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jeudi 20 décembre 2018

"On est tout étonné d'avoir trouvé si merveilleux ce qui l'est si peu" (Le Journal des Savants, XVIIIe s., à propos de la théorie d'Hérodote)

L'auteur de l'extrait qui suit n'est pas mentionné. Ou, pour le moins, je n'ai pas réussi à l'identifier. 
Cet extrait fait allusion à la théorie d'Hérodote sur la construction des pyramides, telle qu'interprétée par Antoine-Yves Goguet (1716-1758), érudit et jurisconsulte, conseiller au Parlement de Paris (voir ICI sur cet auteur).

"Encore une petite discussion, Monsieur, qui vous fera connaître la manière de voir de juger de cet écrivain (Y. Goguet). Vous savez quelles masses c'étaient que ces pyramides d'Égypte, cette grande pyramide surtout dont on voit encore les restes étonnants : la plus petite pierre, dit Hérodote, n'avait pas moins de trente pieds. Comment avait-on pu élever les pierres à une hauteur si prodigieuse ? Cela avait paru inconcevable jusqu'ici. Il fallait, disait-on, que les Égyptiens eussent des ressources de mécanique au dessus de toutes nos connaissances. Hérodote avait bien dit que les pyramides étaient formées par différentes assises de pierres qui diminuaient successivement de largeur, de sorte que chaque face de la pyramide formait une espèce d’escalier ; qu’on employait de petites machines de bois simples et faciles à manier, pour transporter d'abord les pierres du terrain
jusque sur le premier degré : on posait ensuite la machine sur le premier degré pour élever les pierres sur le second, à ainsi de suite.
Cela était trop simple : le passage d'Hérodote a été trouvé inintelligible. Diodore qui a compilé tant de contes dans son Histoire, dit que les Pyramides avaient été construites par le moyen de terrasses inclinées, qui étaient faites de sel et de nitre, et qui furent ensuite fondues par l'eau du Nil. Pline qui adopte cette fable, y en ajoute d'autres. Un savant anglais (M. Greaves) qui a donné une belle description des pyramides, a imaginé qu'on avait d'abord bâti une tour, aux côtés de laquelle on appliquait le reste de l'ouvrage pièce à pièce ; comme si cela expliquait la difficulté d'élever de grosses pierres jusqu’au sommet de la pyramide ! Mr. Goguet, sans perdre du temps à exposer ni à réfuter les différentes opinions, prend le passage d'Hérodote à la lettre ; et comme cet historien ne décrit point la machine dont il parle, Mr. Goguet en imagine une très simple, et en donne le dessin.



C’est un poteau qui sert de point d'appui à un levier à bras inégaux, fixé par une cheville mobile ; le bras le plus court, - par le moyen d’une corde -, embrasse une des extrémités de la pierre, qui est un carré long, et des hommes tirent avec des cordes l’autre bras du levier. Une seconde machine posée à l’autre bout de la pierre fait la même opération, et par ce moyen il ne fallait que des hommes et du temps pour élever les plus lourdes masses à quelque hauteur qu'on eût désirée.
Cette machine qui ne suppose aucune invention, et qui ne vaut pas certainement nos grues, fait évanouir le prodige : on est tout étonné d'avoir trouvé si merveilleux ce qui l'est si peu. Il faut convenir que les Égyptiens n'auraient été que des enfants en mécanique s'ils n’eussent pas eu d'autres ressources.

Mais en voilà assez sur cet ouvrage estimable, exact sans beaucoup de profondeur, instructif sans beaucoup d'utilité, varié sans intérêt, et dans lequel on trouverait peut-être très peu des choses, je ne dis pas seulement à reprendre, mais même à contredire : mais tant de sagesse n’est pas le cachet du génie."

Extrait de Le journal des sçavans, combiné avec les mémoires de Trévoux, Volumes 32 à 37, chez Marc Michel Rey, 1758

vendredi 30 novembre 2018

Comment un professeur d'enseignement secondaire, au XIXe s., présentait les pyramides égyptiennes

Extrait de Histoire de la civilisation ancienne : Orient, Grèce et Rome, rédigée conformément au programme prescrit pour la 4ème année de l'enseignement secondaire spécial, 1887, par E. Maréchal (18..-19..), professeur d'histoire

photo de Félix Bonfils, 1885

"Les monuments les plus célèbres de l’Égypte sont les Pyramides, que les rois avaient élevées pour leur servir de tombeaux. "Car les Égyptiens, selon l'expression de Diodore de Sicile, appellent leurs habitations hôtelleries, vu le peu de temps qu'on y séjourne ; tandis qu'ils nomment les tombeaux demeures éternelles... C'est pourquoi ils s'occupent bien moins de la construction de leurs maisons que de celle de leurs tombes.
Les trois Pyramides les plus considérables sont celles de Gizeh, à environ 12 kilomètres au nord de Memphis et à 8 kilomètres à l'ouest du Nil ; elles remontent à la IVe Dynastie. La plus haute fut élevée par Khouwou ou Khéops ou Chembès ; elle est quadrangulaire ; chaque côté de sa base mesure 232 mètres, et la hauteur est de 147 mètres. "Le spectateur reste frappé d'étonnement devant la grandeur et l'immensité de ces ouvrages, dont l'exécution a exigé tant de bras... Cette Pyramide est entièrement construite en pierres dures, difficiles à tailler, mais dont la durée est éternelle. En effet, depuis au moins 1000 ans (quelques-uns en admettent 3 ou 4000) ces pierres ont conservé jusqu'à ce jour leur arrangement primitif et leur aspect. On les a, dit-on, fait venir d'Arabie, de bien loin, et on les a disposées au moyen de terrasses ; car alors on n'avait pas encore inventé de machines. Et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que ce monument se trouve élevé au milieu d'un pays sablonneux, où l'on n'aperçoit aucun vestige de terrasse ou de taille de pierres ; de telle sorte qu'il ne paraît pas être un ouvrage d'hommes, et qu'on croirait qu'il a été construit par quelque divinité au milieu d'une mer de sable." (Diodore)
L'entrée de la galerie intérieure qui conduit à la salle sépulcrale est sur la face nord-est, au niveau de la quinzième assise, à 45 pieds au-dessus de la base. 100 000 hommes, qui se relayaient de 3 mois en 3 mois, durent tirer les pierres de la Montagne Arabique, les transporter en barque de la rive droite à la rive gauche du Nil et les amener à la Montagne Lybique ; il fallut dix ans pour construire le chemin, vingt pour la Pyramide elle-même. Une inscription que l'interprète d'Hérodote lui expliqua portait que le prix de la nourriture des ouvriers, rien qu'en ail, raves, oignons et persil, avait monté à 1600 talents d'argent (8 800 000 fr.).
Khephren ou Khawrâ éleva la seconde Pyramide, un peu moins haute que la première, par les mains de prisonniers arabes, et comme cela ne suffisait pas, par celles d'Égyptiens accablés de corvées et de misères ; ceux-ci maudirent sa tyrannie et brisèrent, dit-on, ses statues. 

Menkera ou Mycerinus commença la troisième Pyramide, de dimensions fort inférieures aux deux autres."

vendredi 10 juin 2011

“Les récits d’Hérodote et de Diodore sur la structure de la plus grande pyramide [de Guizeh] sont totalement confirmés par les recherches modernes” (Max Duncker - XIXe s.)

L’historien et homme politique allemand Maximilian Wolfgang Duncker (1811-1886) est l’auteur d’une Histoire de l’Antiquité dont le premier des sept volumes est consacré à l’Égypte ancienne.
Sa description des pyramides de Guizeh est inspirée à la fois par les récits d’Hérodote et de Diodore de Sicile et par les modern researches, les auteurs de ces “recherches”, au nombre desquels on reconnaîtra Lepsius, ayant contribué au progrès des connaissances en égyptologie par une meilleure lecture des monuments.

Illustration de Woodward (1833)
“We have seen what care and labour the Egyptians devoted to their tombs, their "everlasting houses". The west, where the sun sets, and the desert spreads out in boundless expanse beyond the Libyan range, belonged in their minds to the gods of night, of the under-world, and of death. About ten miles to the west of Memphis there rises a desolate and barren plateau of rock, which for many miles runs parallel to the river, about 100 feet above the blooming and animated valley through which the Nile takes its course. In that rocky soil, which separates the fruitful land from the desert, the bodies of the dead were placed in chambers, either hewn in the solid stone, or, where the soil was less firm, built of masonry, and thus secured even from the overflow of the river.

Des rois, dans la vie comme dans la mort
Even the kings sought their resting-places on this plateau of rock. They, above all, gave attention to the solidity and durability of their tombs ; and in death, as in life, they wished to be kings. The place where a king rested must be marked as royal, and visible from a distance ; the grave of a king must tower over the rest ; his chamber must be of all most difficult to open. Thus at first blocks of stone were rolled upon the closed burial-place of a king, or a mound of earth was raised over it, if sand and soil were to be obtained in the neighbourhood. The strong winds which blew from the desert made it, however, necessary to secure these mounds, and cover them with stone. Hence by degrees the sepulchral heaps acquired a definite shape : they were rectangular structures, lessening toward the apex ; then, by extending the base and sharpening the gradient, they were brought into the form of pyramids, and thus obtained the greatest possible firmness and solidity. For a similar reason the core, or central part, was no longer made of earth, but of brick ; where blocks of stone could be obtained they were fitted into the core with more and more regularity, until at last these structures were completed within and without of rectangular hewn blocks of stone in regular layers, and artificial mountains of stone towered over the sepulchral chambers of the kings. (...)
About seventy of these structures, which rise in a long line on the plateau of Memphis, from Abu Roash to Dahshur, remain as witnesses of the rulers of the old kingdom of Memphis and their dependants, of the artistic skill and laborious industry of their nation. Of some only the bases and a few fragments are in existence ; of the largest, the points, and at least a part of the casing, are either decayed, fallen down, or broken off; for at a later time the Arabs used these monuments as quarries. 


Construction par accrétion
Three pyramids which stand in the neighbourhood of the modern Abusir are formed of rough blocks of stone, both in the cores and in the passages to the sepulchral chambers ; and these blocks are fastened together by mud from the Nile poured in between them ; their casings, now decayed, were of lime-stone blocks, and in height they extended from 150 to 200 feet. Others, originally at least, of an equal height, of which the core was regularly built of brick, are found farther to the south near Dahshur. The architecture of these remains shows that the kings of Memphis commenced building their tombs soon after their accession. They began, it would seem, with a core of moderate size, and in this they probably constructed a sort of temporary chamber. If time sufficed, the first plan was overlaid with new strata, and thus it gradually increased in size. Should the builder die before the whole was completed, the casing of the structure thus raised in the form of steps was left to the successor.
Between seven smaller pyramids, built regularly of stone blocks, which are about 150 feet in height, and of similar plan and structure, rise the three largest at Gizeh ; the highest was originally 480 feet in height, though now it measures only 450 feet ; the next greatest, standing south-west of the highest, is now 447 feet, and was originally 457 feet in height ; the third measures but 218 feet.
The second largest, originally twenty-three feet lower than the largest, is on a slightly higher level, the masonry is inferior to the largest, and the chamber lies immediately under the area of the structure.
The largest measures 716 feet, or 500 Egyptian cubits, on each side of the area ; the height along the slope is 574 feet, and the structure contains about ninety million cubic feet of masonry. Fifty feet above the original area, now covered with the sand of the desert, in the middle of the north side, there commences a gradually descending passage, about three feet broad and four feet high, leading to a chamber hewn deep in the foundation rock. This chamber lies more than one hundred feet below the level of the pyramid, exactly 600 feet under the apex, and in a perpendicular line with it ; it is thirty-six feet above the level of the Nile. From this passage to the chamber there branches off, just behind the entrance, a horizontal shaft, and from this rises an ascending passage leading to two chambers, one over the other, which, like the sepulchral chamber below, lie in the axis of the pyramid.
The third and smaller pyramid its sides measure 333 feet, and the height of the slope is 262 feet being built upon looser soil, required a greater substructure, on which it rose in five or six perpendicular and gradually diminishing stories, the spaces between being filled up with bevelled masonry. Up to a considerable height the casing consists of polished slabs of granite. Under this structure in the native rock lies a larger chamber, and behind this the sepulchral chamber.

Illustration de Russ Leander (1842)
Ce qu’Hérodote a appris de son guide-interprète
When Herodotus visited Egypt about the middle of the fifth century B.C., and questioned his interpreter and guide about the builders of these three pyramids, he was told in answer that they were built by Cheops, Chephren, and Mycerinus. He was told that Cheops first caused a road to be made from the stone quarries in the Arabian chain of hills the range east of the Nile down to the river, and again from the west side of the river to the high ground above Memphis. The road was built of smoothed stones five stades in length, ten fathoms broad, and at the highest places thirty-two fathoms high ; and it was intended to convey the materials from the Arabian side of the river. In making this road and building the subterranean chamber for the grave of Cheops ten years were consumed, although 100.000 men were constantly employed upon it by spaces of three months, when they were relieved by an equal number of fresh workmen. Twenty years were then spent upon the pyramid, of which each side and the height measured 800 feet ; it was built in such a manner that the structure was carried out by landings and steps, like a staircase. When the proper height was reached, the landings were covered from top to bottom with smoothed and carefully-fitted stones, and no stone is less than thirty feet. Under the surface was a canal carried in masonry from the Nile round the subterranean chamber. (Suivent les relations d’Hérodote et de Diodore)


Le “canal souterrain” : une simple légende
The accounts given by Herodotus and Diodorus of the structure of the largest pyramid are completely confirmed by modern researches. Even now it is thought that traces can be recognised of the causeway which served for the transport of the materials from the left bank of the Nile to the plateau. The pyramid itself is built in large regular steps constructed of squares of granite. The yellow lime-stone of the casing must also have been really brought from the Arabian side of the Nile, because better stone of that kind was found there. On the other hand, the account of a subterranean canal round the grave chamber is merely a legend of the people, who desired to adorn with new marvels the structure already so marvellous ; it is impossible, simply because the lower chamber, and not only the area of the pyramid, is above the lower level of the Nile. The 100.000 workmen of Herodotus, changed every three months, and the 360.000 of Diodorus a number formed from the days in the old Egyptian year have arisen out of the free invention of later times, although the building must certainly have occupied more than a decade of years


Ce que l’on sait des noms des bâtisseurs des trois plus grandes pyramides
Inscriptions are not found now on the external side of the pyramid. If such were in existence at the time of Herodotus, they certainly contained other things than those which the interpreter pretended to read there. The interpreters who served as guides to the travellers of that day in Egypt, as the dragoman does now, could hardly have read the hieroglyphics ; they contented themselves with narrating the traditions and stories popularly connected with the great monuments of past time, not without certain exaggerations arid additions.
But the names of the builders of the three largest pyramids, which these interpreters mentioned to the Greeks, are confirmed by the monuments. In the deep chamber of the largest pyramid there is no sarcophagus ; in the upper of the two chambers which lie in the axis of the pyramid there has been found, it is true, a simple sarcophagus of red granite, but it bears no inscription. Above these chambers, however, there are certain small spaces left open, with a view no doubt of diminishing the pressure of the stone-work upon them, and on the walls of these spaces is written the name, Chufu, Chnemu Chufu, in hieratic characters. The same name frequently recurs in the tombs surrounding this pyramid, in which, according to the inscriptions, the wives, sons, officers, and priests of Chufu were buried ; and among them the scribe of the buildings of the kings and the priest of Apis, who was at the same time keeper of the gates and of the palace. In this inscription the pyramid of Chufu is called "Chut". On a monumental stone found in the Apis tombs now in Cairo we read : "The living Horus, the King of Egypt, Chufu, has built a temple to Isis near the temple of the Sphinx, north of the temple of Osiris, and has erected his pyramid beside the temple of Isis." Chufu himself is not found in Egypt, but in the peninsula of Sinai he is pictured in relief on the rocks in the Wadi Maghara. He is represented as lifting his war-club against an enemy whom he has forced upon his knee and seized by the head-dress with the left hand. In an inscription in the same valley, the oldest which we possess, his predecessor Snefru claims to have subjugated these regions.
In the second pyramid, in the chamber under the surface, a sarcophagus of granite has been discovered on the floor without any inscription. But in the inscriptions on the graves, especially on the grave of the architect of King Chafra, his pyramid is mentioned as "the great pyramid". Between the paws of the Sphinx which stands to the north of the second pyramid, hewn out of the living rock, is a monumental stone, on which is read the name Chafra, and in the ruins of a temple lying near the Sphinx the same without doubt which is mentioned in the stone at Cairo seven statues have been exhumed, the inscriptions on which prove that they represent "the Master and Gold Horus, Chafra, the good god, the lord of the crown", i.e. King Chafra himself. And lastly, the inscriptions on the tomb of a woman whose name is read as Mertitef, prove that she was the chief favourite of Snefru and of Chufu, and had been united to Chafra. Hence Chafra must have succeeded Chufu, and the "great" pyramid built by him can hardly have been any other than that which now holds the second place.
In the sepulchral chamber of the third pyramid, it is known in the inscriptions as " Har, " i.e."the supreme", the sarcophagus of King Menkera with his mummy has been discovered. It is made of blue basalt, and bears the following inscription : "Osiris, King Menkera, ever living one ; begotten of the sky, carried in the bosom of Nut, scion of Seb. Thy mother Nut is outstretched over thee, in her name of the mystery of the sky may she deify thee and destroy thy enemies, King Menkera, ever living one."
It is therefore an ascertained fact that Chufu, Chafra, and Menkera were the builders of the three great pyramids.”
(texte extrait de The History of Antiquity, vol. 1)
Source : onread.com

Texte français de cet ouvrage : ICI 

mardi 3 mai 2011

Les pyramides d’Égypte “durent être à la fois les premiers temples élevés par les Égyptiens aux dieux, et les premiers tombeaux consacrés à leurs rois” (Louis-Auguste Martin - XIXe s.)

S’il fut, semble-t-il, un auteur très fécond dans le domaine de l’histoire des peuples et de la morale, Louis-Auguste Martin (XIXe siècle) n’aura pas, selon toute vraisemblance, contribué durablement au progrès des connaissances en égyptologie.
L’approximation de cette présentation est due au fait que, même en torturant mon ordinateur, je n’ai rien trouvé de bien certain sur cet auteur, si ce n’est que Barbey d’Aurevilly, dans Les œuvres et les hommes, aurait présenté en des termes plutôt critiques l’un de ses livres consacré à l’histoire de la morale. Mais il m’est impossible de garantir la véracité de ce rapprochement basé sur une possible homonymie.
En dépit de ce flou qui n’a rien d’artistique, je vous propose néanmoins un court texte du sieur Louis-Auguste Martin, extrait de son ouvrage Les civilisations primitives en Orient : Chinois, Indiens, Perses, Babyloniens, Syriens, Égyptiens, 1861. On y remarquera le contraste, très souvent souligné par les auteurs, entre les deux expressions les plus caractéristiques de l’architecture égyptienne ancienne : celle qui a donné naissance aux pyramides, et celle, beaucoup plus expressive et plus directement assimilée à l’art, qui a inspiré les temples de la Haute-Égypte.
Quant aux pyramides elles-mêmes, elle doivent se contenter, sous la plume de l’auteur, du strict minimum, à partir des très brèves références à Pline, Aristote, Diodore de Sicile et Champollion. Pour une fois, on aura au moins échappé à Hérodote !

Auteur inconnu - s.d.

“L'architecture égyptienne, cependant, subit dans les premiers temps d'heureuses modifications ; il y a loin des Pyramides aux monuments de Thèbes et de Memphis. L'architecture qui s'est formée et développée en Égypte, présente un cachet unique, original. Exécutés sous l'inspiration des rois et des prêtres, les palais et les temples ont affecté un style uniforme, et obéi comme les hiéroglyphes à une plan et à des règles déterminés. L'artiste n'inventait pas, il copiait ; aussi Platon rapporte-t-il que des modèles étaient déposés dans les temples ; qu'il était défendu aux artistes, sous peine de sacrilège, de rien changer aux règles : “Il y a plus de dix mille ans, ajoute-t-il, que ces règles ont été posées, et les œuvres de ces temps reculés n'étaient ni plus ni moins belles que celles de nos jours ; elles sont toutes, sans exception, travaillées sur un modèle.”
Et, en effet, les plus anciennes peintures sont identiquement pareilles aux plus modernes ; les différences qu'on peut y remarquer sont en faveur des premières, la domination étrangère ayant amené la décadence de toutes choses en Égypte. Les artistes n'étaient donc plus que des ouvriers chargés de faire de l'histoire plutôt que de l'art, d'exécuter des monuments et des inscriptions commémoratifs de grands événements et de hauts faits, de traiter des sujets religieux et politiques, d'après une formule consacrée.
On trouve encore à Thèbes des débris de constructions très anciennes qui ont servi de matériaux pour des édifices qui datent de plus de quatre mille ans.
Les plus simples ornements de ces édifices consistent en emblèmes qui renferment des dates et des faits historiques. Des bas-reliefs, entremêlés d'inscriptions, représentent avec fidélité la physionomie, le costume et les habitudes des peuples étrangers vaincus parles Pharaons (1).
Quant aux pyramides, les avis sont très partagés sur le mode de construction qu'on employa pour les élever. L'époque très ancienne où elles furent élevées ne saurait être déterminée positivement ; elles annoncent l'art dans son enfance, celui des constructions massives succédant aux blocs informes superposés.
Pline dit que près de quatre cent mille hommes travaillèrent à la construction de la plus grande dans l'espace de vingt ans. S'il en avait été ainsi, la population esclave, quoique très nombreuse, n'aurait pu y suffire ; elle aurait été secondée alors par celle des agriculteurs ou des industriels dans le temps de leur chômage : ce qui indique toujours, sinon une société complètement organisée, au moins de grandes ressources alimentaires mises à la disposition du gouvernement.
On a appliqué à cette construction cette observation d'Aristote, qu'un des moyens usités par les tyrans pour conserver leur puissance, est d'occuper tellement leurs sujets qu'ils n'aient pas le temps de conspirer.
Une inscription rapportée par Diodore deSicile constate que Sésostris n'employa aucun Égyptien aux monuments qu'il fit construire. Il n'est pas probable qu'on en ait agi ainsi pour les pyramides, car leur édification ayant exigé un trop grand nombre de bras, et remontant à une époque où les Égyptiens songeaient plutôt à s'organiser au dedans qu'à faire des expéditions au dehors, elles durent être à la fois les premiers temples élevés par les Égyptiens aux dieux, et les premiers tombeaux consacrés à leurs rois.”

(1) Champollion, Lettres de l’Égypte.

Source : Gallica

mercredi 26 janvier 2011

Les pyramides “donnent l’impression d’une indescriptible grandeur” (J.O. Noyes - XIXe s.)

En consultant leur revue The Young men’s magazine, vol. 1, 1858, les jeunes Américains du XIXe siècle étaient à bonne école !
Avec cette livraison de leur publication (favorite ?), ils avaient la possibilité de lire les propos de James O. Noyes, sous le titre “The Origin and the Design of the Pyramids”, autrement dit de s’initier à la culture égyptienne.
Dans cet article en deux parties, l’auteur propose une revue de détail de diverses théories relatives à la fonction des pyramides, dont les auteurs, par-delà les frontières du temps, ne devaient pas être déçus du voyage !
Hérodote ? Des écrits indignes de l’histoire ! Diodore et Strabon ? Même école, donc même sanction ! Platon ? De la pure spéculation ! Les “greniers de Joseph” ? Incohérent ! Les auteurs arabes ? La “saveur de la fiction orientale” ! Diderot ? Des discours de “savant” annihilés par les découvertes ultérieures sur les hiéroglyphes ! Jomard ? Des propos “profondément stupides” !
Et l’on en vient finalement à un certain de Persiogny qui, lui, semble être digne d’un regard infiniment plus bienveillant : les pyramides n’ont-elles pas été les “meilleures barrières possibles” contre la progression du désert ?
Au terme de ce parcours, James O. Noyes se livre enfin lui-même pour reconnaître dans les pyramides des oeuvres de science et de génie. Ouf ! Il était temps...



Photo extraite de "Tulipe Noire" (FlickR),

 avec autorisation de l'auteur du site

“The secret of the origin and design of the Pyramids appears to have been sacredly guarded by the sacerdotal caste of Egypt, even down to the time of its extinction, which happened soon after the close of the dynasty of the Logidae. Not the least marvelous circumstance connected with the history of the Pyramids is that the object for which they were constructed was kept secret, not only from foreigners but also from the great mass of the Egyptians themselves. (...)
It is affirmed that [Herodotus] was initiated into the sacred order of priests, but his youth must have stood in the way of his passing beyond the first degree. His account of the Pyramids, whether derived from the testimony of the priests of Heliopolis and Memphis, or being, as is most probable, merely a reflection of the popular belief, is singularly vague, and altogether unworthy the dignity of history. (...)
The version of Herodotus, relative to the construction of the Pyramids for tombs, is precisely the same as that given four centuries later by Diodorus Siculus and the geographer Strabo, who, doubtless, derived their information from the same source. But the former of these more modern authors remarks, that "neither the historians nor the Egyptians themselves were of accord upon the subject of the Pyramids". (...)
The hypothesis of Plato, that the Pyramids were astronomical observatories, is merely a flight of speculative philosophy. The three largest of the Ghizeh group at least were originally cased with polished stone, rendering their ascent impracticable, as is now the case, to a certain extent, with the second pyramid. Moreover, for astronomical purposes they would not have been erected within a few hundred feet of each other, while a more elevated situation, such as the Mokattam ridge, on the opposite side of the Nile, would doubtless have been selected.
Equally absurd were the ancient ideas that the Pyramids of Ghizeh were the granaries of Joseph, or the treasuries of the kings by whom they had been built. The inference is, that the treasures of the latter were exhausted at the completion of these stupendous monuments, and moreover, the borders of the Libyan desert - the home of marauding tribes, as nomadic as its sands - would hardly have been chosen for the site of the royal treasuries.
The accounts given by the Arab authors relative to the Pyramids savor of eastern fiction. (...) These are a few of the thousand and one allusions to the Pyramids in the Arab authors, based doubtless upon the traditions of the ancient Egyptians, and varying but little during a period of several centuries. They do not, of course, assume the dignity of history, nor have they the sublime audacity of the conceptions of the ancient poets, who described the Pyramids as mountains piled up by the Titans in attempting to scale high Olympus. (...)
Diderot, instead of considering the Pyramids the mementos of the pride and stupidity of the Egyptian kings, regards them as memorials of their wisdom and love of science. He supposes that their erection was antecedent to the invention of letters, but that, having reached a high degree of perfection in the arts and sciences, the ancient Egyptians made use of these immense structures to transmit to posterity the elements of their knowledge. (...) but it is difficult to conceive how the Egyptians could have attained to a degree of culture enabling them to build the Pyramids without a knowledge of letters ; and the arguments of these savans have been annihilated by the discovery of hieroglyphics within the structures themselves.
M. Jomard, however, gave the greatest eclat to the scientific theory of the origin and design of the Pyramids, by bringing forward the idea that the great pyramid presented, in each of its dimensions, an aliquot part of the terrestrial degree in Egypt. But could anything have been more profoundly stupid on the part of the ancient Egyptians than the erection of this immense structure, a labor more Herculean than that of building a city, merely to show the value of the terrestrial degree and the linear measure adopted in Egypt ? This theory, although supported by a long list of illustrious names, does not so well account for the erection of the Pyramids as that hazarded by Jancourt and accepted by Volney, to the effect that the kings constructed tombs, impenetrable and eternal, in accordance with the dogma that the souls of the dead would return, after wandering six thousand years, to reanimate the bodies they had left. (...)
Although F. de Persigny never visited Egypt, he has had the satisfaction of seeing most of his learned contemporaries in France adopt the ingenious theory developed by a careful study of the double question of the pyramids and the desert. (...)
Want of space forbids even an allusion to the reasons for giving the pyramidal form to these cyclopean structures, as also to the pneumatical facts and principles, whereby it can be shown that they were the best possible barriers to interrupt the progress of the desert. Suffice it to say, they answered admirably the purpose for which they were constructed. For centuries they protected the fertile land of Egypt, the domain of Osiris, from the rage of Typhon, and it was not until after many of them were thrown down or greatly mutilated that the desert passed beyond its ancient boundaries. Even in the time of the Romans the province of Ghizeh was so free from sand that the Sphynx could be seen and studied in all its parts. The pyramids suffered greatly under the Caliphs, and the consequences soon became apparent. Macrisi, an Arab historian of the 14th century, relates, that the province of Ghizeh having been overrun by the desert, the inundation of sand was attributed to the mutilation of the Sphynx by a fanatical scheik. But in demolishing the pyramids, in overturning these artificial mountains, they unconsciously destroyed the veritable talismans protecting their territory.
Philosophers and writers have in all ages declaimed against the pyramids. But it is to be remembered that whatever exalts the imagination, whatever carries us beyond ourselves, and exercises a moral utility is not in vain. These Titanian temples were raised by genius ; and even regarded as tombs, as funereal and eternal gateways built upon the confines of eternity, they give the impression of indescribable grandeur. Diodorus says : " All the people of Egypt, regarding the duration of life as very short and of little importance, make much, on the contrary, of the memorial of virtue, which is to be left behind. Hence they call the dwellings of the living inns, where one sojourns but for a day, but give the name of eternal mansions to the tombs of the dead, from which there is no departure."
Thus the kings of Egypt have been indifferent as to the erection of palaces, but have exhausted themselves in the construction of their tombs. What the works of Shakespeare and the songs of Homer are among the productions of the human mind, the pyramids of Egypt are among the monuments erected by the hand of man. But when the Sphynx is compelled to reveal the secret of ages, when we find that the pyramids were works of the greatest public utility, and that both science and the mild genius of religion determined and guided their erection, we can but regard them with increased admiration and regret that the labors of men and the wealth of nations are not always, even in this enlightened age, so judiciously employed.”

lundi 20 décembre 2010

Construction des pyramides d’Égypte : recueil de textes, traduits en français, de John Greaves (XVIIe s.) - 4e partie

Suite et fin des extraits de textes, traduits en français, de John Greaves (1602-1652), publiés dans l’ouvrage collectif Relations de divers voyages curieux, qui n'ont point été publiées ou qui ont été traduites d'Hacluyt, de Purchas et d'autres voyageurs anglais, hollandais, portugais, allemands, espagnols et de quelques persans, arabes et autres auteurs orientaux..., tome 1,1663-1696, par Melchisédech Thévenot (1620-1692), Richard Hakluyt (1552?-1616) et Samuel Purchas (1575?-1626).
Après avoir décrit la Grande Pyramide, par l’extérieur et l’intérieur (cf. notes précédentes), puis les deux autres pyramides du plateau de Guizeh (textes non retenus ici), Greaves donne son point de vue sur les techniques de construction de ces monuments.
Il ne retient ni la théorie d’Hérodote (les “machines”), ni celle de Diodore (les rampes), mais plutôt celle que l’on qualifiera plus tard de l’ “accrétion” : une tour centrale à laquelle viennent s’accoler des ajouts successifs. 

Les pyramides en 1862 (auteur du cliché inconnu)
“Après avoir achevé mon discours des pyramides, il me reste à examiner la manière dont elles ont été bâties, et comment d’aussi grandes masses de pierres que celles qui se voient dans la première ont pu être portées jusqu’au haut de ces pyramides.
Hérodote, qui a été le premier à mouvoir ce doute, explique la chose de la sorte : ils élevaient, dit-il, les autres pierres avec de petits engins faits de bois, qui les tiraient sur le premier rang ; de là, une autre machine les élevait jusques sur le premier degré, d’où elles étaient portées sur un autre second degré par une machine placée sur le premier, et autant qu’il y avait de marches et de rangs de degrés, autant il y avait de machines pour les élever, où ils transportaient la machine autant de fois qu’ils avaient à élever les pierres.
Ce qui suit  fait voir qu’il y a de l’erreur dans le texte ; c’est pourquoi je n’en dirai pas davantage. Mais la première partie de cette description d’Hérodote est pleine de difficultés, car en plaçant et en dressant ces machines qui devaient élever des pierres aussi massives, elles devaient déplacer des degrés sur lesquels elles étaient posées, ou y faire quelque brèche, ce qui aurait été un grand défaut dans une fabrique aussi magnifique.
Diodore se l’est imaginé autrement : les pierres, se dit-il, étaient taillées en Arabie, et comme en ce temps-là on n’avait pas encore l’invention des machines pour élever des fardeaux, on élevait de la terre à la hauteur où ces pierres devaient être posées, et on les roulait dessus ; et ce qui est le pus admirable, c’est qu’à l’endroit où toutes ces pyramides sont dressées, on n’y voit aucun vestige de cette terre, ni de la taille des pierres, si bien qu’il semble que c’est plutôt l’ouvrage de quelque divinité que des hommes.
Les Égyptiens en disent merveilles, et nous voudraient faire croire je ne sais quelles fables, que ces chaussées avaient été faites de nitre et de sel, et qu’elles avaient été détruites par le moyen de l’eau qui les avait fait fondre sans autre travail ; mais il il y a plus d’apparence à croire que ce grand nombre de gens qui avaient travaillé à les bâtir et à les dresser, auraient été employés à la fin à ôter tout ce qui ne servait de rien à la beauté de la structure, car on y avait employé 360.000 hommes, et à peine cet ouvrage fut-il achevé en vingt ans de temps.
Pline s’accorde en quelque façon avec Diodore, et dit : on est en peine de savoir comment le mortier se pouvait porter si haut. Il aurait eu meilleure grâce de demander comment on aurait pu porter si haut les pierres. Quelques-uns, dit-il,  ont cru qu’on avait fait des digues de sel et de nitre qu’on avait après fait dissoudre, faisant tomber dessus l’eau du Nil ; d’autres, qu’on avait fait des chaussées de brique qui avaient été détruites après, et employées à bâtir des maisons ; car ces derniers considéraient que les eaux du Nil étant plus basses que l’édifice, elles n’auraient pas pu aisément détruire ces montagnes de nitre et de sel.
Pour moi, si on me permet d’en dire mon jugement, je crois qu’elles ont été élevées tout autrement qu’Hérodote, Diodore et Pline ne se le sont imaginé, que premièrement, ils avaient fait une large et spacieuse tour au milieu du carré de la base de la pyramide ; cette tour était si haute que le devait être toute la pyramide. Je m’imagine qu’aux côtés de cette tour on y avait appliqué les autres parties de cette fabrique pièce à pièce, jusqu’à ce qu’ils fussent venus jusqu’au premier degré, la plus difficile pièce de ce bâtiment ayant été fait par cette voie qui semble la plus aisée ; et il ne fait pas s’étonner si cela n’a pas été imité par les anciens, ou si Vitruve ne l’a pas recommandée ; cependant, à juger des choses par leurs événements, l’intention de ceux qui dressent des monuments étant de perpétuer la mémoire des morts, il n’y a point de genre de bâtiments plus propre à le faire que la pyramide. (...)
J’ai dit ce que j’avais à dire de cet ouvrage. Il me reste à parler de ceux qui y ont travaillé. On demeure d’accord, ce dit-il, qu’elles surpassent tout ce qu’il y a en Égypte, pour la beauté et la magnificence de la structure, et la science de ceux qui l’ont entrepris. Et les Égyptiens croient qu’on doit admirer davantage les artisans que les princes qui en ont fait la dépense.”

Source : Gallica

mercredi 10 novembre 2010

“On est fort peu renseigné sur tout ce qui concerne les pyramides d'Égypte” (Dictionnaire Larousse - XIXe s.)

Le Grand dictionnaire universel Larousse du XIXe siècle, édité de 1866 à 1877, comporte un long développement sur les pyramides, dont - par excellence - celles d’Égypte, la spécificité de ce genre de publication étant bien sûr de faire le point sur les connaissances de l’époque.
Les “connaissances” ? Ou plutôt, en l’occurrence, sur les non-connaissances, les données “vagues et insuffisantes” transmises par les historiens en matière de pyramides étant “contradictoires”. On a beau savoir que les pyramides ont été admises à figurer au palmarès des sept merveilles du monde, on n’est guère plus avancé pour autant. Prenez, par exemple, le cas des trois grandes pyramides de Guizeh : “On ignore les auteurs, le mode et l'époque de la construction de ces trois monuments.”
Alors ? Quand on ne sait pas, vers qui se tourne-t-on ? Je vous le donne en mille... Vers notre cher Hérodote évidemment ! Mais, conforme à sa logique éditoriale, le Grand dictionnaire universel procède à une plus ample revue de détail des historiens ou/et théoriciens les plus en vue. Dans l’ordre d’apparition, après le Père de l’Histoire : Diodore de Sicile, Strabon, Pline, Aristide et une kyrielle d’historiens arabes, dont leur chef de file ‘Abd al-Latif, même s’ils méritent en général “peu de confiance” !
Ce premier wagon d’auteurs fera l’objet de la présente note. Suivra une seconde, qui s’intéressera à des auteurs plus modernes, dont Piazzi Smyth, qui aura droit à des ”égards” particuliers.




Photo Marc Chartier
“Les pyramides sont des monuments de dimension variable et de forme pyramidale, comme leur nom l'indique. On en compte un grand nombre en Égypte et en Nubie. Il y a aussi des pyramides assyriennes, étrusques, mexicaines. On en trouve en Irlande, dans la Perse, dans l'Inde et dans le royaume de Siam. On en a rencontré jusque dans l'archipel des Mariannes, à Rota et à Tinian. Mentionnons encore les pyramides portatives, de 1 à 2 pieds de hauteur, dit Batissier, décorées de peintures funéraires et d'inscriptions. Elles étaient placées à côté de la momie du défunt. On en voit dans presque toutes les collections d'antiquités. Les Grecs, les Romains et les modernes ont construit quelques tombeaux en forme de pyramide ; ces derniers monuments sont de petites dimensions et n'ont aucune importance.
Les pyramides les plus remarquables sont celles d'Égypte et de Nubie et celles du Mexique. On compte en Égypte 39 pyramides de diverses grandeurs et, en Nubie, une centaine. Le groupe de pyramides égyptiennes le plus important est celui de Gizeh ou Djizeh, composé de 9 pyramides, parmi lesquelles se trouvent les monuments de ce genre les plus célèbres, savoir la pyramide de Chéops, dite la grande pyramide ; celle de Chéphren et celle de Mycérinus, beaucoup plus petite que les deux premières.
L'astronome Nouet a déterminé la position géographique de ces trois monuments par des observations répétées ; il a trouvé, pour la latitude, 28° 52' 2" N., pour la longitude, 29° 59' 6" à l'E. du méridien de Paris. Il résulte encore de ses opérations trigonométriques que la grande pyramide est à 12.080 mètres au S.-O. du palais de l'Institut d'Égypte, au Caire. Le colonel Jacotin a calculé qu'elles étaient à 26.560 mètres au S. de la pointe actuelle du Delta et à 23.760 mètres S.-O. de l'obélisque d'Héliopolis. D'après les calculs du même ingénieur, la première pyramide est à 483 mères N.-O. de la seconde, à 926 mètres N.-E. 1/4 N. de la troisième et à 549 mètres N.-O. 1/4 N. du grand sphinx.
Les anciens mettaient les pyramides d'Égypte au nombre des sept merveilles du monde. Elles dépassent en hauteur tous les monuments connus de la terre. La hauteur actuelle de la grande pyramide est, en effet, de 138 mètres au-dessus du sol, c'est-à-dire plus du double de celle de Notre-Dame de Paris (66 mètres) ; sa base actuelle est de 227 mètres, et son arête de 217 mètres. On évalue son volume au chiffre de 2.562.576 mètres cubes, volume vraiment prodigieux. Nous donnons ses dimensions actuelles ; car la base est enterrée, la plate-forme s'élargit avec le temps, enfin le revêtement de la pyramide a été enlevé ; avec le revêtement, la base et le sommet étant ceux d'aujourd'hui, la première pyramide aurait une base de 231 mètres et une hauteur de 144 à 146 mètres.
Les dimensions actuelles de la seconde pyramide sont : base, 207 mètres ; hauteur, 139 mètres ; volume, 1.903.275 mètres cubes. Les dimensions actuelles de la troisième pyramide sont : base, 100 mètres ; hauteur, 53 mètres ; arête, 88 mètres ; volume, 179.182 mètres cubes.
On ignore les auteurs, le mode et l'époque de la construction de ces trois monuments. Les inscriptions dont elles étaient couvertes n'existent plus ; on a trouvé, il est vrai, un ou deux hiéroglyphes à l'intérieur ; mais avec le peu de connaissance que nous avons de la langue des anciens Égyptiens, nous ne pouvons donner ni raison ni tort aux érudits, dont chacun explique les hiéroglyphes à sa manière et selon son bon plaisir. (...)
Les pyramides avaient jadis un revêtement très épais, formé de blocs calcaires, régulièrement taillés et soudés entre eux par un ciment extrêmement puissant, grâce auquel le tout formait un ensemble qu’on ne pouvait détruire qu'en le brisant. Chose à peine croyable et que cependant Abd-al-Latif et, plus récemment, le colonel Wyse ont attestée, ce ciment n'avait que l'épaisseur d'une feuille de papier.
Le revêtement, chargé d'inscriptions en langue inconnue ou tracées par les voyageurs grecs ou romains, a été détruit dans presque toutes les pyramides d'Égypte par les Arabes, surtout, d'après Letronne, pendant le XIVe et le XVe siècle.


Photo Marc Chartier


Les Arabes ont pénétré pendant le moyen-âge dans l'intérieur des pyramides. Les auteurs arabes prétendent que des trésors, des objets d'art, des sarcophages, etc., auraient été découverts dans l'intérieur de ces monuments, mais la description que font ces auteurs de l'intérieur des pyramides ne concorde pas avec celles qu'en font les voyageurs modernes, ce qui fait supposer que les parties des pyramides visitées parles Arabes n'étaient pas les mêmes que celles qu'ont visitées les modernes.
On est fort peu renseigné sur tout ce qui concerne les pyramides d'Égypte ; les données vagues et insuffisantes qu'ont transmises les historiens sont contradictoires. Ainsi, pour attribuer un auteur à la première pyramide, il faut choisir entre Chéops ou Chemmis, Armœus ou Armais, Souryd ou Saurid, fils de Sahlouk, Agathodémon, Venephès et Suphis.
On ignore jusqu'à la date de la construction de ces monuments, mais ce qu'on peut avancer avec pleine certitude, c'est qu’ils sont de l'antiquité la plus reculée et qu'à l'époque où les philosophes et les plus anciens historiens de la Grèce voyageaient en Égypte, leur origine, mêlée de traditions fabuleuses, se perdait déjà dans la nuit des temps.
Le premier auteur de l'antiquité qui ait parlé des pyramides est Hérodote. Homère, qui, d'après cet historien, aurait visité l'Égypte, ne mentionne pas les pyramides dans ses poèmes. D'après Hérodote, la première pyramide aurait été construite par Chéops, la seconde par Chéphren, la troisième par Mycérinus. La construction de la première pyramide aurait coûté trente années ; pendant les. dix premières années, 100.000 homes auraient travaillé à la construction d'une chaussée conduisant à la pyramide.
Voici maintenant ce que dit Diodore : “Le huitième successeur de Remphis, fils de Protée, fut Chemmis, né à Memphis, qui régna cinquante ans. Ce fut lui qui fit élever la plus grande des trois pyramides qu'on met au rang des sept merveilles du monde. Elle est construite tout entière de pierres très difficiles à travailler, mais aussi d'une durée éternelle, et, comme on n'avait pas encore l'art d'échafauder, on dit qu'on s'était servi de terrasses pour les élever. Mais ce qu'il y a de plus incompréhensible dans cet ouvrage, c'est que, étant au milieu des sables, on n'aperçoit aucune trace ni de transport, ni de la taille des pierres, ni des terrasses dont nous avons parlé ; de telle sorte qu'il semble que, sans emprunter la main des hommes, qui est toujours lente, les dieux ont placé tout à coup ce monument au milieu des terres. On dit que 360.000 manœuvres ou esclaves furent occupés près de vingt ans à ce travail.”
Strabon parle de ces monuments à peu près dans les mêmes termes.
“Parlons, dit Pline, des pyramides d'Égypte, démonstration vaine et insensée de la richesse des rois. Le motif qui leur a fait élever ces monuments fut, disent les uns, la crainte d'abandonner leurs trésors à leurs successeurs ou à leurs ennemis, et, selon d'autres, la crainte de laisser le peuple dans l'oisiveté. La vanité de ces hommes s'est exercée sur les pyramides ; il existe des traces d'un grand nombre qui ne sont que commencées. La plus grande des pyramides a été tirée des carrières de l'Arabie ; on prétend que 366.000 hommes ont travaillé vingt ans pour la construire. Les trois ont été faites en soixante-dix-huit ans et quatre mois. Ceux qui ont écrit sur ce sujet sont Hérodote, Evhémère, Duris de Samos, Aristagoras, Denys, Artémidore, Alexandre Polyhistor, Butorides, Antisthenès, Démétrius, Démotetés, Apion ; ils ne sont pas d'accord entre eux sur les auteurs de ces ouvrages ; les noms de ceux-ci ont péri par une juste punition d'une telle vanité.”
Hérodote est le seul des douze auteurs dont parle Pline dont les ouvrages nous soient parvenus. Jomard fait remarquer que la durée du travail, telle qu'elle aurait été d'après Pline (soixante-dix-huit ans), ne s'accorde pas avec les règnes attribués aux auteurs des pyramides ; savoir, cent six années pour les deux premiers rois seulement. Pline parle aussi du puits de la grande pyramide, puits qui recevait, dit-on, les eaux du fleuve.


Photo Marc Chartier

Selon Aristide (ou plutôt d'après le rapport qu'il dit lui avoir été fait par les prêtres), les pyramides s'enfoncent autant sous la terre que leurs sommets s'élèvent au-dessus. Ce qui semblerait confirmer cette assertion, c'est que les auteurs anciens qui ont parlé des pyramides donnent à celles-ci une base plus large que celle qu'elles ont aujourd’hui.
Il est beaucoup question des pyramides dans les ouvrages d'Abd-el-Hokm, de Ben-Ouessyf-Chah, de Kodhaï, d'Abd-el-Rachyd, d'Abou-Yaboub-Mohammed, d'Abd-al-Latif et de quelques autres historiens arabes, les seuls auteurs qui, après les anciens et jusqu'au XVIIe siècle, aient traité des pyramides et qui méritent, en général, peu de confiance ; on sait combien l'imagination orientale se plaît à dénaturer les faits. Néanmoins leur témoignage, par suite de l'insuffisance de tout autre écrit sur les pyramides, est très précieux. Nous avons vu, en effet, que la plupart des ouvrages de l'antiquité qui ont traité des pyramides ne sont pas parvenus jusqu'à nous.
Abd-al-Latif, qui a visité les pyramides, donne de nombreux détails à leur sujet. Voici un extrait d'un des ouvrages de cet écrivain sur les deux plus grandes pyramides : “L'une de ces deux pyramides est ouverte et offre une entrée par laquelle on pénètre dans l'intérieur. Cette ouverture mène à des passages étroits, à des conduits qui s'étendent jusqu'à une grande profondeur, à des puits et à des précipices, comme l'assurent les personnes qui ont eu le courage de s'y enfoncer car il y a un grand nombre de gens qu'une folle cupidité et des espérances chimériques conduisent dans l'intérieur de cet édifice. Ils s'enfoncent dans ses cavités les plus profondes et arrivent enfin à un endroit où il ne leur est plus possible de pousser plus avant. Quant au passage le plus fréquenté et que l'on suit d'ordinaire, c'est un glacis qui conduit vers la partie supérieure de la pyramide, où l'on trouve une chambre carrée et, dans cette chambre, un sarcophage de pierre. Cette ouverture, par laquelle on pénètre aujourd'hui dans l'intérieur de la pyramide, n’est point la porte qui avait été ménagée lors de sa construction ; c'est un trou fait avec effort et pratiqué au hasard. On dit que c'est le calife Mamoun qui l'a fait ouvrir. La plupart des personnes de notre compagnie entrèrent dans cette ouverture et montèrent jusqu'à la chambre pratiquée en haut de la pyramide. À leur descente, elles racontèrent que ce passage était plein de chauves-souris et de leurs ordures, qu'il en était presque bouché (le savant Coutelle, lors de l'expédition d'Égypte, a trouvé aussi une quantité de chauves-souris dans la pyramide) ; que les chauves-souris y étaient presque aussi grosses que des pigeons et qu’on y voyait, dans la partie supérieure, des ouvertures et des fenêtres qui semblaient avoir été ménagées pour donner passage à l'air et à la lumière. Dans une autre visite que je rendis aux pyramides, j'entrai dans ce conduit intérieur avec plusieurs personnes et je pénétrai jusqu'aux deux tiers environ mais, ayant perdu connaissance par un effet de la frayeur que m'inspirait cette montée, je redescendis à demi mort. Les pierres des pyramides sont revêtues d'écriture dans cet ancien caractère dont on ignore aujourd'hui la valeur. Je n'ai rencontré dans toute l'Égypte personne qui pût dire connaître, même par ouï-dire, quelqu'un qui fut au fait de ce caractère. Ces inscriptions sont en si grand nombre que, si l'on voulait copier sur du papier celles seulement que l'on voit sur la surface de ces deux pyramides, on emplirait plus de dix mille pages. J'ai lu dans quelques livres des anciens Sabéens que, de ces deux pyramides, l'une est le tombeau d'Agathodémon et l'autre celui d'Hermès. Ce sont, suivant eux, deux grands prophètes, mais Agathodémon est le plus ancien des deux et le plus grand. Ils disent que de toutes les contrées de la terre on venait en pèlerinage a ces deux pyramides. Quand Mélik-al-Aziz-Othman-ben-Yousouf eut succédé son père, il se laissa persuader par quelques personnes de sa cour, gens dépourvus de bon sens, de démolir ces pyramides, et l'on commença par la pyramide rouge, qui est la troisième des grandes pyramides et la moins considérable. Le sultan y envoya donc des sapeurs, des mineurs et des carriers, sous la conduite de quelques-uns de ses principaux officiers et des premiers émirs de sa cour, et leur donna ordre de la détruire. Pour exécuter les ordres dont ils étaient chargés, ils établirent leur camp près de la pyramide ; ils y ramassèrent de tous côtés un grand nombre de travailleurs et les entretinrent à grands frais. Ils y demeurèrent ainsi huit mois entiers, occupés avec tout leur monde à l'exécution de la commission dont ils étaient chargés, enlevant chaque jour, après s'être donné bien du mal et après avoir épuisé toutes leurs forces, une ou deux pierres. Les uns les poussaient d'en haut avec des coins et des leviers, tandis que d'autres travailleurs les tiraient d'en bas avec des cordes et des câbles. Quand une de ces pierres venait enfin tomber, elle faisait un bruit épouvantable, qui retentissait à un très grand éloignement et qui ébranlait la terre et faisait trembler les montagnes. Dans sa chute, elle s'enfonçait dans le sable ; il fallait derechef employer de grands efforts pour l'en retirer; après quoi l'on y pratiquait des entailles pour y faire entrer des coins ; on faisait ainsi éclater des. pierres en plusieurs morceaux ; puis on chargeait claqua morceau sur un chariot pour le traîner au pied de la montagne qui est à peu de distance et où on l’y jetait. Après être restés longtemps campés en cet endroit et avoir consommé tous leurs moyens pécuniaires, comme leur peine et leurs fatigues allaient toujours en croissant, que leur résolution, au contraire, s'affaiblissait de jour en jour et que leurs forces étaient épuisées, ils furent contraints de renoncer honteusement à leur entreprise. Ceci se passait en l'année 593 (1196). Aujourd'hui, quand on considère les pierres provenues de la démolition, on se persuade que la pyramide a été détruite jusqu'aux fondements. Mais si, au contraire, on porte les regards sur la pyramide, on s'imagine qu'elle n'a éprouvé aucune dégradation et que, d'un côté seulement, il y a une partie du revêtement qui s'est détachée.”
D'après Abd-al-Latif, on trouvait en face des pyramides, sur la rive orientale du Nil, d'immenses carrières qui pouvaient avoir servi à l'extraction des matériaux qui les ont formées. Des voyageurs européens ont visité depuis ces mêmes carrières ; mais on ignore encore si ce sont réellement les carrières auxquelles ont puisé les constructeurs des pyramides, ou si les matériaux de ces monuments ont été comme le prétend le plus grand nombre des historiens, amenés de l'Arabie.
Tous les écrivains arabes s'accordent sur les noms des rois auxquels sont attribuées les trois pyramides de Giseh. “C'est toujours, dit Jomard, à Souryd, fils de Sahlouk, que la première est attribuée, à Herdjib la deuxième, à Keroures la troisième ; ces deux derniers princes, comme dans les écrits des Grecs, sont le frère et le neveu du premier. Ce nom de Keroures ou Kouros est le seul qui ait quelque analogie avec le nom de Cherinus (My-cerinus), que rapporte Diodore de Sicile.
Toutes les ouvertures des pyramides découvertes jusqu'à présent sont sur la face du nord, et nous voyons que les auteurs arabes placent les portes différemment : celles de la grande à l'E., de la deuxième à l'O., de la troisième au S. (un auteur dit au N.). Est-il prouvé qu'ils se sont trompés ? Non, sans doute, et il est presque impossible d'obtenir cette preuve à cause des masses immenses de décombres et de sables accumulés au pied de ces monuments. À l'époque d'Al-Mamoun, elles ne s'étaient pas amoncelées à ce point, et l'on avait pu trouver les bases découvertes ou peu encombrées. D'un autre côté, les ouvertures que nous connaissons sont toutes bien au-dessus de la base, à environ 12 mètres. Il semble donc que les écrivains, en parlant de portes conduisant à des galeries, à des canaux souterrains, désignent autre chose que les ouvertures semblables à celle qui est au N. de la grande pyramide et qui n'a guère que 1 mètre en tous sens. Tous ces écrivains, au reste, sont persuadés que ces monuments ont précédé le déluge, ce qui ne prouve qu'une chose, c'est l'ancienneté immémoriale de leur construction.”
D'après l'historien arabe Abou-Zeyd-el-Balkhy, l'inscription gravée sur les pyramides fut traduite en arabe : elle apprenait l'époque de la construction ; c'est le temps où, dit-il, la Lyre se trouvait dans le signe du Cancer ; en calculant, on trouvera deux fois trente-six mille ans solaires avant l'hégire. Cette dernière évaluation est évidemment exagérée. N'oublions pas, toutefois, que Manéthon assigne à l'histoire d'Égypte une durée de trente mille ans. Les prêtres thébains ont montré à Hérodote trois cent quarante et un colosses qui marquaient la succession de grands prêtres de père en fils depuis plus de onze mille ans. Les zodiaques des temples de Denderah et d'Esneh dénotent, d'après les astronomes modernes, un état du ciel qui remonte au moins à quinze mille ans. Plusieurs savants prétendent, il est vrai, que ces zodiaques sont de construction plus moderne. Mais d'autres indices, tirés des traditions astronomiques des anciens Égyptiens, prouvent, selon M. Rodier, que la civilisation égyptienne remonte au moins au CLe siècle av. J.-C.
Nous ne discuterons pas plus au long cette question de chronologie. Nous ferons seulement observer que, si, comme le prétendent un grand nombre de savants, l'Égypte était déjà un État civilisé onze mille ans av. J.-C., les pyramides pourraient fort bien être un monument âgé de quinze mille ans, c'est-à-dire qu'elles compteraient parmi les plus anciens monuments de l'industrie humaine, avec les dolmens et les menhirs.

Source : Gallica