samedi 8 février 2020

"La création de cette montagne de pierre était un miracle d'organisation" (Arthur Weigall, à propos de la pyramide de Khéops)


photo d'Émile Béchard (1844-18..?) 


"Le nouveau monarque qui est (...) le premier de la IVe dynastie et qui monta sur le trône en 2789 avant Jésus-Christ, s'appelait Khoufou, nom que les Grecs ont rendu par Khéops ; il paraît avoir été fils de Snefrou, bien que probablement d'une femme de rang inférieur. D’après les données dont nous disposons, il était fanatique en matière
religieuse et favorisa peut-être le culte du dieu-soleil Rê au détriment du reste du panthéon, car Manéthon dit de lui qu' "il était arrogant envers les dieux, mais écrivit néanmoins un livre sacré que les Égyptiens tiennent pour une œuvre de haute importance". Hérodote mentionne le fait qu'il aurait fermé certains temples et interdit les sacrifices. Mais, puisque sa mémoire a été révérée par bien des générations et que le culte de son esprit fut réintroduit deux mille ans plus tard, il semble que cette intolérance religieuse ait été inspirée par sectarisme et non par impiété.
Son œuvre la plus célèbre fut la construction de la Grande Pyramide qui dut commencer assez tôt sous son règne. En effet, à travers toute l’histoire de l'Égypte, la première préoccupation d’un pharaon, lorsqu'il montait sur le trône, était de préparer le lieu de son dernier repos et son équipement funéraire. Sur le plateau désertique situé derrière la ville de Memphis, s'élevait déjà la pyramide à degrés de Djeser et, quelques kilomètres plus au-sud, celle de Snefrou. Le choix du nouveau roi tomba sur un site plus au nord, en partie peut-être pour que son tombeau fût à l’écart des autres, en partie aussi afin d’être plus près du point géographique qui séparait la Haute de Basse Égypte, enfin pour avoir vue sur le temple duSoleil à On, de l’autre côté du fleuve. 
Au lieu choisi se trouvait un haut plateau de calcaire blanc d’où la vue s’étendait sur tous les environs. Vers le nord, la vallée s’ouvrait sur les grandes plaines du Delta ; vers le sud se déroulait le cours sinueux du Nil, bordé de champs verdoyants et de luxuriantes palmeraies et s’avançant du haut pays entre les falaises désertiques de l'est et de l’ouest. À quelques kilomètres au sud-est, les maisons blanches et les temples de Memphis se détachaient sur le vert des champs et, à une distance à peu près égale au nord-est, de l’autre côté du Nil, la ville sacrée d’On se profilait contre les falaises arides.
Sur ce plateau, on délimita un carré dont, chacun des côtés avait 230 mètres et dont la surface totale mesurait environ 54.000 mètres carrés. Sur cette base on édifia la pyramide dont la hauteur atteignit 146 mètres et dont les deux millions de blocs calcaires qui entrèrent dans sa construction représentaient un -volume de 2.500.000 mètres cubes. Dans les couches inférieures, la plupart des blocs pesaient deux tonnes et plus ; ces blocs devaient être portés par voie d’eau des carrières situées sur l’autre rive du fleuve, jusqu’au pied du plateau, et cela à l'époque des inondations, lorsque toute la vallée ne formait qu'un lac ; puis il fallait les hisser sur le plateau et les mettre en tas pour la construction. 
Durant les trois mois d'inondation annuelle, les paysans ne pouvaient pas travailler aux champs. Aussi, au cours de cette période, une armée d'ouvriers pouvait-elle être employée aux constructions sans que la prospérité du pays en souffrît. En fait, de fréquents rapports ultérieurs relatent qu’en utilisant une centaine de milliers d'hommes chaque année durant ces trois mois, toute la pyramide pouvait être terminée en vingt ans. Si ces chiffres sont exacts, il fallait poser au cours de chaque journée de travail une moyenne de 1200 blocs. 
Les blocs étaient hissés sur des traîneaux le long de rampes en zigzag, construites temporairement en briques séchées au soleil sur la face extérieure de la pyramide, une trentaine d'hommes sans doute ayant à s'occuper d'un seul bloc ; si chaque équipe avait besoin de deux jours en moyenne pour mettre en place un bloc, les mille deux cents qu'on édifiait chaque jour requéraient les services de 70.000 hommes, 17 à 18.000 ouvriers étant occupés sur chacun des quatre côtés de la pyramide.
Il y avait probablement 18 à 20 rampes en zigzag sur chaque face et tous les jours, au plus fort du travail, 80 équipes environ se succédaient les unes aux autres sur le sentier en pente, chacune hâlant un bloc sur son traîneau dont les patins avançaient facilement sur la surface qu'on avait rendue glissante en l’arrosant d’eau. (...)
L'extraction des blocs ses poursuivait probablement durant toute l’année et comme on employait à chaque saison environ 100.000blocs, il en fallait produire environ 2000 par semaine, soit près de 300 par jour, tâche que pouvaient facilement accomplir quelques milliers de carriers.
La création de cette montagne de pierre était un miracle d'organisation et le revêtement final des côtés de la pyramide au moyen de blocs polis et parfaitement ajustés constituait un chef-d'œuvre de technique. Les couloirs intérieurs et les chambres funéraires attestent dans leur construction une habileté inégalable car leurs blocs sont joints de façon presque invisible. L'entrée s'ouvre assez haut sur la face septentrionale ; après l’enterrement on l'obtura avec de la maçonnerie analogue à celle qui revêtait toute la surface, de manière que rien ne décelât sa position sur la face lisse et inaccessible de la pyramide. 
Pourtant le tombeau fut pillé à une époque où les pharaons n’existaient plus ; mais l’entrée ne fut découverte que lorsqu'on eut enlevé les pierres du revêtement pour les employer à d’autres constructions ou pour chercher à découvrir des trésors cachés. Durant toute l’antiquité, le pharaon reposa en paix au cœur de ce vaste benben du Soleil et son esprit semblait présider éternellement aux destinées de son peuple ; il vivait à jamais dans sa montagne de pierre blanche et resplendissante et son nom se transmettait d'âge en âge, révéré et inoubliable." 


extrait de Histoire de l'Égypte ancienne, 1949, par Arthur Edward Pears Weigall (1880-1934), égyptologue britannique, ancien inspecteur général des Antiquités du gouvernement égyptien 

mercredi 22 janvier 2020

"Les architectes égyptiens dévoilés - Sur le chantier de la Grande Pyramide", par Marco Virginio Fiorini - version anglaise


Traduction en anglais par Laura Elizabeth Miller de l'ouvrage Nel cantiere della Grande Piramide. Gli architetti egizi svelati, de Marco Virginio Fiorini.
Pour consulter cet ouvrage en sa version originale : cliquer ICI  



Présentation de l'ouvrage par son auteur :

"Fascinated by that far away world, my passion for Egypt dates back to when I was just a boy. As time went by, that simple curiosity towards an unknown world and its extraordinary civilization grew so much as to turn into the study of the most famous architectural wonder of the world: the Great Pyramid.
The only one of the Seven Wonders of the Ancient World to have resisted both sand and time, the Great Pyramid is the extraordinary essence of beauty, majesty, science, skill, wits, spirituality and... so much mystery.
The latter, enshrouding everything together under its cloak, makes of the Great Pyramid that unfathomable enigma, which mankind has been trying to solve for the last forty-seven centuries.
I am an architect. This great passion of mine in understanding how this marvel of engineering has been made possible is therefore natural.
I took up the challenge thrown at the sunrise of civilization by a people extraordinary for their design, organizational and executive abilities, despite their technological means being in the Bronze Age.
Living this adventure, I examined a great number of building hypotheses and met many researchers and lovers of this field.
The more I delved into the subject, the more I realized that, when not impracticable, almost all of the building theories presented more literary than engineering traits.
From a “professional” point of view, those theories reached technically contestable conclusions, reducing or even cancelling their soundness and sinking them into oblivion.
This gave me the impulse to write this kind of book and lay another hand on the subject, although this time placing it in a totally different context.
Not living the research experience as a “modern” technician, but as if I had been commissioned by the Pharaoh Khufu himself, to build a magnificent building in order to pass on the genius, culture and skills of the Egyptian people to posterity, rather than to his (presumed) tomb.
My aim was not to discover the “real” solution used by the Egyptians, but only a “plausible” building method that would allow me to manage to rebuild a copy of the Great Pyramid of Khufu, using the technology of those times.
For years I read and studied everything I could find on the pyramid. I thought it through, writing and drawing on thousands of sheets, in search of a solution. Or better, “The Solution.”
The problem that beset me most was how the Egyptians could have erected such an immense pyramid, managing to “guess” both the inclination and the direction of the four edges, without any clear point of reference to guide them.
It is simplistic, but with no marking or points of reference, it is unthinkable to build a similar structure, without making mistakes.
Therefore, I thought about the use of ropes. It is true, rope stretchers existed in Ancient Egypt and they were surely employed.
But, in this case, how could four ropes be stretched from the four corners at the base of the pyramid and be fixed more than 140 metres high in mid- air?
Magic? Paranormal powers? Extra-terrestrial help? Certainly not! This was a big problem and I could not see any way round it.
Then, one day, the solution came to me. Exactly: “The Solution”. It had been right there before my eyes and, as often happens, it was simple, almost obvious...
I have written this book to share this discovery with all of you. I hope I will have the pleasure to convey all the emotions and feelings that I experienced during the various stages of my research."



"Les architectes égyptiens dévoilés - Sur le chantier de la Grande Pyramide", par Marco Virginio Fiorini - version française

Traduction en français par Raymond Xhrouet de l'ouvrage Nel cantiere della Grande Piramide. Gli architetti egizi svelati, de Marco Virginio Fiorini.
Pour consulter cet ouvrage en sa version originale : cliquer ICI


Présentation de l'ouvrage par son auteur :

"J’aime l’Égypte depuis mon enfance, fasciné par ce monde si lointain. Avec le temps, mon intérêt a évolué, passant de la simple curiosité pour un monde inconnu et son extraordinaire civilisation, à l’étude de l’œuvre architecturale la plus célèbre du monde : la Grande Pyramide.
Seule des sept merveilles du monde à avoir su résister à l’énorme poids du temps, la Grande Pyramide est un extraordinaire condensé de beauté, de majesté, de science, d’ingéniosité, de spiritualité et... de beaucoup de mystère.
C’est précisément ce mystère, enveloppant l’ensemble dans son manteau, qui fait de la Grande Pyramide cette énigme impénétrable que l’homme essaie de résoudre depuis quarante sept siècles.
Je suis architecte. Mon grand désir de comprendre comment ce miracle de l’intelligence humaine a pu être réalisé est donc naturel. J’ai relevé le "défi" lancé à l’aube de la civilisation par un peuple extraordinaire, en raison de ses capacités de réalisation de projets, d’organisation et d’exécution et qui, pourtant, disposait de moyens techniques de l’âge du bronze.
Tout en vivant cette "aventure", j’ai examiné les hypothèses de construction les plus diverses. J’ai rencontré de nombreux spécialistes et des gens passionnés par ces questions. Au fur et à mesure que j’approfondissais l’étude du sujet, je me rendais compte que, lorsqu’elles n’étaient pas vraiment fantaisistes, presque toutes les théories sur la construction de la Grande Pyramide avaient un caractère plus littéraire que technique.
De mon point de vue, "professionnel", ces théories débouchaient sur des conclusions contestables au niveau technique, qui en réduisaient ou en annulaient le caractère sérieux et les reléguaient dans l’oubli.
Voilà donc la raison d’écrire un livre tel que celui-ci : étudier à nouveau le sujet mais en le situant dans un contexte complètement différent.
Vivre l’expérience de la recherche non pas comme un technicien moderne, mais comme si j’avais été chargé par le pharaon Khéops lui-même, d’ériger un édifice merveilleux, destiné à transmettre à la postérité le génie, la culture et la hardiesse du peuple égyptien plutôt que sa tombe (présumée).
Mon intention n’était pas de trouver la "vraie" solution des Égyptiens, mais uniquement une méthode de construction "vraisemblable", permettant d’être en mesure de reconstruire, aujourd’hui, une pyramide identique à celle de Khéops avec, cependant, les techniques d’autrefois.
Pendant des années, j’ai lu et étudié tout ce que j’ai pu trouver, concernant la pyramide. J’ai réfléchi longuement, j’ai écrit et dessiné sur des milliers de feuilles, en cherchant une solution. Je dirais même : "La solution".
Le problème qui me tourmentait le plus c’était de savoir comment les Égyptiens avaient pu ériger une pyramide aussi énorme en réussissant à "deviner" aussi bien l’inclinaison que la direction des quatre arêtes, sans disposer de points de repère précis.
C’est une affirmation banale mais, sans tracé et sans points de repère, il est impossible de construire une telle structure sans se tromper.
Mais alors ? On peut penser à l’utilisation de cordes. C’est vrai, dans l’Égypte ancienne, existaient précisément les "tendeurs de cordes", les arpenteurs ; ils ont certainement été mis à contribution.
D’accord. Mais, dans notre cas, comment pourrait-on tendre quatre cordes à partir des quatre angles, à la base de la pyramide, à plus de 140 mètres de hauteur, dans un ciel totalement vide ?
Magie ? Phénomènes paranormaux ? Aides extraterrestres ? Non, certainement pas ! C’était plutôt un vrai problème dont je ne voyais pas la solution.
Et puis, un jour, voilà la solution. Mais oui : "La Solution". Elle était vraiment là, devant moi et, comme cela arrive souvent, elle était simple, presque évidente...
J’ai écrit ce livre pour partager cette "découverte" avec vous tous. Mon espoir est de réussir, en quelque sorte, à faire partager les émotions et les états d’âme qui ont accompagné les différentes phases de cette enquête."