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mardi 18 janvier 2011

Les deux entrées de la Grande Pyramide, selon l'interprétation de Michel Michel (”Khoufou”)

Les forums “sérieux” traitant de pyramidologie ne sont pas légion. Ddchampo.com en fait indéniablement partie.
Or c’est précisément dans le contenu de cet espace d’échanges entre internautes que Michel Michel, alias Khoufou, a ouvert un “topic” sous le titre “L’entrée de la pyramide de Chéops”.
Ce sujet a donné lieu à de nombreuses et parfois volumineuses contributions qu’il m’est impossible (et déontologiquement interdit) de reproduire ici.
Khoufou le résume et illustre ainsi, pour les lecteurs de Pyramidales :

En 1986, Gilles Dormion et Jean-Patrice Goidin posent sur la Grande Pyramide un regard
d’architectes modernes. L’entrée de la pyramide les interpelle tout particulièrement.

Le couloir descendant (A), large de seulement 1,04 m, est couvert par trois plaques linteaux (B) de 20 tonnes chacune, un épais linteau crénelé (C), et une double couverture à chevrons (D).
Cette débauche de protections leur semble démesurée car, pour couvrir un couloir de même largeur, les architectes des pyramides de Khéphren et de Mykerinos ont eu recours à un simple linteau (E).
Ils observent, par ailleurs, que les lits d’attente (en vert) sur lesquels s’appuient les chevrons du
niveau inférieur se prolongent sur une distance qui leur permettrait d’accueillir sept paires de chevrons, et qu’un autre lit d’attente, encore visible à l’Est, permet d’accueillir quatre paires de chevrons au niveau inférieur.
En outre, deux abouts de chevrons brisés reposent encore sur ce lit d’attente, ce qui démontre qu’à l’origine, l’entrée étaient couverte par une double couverture à chevrons sur une distance de 4,60 m et sur une largeur de 3,15 m, comme ceci :

“Dans toutes les constructions de l’histoire, précisent les deux auteurs, une voûte a toujours servi à ménager, par le vide qu’elle dégage, un espace libre ne recevant aucune pression. Il n’était pas nécessaire de protéger le dessous de cette voûte par une succession de plaques linteaux.”
Ils suggèrent que cette “antichambre” était destinée au stockage des trois plaques-linteaux qui servaient à masquer l’entrée d’un second couloir, au-dessus du couloir descendant :
Plaques stockées à plat
Plaques masquant l'entrée du second couloir

Si je partage totalement l’idée d’une antichambre permettant le stockage du mécanisme de
fermeture d’un second couloir, en revanche, je conteste cette reconstitution, car elle est impraticable.
À mon avis, le projet initial devait ressembler à ça :


Cette coupe 3D montre la moitié Ouest de l’entrée.
On y voit deux blocs-bouchons (A et A’) stockés temporairement dans les dégagements latéraux de l’antichambre (2 autres à l’Est). Ce positionnement permet de ménager un passage large de 1,04 m pour accéder au second couloir. Ces bouchons sont larges de 1,04 m, longs et hauts d’environ 2 m et peuvent être aisément déplacés latéralement comme le suggèrent les flèches.
Suite à l’effondrement de la voûte et à la destruction de ce qui se trouvait dessous, trois plaques linteaux ont été récupérées parmi celles qui se trouvaient initialement en B, et placées là où on les voit aujourd’hui.
Si une seconde entrée existe, où mène-t-elle ?
Dans la mesure où l'on observe que la partie inférieure du couloir descendant a été retaillée dans la maçonnerie environnante - ce qui laisse supposer que cette section n'était pas prévue dans le plan original - cela me suggère un élément de réponse : initialement, le plan de la pyramide devait ressembler à ça :

Il y aurait eu deux entrées indépendantes comme dans de nombreuses autres pyramides.
La première entrée permettait l’accès à la chambre souterraine par l’intermédiaire du couloir jaune. La seconde entrée permettait l’accès à la distribution supérieure (en vert) par l’intermédiaire d’un couloir coudé (en bleu).
Suite à l’effondrement de l’antichambre, cette seconde entrée aurait été inutilisable, rendant le
réseau supérieur inaccessible. Le couloir ascendant (en vert) aurait été raccordé (pointillés) au couloir descendant (en jaune), en creusant directement à travers la maçonnerie environnante.
Enfin, le couloir bleu aurait été bouché à chacune de ses extrémités.

Prolongements de ce sujet :
- Goidin et Dormion, Kheops, nouvelle enquête, Propositions préliminaires, éditions Recherche Sur Les Civilisations, Paris, 1986.
- forum ddchampo

mardi 4 janvier 2011

Inventaire des vrais/faux espaces “secrets” de la Grande Pyramide : la robotique fera-t-elle mieux que la pioche et la poudre ?

La nouvelle n’est pas passée inaperçue, même si elle n’a été, et n’est encore distillée que par bribes successives depuis de nombreux mois, l’échéance de la révélation tant attendue étant désormais fixée au printemps 2011 : Zahi Hawass s’apprête à annoncer au monde en émoi la découverte (possible ? probable ? certaine ? réelle ?) de la “vraie” chambre du Roi dans les entrailles de la Grande Pyramide. En d’autres termes, ce serait l’opération “porte(s) ouverte(s)” sur la célébrissime “chambre secrète” qui tient en haleine certains pyramidologues et la foultitude de ceux qui manifestent quelque intérêt pour la chose égyptologique.
Avant le jour J, il m’a semblé utile de récapituler la mini-histoire des moyens techniques utilisés par l’archéologie ou la curiosité pour faire parler la pierre. Avant les perfectionnements robotiques qui sont d’actualité, il y eut d’autres méthodes plus ou moins invasives et adaptées. D’un gros boum à l’impassible écran d’ordinateur, les outils ont bien évolué. Mais le besoin de savoir est resté le même.
Nous ignorons bien sûr ce que l’on voudra bien nous annoncer suite à la dernière chasse au secret initiée par Zahi Hawass. Toutefois, un constat s’impose : les techniques, aussi modernes et perfectionnées soient-elles, ne viennent qu’en complément de la bonne et indémodable “jugeote”. Faire des trous dans la pierre, pourquoi pas ? Encore faut-il que ces grandes manœuvres aillent à la rencontre du génie constructif, des pratiques funéraires et de la logique architecturale des anciens Égyptiens. Or ce génie, ces pratiques et cette logique ont-ils été amenés, en s’écartant d’une tradition constructive mise en œuvre dans de nombreux autres monuments du même registre architectural, à imaginer un étrange “cas d’espèce”, lié à la personnalité d’un certain pharaon, et où la supposée chambre funéraire n’aurait été conçue que comme un leurre ou attrape-pyramidiot ?
Si des espaces “secrets” ont réellement été détectés par les différentes techniques successives des chercheurs, ne pourraient-ils pas avoir reçu une autre fonction que celle d’une hypothétique vraie/fausse chambre du Roi ?
Affaire à suivre. Plus que jamais, l’actualité risque d’être exaltante...

Photo Marc Chartier

Al-Ma’moun (IXe s.) : le “feu sur la pierre”
“Le Commandeur des Fidèles le Mamune [al-Ma'moun], Dieu lui fasse miséricorde, étant entré dans le pays d'Égypte, et ayant vu les Pyramides, eut envie de les démolir, pour le moins quelqu'une d'elles, afin de savoir ce qui était dedans. Sur quoi on lui parla ainsi : Vous désirez une chose qui ne vous est pas possible. Si vous l'entreprenez et que vous n'en veniez pas à bout, ce sera une honte au Commandeur des Fidèles. À quoi il répondit : Je ne puis me passer d'en découvrir quelque chose. Il fit donc travailler à la brèche qui y était déjà commencée, et y fit de grandes dépenses. Car ils allumaient du feu sur la pierre, puis ils y jetaient du vinaigre, et battaient ensuite la place avec les machines. La largeur de la muraille se trouva de vingt coudées, à la mesure des Géomètres. Après qu'ils furent parvenus au haut étage de la Pyramide, ils trouvèrent derrière la brèche un bassin vert, dans lequel il y avait des deniers d'or, pesant chacun une once à nos poids ordinaires ; et le nombre de ces deniers se monta jusques à mille. Les démolisseurs admirèrent cela et apportèrent cet or au Mamune, ne sachant ce que cela voulait dire. Le Mamune s'en étonna aussi, admirant combien cet or était excellemment travaillé et de bon aloi. Puis il leur dit : Comptez-moi combien vous avez fait de dépense à cette brèche. Ils comptèrent, et trouvèrent que la dépense égalait la valeur de l'or qu'ils en avaient tiré, sans qu'il y eût un liard de plus ni de moins. Le Mamune fut encore plus étonné de cela, et dit aux gens de ses Comptes : Considérez la prévoyance de cette nation, et jusqu'où leur science est parvenue. Leurs Sages leur ont fait savoir qu'il ne manquerait point de se trouver quelqu'un qui ferait ouvrir en quelque endroit quelqu'une de ces Pyramides. Ils ont examiné cela et supputé combien celui qui entreprendrait cette ouverture y ferait de dépense, et ont mis la somme au même lieu, afin que celui qui viendrait jusque là trouvant son compte, et voyant qu'il n'y avait rien à gagner, ne recommençât point un semblable ouvrage. L'on dit que ce bassin était fait d'une émeraude verte, et que le Mamune le fit porter en Gueraque, où il fut une des plus belles pièces de ses trésors.”
(récit de Murtada Ibn al-Khafîf, c. 1200)


Quand Pierre Louis Moreau de Maupertuis (XVIIIe s.) suggérait “l’usage de la poudre”
“Les Égyptiens, au lieu de vouloir instruire les autres peuples, semblent n'avoir jamais pensé qu'à les étonner. Il n'est cependant guère vraisemblable que ces pyramides énormes n'aient été destinées qu'à renfermer un cadavre ; elles cachent peut-être les monuments les plus singuliers de l'Histoire et des Sciences de l'Égypte. On raconte qu'il y a 900 ans qu'un Calife curieux [al-Ma'moun] fit tant travailler pour en ouvrir une qu'on parvint à y découvrir une petite route qui conduit à une salle, dans laquelle on voit encore un coffre de marbre ou une espèce de cercueil. Mais quelle partie ce qu'on a découvert occupe-t-il d'un tel édifice ? N'est-il pas fort probable que bien d'autres choses y font renfermées ? L'usage de la poudre rendrait aujourd'hui facile le bouleversement total d'une de ces pyramides : et le Grand Seigneur les abandonnerait sans peine à la moindre curiosité d'un Roi de France.”
(note sur cet auteur)

H.Vyse

Howard Vyse and Co : “percer le massif”
“L'avarice des Arabes et peut-être simplement la curiosité du calife Almamoun ont fait exécuter à l'intérieur des pyramides des fouilles dévastatrices. Le désir de connaître la structure intérieure de ces monuments a jeté les antiquaires d'Europe dans la même voie. On attribue à deux ingénieurs français, MM. Coutelle et Lepère, l'idée d'en démolir entièrement une pour connaître les autres, moyen qui rappelle celui par lequel le sultan Bayazid voulut découvrir lequel de ses pages avait volé un melon, en faisant ouvrir le ventre à tout le corps des pages. Belzoni découvrit l'entrée de la seconde pyramide. Celle de la troisième restait un mystère ; Mr. Jumel crut pouvoir le pénétrer par un moyen analogue à celui de MM. Coutelle et Lepère, en rasant systématiquement la pyramide par la pointe. Cela n'aboutit qu'à en détruire une partie.
En 1837, le colonel H. Vyse commença sur toutes les pyramides à la fois des travaux immenses et coûteux, qui durèrent près d'une année, et dont il a rendu compte dans un ouvrage intéressant, dont Mr. Letronne et Mr. Raoul-Rochette ont rendu compte en français. C'est une histoire intéressante d'un bout à l'autre. En perçant le massif de la grande pyramide au-dessus de la chambre dite du Roi, l'on découvrit quatre petites chambres placées les unes au-dessus des autres, et destinées, selon toute apparence, à décharger le plafond de la première d'une partie du poids de la pyramide. On y découvrit le cartouche prénom du roi Choufou (Chéops), fondateur de l'édifice. Les fouilles opérées dans la troisième firent également découvrir le cartouche du roi Menkaré (Mycerinus), avec un sarcophage de basalte qui fut embarqué pour l'Angleterre. Mais le bâtiment qui le portait sombra sur les côtes d'Espagne, non loin de Carthagène. Toutefois, tout en rendant au colonel Vyse la justice à laquelle il a droit pour sa persévérance, son désintéressement, ses immenses sacrifices, je me demande si nous avons à nous réjouir sans arrière-pensée du résultat de fouilles qui ont causé la destruction d'une grande partie de cette pyramide. Le colonel Vyse a découvert l'entrée des trois petites pyramides placées au sud de celle de Mycerinus, et de trois autres alignées devant la face orientale de Chéops. L'une des premières avait servi de tombeau à la femme de Mycerinus, et la fille de Chéops était déposée dans une de l'autre groupe.”
(note de ce blog sur Paul Chaix - XIXe s.)


Giza Project (1968) et Joint Pyramid Project : la chasse aux muons
Intervenants : Luis Walter Alvarez (prix Nobel de physique), des experts américains et égyptiens, the US Atomic Energy Commission,  the Smithsonian Institute, the IBM corporation, Hewlett-Packard, the National Geographic Society.
Technique utilisée : “Ces recherches consistaient à détecter des chambres cachées dans le massif de la pyramide en captant certaines particules du rayonnement cosmique,  les muons quasi-verticaux. Ces muons, en traversant la matière, perdent plus ou moins d'énergie selon que l'épaisseur traversée est plus ou moins importante. Il suffit donc de photographier l'impact d'un muon, et de quantifier son énergie.” (Wikipédia)
Travaux de recherche : détection de chambres cachées dans la pyramide de Khéphren. (1967-68)
Résultats : aucune chambre ne fut détectée ; la technique ne prit pas en compte la diversité de la densité des matériaux intégrés dans la structure interne de la pyramide.


 
Prospection par GPR (Wikimedia commons)
SRI International (années 1970) : le GPR
Intervenants : experts américains (dont Lambert Dolphin) et archéologues égyptiens (dont Ali Helmi Moussa, de l’université de ‘Ayn Shams).
Techniques utilisées : le GPR (ground penetrating radar), sondages acoustiques, magnétométrie, recherches de résistivité.
Travaux de recherche : sur les trois pyramides de Guizeh et le Sphinx.
Résultats des recherches sur la pyramide de Khéphren :
- anomalies détectées à 6 mètres de profondeur, sur la partie N.-O. de la face Ouest de la pyramide ;
- anomalies détectées dans le sous-sol, à 21 et 3” mètres de profondeur ;
- anomalie, à environ 4 mètres de profondeur, dans le couloir horizontal conduisant à la chambre supérieure (tunnel ou couloir conduisant à d’autres chambres ?).
Bien que l’autorisation ait été accordée de percer le sous-sol pour y introduire une caméra, le financement a fait défaut et les recherches ont dû être interrompues.
Résultats des brèves recherches, par sondages acoustiques, à l’intérieur de la pyramide de Khéops (antichambre et chambre du Roi) : détection d’un écho anormal à 7,25 mètres sous la chambre du Roi (existence d’un espace vide ou rempli de gravats+sable ?)


“Opération Khéops” (1986) : microgravimétrie et microforages
Intervenants : un mécénat technologique EDF, avec la collaboration technique de la Compagnie de Prospection Géophysique Française (CPGF).
Techniques utilisées :
- des mesures microgravimétriques dans la chambre du Roi et ses chambres de décharge, la galerie d'accès à la chambre de la Reine et les deux extrémités de la Grande Galerie (218 stations effectuées) ;
- un examen approfondi des chambres de décharge ;
- des microforages dans le couloir de la chambre de la Reine.
Travaux de recherche : prospection par application de la microgravimétrie a été entreprise pour analyser certaines parties de la structure interne de la pyramide de Khéops, sur la base d'anomalies architecturales détectées par les architectes Jean-Patrice Goidin et Gilles Dormion, impliquant l'éventuelle existence de cavités au voisinage des circulations internes de la pyramide.
Résultats communiqués :
- détermination d'une densité moyenne de la pyramide : elle est de l'ordre de 1,95 t/m³. Cette valeur étant majorée de 5 % pour tenir compte de l'effet de la vallée du Nil, la densité moyenne (granit compris) fut alors estimée à 2 t/m³. Compte tenu de la densité du calcaire local (2,06), du calcaire de Tourah (2,6) et d'éventuels remblais (1,8), l'hypothèse fut avancée d'une "pyramide homogène constituée essentiellement de calcaire local" ;
- repérage d'anomalies locales au sein de la pyramide, la gravimétrie permettant de localiser des anomalies de masse et non directement des cavités ;
- existence supposée d'anomalies de masse situées vers l'ouest de la galerie d'accès à la chambre de la Reine, plutôt en dessous ; coïncidence observée de la partie droite de ces anomalies avec celles de structure observées par J.-P. Goidin et G. Dormion : à cet endroit ont été implantés trois microforages de contrôle. Les microforages ont été réalisés avec les caractéristiques suivantes : hauteur d'attaque à 30 cm environ au-dessus du plancher ; inclinaison verts le bas entre 30 et 40° sur l'horizontale ; longueur de "foration" entre 2,35 m et 2,65 m ; écartement des forages de 1,30 m.
Les principaux résultats ont été résumés comme suit par Yves Lemoine :
a) mise en évidence d'un premier bloc de calcaire très dur d'environ 2 coudées (2x53 cm) de large ;
b) au-delà, présence de 1 ou 2 blocs d'une coudée de large, en calcaire plus tendre, les joints étant en général très serrés ;
c) sur ces blocs et "avant" de déboucher dans le sable, les microsondages 1 et 3 ont mis en évidence du mortier ;
d) mise en évidence d'une importante couche de sable, d'une épaisseur variant entre 10 et 40 cm selon l'emplacement des sondages ;
e) au-delà du sable, la maçonnerie calcaire a été retrouvée sur les sondages 1 et 2. Pour le sondage 3, la longueur unitaire des tiges de 30 cm n'a pas permis d'aller au-delà d'une longueur totale de 2,55 m.
"En conclusion, affirme Yves Lemoine, les microforages, réalisés dans des conditions d'environnement très difficiles, ont confirmé l'existence d'une anomalie de masse appréciable dans la zone de coïncidence entre les microgravimétries et les anomalies de construction signalées par les architectes."

La "spirale" de Huy Duong Bui 
Une autre batterie de mesures a été effectuée au début de l'année 1987 et consacrée non plus à la recherche d'une hypothétique cavité, mais à la structure de la pyramide. "Vers la fin des années 80, raconte Huy Duong Bui, directeur de recherches au CNRS et membre de l'Académie des Sciences, mon directeur m’a confié un travail sur la pyramide de Khéops. La présence d’une cavité probable avait été pressentie par des architectes français. J’ai été chargé, en collaboration avec l’ex-CPGF (Compagnie de Prospection Géophysique Française) qui faisait des mesures de microgravité, de mener des études mathématiques et numériques afin de retrouver ces cavités pouvant abriter le tombeau du Pharaon. Devant les résultats négatifs de cette prospection, vous imaginez ma déception et celle de tous ceux qui comptaient sur les retombées médiatiques en cas de découverte… Puis j’ai eu l’idée de reconstituer la densité de la pyramide entière avec les mesures gravimétriques déjà prises et j’ai découvert avec la CPGF une sorte de spirale de déficit de densité, à l’intérieur de la pyramide !" (X-Info, avril 2008) 


Mission japonaise - “Pyramid Investigation Mission” (1987) : le GPR
Responsable de l’opération : professeur Sakuji Yoshimura (Waseda University).
Technique utilisée : GPR.
Travaux de recherche : chambre de la Reine.
Résultats : présence d’une cavité, à environ 3 mètres derrière la paroi Ouest du couloir d’accès à la chambre de la Reine. Présence de sable dans cette cavité.


Jean Kerisel (1992) : radar, microgravimétrie
Techniques utilisées : radar, microgravimétrie.
Travaux de recherche : chambre souterraine et couloir horizontal de la Grande Pyramide.
Résultats : évidente anomalie, due à un défaut de masse, dans le mur Ouest du couloir horizontal, à 6 mètres de l’entrée de la chambre de la Reine (puits vertical de 5 mètres de profondeur correspondant à un “accident géologique” ?)

Upuaut 
Projet Upuaut (années 1990) : le robot entre en scène
Intervenants : Rudolf Ganterbrink ; une équipe d'archéologues, architectes et ingénieurs du Deutsches Archäologisches Institut, sous la direction de Rainer Stadelmann.
Technique utilisée : robot Upuaut et Upuaut2, équipés d’une caméra.
Travaux de recherche : conduits d’aération de la chambre de la Reine.
Résultat de l'exploration du conduit nord, en 1993 : présence d'une barre de sondage métallique utilisée en 1872 par l'ingénieur britannique Waynman Dixon, et de deux pièces de bois, entravant le robot dans sa progression.
Pour le conduit sud : au bout de 63,40 mètres de progression rectiligne, Upaut achoppa sur une dalle munie de pièces rapportées en métal (sans doute des poignées en cuivre).


Pyramid Rover (2002) : un nouveau robot... sous l’oeil des médias 
Sous l’impulsion de Zahi Hawass et avec le soutien financier de la National Geographic Society, de nouvelles explorations sont entreprises des conduits nord et sud de la chambre de la Reine.
Le robot perce un trou de trois millimètres de diamètre à travers la porte du conduit sud et révèle, 21 cm derrière, un autre bloc de calcaire. 
Lire : présentation du projet par Zahi Hawass
Djedi Rover (photo Sandro Vannini)
 
Projet Djedi : le robot de la 3e génération
Baptisé Djedi Rover, et destiné à percer à distance une paroi, il a été mis au point par des ingénieurs de l’université de Leeds, avec l’étroite collaboration de la firme de robotique Scoutek et du leader mondial en univers virtuels 3D Dassault Systèmes.
Objectif fixé à Djedi Rover : estimer l’épaisseur de la deuxième porte du conduit sud de la chambre de la Reine et, si possible, aller inspecter ce qu’il y a derrière, à l’aide d’une caméra miniature introduite dans un trou réalisé avec un foret télescopique.
Sera-ce la fin du suspense ? L’avenir, désormais tout proche, le dira. À moins que l’échéance ne soit liée à la célèbre expression égyptienne “Bokra fîl-mechmech” (litt.: “Demain dans l’abricotier”, autrement dit : “Quand les poules auront des dents”)
Lire : présentation du projet par Zahi Hawass

lundi 28 septembre 2009

"Opération Khéops"

Illustration extraite des
Annales de l'Institut technique du Bâtiment et des Travaux Publics
Flash-back sur l'année 1986 : dans le cadre d'un mécénat technologique EDF, avec la collaboration technique de la Compagnie de Prospection Géophysique Française (CPGF), une prospection par application de la microgravimétrie a été entreprise pour analyser certaines parties de la structure interne de la pyramide de Khéops, sur la base d'anomalies architecturales détectées par les architectes Jean-Patrice Goidin et Gilles Dormion, impliquant l'éventuelle existence de cavités au voisinage des circulations internes de la pyramide.
Au programme :
- des mesures microgravimétriques dans la Chambre du Roi et ses chambres de décharge, la galerie d'accès à la Chambre de la Reine et les deux extrémités de la Grande Galerie (218 stations effectuées) ;
- un examen approfondi des chambres de décharge ;
- des microforages dans le couloir de la Chambre de la Reine.
Résultats communiqués :
- détermination d'une densité moyenne de la pyramide : elle est de l'ordre de 1,95 t/m³. Cette valeur étant majorée de 5 % pour tenir compte de l'effet de la vallée du Nil, la densité moyenne (granit compris) fut alors estimée à 2 t/m³. Compte tenu de la densité du calcaire local (2,06), du calcaire de Tourah (2,6) et d'éventuels remblais (1,8), l'hypothèse fut avancée d'une "pyramide homogène constituée essentiellement de calcaire local" ;
- repérage d'anomalies locales au sein de la pyramide, la gravimétrie permettant de localiser des anomalies de masse et non directement des cavités ;
- existence supposée d'anomalies de masse situées vers l'ouest de la galerie d'accès à la Chambre de la Reine, plutôt en dessous ; coïncidence observée de la partie droite de ces anomalies avec celles de structure observées par J.-P. Goidin et G. Dormion : à cet endroit ont été implantés trois microforages de contrôle. Les microforages ont été réalisés avec les caractéristiques suivantes : hauteur d'attaque à 30 cm environ au-dessus du plancher ; inclinaison verts le bas entre 30 et 40° sur l'horizontale ; longueur de "foration" entre 2,35 m et 2,65 m ; écartement des forages de 1,30 m.
Les principaux résultats ont été résumés comme suit par Yves Lemoine (*):
a) mise en évidence d'un premier bloc de calcaire très dur d'environ 2 coudées (2x53 cm) de large ;
b) au-delà, présence de 1 ou 2 blocs d'une coudée de large, en calcaire plus tendre, les joints étant en général très serrés ;
c) sur ces blocs et "avant" de déboucher dans le sable, les microsondages 1 et 3 ont mis en évidence du mortier ;
d) mise en évidence d'une importante couche de sable, d'une épaisseur variant entre 10 et 40 cm selon l'emplacement des sondages ;
e) au-delà du sable, la maçonnerie calcaire a été retrouvée sur les sondages 1 et 2. Pour le sondage 3, la longueur unitaire des tiges de 30 cm n'a pas permis d'aller au-delà d'une longueur totale de 2,55 m.

"En conclusion, affirme Yves Lemoine, les microforages, réalisés dans des conditions d'environnement très difficiles, ont confirmé l'existence d'une anomalie de masse appréciable dans la zone de coïncidence entre les microgravimétries et les anomalies de construction signalées par les architectes."


La "spirale" de Huy Duong Bui

La communication sur le bilan exact de ces découvertes est restée plutôt discrète. De même pour une autre batterie de mesures, effectuée au début de l'année 1987 et consacrée non plus à la recherche d'une hypothétique cavité, mais à la structure de la pyramide. "Vers la fin des années 80, raconte Huy Duong Bui, directeur de recherches au CNRS et membre de l'Académie des Sciences, mon directeur m’a confié un travail sur la pyramide de Khéops. La présence d’une cavité probable avait été pressentie par des architectes français. J’ai été chargé, en collaboration avec l’ex-CPGF (Compagnie de Prospection Géophysique Française) qui faisait des mesures de microgravité, de mener des études mathématiques et numériques afin de retrouver ces cavités pouvant abriter le tombeau du Pharaon. Devant les résultats négatifs de cette prospection, vous imaginez ma déception et celle de tous ceux qui comptaient sur les retombées médiatiques en cas de découverte… Puis j’ai eu l’idée de reconstituer la densité de la pyramide entière avec les mesures gravimétriques déjà prises et j’ai découvert avec la CPGF une sorte de spirale de déficit de densité, à l’intérieur de la pyramide !" (X-Info, avril 2008) 
Lorsqu'en 2002, lors d’une conférence à Paris, Henri et Jean-Pierre Houdin ont présenté leur théorie de construction de la Grande Pyramide "par l'intérieur", le lien était fait entre cette théorie et la "spirale" de Huy Duong Bui.

(*) lors d'une séance d'étude, le 23 octobre 1986, consacrée aux "Aspects techniques et physiques de l'opération Khéops" et relatée dans les Annales de l'Institut technique du Bâtiment et des Travaux Publics, n° 454, mai 1987, série Architecture et Urbanisme 72 (merci à Manuel Minguez pour m'avoir communiqué ce document)

mercredi 13 mai 2009

L'énigme de la chambre du Roi et la solution proposée par Jean-Pierre Dupeyron

Dans son ouvrage L'Horizon de Khéops (éditions Trouvailles, 1997, 336 pages), Jean-Pierre Dupeyron (ingénieur électronicien aujourd'hui retraité) fait état des recherches qu'il a menées sur la grande pyramide. Il traite des trois principaux sujets à controverse encore en vigueur de nos jours sur cette pyramide, à savoir :
1) Existe-t-il une chambre secrète ?
2) Le chiffre Pi (3,14), que l’on trouve en divisant deux côtés de la pyramide par sa hauteur, est-il le fait du hasard ou de la volonté délibérée de Khéops ?
3) Comment cette pyramide a t-elle été érigée ?

Existe t-il une chambre secrète, au cœur de la Grande Pyramide, où aurait été déposée la momie du pharaon ? Une chambre que les chercheurs de trésors du dix-neuvième siècle n'ont pas pu trouver et dont la plupart des égyptologues nient l’existence. Cependant, depuis peu, le docteur Zahi Hawass (secrétaire général du Conseil suprême des antiquités égyptiennes) pense qu’elle existe bien, mais il n’a pas encore tout mis en œuvre pour la trouver.
Pour mener à bien sa réflexion, l'auteur s'inscrit dans la lignée des "architectes lillois", à savoir Gilles Dormion et Jean-Patrice Goidin, à cette différence près - et elle est importante - qu' "une mauvaise option dans leur raisonnement les a malencontreusement aiguillés sur une mauvaise piste".
Le pharaon Khéops, selon Jean-Pierre Dupeyron, était un "perfectionniste" qui a tenu à ce que, dans l'aménagement de sa pyramide, fussent mis en place des leurres pour "brouiller les pistes", autrement dit pour retarder ou même empêcher l'accès à sa sépulture. En réponse à sa volonté explicite, toute la construction de la pyramide aurait été organisée autour de la chambre secrète, laquelle fut dotée d'une fermeture sécurisée et d'un dispositif destiné à faire croire au premier profanateur que cette pyramide aurait déjà été pillée.
 Dispositif de fermeture de l'entrée secrète :
- en haut : pendant le transfert de la momie
- en bas : en position fermée.
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Quel est donc alors le "grand secret" de la pyramide de Khéops ? Contrairement à la théorie des architectes lillois selon laquelle le corps de Khéops a été directement installé dans la chambre secrète, "pour notre part, écrit Jean-Pierre Dupeyron, nous pensons qu'il a d'abord été disposé, en présence du clergé et de tous les dignitaires, dans la chambre du Roi. À l'issue de la cérémonie, après le départ de tous les invités, la momie royale fut déplacée par son homme de confiance et son équipe." D'où cette conclusion, d'ordre technique, dans la configuration de la grande galerie : les engravures, visibles à mi-hauteur des parois de ce couloir, ne servaient pas à soutenir un faux-plancher, mais plutôt un faux-plafond destiné à dissimuler, lors de la cérémonie des funérailles, l'entrée de la chambre secrète, qui se trouve en haut de la galerie, quelque part dans le cœur de la maçonnerie, soit au-dessus des chambres de décharge, dans l'axe central de la pyramide, soit grosso modo au niveau de la salle des herses. Bref, la Grande Pyramide, prise globalement, est un leurre géant. Les techniques qui ont été mises en œuvre pour sa construction furent inspirées par le souci primordial d'un "secret défense", pour dissuader toute tentative de récupération des richesses de sa sépulture par les pharaons des dynasties suivantes.

Pour le chiffre Pi (3,14) que l’on trouve dans les mesures de la pyramide, Jean-Pierre Dupeyron démontre qu’il est délibéré. Il résulterait tout simplement de la manière dont les architectes traçaient leurs plans.
Séquence pour le déplacement d'un "traînor"
à 5 traverses.
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Concernant l'aspect technique de l'élévation des blocs de pierre, Jean-Pierre Dupeyron réinterprète la relation d'Hérodote, décrivant ainsi la "machine" de l'historien grec : pour pouvoir fonctionner, cette machine comportait une partie mobile, une partie fixe et une source d'énergie. La partie mobile devait ressembler à un traîneau : d'où son nom de "traînor". La partie fixe (ou "stator") devait être réalisée en pierres, d'excellente qualité, en forme de mortaises : pour l'auteur, elles correspondent aux bômides ou "pierres formant socles" mentionnées par Hérodote. La source d'énergie, enfin, provenait des ouvriers, "hommes forts et habiles, utilisant des morceaux de bois courts (des leviers) et organisés en chaîne humaine". Contrairement aux tireurs qui devaient hisser le bloc de pierre, le chariot et eux- mêmes, à chaque voyage, ces "pulseurs" ne progressaient pas avec l'avancement du traîneau : ils prenaient leur poste de travail au début de la journée de travail et ne le quittaient pas de la journée pour exécuter leur tâche répétitive (insérer leur levier dans la mortaise correspondant à leur niveau pour prendre le relais des "pulseurs" précédents) une fois que le traîneau parvenait à leur hauteur, poussé par les "pulseurs" précédents.
Ce dispositif d'élévation des blocs de pierre était adapté autant à la Grande Galerie qu'à la rampe extérieure, de forme hélicoïdale (telle que celle proposée par Georges Goyon, mais beaucoup plus étroite). Sur cette rampe extérieure, nous retrouvons la terminologie d'Hérodote, avec toutefois quelques nuances importantes :"Deux rampes sont prévues [pour les manœuvres des traînors], précise Jean-Pierre Dupeyron : l'une assure la montée et l'autre, le retour des traînors vides." Cette disposition a, pour l'auteur, le mérite de "procurer une interprétation plausible à une explication qu'Hérodote n'a manifestement pas bien comprise". Selon l'historien grec, les crossais (pierres en saillie) et les bômides (pierres formant socles) étaient deux mots correspondant à une même configuration des pierres. Jean-Pierre Dupeyron pense plutôt que ces deux mots représentaient deux dispositions différentes des pierres, mais pour une même fonction, les bômides étant la rampe de montée ("stator") et les crossais, le chemin de retour des traîneaux.
Quant à savoir si ce dispositif d'élévation des blocs de pierre a été effectivement utilisé, à l'intérieur de la pyramide, dans la Grande Galerie, la réponse de Jean-Pierre Dupeyron est claire :"D’après moi, a-t-il répondu à une question que je lui posais, la Grande Galerie n’a jamais servi à l’élévation des blocs. La principale fonction de cette machine à l’intérieur était un leurre servant à justifier une grande cavité permettant de dissimuler l’entrée secrète de la chambre funéraire de Khéops. Pour que cette galerie ne soit pas vue par les profanateurs comme une anomalie, il fallait trouver une astuce. La machine permettait de justifier cette réalisation et, éventuellement, à ajuster le couloir descendant à la taille des blocs-bouchons."
Pour le cas spécifique des monolithes en granite mis en place pour les chambres de décharge au-dessus de la Chambre du Roi, voici la suite de la réponse de l'auteur :"L’élévation des monolithes est, à mon avis, un faux problème : il suffisait de disposer de tous les blocs nécessaires au tout début de la construction. Ensuite, au fur et à mesure de l’élévation de la pyramide, il fallait élever ces blocs de seulement une assise. Dans mon livre, j’envisage le cas où, s’il manquait un bloc, il fallait bien pouvoir le hisser. Dans ce cas, seules les cordes [et non les leviers] devaient pouvoir réaliser cette fonction ; la force développée par les leviers étant trop faible pour être efficace."
Un dernier point que me précise Jean-Pierre Dupeyron au regard des propositions faites par ses "collègues" : l’archéologue Stuart Kirkland Wier a calculé théoriquement le nombre d'ouvriers strictement nécessaires à la construction de la pyramide. Or, ce chiffre est étonnamment bas : 1430 en moyenne pendant 20 ans. Bien sûr, le calcul ne tient pas compte des pertes de rendement en tous genres : rampe à construire, traîneaux à monter, frottement des traîneaux… Toutefois, malgré ce faible nombre théorique d’ouvriers, certains "pyramidologues" veulent encore le réduire avec des dispositifs plus ou moins compliqués. Or, ce raisonnement n’est valable que si l’on est limité en moyens (humain ou financier) et que le temps de construction n’est pas le critère primordial. Nous savons que, du temps des pyramides, les priorités étaient inverses : le temps était limité et le pharaon disposait d’une main-d’œuvre abondante (pas de guerre et excellent rendement agricole). Donc, les architectes anciens ont très certainement favorisé une solution rapide d’acheminement des blocs de pierre, quitte à utiliser une pléthore d’ouvriers."



Les illustrations sont extraites de l'ouvrage de Jean-Pierre Dupeyron et reproduites avec l'aimable autorisation de leur auteur.