mardi 13 juin 2017

Quelques “notes diverses sur les Pyramides”, par Auguste Mariette - XIXe s.


Extraits de Les Mastabas de l'ancien empire - Fragment du dernier ouvrage de Auguste Mariette, publié d’après le manuscrit de l’auteur, par Gaston Maspero, 1889



"Sur la Grande Pyramide, à l’entrée du premier couloir incliné, sont sculptées les deux inscriptions suivantes :

Un peu à gauche au dessus de cette ouverture carrée qui conduit dans l’intérieur, on lit la date 1504. Et à l’entrée même du couloir, on remarque l’inscription ci-après : DAVISON. 1764.= On sait que la découverte du premier entresol au dessus de la chambre du Roi est due à Mr Davison qui a été en Égypte avec Mr Montagne. Willinson fixe l’ouverture de cette première des cinq petites chambres à l’année 1763. C’est donc une erreur à corriger.

Le système d’appareillage des pierres par arêtes verticales inclinées paraît être particulier à l’époque à laquelle remontent les Pyramides. J’ai observé l’emploi de ce système:
1° au côté Est vers l’angle Sud-Est de la 3ème Pyramide ;
2° au temple oriental situé en face de la 2ème Pyramide ;
3° à la chaussée inclinée qui précède la 2ème Pyramide ;
4° au monument situé au Sud-Ouest du Sphinx ;
5° à la digue du Sud ;
6° enfin à tous les tumulus orientés qui entourent la Grande Pyramide.

Je n’ai pu vérifier si les pierres de la chaussée du Nord offrent cette disposition, car le temps les a tellement rongées qu’il est difficile aujourd’hui de distinguer entre les joints de la construction et les cassures que les siècles ont formées.
Il est douteux que ce système ait été employé dans la construction de la 1ère Pyramide. Je n’ai pu le vérifier, c’est-à-dire trouver un exemple concluant. Au dessous de l’entrée, les fouilles du colonel Wyse ont mis au jour une vingtaine d’assises moins ruinées, moins ébréchées que les autres ; les pierres y ont conservé leur adhérence primitive, et c’est précisément là que le point en question ne se vérifie pas.
Il est tout aussi douteux qu’on ait usé de ce mode de construction pour la 2ème Pyramide. Vers la base règnent tout autour du monument quatre ou cinq assises que le temps a beaucoup plus respectées que les autres, parce que d’abord, les pierres ont été mieux choisies, et ensuite qu’elles ont été appareillées avec beaucoup de soin. Les lignes verticales n’y paraissent pas dévier et en deux ou trois cas seulement, on croit remarquer une déviation de la perpendiculaire à l’horizon qui n’est d’ailleurs que tout au plus de 0,02 pour 1 mètre, tandis que dans les tumulus voisins, elle va quelquefois jusqu’à [lacune] qui est le point extrême que j’ai observé.

Au dessus de ces quatre assises, il est impossible de s’assurer du fait, car les pierres n’ont jamais été appareillées régulièrement et les vides entre elles sont partout remplis avec des éclats et du ciment. Ce n’est qu’en montant plus haut encore et en arrivant aux deux tiers de la pyramide qu’on rencontre une construction plus régulière ; mais les joints des assises y sont parfaitement verticaux. Il en est de même au revêtement où pas une pierre n’a été employée sans avoir été préalablement taillée d’équerre.
D’ailleurs le système d’assises à joints inclinés n’est employé nulle part dans l’intérieur d’aucune des pyramides quoiqu’on en ait fait usage dans l’intérieur de tous les tumulus environnants.
L’état de dégradation de toutes les petites pyramides m’a empêché de reconnaître si le fait observé autre part s’y rencontre. On ne le reconnaît pas dans le petit nombre de pierres encore adhérentes l’une à l’autre que les fouilles du colonel Wyse ont mises au jour.
En descendant la colline de décombres amoncelées au devant de l’entrée de la Pyramide de Chéops, on remarque à la troisième ou quatrième assise du côté Nord-Est, deux pierres qui prouvent aussi évidemment que possible que l’architecte de ce monument a connu et appliqué au moins une fois le système d’arêtes verticales inclinées.
Sur la pierre qui sépare dans la Grande Pyramide le commencement du couloir de la chambre de la Reine de la grande voie qui conduit à la chambre du Roi, on remarque l’inscription :
Un peu à gauche, une main chrétienne a tracé le monogramme suivant :
Les architectes du petit temple situé à l’orient de la troisième pyramide ont employé une pierre dont les dimensions sont : Largeur : 5 mètres 50 - Hauteur : 1m 90 - Épaisseur : 1m 80.
Sur le mur de face situé en haut du grand couloir de la Pyramide de Chéops, on lit l’inscription suivante dont voici un fac-similé :
Cette inscription paraît être la plus ancienne de toutes celles qui existent dans cette chambre du monument. Toutes les autres en effet montrent à nu le blanc du calcaire dans lequel elles sont entaillées ; dans celle-ci au contraire le fond des lettres a pris la teinte fumeuse répandue sur tout le mur sur lequel on la trouve.

J’ai recueilli dans la Grande Pyramide les dates antérieures à l’expédition de Bonaparte, inscrites par les voyageurs. Deux seules parties du monument offrent quelques-unes de ces dates ; la chambre du Roi n’en offre aucune à cause de la dureté du granit, quoique des voyageurs modernes aient trouvé le moyen d’entamer cette pierre pour y inscrire leurs noms. La chambre de la Reine n’en offre pas non plus, quoique le calcaire dont les murs sont bâtis se laisse facilement entamer. Les deux seuls points où on en trouve sont le grand couloir élevé de l’intérieur et les pierres mêmes disposées autour de l’entrée. Voici ces dates par ordre chronologique. Je marque d’une + celles de l’intérieur :
On remarque aussi le chiffre de date ancienne.
Les deux sarcophages de la Grande et de la seconde Pyramides sont tous deux taillés dans la forme particulière dont Nestor L’Hôte a donné un dessin page 140 de ses lettres.

Dessin de Nestor L'Hôte
Celui de la chambre de Belzoni est parfaitement intact. Celui de la chambre du Roi l’est beaucoup moins, grâce au vandalisme des voyageurs. La rainure en biseau peut encore cependant se reconnaître et les deux trous dans lesquels on introduisait les boulons mobiles se reconnaissent parfaitement.

Le jour de ma première visite à l’intérieur de la deuxième Pyramide (19 nov. 1850). On reconnaissait les traces du séjour prolongé d’une nappe d’eau au fond de la petite chambre souterraine située entre la chambre principale et l’entrée. Des traces d’eau courante se reconnaissaient aussi sur le couloir qui aboutit à cette chambre souterraine. Les Arabes prétendent avec raison que cette eau provient de la pluie qui s’infiltre par les crevasses de l’édifice.”