de Guizeh)

Le texte ci-dessous est extrait de cet ouvrage : Abrégé de l'histoire générale des voyages, contenant ce qu'il y a de plus remarquable, de plus utile et de mieux avéré dans les pays où les voyageurs ont pénétré ; les moeurs des habitants, la religion, les usages, arts et sciences, commerce, manufactures, 1802
Son auteur, Victor Delpuech de Comeiras (1733-1805), était abbé de Sylvanès et vicaire général de Beauvais. Dans leur Biographie universelle, ancienne et moderne, Joseph Fr. Michaud et Louis Gabriel Michaud, qualifient ce géographe de l’ “un des plus mauvais et des plus inhabiles compilateurs”. Et d’ajouter, pour compléter ce tableau peu flatteur : “Il y a lieu de présumer que la révolution, l’ayant privé de son état, l’avait forcé de travailler pour les libraires : il leur en donnait pour leur argent.

Illustration extraite de la Description de l'Égypte - 1809
“Les pyramides ne sont pas fondées dans des plaines ; mais sur le roc, au pied des hautes montagnes qui accompagnent le Nil dans son cours , et qui font la séparation entre l'Égypte et la Libye.
Elles ont toutes été élevées dans la même intention, c'est-à-dire pour servir de sépulture ; mais leur architecture, tant intérieure qu'extérieure, est bien différente, soit pour la matière, soit pour la grandeur, soit pour la distribution.
Quelques-unes sont ouvertes ; d'autres ruinées, et la plus grande partie est fermée ; mais il n'y en a point qui n'ait été endommagée dans quelqu'une de ses parties.
On conçoit aisément qu'elles n'ont pu être élevées dans le même temps. La prodigieuse quantité de matériaux qu'il fallait employer en démontre l'impossibilité. La perfection dont les dernières sont fabriquées le démontre pareillement : car elles surpassent de beaucoup les premières et en grandeur et en magnificence. Tout ce qu'on peut avancer de plus positif, c'est que leur fabrique est de l'antiquité la plus reculée, et qu'elle remonte même au-delà des temps dont les plus anciens historiens nous ont transmis le souvenir. On avait déjà perdu l'époque de leur commencement, dans le temps que les premiers philosophes grecs voyagèrent en Égypte.

Il règne parmi le peuple qui habite aujourd'hui l'Égypte une tradition qui veut qu'il y ait eu anciennement dans le pays des géants, et que ce furent eux qui élevèrent, sans beaucoup de peine, les pyramides, les vastes palais et les temples, dont les restes causent notre admiration. Cette fable ne mérite guère d'être réfutée.

Les principales pyramides, situées auprès du Caire, sont à l'est-sud-est de Gizé, village situé sur la rive occidentale du Nil ; et, comme plusieurs auteurs ont prétendu que la ville de Memphis était bâtie dans cet endroit, cela est cause qu'on les appelle communément les “pyramides de Mimphis”.
Il y en a quatre qui méritent la plus grande attention des curieux ; car, quoiqu'on en voie sept à huit autres aux environs, elles ne sont rien en comparaison des premières, surtout depuis qu'elles ont été ouvertes, et presqu'entièrement ruinées. Les quatre principales sont sur une seule ligne diagonale, et distante l'une de l'autre d'environ quatre cents pas. Leurs quatre faces répondent précisément aux quatre points cardinaux, le nord , le sud, l'est et l'ouest.
Les deux pyramides les plus septentrionales sont les plus grandes, et ont cinq cents pieds de hauteur perpendiculaire. Les deux autres sont bien moindres ; mais elles ont quelques particularités, qui sont cause qu'on les examine et qu'on les admire.

Les pyramides sont élevées sur le roc, au pied des montagnes ; le roc ne s'étant pas trouvé partout égal, on a aplani avec le ciseau, comme on le découvre en plusieurs endroits. Cette plaine artificielle a un talus du côté du nord et du côté de l'orient. Quoiqu'elle soit un roc continuel, elle est pourtant presque partout couverte d'un sable volant, que le vent y apporte des hautes montagnes des environs.

La plus septentrionale de ces grandes pyramides est la seule qui soit ouverte. Il faut en être bien près, et, pour ainsi dire, mesurer sa propre grandeur avec elle, pour pouvoir discerner l'étendue de cette masse énorme. Elle est, ainsi que les autres tant grandes que petites, sans fondements artificiels : la nature les lui fournit par Ie moyen du roc, qui en lui-même est assez fort pour supporter ce poids , qui véritablement est immense.
L'extérieur de la pyramide est pour la plus grande partie construit de grandes pierres carrées, taillées dans le roc qui est le long du Nil, et où l'on voit encore aujourd'hui les grottes d'où on les a tirées. La grandeur de ces pierres n'est pas égale ; mais elles ont toutes la figure d'un prisme.
Ces pierres ne sont pas à beaucoup près si dures qu'on pourrait l'imaginer. Puisqu'elles ont subsisté si longtemps, elles doivent proprement leur conservation au climat où elles se trouvent, qui n'est pas sujet à des pluies fréquentes : malgré cet avantage, on observe principalement, du côté du nord, qu'elles sont vermoulues. Leurs diverses assises extérieures ne sont jointes que par le propre poids des pierres, sans chaux, sans plomb et sans ancres d'aucun métal ; mais, quant au corps de la pyramide qui est rempli de pierres irrégulières, on a été obligé d'y employer un mortier mêlé de chaux de terre et d'argile. On le remarque clairement à l'entrée du second canal de cette première pyramide, qu'on a forcée pour l'ouvrir.
Celle que je décris est à trois heures de chemin du vieux Caire ; son entrée est du côté du nord : cette ouverture conduit successivement à cinq différents canaux qui, quoique courant en haut et en bas et horizontalement, vont pourtant tous vers le midi, et aboutissent à deux chambres, l'une au-dessus, et l'autre au milieu de la pyramide.

Tous ces canaux, à l'exception du quatrième, sont presque d'une même grandeur, savoir de trois pieds et demi en carré ; ils sont tous aussi d'une même fabrique, et revêtus des quatre côtés de grandes pierres de marbre blanc ; tellement polies qu'elles seraient impraticables sans l'artifice dont on s'est servi. Quoiqu'un y trouve présentement de pas en pas de petits trous où l'on peut placer les pieds, ce n'est pas sans beaucoup de peine qu'on avance. Celui qui fait un faux pas doit s'attendre qu'il retournera à reculons, malgré lui jusqu'à l’endroit d'où il est parti.
Quand on a passé les deux premiers canaux, on rencontre un reposoir qui a, à main droite, une ouverture pour un petit canal ou puits, dans lequel on ne rencontre que des chauves-souris.
Le troisième canal mène à une chambre d'une grandeur médiocre, remplie de pierres qu'on a tirées de la muraille, pour y ouvrir un autre canal qui aboutit, près de-là, à une niche.
Le quatrième canal est pourvu de banquettes de chaque côté ; il est très haut, et a une voûte presque en dos d’âne.
Le cinquième canal conduit jusqu'à la chambre supérieure, revêtue et couverte, comme la précédente, de grandes pierres de granit. On trouve au côté gauche une grande urne : cette pièce est fort bien creusée, sonne comme une cloche, quand on la frappe avec une clef.
Les trois autres grandes pyramides sont situées presque sur la même ligne que les précédentes, et sont à environ cinq ou six cents pas l'une de l'autre.”


mercredi 9 août 2017

“Ni à la Grande Pyramide, ni nulle part ailleurs en Égypte, nous ne disposons de la moindre preuve que les anciens Égyptiens, à n'importe quelle époque de leur histoire, ont utilisé des appareils mécaniques autres que le levier, le rouleau et le plan incliné” (James Baikie - XIXe-XXe s.)

Extraits de Egyptian antiquities in the Nile Valley, 1932, de James Baikie (1866–1931). Nous ne disposons d’aucune information sur cet auteur, notamment sur ses compétences en matière d’archéologie. Il est simplement précisé qu’il fut particulièrement prolifique sur des sujets tels que l’astronomie, la Bible ou l’histoire ancienne.

Casing Stone of the Great Pyramid - Creator: Harry Pollard [1925-1926]
“The pyramids may be reckoned, along with the Great Sphinx and the obelisks, as the most characteristic examples of the work of the Ancient Egyptians as they are certainly those whose memory remains longest in the minds of those who have seen them. But by ‘the pyramids' the average visitor to Egypt usually means nothing more than the group of the famous three at Giza and thereby he carries away an entirely inadequate idea of the whole conception, nature, and function of the pyramid, and runs the risk of leaving his mind as fallow ground on which the germ of Great Pyramiditis may be sown, to bear in due course its usual crop of thistles and tares. 

The Great Pyramid, in particular, is absolutely unique
To see no pyramids but those of the Giza group, with nearly all the attention concentrated (rightly enough from the sightseer's point of view) on the Great Pyramid alone, means almost inevitably to produce in the mind the idea that this group of three pyramids is something entirely exceptional in Egyptian thought and practice, and that the Great Pyramid, in particular, is absolutely unique as to render the commonplace theory of its having been merely a tomb very difficult of acceptance.
What ought to be realized, therefore, first of all, with regard to the pyramids is that the Giza group, far from being exceptional, is only one group out of many which still exist in Egypt, and many more which once existed but have now perished ; that groups of pyramids once stretched, and still stretch, though with gaps now in the line, from Abu Rawash, five miles north of Giza, to Meroë, deep in the Sudan, between the Fifth Cataract and the Sixth, and within a short distance of Khartum ; that every single one of these pyramid groups is part of a necropolis, of which usually the centre ; and that every one of the pyramids had in its time a temple attached to it which offerings were made and regular ritual gone through with on behalf of the dead person whom the pyramid commemorated and whose resting-place it was. It will then be understood that the pyramids, whereever they may be found, and whatever their size, were nothing more or less than tombs, and that all the efforts of the ingenious individuals who have striven, with labour almost as vast as that which built the pyramids themselves, to show that the Great Pyramid is a divinely inspired compendium of everything that man has known, may know, or ought to know, as repository of all sorts of standard measures, an observatory (surely the most cumbrous and clumsy ever constructed), and a prophecy of all that has happened since it was built and all that will happen till it tumbles down, are simply ‘vanity and a striving after wind'. 

The Great Pyramid itself is simply the culmination of the series
The Great Pyramid itself, vast as are its dimensions, is no exception in the regular series of pyramids ; it is simply the culmination of the series. Somewhere or other, and some time or other, there was bound to be a biggest specimen of the universal pyramid tomb of royalty. The somewhere and some time came in the reign of Cheops of the IVth Dynasty, who was neither the first Pharaoh nor the last to build a great pyramid ; and it came at Giza, because Giza was the most convenient place for the purpose at the time. Cheops's pyramid is certainly the biggest, by a good margin, of all extant pyramids ; but Chephren's comes in a good second ; while Sneferu's pyramid at Meydum, did the later monster at Giza not exist, would have proved quite as good a subject as its successor for the paradoxers to exercise their misplaced ingenuity upon. (...)

The Herodotus' account
There remains the question of how the Great Pyramid was built, and whether in its construction the Egyptian architects and builders used any mechanical appliances the secret of which has since been lost - a position which is frequently maintained.
The first account of the process, and still one of the best, is that of Herodotus, whose account of the inscriptions on the pyramid we have already quoted. Briefly, he tells us that there were 100.000 men employed upon the work, that they first made a road for the transport of the stone from the Nile bank to the plateau, that this road was 1,017 yards long, 60 feet broad, and 48 feet high, and took ten years to build. The construction of the pyramid itself, he says, occupied twenty years (ten of which, of course, might possibly run concurrently with the work on the causeway). The stones were raised from step to step of the structure by means of what he calls machines made of short beams, which appear to have been simply systems levers ; and the top of the pyramid was finished first. The army of men employed worked, he says, during three months of every year. 

Other accounts
Some modern students are of opinion that the number of men employed could have done the work quite well in the twenty years, working three months a year, as he says ; but this has been questioned by others, notably by Mr. Engelbach.

Petrie has pointed out that the work would go on only during the months when the water of the inundation was out over the land and when field-work was at an enforced standstill. With this explanation of the system, a new complexion has been put upon Cheops's previously bad reputation. It was Herodotus who began the job of miscalling Cheops as a sacrilegious tyrant who closed all the temples in his land, and forced the whole nation to toil at his gigantic tomb ; fortunately it is Herodotus also who has provided the antidote to his own charges by his statement that the labourers only worked three months a year.
Now that this statement has been put in its true relation to the fact of the inundation, opinion with regard to the character of Cheops has largely veered round, and that forceful Pharaoh is now reverently hailed as the author of the first scheme for the relief of unemployment, which seems also to have been one of the greatest of such schemes. But what these theorists will not, or are unable to appreciate is the fearful expenditure of copper for dressing the blocks, of costly imported wood for levers and sleds, the pressing into service (for surely it must have been so) of every available transport-barge in the country for a perfectly useless object. What Cheops may have thought of it all is another matter. Probably he was neither a tyrant nor a social service enthusiast born out of due time, but merely a Pharaoh who believed that he would have a better chance in the next world if his body was kept intact in this, and did his best, having the power, to secure that desirable end. 

Various dodges which never existed save in the brains of those who have drawn them
As to the question of means and implements, it may suffice to say that neither at the Great Pyramid nor anywhere else in Egypt has the least shred of evidence been found that the Ancient Egyptians ever, at any period of their history, used any mechanic appliances except the lever, roller, and the inclined plane. The various dodges which have been attributed to them and confidently sketched in plan and elevation never existed save in the brains of those who have drawn them, and would not have been of any good if they had. On the other hand, Petrie found ample evidence of the use of long copper saws, at least nine feet in length, which were probably used to cut the great blocks of stone employed, and of tubular drills, which were used for hollowing out, for example, such stones as the granite block of Khufu's sarcophagus. It may be a comfort to those who are disappointed at the Egyptians' failure to anticipate the miracles of modern engineering science to learn that while, as we have seen, they could make bad mistakes in using both their saws and their drills, their work with them in general was amazingly good. ‘Truth to tell, modern drill cores cannot hold a candle to the Egyptians ; by the side of the ancient work they look wretchedly scraped out and irregular.’”

mardi 8 août 2017

“Les pyramides n'ont pas été construites à vue d'oeil et sans aucun plan, mais sans doute d'après un formulaire pratique résultant d'une longue expérience” (Georges Bénédite - XIXe-XXe s.)


Extraits du Guide Joanne “Égypte”, 1900, rédigé par Georges Bénédite (1857-1926), conservateur des antiquités égyptiennes du Louvre, professeur suppléant (de Gaston Maspero) au Collège de France, découvreur du mastaba d'Akhethétep à Saqqarah.

Illustration extraite du Guide Joanne “Égypte”
“Les pyramides sont des tombes royales : la certitude en est acquise depuis l'antiquité et toute théorie tendant à méconnaître ce caractère exclusif pour le subordonner à d'autres points de vue est complètement erronée et ne mérite plus l'examen.
Elles sont toutes sur la rive g. du Nil, et presque toutes dans la partie de l'Égypte comprise entre la pointe du Delta et le Fayoum. Lepsius en a examiné 67, mais le nombre en est plus considérable ; il est encore incertain, du fait que la plupart de ces monuments sont dans un tel état de ruine qu'on a souvent peine à les distinguer des mastabas du voisinage.

La première question qui se pose au sujet des pyramides est leur âge et leur attribution. Il y est répondu : 1° par les auteurs anciens qui ont recueilli directement ou transmis des traditions recueillies en Égypte ; 2° par le contenu des pyramides ou la présence de certains indices dans leur voisinage immédiat. À la première source d'information, nous devons d'identifier les trois grandes pyramides et la pyramide S. du groupe des petites pyramides de Gîzèh. Les textes contenus à l'intérieur des pyramides et dans les ruines (temples ou tombes) de leur voisinage, nous ont fourni l'identification de treize autres monuments. Le reste est encore inconnu.

Il ne semble pas que l'on ait construit de pyramides en Égypte après l'invasion des Pasteurs. Nous connaissons encore trop peu le genre de sépultures royales adopté au temps des dynasties thinites ; une seule pyramide peut être attribuée à la IIIe dyn., mais, comme elles abondent pour la IVe, la Ve et la VIe, et qu'elles reparaissent sous la XIIe, nous sommes fondés à supposer que les pyramides restées sans attribution appartiennent aussi à cette période. Abandonné depuis lors en Égypte, ce mode de sépulture fut repris de longs siècles après, par les rois éthiopiens de Nouri et du Gébel Barkal, contemporains des Saïtes, mais subit une déformation et constitua un type nouveau que nous n'avons pas à examiner ici.

Les pyramides (...) avaient chacune leur nom. Ce nom était formé du nom royal de leur possesseur et d'une courte formule attributive. On connaît les noms de 24 pyramides (...).
Les pyramides n'ont pas été construites à vue d'oeil et sans aucun plan, mais sans doute d'après un formulaire pratique résultant d'une longue expérience. Les proportions en étaient établies à l'aide de calculs dont on a pu se faire idée par le papyrus mathématique du Musée Britannique. Des considérations tirées de la comparaison des formes dans certaines pyramides (XXXII de Saqqârah, LVI de Dahchour, Meîdoûm) induisirent Lepsius, et d'autres à sa suite, à supposer que ces monuments n'avaient pas été bâtis d'une seule venue, mais résultaient des agrandissements successifs d'une pyramide initiale, en quelque sorte provisoire.
Pour Lepsius, en particulier, cette pyramide serait devenue le noyau central d'une construction à plusieurs couches. Une pareille tombe, commencée au début d'un règne, aurait eu l'avantage d'être bientôt prête à toute éventualité, et le prince n'aurait eu à s'en remettre à son successeur que du soin de terminer la couche en voie de construction et de clore la pyramide.
M. Maspero a combattu cette théorie : pour qu'elle fût exacte, il faudrait que la dimension des tombes fût proportionnelle à la durée du règne du roi constructeur, ce qui n'est pas le cas. La thèse de Maspero, qui est aussi celle de Fl. Petrie, a pour conséquence de faire considérer la pluralité des chambres et des couloirs dans une même pyramide comme une combinaison destinée à dépister les recherches. M. Borchardt, sans complètement reprendre la théorie de Lepsius, a prétendu au contraire que la complexité des dispositions n’a pu avoir d'autre cause que la transformation et l'agrandissement du plan initial.

Les pyramides étaient, à quelques exceptions près, bâties sur plan carré et orientées avec plus ou moins d'exactitude. Elles étaient assises de préférence sur un sol rocheux, à l'abri de l'inondation. Les accidents du terrain ne rebutaient pas le constructeur, qui savait en tirer le meilleur parti. Quand les pyramides n'ont qu'une chambre, cette chambre est toujours dans le roc. Dans le cas contraire, l'une est dans le sous-sol, tandis que l'autre ou les autres s'abritent dans le noyau construit. L'aménagement de la chambre comporte parfois des éléments rapportés, tels que les dalles de granit qui forment sa voûte.
Le noyau de la pyramide est tantôt en pierre, tantôt en briques crues. Il était monté au moyen du plan incliné. Le revêtement, en pierre choisie (calcaire ou granit), était placé dans le sens inverse, c'est-à-dire de haut en bas ; au fur et à mesure qu'une assise était terminée, on abaissait d’autant le plan incliné.
Les couloirs, partie excavés, partie bâtis dans le noyau, étaient séparés de la chambre par une fermeture à herse, formée d'une ou de plusieurs dalles de granit glissant verticalement dans des coulisses. L’orifice extérieur était également fermé par un système de herse qui pouvait varier d'une pyramide à l'autre. Ainsi, selon Fl. Petrie, la porte extérieure de la Grande Pyramide de Gizeh aurait été une dalle mobile suspendue, en cloche, par son pivot. Quoi qu'il en soit, cette dalle était elle-même recouverte après coup par le revêtement. Quant aux questions que soulève l'aspect extérieur de la pyramide complètement revêtue, nous les négligeons résolument : aucune des données fournies par Hérodote et les écrivains arabes n'étant acceptable dans sa forme, on peut dire que c'est là un simple thème à controverse.”

lundi 7 août 2017

“Il y a entre les pyramides d'Égypte et les pyramides en terrasses des bords de l'Euphrate des analogies très réelles” (Société ethnologique de Paris, 1845)

Extraits d’un rapport de la Société ethnologique de Paris, sous la présidence de M. Lenormant, sur l’ouvrage L’Égypte, de Victor Schoelcher, publié dans Annales des voyages, de la géographie, de l'histoire et de l'archéologie : avec cartes et planches, 1846
Pyramide de Meïdoum
“Par suite de ses rapports naturels avec la mer Rouge et la mer des Indes, la vallée supérieure du Nil appartient vraiment à l'Asie plutôt qu'à l'Afrique, et de nombreuses traditions prouvent qu'elle a plusieurs fois reçu des migrations asiatiques. Par la même raison, la civilisation égyptienne a pu, comme on l'a dit si souvent, venir de l'Éthiopie, et cependant être d'origine asiatique et non point africaine. Cette première dérivation est infiniment plus probable, car l'histoire ne nous montre aucune civilisation sur le sol africain qui soit émanée de la race noire, tandis que nous trouvons dans le sud de l'Asie les grands centres de l'Inde et de la Chaldée avec lesquels le littoral de la Nubie se trouvait facilement en rapport. On sait que le trajet est si facile d'un rivage à l'autre du détroit de Babel-Mandel, qu'il peut être accompli sur de simples radeaux, et que, suivant une locution proverbiale des Arabes, “on se reconnaît d'un bord à l'autre”.
Nous trouvons dans l'histoire des pyramides d'Égypte des circonstances qui viennent à l'appui de cette opinion sur l'origine de la civilisation égyptienne.

Les plus importantes comme les plus connues de ces pyramides sont celles de Gizeh, et on a l'habitude de les considérer comme le type universel et immuable des pyramides égyptiennes ; mais cela n'est pas exact. Il existe en Égypte des pyramides qui ont une forme très différente, comme, par exemple, celle d'El-Meydouneh, composée de deux parties dont la supérieure même est tronquée et forme esplanade, ou bien comme la plus grande des pyramides de Sakkarah, dont la partie supérieure est une sorte de pyramidion, dont les faces ont une autre inclinaison que la base, enfin comme la pyramide d'Abou-Sir, qui est composée de huit degrés.
Au lieu de la pierre employée dans la construction des pyramides de Gizeh, on trouve souvent aussi la brique crue, comme dans les pyramides du Fayoum, dans celle d'El-Lahoun, dans celle de Dashour.

Il y a donc entre les pyramides d'Égypte et les pyramides en terrasses des bords de l'Euphrate des analogies très réelles, bien qu'elles n'aient pas été généralement marquées. Cette observation est d'autant plus importante que, si la pyramide n'était pas en Égypte d'origine étrangère, on aurait peine à s'expliquer comment la brique a pu être employée à sa construction, alors que la pierre abondait sur le sol même où on les élevait. Il faut encore ajouter que les pyramides construites en briques, et qui rappellent la forme en terrasse, sont plus anciennes que celles de Gizeh construites en pierre, et qui présentent la forme rigoureuse de la pyramide géométrique.

Bien que les pyramides de Gizeh remontent à la quatrième dynastie, c'est-à-dire à plus de 4.000 ans avant notre ère, elles paraissent avoir été précédées par les pyramides du Fayoum et de Dashour, et par celle de Sakkarah dans laquelle le système graphique semble ne pas être encore complètement développé.
La substitution graduelle de la pierre à la brique, que nous observons dans les pyramides égyptiennes, s'accorde parfaitement avec ce que nous apprend Manéthon de l'invention de la coupe des pierres chez les Égyptiens, invention qu'il attribue à Tosorthrus, deuxième roi de la troisième dynastie.

Il y a donc tout lieu de penser que l'emploi de la brique, si peu naturel à l'Égypte pour les grandes constructions, y avait été apporté de la Mésopotamie avec la forme même de la pyramide babylonienne, forme qui fut remplacée plus tard par la forme égyptienne pure, de même que la brique fut elle-même remplacée par la pierre et le granit.
Ainsi, tout en admettant que la civilisation égyptienne est descendue dans la vallée du Nil par l'Éthiopie, nous n'en considérons pas moins cette civilisation comme essentiellement asiatique, et en tout cas on se tromperait si l'on croyait qu'elle dérive, comme l'a pensé M. Hoskins, de celle dont on a récemment retrouvé les monuments sur le sol éthiopien. C'est le contraire qui est vrai ; car ces monuments offrent tous une imitation, ou plutôt une dégénération évidente de l'art égyptien, et toutes les inscriptions, tous les noms de rois qu'on a pu y lire, appartiennent à une époque très moderne, aux temps contemporains de la dynastie grecque. On ne retrouve même sur ces monuments presque aucune trace des rois de la dynastie éthiopienne qui régna en Égypte dans le VIIe siècle avant notre ère, et comprit les trois règnes de Sabacon, Taraca et Sevec.”

dimanche 6 août 2017

“Il importe de ne pas isoler le cas de la grande pyramide de Khéops du reste des quelque cent pyramides royales qui fleurirent sur le sol d'Égypte” (Dimitri Laboury)

auteur et date de cette photo non mentionnés

Cet article de Dimitri Laboury est extrait de l’ouvrage collectif 45 idées reçues - Insolite et grandes énigmes, Le Cavalier Bleu éditions - 150 pages


“Le gigantisme des pyramides, et en particulier celui des trois plus célèbres, celles de Khéops, Khéphren et Mykérinos sur le plateau de Guiza, semble avoir fasciné et défié l'imagination depuis la plus haute Antiquité. Les anciens Égyptiens eux-mêmes ont rapidement fabulé sur la personnalité du commanditaire de la plus grande de ces constructions, le pharaon Khoufou, le Khéops de la tradition grecque. Dans le monde occidental, au milieu du Ve siècle avant J.-C., Hérodote se fit l'écho de ces Iégendes et s'interrogea longuement sur la manière dont cette pyramide avait pu être réalisée, l'entourant de mystères, de chambres secrètes, d'innombrables travailleurs opprimés... L'idée que les pyramides de Guiza auraient été édifiées par des esclaves Hébreux fut déjà formulée par le chroniqueur juif Flavius Josèphe au tout début de notre ère, tandis qu'à partir du VIIIe siècle, chrétiens et musulmans reconnurent volontiers dans ces étourdissants monuments les greniers à blé du Joseph de l'Ancien Testament, ainsi que le rappelle une célèbre mosaïque de la basilique Saint-Marc de Venise.

À cette vision obsessionnellement bibliste de l'Égypte et du mystère de l'édification des pyramides, est venue s'ajouter, au moins dès le XVIIe siècle, une version astrologique, comme le révèle, par exemple, l'ouvrage Pyramidographia publié par le professeur d'astronomie d'Oxford John Greaves en 1646. Nous sommes aujourd'hui les héritiers de ces discours, qui fusionnent dans ce que les égyptologues n'hésitent pas à appeler, non sans ironie, la “pyramidiologie”, ou les fantasmes des “pyramidiots”.

En, effet, en dépit de cette impressionnante tradition d'idées reçues sur la prétendue énigrne de la construction des pyramides, l'archéologie égyptienne permet à présent de répondre à cette question qui taraude tout visiteur de l'Égypte depuis des millénaires : comment a-t-il été possible de bâtir de tels édifices, de telles montagnes de pierres ?

Désireux de créer des “monuments d'éternité”, les anciens Égyptiens ont très tôt été confrontés au problème du transport de lourdes charges sur de longues distances. Dans cette entreprise, le Nil leur fut fort utile, et, sur terre, ils eurent recours à une technique largement répandue dans l'histoire de l'architecture - tant en Mésopotamie, qu'en Grèce ou en Méso-Amérique - qui consiste à faire glisser lesdites charges sur des rampes afin d'éviter de devoir les soulever. L'utilisation de ces rampes nous est prouvée par trois types de sources complémentaires : tout d'abord, les très nombreux vestiges archéologiques de rampes préservés contre les bâtiments inachevés, de toute époque, ou à proximité des grands chantiers et des carrières ; ensuite, une scène de la tombe du Vizir Rekhmirê qui montre non seulement la fabrication d'une rampe en briques crues, mais aussi son usage pour faire monter un bloc au sommet d'un édifice en cours de construction ; enfin, un extrait du papyrus Anastasi I, dans lequel le scribe Hori éprouve les capacités de l'un de ses collègues en lui adressant des questions difficiles, dont celle du calcul du nombre de briques requises pour la réalisation d'une rampe de dimensions données.

Une fois l'édifice terminé, les rampes destinées au transport des blocs étaient démontées. Celles qui subsistent encore aujourd'hui aux abords des monuments inachevés ou des carrières peuvent atteindre une longueur de 10 kilomètres et une inclinaison de 12 à 18 degrés. Elles sont toujours constituées de deux murs parallèles, souvent en briques crues, dont l'intervalle était rempli de déchets de construction couverts d'un sol de limon qui, humidifié, permettait de faire glisser facilement de lourdes charges. En fonction de ses dimensions, cette structure pouvait être renforcée par des madriers ou, plus régulièrement, par un système de caissons, qui la rigidifiaient.

Des vestiges de telles rampes, parfois organisées en véritables réseaux, ont été retrouvés contre plusieurs pyramides, y compris, récemment, contre celle de Khéops. Ils révèlent notamment que les architectes égyptiens n'ont pas toujours utilisé le même type de rampe pour toutes les pyramides et qu'ils ont adapté ce système en fonction de la taille de l'édifice, de sa situation relative par rapport aux carrières, de son type de maçonnerie…

Bien entendu, de tels chantiers de construction nécessitaient une importante masse ouvrière, qui n'était pas constituée d'esclaves, et encore moins d'Hébreux, dont les premières traces historiques ne peuvent être situées que plus de 1 000 ans après la réalisation des trois grandes pyramides de Guiza.

La construction d'une pyramide était en fait une œoeuvre nationale, destinée au roi et donc au maintien de l'Ordre Cosmique qu'il incarne. De ce fait, tout le pays y participait. Ainsi, les marques de carriers sur les pierres montrent que des équipes venues des quatre coins de l'Égypte se relayaient sur le chantier, sous la direction de toute une hiérarchie de maçons, d'ingénieurs et d'architectes. Leurs habitations et leurs tombes ont parfois été retrouvées, comme sur le site de Guiza, aux pieds des grandes pyramides. Cette véritable ville d'ouvriers, attenante au Palais que le roi s'était fait construire près de sa demeure d'éternité, a pu accueillir jusqu'à 18 000 personnes. D'une manière générale, les impressionnants résultats de l'architecture égyptienne, qui repose pourtant sur des technologies souvent très élémentaires, s'expliquent avant tout par une excellente organisation du travail et de la main-d'oeuvre que celui-ci nécessitait ; ainsi, par exemple, la fragmentation systématique des tâches a permis le recours à un important personnel non qualifié, placé sous le contrôle de quelques contremaîtres compétents.

Enfin, toujours sur le plan de la technique de construction, il importe de ne pas isoler le cas de la grande pyramide de Khéops du reste des quelque cent pyramides royales qui fleurirent sur le sol d'Égypte. L'apogée que représente ce monument s'inscrit dans une évolution continue d'essais et d'erreurs, évolution qui remonte à la première pyramide pharaonique, la pyramide à degrés de Djéser à Saqqara, un siècle plus tôt, en passant par les quatre pyramides que le père de Khéops, Snéfrou, fit construire de son vivant, faisant tailler et mettre en place environ 3,5 millions de m³ de pierres, soit près d'un million de plus que son fils et successeur. Cela permet de relativiser le caractère exceptionnel de la sépulture si impressionnante de Khéops.”

samedi 5 août 2017

“La pyramide était une représentation de la terre, une image de la création de Dieu, un temple enfin qui lui était consacré” (Daniel Ramée, XIXe s.)


Extraits du Manuel de l'histoire générale de l'architecture chez tous les peuples, et particulièrement de l'architecture en France au Moyen-âge, publié en 1843, par Daniel Ramée (1806 - 1887), architecte, historien de l'architecture, historien, traducteur, restaurateur.
Son Manuel de l'histoire générale de l'architecture chez tous les peuples, publié en 1843 mais conçu dès 1823, a la particularité de ne pas s'intéresser uniquement à l'art européen, mais de prendre en compte des cultures moins fréquentées, celles des Phéniciens, des Arabes et des Indiens. Pour comprendre l'histoire de l'architecture, dit-il dans l'introduction du Manuel, il ne faut pas se contenter d'une succession de monographies, mais il faut la lier à “l'histoire universelle du genre humain et à l'histoire de chaque peuple en particulier”. Il faut donc considérer “ l'histoire primitive du genre humain, des religions, la filiation des peuples, leurs migrations, les temps et les circonstances sous l'influence desquelles chaque pays s'est peuplé”. (...) La théorie de l'architecture de Ramée repose (...) sur une conception cyclique de l'histoire qui est la lente décadence de la tradition originelle du Bien, tradition qu'il faut retrouver par une révolution.” (Françoise Hamon, Peggy Rodriguez - Institut national de l’histoire de l’art).

“Discoveries in the Great Egyptian Pyramid", by Horace Harral, 1872
“Les pyramides sont non seulement les monuments les plus remarquables de l'Égypte, par leur grandeur et leur antiquité, mais encore les plus remarquables dans l'histoire de l'architecture, parce qu'elles sont les seuls édifices d'une aussi haute antiquité parfaitement conservés aujourd'hui. Nous les plaçons, quant à l'âge, après la tour de Babel ou Babylone, et cela, parce que nous croyons avoir prouvé (...) que les plaines de la Mésopotamie ont été peuplées bien avant la vallée du Nil, et surtout bien antérieurement encore à cette partie du fleuve où se trouvait Memphis, et, qu'en outre, la forme architecturale du monument babylonien parle en faveur de sa haute antiquité, qui, de plus, est établie positivement dans les annales sacrées du peuple hébreu.

“On a toujours voulu faire passer les pyramides pour ce qu'elles ne sont pas, pour des tombeaux”

Les pyramides d'Égypte sont sans contredit les œuvres d'architecture qui ont soulevé le plus de discussions et d'opinions diverses et contraires ; et cela vient de ce qu'on a toujours voulu faire passer les pyramides pour ce qu'elles ne sont pas, pour des tombeaux. Nous (...) ajouterons encore ici, pour prouver que ces monuments ne sont pas des tombeaux, que dans les montagnes, tout auprès des pyramides, il se trouve des grottes et des souterrains, des spéos, qui servaient de tombeaux aux rois que l'histoire nous indique précisément avoir élevé ces constructions gigantesques qu'on leur donne pour dernière demeure.
Il faudrait prendre ensuite en considération les idées religieuses des Égyptiens, les prétentions si puissantes et si exigeantes de leurs dieux, dont la volonté se manifestait par la bouche et l'influence des prêtres de ce peuple superstitieux, et enfin se demander encore si le système religieux en général, et le jugement des morts en particulier, eussent permis aux princes des tombeaux plus spacieux, plus imposants, et en même temps plus durables que les monuments érigés pour y célébrer l'adoration et le culte des divinités antiques et puissantes de l'Égypte. Toutes ces raisons, jointes à ce que nous avons dit sur la forme matérielle même des pyramides, en faisant la description de celles de Méroé, nous semblent combattre fortement l'opinion que ces monuments ne sont autres que des tombeaux de rois. En outre, en leur donnant cette destination, on leur enlève leur haute et imposante antiquité, qui, à la vérité, est déjà bien vénérable par l'époque à laquelle les rois qu'on dit y avoir été enterrés ont tenu le sceptre royal des Pharaons.
Il y eut un temps en Égypte, comme dans tous les autres pays, pendant lequel on ne connaissait pas encore l'écriture. À cette époque aussi, cette contrée était dans le premier âge de la religion, qui n'était autre alors que celle de la nature.

Une architecture symbolique

L'architecture de cette époque reculée était grande, simple et imposante. Elle était symbolique, et elle devait l'être, parce que l'art cherchait, sans l'avoir trouvée, la forme qui pouvait exprimer sa pensée. L'art n'était pas encore arrivé à bâtir un temple à la divinité, parce que sans révélation, Dieu, dans la religion de la nature, n'avait point encore été personnifié. Les temples consacrés aux divinités avec un espace limité, des colonnes ou des piliers, des entablements et des couvertures, une statue même au milieu de tout cela, ne sont que des monuments d'un second âge de l'humanité, où un révélateur divin, ou se faisant passer pour tel, incarne la divinité en une seule et même personne sous trois formes différentes, et où il fait connaître les volontés d'un tel être suprême, en offrant aux mortels étonnés et ravis un code divin écrit. Avant cette révélation, Dieu est insaisissable, on le reconnaît comme l'être primordial, et le monde comme sa révélation ; voilà l'abrégé et la formule des plus anciennes religions.

“des sanctuaires élevés à la divinité du premier âge de l'Égypte”

Partout où il y a des populations primitives, il y a aussi des pyramides. Nous ne contestons pas néanmoins une date bien postérieure à quelques-uns des monuments encore existants, et qui présentent cette forme. L'habitude est une seconde nature. Des circonstances et des influences dont l'histoire ne nous a conservé aucun souvenir, ont maintenu, à côté d'une religion nouvelle, bien des idées et des choses de la religion qui l'avait précédée. Il en a été aussi de même pour l'art, et pour l'architecture surtout. Car il faut des siècles pour inventer les temples et les palais de Thèbes, le parthénon d'Athènes et la cathédrale de Reims !
Il n'y a pas de doute pour nous que les immenses pyramides de Memphis ne soient des temples, des sanctuaires élevés à la divinité du premier âge de l'Égypte, de cet âge qui précéda la venue d'Hermès, du Toth égyptien, qui, ayant passé par trois formes, Pahitnoufi (celui dont le cœur est bon), Ahirosnofri (celui qui produit les chants mélodieux) , et Méui (la pensée ou la raison), vient révéler sur les bords du Nil de nouveaux dieux, l'écriture, les nombres et les mesures !
Avant cette grande époque tout est simple, tout est primitif, tout est symbolique comme les pyramides. Dieu n'est point séparé de sa création, il forme un tout avec elle, Dieu et la terre, la terre et Dieu, sont une seule et même chose. L'architecture exprima ce que la religion pressentait. Sur une base carrée, où on voit le nombre quatre, le représentant du monde, s'élèvent quatre triangles qui se réunissent au sommet perpendiculairement au-dessus de l'intersection des deux diagonales du carré de la base. De plus, les angles de toute pyramide sont orientés exactement à l'un des quatre points cardinaux. Que voyons-nous donc dans ces formes et leur réunion intime, autre chose, si ce n'est Dieu s'élevant au-dessus de la terre, et la terre qui conserve sa position naturelle, la position horizontale, telle que les anciens se la figuraient.
Si le hasard était le seul auteur de cette forme remarquable qui exprime si parfaitement l'idée de l'ancienne religion, il serait vraiment bien extraordinaire qu'il eût formé plutôt cette combinaison que telle autre ; car malgré la forme et les éléments si simples de la pyramide, il faut pour la produire une sorte d'intelligence coordonnatrice. Et c'est précisément celle que nous apprenons à connaître chez les hommes qui suivaient le culte simple de la nature, et qui par cette coordination des choses matérielles et spirituelles ont préparé le second âge, l'âge des révélations, ou réputées telles, lors de leur apparition dans le monde. (...)
... dans le voisinage de Bénarès, dans l'Inde, il existe des temples de forme pyramidale, et qui ont une communication directe avec le Gange, par des galeries souterraines. Lorsqu'on décrivit à des brahmanes savants les pyramides d'Égypte, ces érudits conclurent immédiatement, qu'il devait y avoir dans ce pays, un fleuve sacré, et que les pyramides d'Égypte devaient avoir certaines dispositions se rapprochant de celles de leurs monuments. Il existe effectivement, dans la grande pyramide de Ghizé, un puits à l'entrée de la galerie horizontale, dans lequel on est parvenu à descendre à plus de 16 mètres au-dessous du niveau du Nil. Ce rapprochement est au moins curieux, et prouve une même croyance dans deux pays bien éloignés l'un de l'autre ; ce qui ne doit pas nous surprendre lorsque nous réfléchissons à l'origine commune des peuples et aux croyances des religions primitives, qui, sorties de la même patrie, devaient par conséquent aussi se ressembler et se continuer même en s'éloignant du centre primitif.

Une construction intérieure “fort simple”

On nous objectera peut-être que, pour élever les pyramides, il faut une certaine science qu'on ne peut accorder à la civilisation à laquelle elles appartiennent selon nous. D'abord la forme extérieure est la plus simple qu'on puisse inventer. La construction intérieure est fort simple aussi ; ce ne sont que des couloirs et que des salles. Avec les matériaux employés, la coupe des pierres se réduit à peu de chose. Cette science se complique lorsqu'on a de grands espaces vides à couvrir, lorsqu'il y a des poussées et des culées à calculer, et lorsque surtout les matériaux sont tendres et de petites dimensions. Une preuve de ce que nous avançons, se trouve en Égypte même, où on connaissait la voûte fort anciennement, mais où on n'appréciait pas son économie de matériaux et de temps. Là, séquestré du reste du monde, de trois côtés par des déserts immenses, du quatrième par la mer, il fallait trouver les moyens d'employer la quatrième caste et la plus nombreuse, celles des villes ; et pendant les inondations du Nil, la troisième caste, celle des agriculteurs. Le despotisme des Pharaons, leurs richesses, la superstition et le besoin de vivre, firent entreprendre les palais et les temples gigantesques que nous admirons.
L'usage du fer a été connu en Égypte, dans des temps très reculés, car la nécessité le fit trouver. Il fallait absolument bâtir, et bâtir en pierre, puisqu'il n'y avait point de bois. Or, pour tailler la pierre, il faut du fer, et, si la taille perfectionnée des plus anciens monuments égyptiens, des pyramides, nous étonne, pensons que le frottement d'une pierre contre une autre produit des parements et des faces plus lisses, que toute l'habileté et le talent de l'homme les peuvent produire. Mais où ce talent manque, il y supplée par la patience. C'est ce qui est arrivé souvent dans les temps primitifs. Le commerce avec les étrangers n'était pas important chez les Égyptiens. Leurs manufactures et leurs marins n'absorbaient pas une masse considérable de la population. Ils n'ont jamais eu de flottes ; leur marine ne consistait qu'en barques, qui ne s'éloignaient pas des côtes. Lorsque le roi Néchâo, au commencement du septième siècle avant Jésus-Christ, si au reste l'histoire est vraie, lorsque ce prince, disons-nous, voulut entreprendre une expédition maritime, il n'en trouva pas même les moyens dans son royaume. Il fut obligé d'engager pour son entreprise des navires phéniciens et des hommes, qui de tout temps, pour ainsi dire, furent les maîtres de la mer et du commerce entre l'Europe et l'Asie occidentale.
La civilisation égyptienne est restée concentrée aux bords du Nil. Elle était antique, grande, belle, quoique restée sans imitation; ses monuments sont là pour le prouver, et ce sont des témoins irrécusables. Mais une civilisation plus reculée encore existait dans l'Inde. Cette partie du monde ne nous offre pas de monuments d'une conservation telle que ceux de l'Égypte, parce que le changement des empires, les conquêtes et les dévastations ont passé sur eux et les ont réduits en ruines. L'Égypte, au contraire, dans un coin du grand théâtre de l'antiquité, a longtemps été épargnée ; et lorsque des conquérants sont venus la visiter, ils ont détruit tout ce qu'il était possible de détruire. Mais la solidité des monuments et le granite résistèrent à la vengeance des hommes. Voilà aussi pourquoi nous y voyons des monuments si anciens."

Une religion “qui fuyait la lumière et cherchait les ténèbres”

Les pyramides de l'ancienne Memphis se retrouvent aujourd'hui à Ghizé ; elles sont situées sur la rive gauche du Nil, en face du Caire. Il y en a six : une grande, attribuée à Chéops par Hérodote, à Chembes par Diodore ; une autre d'une proportion inférieure, élevée, dit-on, par Chéphren ; une troisième de moyenne grandeur, qui a pour auteur supposé Mycérinus, et enfin trois petites sans nom de fondateur. (...)
Le site où sont placées ces pyramides, sur la rive gauche du Nil et contre la chaîne des montagnes libyques, forme un plateau de figure elliptique, avançant vers la plaine et occupant une anfractuosité de la montagne entre deux sortes de caps ou promontoires plus élevés, qui l'entourent vers le sud et le nord. La hauteur du plateau est de 42 mètres au-dessus de la vallée ; sa longueur est d'environ 2100 mètres de l'est à l'ouest. Sa longueur, du sud au nord, est de plus de 1500 mètres. Le pied des pyramides est élevé de plus de 32 mètres au-dessus des plus fortes inondations du Nil. (...)
Les pyramides sont exactement orientées. Chacun de leurs angles est tourné très régulièrement vers un des quatre points cardinaux. Si ces monuments n'avaient été que de simples tombeaux , quels eussent été le motif et l'utilité de cette orientation régulière ? Cette circonstance s'explique tout naturellement si on admet que la pyramide était une représentation de la terre, une image de la création de Dieu, un temple enfin qui lui était consacré. Nous avons déjà dit que les corridors, les salles et les sarcophages qu'on avait trouvés dans l'intérieur de ces monuments gigantesques, ne détruisaient pas notre hypothèse. C'était dans ces souterrains artificiels, loin du soleil et des hommes, pour ainsi dire, que se célébraient les mystères du culte de la nature, de cette religion qui fuyait la lumière et cherchait les ténèbres.”

vendredi 4 août 2017

Les grandes pyramides étaient-elles peintes ? Les avis d'André Pochan et Jean-Philippe Lauer



Selon André Pochan :
"... il est indiscutable que la Grande Pyramide a bien été recouverte d'un enduit-peinture à base d'ocre rouge.
L'hypothèse des experts chimistes du Musée Egyptien, rapportée par M. Lauer, ne peut être sérieusement retenue. S'il en était ainsi, la teneur en fer et en manganèse de la roche du parement devrait être une fonction continue décroissant proportionnellement avec la profondeur, c'est-à-dire que les analyses effectuées sur des échantillons prélevés à des profondeurs croissantes devraient révéler des teneurs en fer et en manganèse décroissantes. Il n'en est rien. À moins de deux millimètres au-dessous de la couche superficielle, il n'y a plus trace ni de fer ni de manganèse. Ces deux éléments ne proviennent donc pas de la roche elle-même, et leur présence est, sans aucun doute possible, due à un apport extérieur.
D'ailleurs, si l'on admet les conclusions des experts chimistes du Musée Egyptien, il est évident que le soi-disant phénomène de condensation superficielle des sels de fer contenus dans la roche elle-même devrait se continuer au cours des âges et de nos jours encore. Or, la Grande Pyramide a été dépouillée de son revêtement sous Saladin ( 1176 ap. J.-C.) et les blocs remployés à l'édification de la Citadelle et de certaines mosquées du Caire. Depuis plus de 700 ans qu'ils ont été mis au jour, les blocs du noyau de la pyramide, de même nature et de même provenance que les blocs de parement, devraient, atténués peut-être, présenter le même phénomène de condensation superficielle des sels de fer et être devenus rougeâtres. Ainsi qu'on peut aisément le constater, il n'en est rien et il en est de même pour les blocs constituant le noyau de la troisième pyramide, laquelle est également entièrement dépourvue de son revêtement calcaire qui prolongeait, jusqu'au sommet, son revêtement de base en syénite.
Au contraire, les blocs inférieurs du noyau de la pyramide de Khéphren sont, en maints endroits, nettement teintés en rouge et cela suivant des traînées verticales bien visibles. Ce phénomène est aisément explicable car cette pyramide a conservé, à sa partie supérieure, une partie de son revêtement ; les eaux de pluie, délavant l'enduit-peinture du parement encore en place, ont ruisselé sur les blocs inférieurs du noyau et les ont teintés en rouge. La face du Sphinx présente nettement le même phénomène de délavage.
Ces constatations élémentaires corroborent donc les résultats des analyses chimiques et spectrales et il n'est pas douteux que les grandes pyramides aient été recouvertes d'un enduit à base d'ocre rouge, la théorie de condensation superficielle des sels de fer étant insoutenable.
Mais la preuve formelle de notre conclusion consiste dans le quatrième fragment du revêtement de la pyramide de Khéops, fragment actuellement au Musée du Louvre. Ce fragment présente, par endroits, des bavures d'enduit de deux millimètres d'épaisseur environ ; cet enduit, qui devait être assez fluide au moment de l'emploi, a coulé entre les blocs qui surmontaient celui d'où provient le fragment ; une partie de bavure est d'une teinte nettement rouge. M. Boulanger ne voulut pas prélever les échantillons nécessaires à ses analyses sur ce fragment afin de ne pas le détériorer, sa vue, seule, devant lever tout doute possible.
Tenter d'expliquer, ici, la présence de la couche ferrugineuse par le phénomène de condensation superficielle serait extravagant car la couche se trouve sur la face plane supérieure horizontale du bloc de parement, laquelle face était protégée de l'action des agents atmosphériques par le bloc immédiatement superposé.
D'ailleurs, on peut trouver, en place, à la base de la face Sud de la Grande Pyramide, des blocs présentant à leur partie supérieure des bavures analogues d'épaisseur variable, dues à la coulée de l'enduit dans les joints des blocs de revêtement.
En définitive, il est, pour nous, incontestable que les revêtements des grandes pyramides de Giza ont été peints."

Réponse de Jean-Philippe Lauer :

"M. Pochan nous aura permis de préciser certaines questions, et de constater que nous ne sommes à l'heure actuelle en possession d'aucun élément qui puisse autoriser à dire que les grandes pyramides de Guizeh et de Dahchour, sauf la réserve faite pour la plus petite, celle de Mykérinos, aient été couvertes d'un enduit de peinture. Tout concourt, au contraire, à confirmer la thèse maintes fois soutenue par notre regretté confrère Alfred Lucas et par le Dr. Zaky Iskander, son successeur à la direction du laboratoire de chimie du Musée Égyptien. Si les quatre plus grandes pyramides avaient jamais comporté un enduit peint, ce qui semble bien improbable, celui-ci délavé par les pluies et surtout décapé par les vents de sable, aurait totalement disparu au cours des siècles, et la couche colorée, objet de la présente discussion, n'est autre qu'une patine plusieurs fois millénaire, produite naturellement sous l'action chimique des agents atmosphériques."

Le totalité de cet article, via Digital Giza : ICI 
 
 

jeudi 3 août 2017

"The grand gallery represented the divine palace, the ideological complement of a gigantic superstructure built to celebrate the king as sun-god" (Luca Miatello)



"The identification of the functions of the peculiar features on the west and east sides of the grand gallery is one of the most difficult problems in old Kingdom architecture, because of the multiple variables involved. The large number and systemic regularity of slots, niches and trapezoidal cuttings cannot be related exclusively to the function of parking the granite plugs, which were probably only three or four. Also, the granite plugs in the gallery were roughly in balance of forces and therefore a ‘safety system’ was required, rather than a ‘retaining system’. The slots appear to be sockets for vertical objects and were likely conceived to function with the niches. Also, the grooves in the third corbel do not seem to be appropriate for the insertion of large planks. It is, therefore, more plausible that they were conceived for a transversal beam, which would have allowed to lift up stone objects.
Multiples of seven, nine and 11 cubits occur frequently in the design of the pyramids of Snefru and in the Great Pyramid. A parallel phenomenon is the recurrent use of particular numbers of elements in architectural and iconographical features. A numerical pattern, for example recognizable in the arrangement of columns in the upper temple of Khufu and in the disposition of statues of the king in the valley temple of Khafra, envisaged seven elements or multiples of seven along the sides of a rectangular structure. This scheme is found also in palace-façade decorations of old Kingdom sarcophagi at Giza, introduced for the first time by sons of Khufu, and in later symbolic representations. Numerical arrangements such as the 14 panels on each of the west and east sides of the sarcophagus of Kaemnefret probably made reference to the scheme in the grand gallery of Khufu, in which 14 pairs of palace-façade slabs would have been inserted into the slots on each of the west and east sides of the monument. The palace-façade is used in the Giza necropolis during the 4th dynasty as decoration of tombs and chapels of members of the royal family and high officials, according to a scheme derived from Saqqara. In the pyramid complex of Menkaura, a simplified palace-façade panelling is found in the corridor-chamber of the pyramid (which is located, exactly as the grand gallery, before the portcullises), and on the inner walls of the open court in both temples. The analysis of the dimensions of the grand gallery provides a further crucial evidence : the perpendicular height of the grand gallery is 14 cubits from the top of the ramp benches, 15 cubits from the floor. The length of the burial chamber of Unas is 14 cubits in the lower section, characterized by a palace-façade decoration, and 15 cubits in the upper section of the gable. All burial chambers decorated with palace doors, from Teti to Pepi II, are 15 cubits long, and the panelled vestibule in the Menkaura pyramid measures 7 1/2 cubits, which is half of 15 cubits. The use of the numbers 14 and 15 for the dimensions in cubits of a room in old Kingdom pyramids can be traced back to the numerical pattern of 14/15 palace doors in the temenos wall of the mortuary complex of Netjerykhet. Fundamental in such pattern is the number 14, and this would account for the choice of 14 pairs of palace-façade stelae on each of the west and east walls of the grand gallery. Numerical choices in the design of the gallery and its features can be thus considered architectural markings of a room decorated with the palace-façade. Further to express a symbolic significance, palace-door stelae inserted into the notches in the grand gallery presumably served as safety system for the granite plugs and as footholds in the lowering of the plugs to the northern part of the gallery.
The architecture and decoration programme of Old Kingdom royal mortuary complexes involved ideological schemes, based in particular on the representation of the three Egyptian cosmic realms (netherworld, world, heaven) and their interaction, but the forms in which the individual principles were realised in tombs and temples were various and interchangeable. The grand gallery represented the divine palace, the ideological complement of a gigantic superstructure built to celebrate the king as sun-god. A parallel scheme would have been more soberly realised in the refined vestibule of the pyramid of Menkaura." (Luca Miatello)

L'article intégral proposé par Digital Giza : ICI