mardi 8 août 2017

“Les pyramides n'ont pas été construites à vue d'oeil et sans aucun plan, mais sans doute d'après un formulaire pratique résultant d'une longue expérience” (Georges Bénédite - XIXe-XXe s.)


Extraits du Guide Joanne “Égypte”, 1900, rédigé par Georges Bénédite (1857-1926), conservateur des antiquités égyptiennes du Louvre, professeur suppléant (de Gaston Maspero) au Collège de France, découvreur du mastaba d'Akhethétep à Saqqarah.

Illustration extraite du Guide Joanne “Égypte”
“Les pyramides sont des tombes royales : la certitude en est acquise depuis l'antiquité et toute théorie tendant à méconnaître ce caractère exclusif pour le subordonner à d'autres points de vue est complètement erronée et ne mérite plus l'examen.
Elles sont toutes sur la rive g. du Nil, et presque toutes dans la partie de l'Égypte comprise entre la pointe du Delta et le Fayoum. Lepsius en a examiné 67, mais le nombre en est plus considérable ; il est encore incertain, du fait que la plupart de ces monuments sont dans un tel état de ruine qu'on a souvent peine à les distinguer des mastabas du voisinage.

La première question qui se pose au sujet des pyramides est leur âge et leur attribution. Il y est répondu : 1° par les auteurs anciens qui ont recueilli directement ou transmis des traditions recueillies en Égypte ; 2° par le contenu des pyramides ou la présence de certains indices dans leur voisinage immédiat. À la première source d'information, nous devons d'identifier les trois grandes pyramides et la pyramide S. du groupe des petites pyramides de Gîzèh. Les textes contenus à l'intérieur des pyramides et dans les ruines (temples ou tombes) de leur voisinage, nous ont fourni l'identification de treize autres monuments. Le reste est encore inconnu.

Il ne semble pas que l'on ait construit de pyramides en Égypte après l'invasion des Pasteurs. Nous connaissons encore trop peu le genre de sépultures royales adopté au temps des dynasties thinites ; une seule pyramide peut être attribuée à la IIIe dyn., mais, comme elles abondent pour la IVe, la Ve et la VIe, et qu'elles reparaissent sous la XIIe, nous sommes fondés à supposer que les pyramides restées sans attribution appartiennent aussi à cette période. Abandonné depuis lors en Égypte, ce mode de sépulture fut repris de longs siècles après, par les rois éthiopiens de Nouri et du Gébel Barkal, contemporains des Saïtes, mais subit une déformation et constitua un type nouveau que nous n'avons pas à examiner ici.

Les pyramides (...) avaient chacune leur nom. Ce nom était formé du nom royal de leur possesseur et d'une courte formule attributive. On connaît les noms de 24 pyramides (...).
Les pyramides n'ont pas été construites à vue d'oeil et sans aucun plan, mais sans doute d'après un formulaire pratique résultant d'une longue expérience. Les proportions en étaient établies à l'aide de calculs dont on a pu se faire idée par le papyrus mathématique du Musée Britannique. Des considérations tirées de la comparaison des formes dans certaines pyramides (XXXII de Saqqârah, LVI de Dahchour, Meîdoûm) induisirent Lepsius, et d'autres à sa suite, à supposer que ces monuments n'avaient pas été bâtis d'une seule venue, mais résultaient des agrandissements successifs d'une pyramide initiale, en quelque sorte provisoire.
Pour Lepsius, en particulier, cette pyramide serait devenue le noyau central d'une construction à plusieurs couches. Une pareille tombe, commencée au début d'un règne, aurait eu l'avantage d'être bientôt prête à toute éventualité, et le prince n'aurait eu à s'en remettre à son successeur que du soin de terminer la couche en voie de construction et de clore la pyramide.
M. Maspero a combattu cette théorie : pour qu'elle fût exacte, il faudrait que la dimension des tombes fût proportionnelle à la durée du règne du roi constructeur, ce qui n'est pas le cas. La thèse de Maspero, qui est aussi celle de Fl. Petrie, a pour conséquence de faire considérer la pluralité des chambres et des couloirs dans une même pyramide comme une combinaison destinée à dépister les recherches. M. Borchardt, sans complètement reprendre la théorie de Lepsius, a prétendu au contraire que la complexité des dispositions n’a pu avoir d'autre cause que la transformation et l'agrandissement du plan initial.

Les pyramides étaient, à quelques exceptions près, bâties sur plan carré et orientées avec plus ou moins d'exactitude. Elles étaient assises de préférence sur un sol rocheux, à l'abri de l'inondation. Les accidents du terrain ne rebutaient pas le constructeur, qui savait en tirer le meilleur parti. Quand les pyramides n'ont qu'une chambre, cette chambre est toujours dans le roc. Dans le cas contraire, l'une est dans le sous-sol, tandis que l'autre ou les autres s'abritent dans le noyau construit. L'aménagement de la chambre comporte parfois des éléments rapportés, tels que les dalles de granit qui forment sa voûte.
Le noyau de la pyramide est tantôt en pierre, tantôt en briques crues. Il était monté au moyen du plan incliné. Le revêtement, en pierre choisie (calcaire ou granit), était placé dans le sens inverse, c'est-à-dire de haut en bas ; au fur et à mesure qu'une assise était terminée, on abaissait d’autant le plan incliné.
Les couloirs, partie excavés, partie bâtis dans le noyau, étaient séparés de la chambre par une fermeture à herse, formée d'une ou de plusieurs dalles de granit glissant verticalement dans des coulisses. L’orifice extérieur était également fermé par un système de herse qui pouvait varier d'une pyramide à l'autre. Ainsi, selon Fl. Petrie, la porte extérieure de la Grande Pyramide de Gizeh aurait été une dalle mobile suspendue, en cloche, par son pivot. Quoi qu'il en soit, cette dalle était elle-même recouverte après coup par le revêtement. Quant aux questions que soulève l'aspect extérieur de la pyramide complètement revêtue, nous les négligeons résolument : aucune des données fournies par Hérodote et les écrivains arabes n'étant acceptable dans sa forme, on peut dire que c'est là un simple thème à controverse.”