lundi 28 janvier 2019

"Quel chef-d’œuvre que cette chambre intérieure de la grande pyramide !" (Ernest Renan)


photo extraite de kheops-project.com
"La pyramide n’est autre chose que la "maison éternelle" des rois ou des personnes de la famille royale. Toutes les particularités en apparence bizarres et parfois encore inexpliquées de ces dernières constructions n’ont qu’un but, dissimuler soigneusement la place du cadavre, créer une chambre introuvable où le corps attende en repos le jour de la résurrection. De là ces entrées habilement bouchées et qu’on a soin de ne jamais placer au milieu des faces du monument, de là ces couloirs intérieurs remplis de blocs, ces ruses, ces efforts pour dépister le profanateur et l’éloigner de la cellule royale, ces échappées en forme de puits, ménagées afin de faire sortir les ouvriers qui avaient travaillé au dedans à combler les couloirs. 
Les précautions étaient si bien prises, que, pour la grande pyramide, la chambre de Chéops n’a été trouvée que sous le kalife Mamoun. Chéops y a donc reposé en paix, selon son désir, plus de cinq mille ans. Tout ici respire en effet la haute antiquité, tout est simple, fort, naïf, exagéré quant au choix des moyens, scrupuleux dans l’exécution. 
Quel chef-d’œuvre que cette chambre intérieure de la grande pyramide ! Le poli et le jointoiement des blocs de granit rose qui lui servent de revêtement ne le cèdent en rien aux ouvrages les plus parfaits de l’antiquité. Malgré l’épouvantable poids que porte cette chambre, elle n’a pas fléchi d’un millimètre ; le fil à plomb n’y accuse pas la moindre déviation. Pas un ornement ; la beauté n’est demandée qu’à la seule perfection de l’exécution. 
Sincérité absolue ; nul ne devait entrer dans cette chambre ; tout le soin qu’on a pris de la construction est uniquement par respect pour le mort. Au milieu de la chambre est le sarcophage en granit, colossal, sans aucun ornement. La partie conservée du revêtement de la seconde pyramide porte également le cachet d’un art primitif, ne donnant rien à l’ostentation ni à l’apparence, supposant un sérieux parfait, ne trichant ni avec Dieu ni avec les morts."

extrait de "Les Antiquités égyptiennes et les Fouilles de M. Mariette, souvenirs de mon voyage en Égypte", par Ernest Renan (1823 - 1892), écrivain, philologue, philosophe et historien français, in Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 56, 1865

vendredi 18 janvier 2019

"Tout le bâtiment penche vers l'intérieur" (Henry Blunt - XVIIe s. - à propos des pyramides de Giza)

par G B Piranesi, 1769
Le texte ci-dessous (version originale et traduction en français) est extrait de A Voyage into the Levant, 1650, par Henry Blunt ou Blount (1602-1682), "gentleman", voyageur et écrivain.
"Au Caire, précise Oleg V. Volkoff, dans Voyages en Égypte, des années 1634, 1635 et 1636, IFAO, 1974, il se rend aux pyramides de Guizéh, pénètre à l'intérieur de la plus grande (celle de Chéops), nous en donne une courte description, et mentionne également le Sphinx, ainsi que les autres pyramides situées dans leur voisinage (en direction du sud). Il n'évite évidemment pas certaines erreurs, courantes en son temps : ainsi il attribue l'érection des pyramides de Guizéh au Pharaon de l'Exode, suggère que les pierres de construction furent peut-être apportées de la mer Rouge, et mentionne un passage souterrain qui relierait la pyramide de Chéops au Sphinx."

Le texte concernant les pyramides est pp. 82-85.




Le texte choisi ci-dessous, traduit par Oleg V. Volkoff, est extrait de Voyages en Égypte, des années 1634, 1635 et 1636, p. 46-47.

"Leur forme est quadrangulaire, allant en diminuant par degrés équivalents, de presque un quart de mille (sic) pour chaque [côté] à la base, jusqu'à un carré au sommet, d'à peine plus de trois yards de côté. Les pierres sont extrêmement grandes, et aussi grandes au-dessus qu'en dessous : toutes [ont la forme] d'un carré régulier. Ce qui facilita la construction, et garda si longtemps [les pyramides] intactes, est la disposition des pierres ; elles ne furent pas posées régulièrement à plat l'une sur l'autre, comme dans d'autres bâtiments; [la construction] fut commencée à la base sur un solide rocher avec la première rangée des pierres, inclinée [obliquement], leur côté extérieur plus haut d'un pied que [leur côté] intérieur ; la même disposition est continuée jusqu'au sommet, grâce à quoi tout le bâtiment penche vers l'intérieur, et ainsi se tient par lui-même sans mortier ; chaque pierre supérieure est d'un demi-pied en arrière de celle sur laquelle elle repose ; par une gradation régulière, ceci donne à la masse une forme pointue vers le haut, et rend très facile l'ascension par l'extérieur. Mais dans un pays où il pleuvrait, [ce genre de construction] aurait retenu l'eau et ruiné le bâtiment."


 

lundi 14 janvier 2019

"Ces superbes pyramides, qui sont encore aujourd’hui l’admiration de ​​l’univers" (Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers - XVIIIe s.)

1721 - Egyptian Pyramids by Fischer von Each
"Pyramides d’Égypte, (Antiq. d’Archit. égypt.)​​ regum pecuniæ otiosa ac stulta ostentatio, selon la définition de Pline.
En effet, quoique ce soit un ouvrage prodigieux d’architecture, c’est le plus inutile que les hommes aient jamais exécuté ; cependant comme ce monument est le plus célèbre de l’antiquité, que tous les historiens en ont parlé avec admiration, qu’il subsiste encore de nos jours, du moins en partie, & que nos voyageurs modernes, Thévenot, le Brun, Greaves, le père Vansleb, Gemelly & autres ont été exprès sur les lieux pour le décrire & le mesurer, il convient d’entrer ici dans des détails un peu étendus sur ces fameuses pyramides.

Les anciens tombent tous d’accord qu’elles ont été bâties pour servir de tombeaux à ceux qui les ont élevées : Diodore de Sicile & Strabon le disent clairement : les Arabes le confirment, & le tombeau qu’on voit encore aujourd’hui dans la plus grande pyramide, met la chose hors de doute.

Si l’on cherche la raison qui porta les rois d’Égypte à entreprendre ces grands bâtiments, Aristote insinue que c’était un effet de leur tyrannie : Pline pense qu’ils les ont élevées en partie par ostentation, & en partie pour tenir leurs sujets occupés, & leur ôter les occasions de penser à quelque révolte. Mais, quoique ces raisons puissent y être entrées pour quelque chose, on croit trouver la principale dans la théologie même des Égyptiens. Servius, en expliquant cet endroit de Virgile, animamque sepulcro - Condidimus,
assure que les Égyptiens croyaient que l’âme demeurait attachée au corps, tant qu’il restait en son entier ; ces peuples, dit ce savant commentateur, embaument leurs corps, afin que l’âme ne s’en sépare pas sitôt, pour passer dans un autre corps. C’est pour conserver les corps incorruptibles, qu’ils avaient inventé ces précieuses compositions dont ils les embaumaient, & qu’ils leur ont bâti de superbes monuments plus magnifiques que tous leurs palais. Ce fut par cette même raison que les rois de Thèbes en élevèrent de pareils qui ont bravé tant de siècles ; & Diodore de Sicile nous apprend qu’il paraissait par les commentaires sacrés des Égyptiens, qu’on comptait quarante-sept de ces superbes tombeaux, mais qu’il n’en restait plus que dix-sept du temps de Ptolomée Lagus. Ces tombeaux que vit Strabon, proche de Syène dans la haute Égypte, avAient été bâtis pour la même fin.

Longtems après le règne des premiers rois de Thèbes, ceux de Memphis s’étant trouvés les maîtres, & ayant la même croyance sur la résidence des âmes auprès des corps, élevèrent ces superbes pyramides, qui sont encore aujourd’hui l’admiration de ​​l’univers. Les Égyptiens de moindre condition, au lieu de pyramides, faisaient creuser pour leurs tombeaux, de ces caves qu’on découvre tous les jours, & dans lesquelles on trouve des momies.

Si l’on cherche la raison de la figure qu’on donna aux pyramides, on trouvera sans peine qu’elles furent bâties de la sorte, parce que de toutes les figures qu’on peut donner aux édifices, celle-là est la plus durable, le haut ne chargeant point le bas, & la pluie qui ruine ordinairement les autres bâtiments ne pouvant nuire à des pyramides, parce qu’elle ne s’y arrête pas. Peut-être aussi qu’ils ont voulu par-là représenter quelques-uns de leurs dieux ; car alors les Égyptiens représentaient leurs divinités par des colonnes & par des obélisques. Ainsi nous voyons dans Clément Alexandrin, que Callirhoé, prêtresse de Junon, mit au haut de la figure de sa déesse, des couronnes & des guirlandes ; car dans ce temps-là les statues des dieux avaient la figure de colomnes ou d’obélisques. Pausanias dit que dans la ville de Corinthe, Jupiter Melichius était représenté par une pyramide, & Diane par une colonne.
Les autres nations ont quelquefois imité ces ouvrages des Égyptiens, & ont dressé des pyramides pour leurs sépulcres. Sur ce passage de Virgile,
Fuit ingens monte sub alto
Regis Dercenni terreno ex aggere bustum
Antiqui Laurentis opacâque ilice tectum
,
Servius remarque qu’anciennement les personnes de condition se faisaient enterrer sous des montagnes, & qu’ils ordonnaient qu’on dressât sur leurs sépulcres des colonnes & des pyramides.

Le lieu où sont les pyramides, dit le P. Vansleb, qui fit le voyage d’Égypte en 1672, est un cimetière, & sans doute un cimetière de Memphis ; car tous les historiens arabes nous apprennent que cette ville était bâtie dans l’endroit où sont les pyramides, & vis-à-vis le vieux Caire.

Toutes ces pyramides ont une ouverture qui donne passage dans une allée basse fort longue, & qui conduit à une chambre, où les anciens Égyptiens mettaient les corps de ceux pour lesquels les pyramides étaient faites. Si l’on ne voit pas ces ouvertures dans toutes les pyramides, cela vient de ce qu’elles sont bouchées par le sable que le vent y a apporté. Sur quelques-unes on trouve des caractères hiéroglyphiques assez bien conservés.

Toutes les pyramides étaient posées avec beaucoup de régularité. Chacune des trois grandes, qui subsistent encore, sont placées à la tête d’autres plus petites, que l’on ne peut néanmoins connaître que difficilement, parce qu’elles sont couvertes de sable ; toutes sont construites sur un rocher uni, caché sous du sable blanc ; & il y a quelque apparence que les pierres dont on les a bâties, ont été tirées sur le lieu même ; aucune de ces pyramides n’est égale, ni parfaitement carrée. Toutes ont deux côtés plus longs que les deux autres.

Dans toutes les pyramides, il y a des puits profonds, carrés & taillés dans le roc. Il y a aussi de ces puits dans les grottes qui sont au voisinage des pyramides ; ces grottes sont creusées au côté d’une roche en assez mauvais ordre, & sans symétrie par-dehors, mais fort égales & bien proportionnées par-dedans. Le puits est le lieu où les Égyptiens mettaient les corps de ceux pour qui la grotte avait été faite. Les murailles de quelques-unes ont des figures hiéroglyphiques, taillées aussi dans le roc, les unes plus grandes, les autres plus petites. Les trois principales pyramides connues des voyageurs sont à environ neuf milles du Caire.

La plus belle de toutes est située sur le haut d’une roche, dans le désert de sable d’Afrique, à un quart​ de lieue de distance, vers l’ouest des plaines d’Égypte. Cette roche s’élève environ cent pieds au-dessus du niveau de ces plaines, mais avec une rampe aisée, & facile à monter : elle contribue en quelque chose à la beauté & à la majesté de l’ouvrage ; & sa dureté fait un fondement proportionné à la masse de ce grand édifice.

Pour pouvoir visiter cette pyramide en-dedans, il faut ôter le sable qui en bouche l’entrée ; car le vent y en pousse continuellement avec violence une si grande quantité, qu’on ne voit ordinairement que le haut de cette ouverture ; il faut même, avant que de venir à cette porte, monter sur une petite colline, qui est vis-à-vis, tout auprès de la pyramide, & qui sans doute s’y est élevée du sable que le vent y a poussé, & qui ne pouvant être porté plus loin à cause de la pyramide qui l’arrêtait, s’y est entassé de la sorte. Il faut aussi monter seize marches, avant que d’arriver à l’entrée de l’ouverture qui est du côté du nord.

On prétend qu’autrefois on la fermait après y avoir porté le corps mort, & que pour cet effet, il y avait une pierre taillée si juste, que lorsqu’on l’y avait remise, on ne la pouvait discerner d’avec les autres pierres, mais qu’un pacha la fit emporter, afin qu’on n’eût plus le moyen de fermer la pyramide. Quoi qu’il en soit, cette entrée est carrée, & elle a la même hauteur & la même largeur depuis le commencement jusqu’à la fin. La hauteur est d’environ trois pieds & demi, & la largeur quelque chose de moins. La pierre qui est au-dessus en travers, a près de douze pieds de longueur, & dix-huit pieds de largeur. Le long de ce chemin, on trouve une grande chambre longue de dix-huit pieds, & large de douze ; sa voûte est en dos d’âne.

Quand on est venu jusqu’au bout de ce premier chemin, on rencontre une autre allée pareille, qui va un peu en montant ; elle est de la même largeur, mais si peu élevée, principalement dans l’endroit où ces deux chemins aboutissent, qu’il faut se coucher sur le ventre, & s’y glisser en avançant les deux mains, dans l’une desquelles on tient une chandelle allumée, pour s’éclairer dans cette obscurité. Les personnes qui ont de l’embonpoint, ne doivent pas se hasarder à y passer, puisque les plus maigres y parviennent avec assez de peine.

Quelques voyageurs racontent que ce passage a plus de cent pieds de longueur, & que les pierres qui le couvrent, & qui font une espèce de voûte, ont vingt-cinq à trente paumes. Mais la fatigue que l’on essuie, & la poussière qui étouffe presque, ne permettent guère d’observer ces dimensions.

Au commencement de ce chemin qui va en montant, on rencontre à main droite un grand trou, où l’on peut aller quelque temps en se courbant ; à la fin on éprouve de la résistance : ce qui fait croire que ce n’a jamais été un passage, mais que cette ouverture s’est faite par la longueur du temps. Après qu’on s’est glissé par ce passage étroit, on arrive à une espace où l’on peut se reposer, & l’on trouve deux autres chemins, dont l’un descend, & l’autre monte à l’entrée du premier ; il y a un puits, qui à ce qu’on dit, conduit dans une grotte à la distance de 67 pieds, après quoi on trouve un chemin creusé dans le roc, plein de sable & d’ordures. Lorsqu’on est revenu de ce premier chemin qui est à main droite, on entre à gauche dans un second qui a 27 toises de long. Il y a des trous à chaque pas pour y mettre les pieds.

Les curieux qui vont visiter les pyramides, doivent être obligés à ceux qui ont fait ces trous : sans cela il serait impossible de monter au haut, & il faut encore être alerte pour en venir à bout, à l’aide du banc de pierre qu’on tient ferme d’une main, pendant que l’autre est occupée à tenir la chandelle. Outre cela il faut faire de fort grands pas, parce que les trous sont éloignés de six paumes l’un de l’autre. Cette montée, qu’on ne peut regarder sans admiration, peut passer pour ce qu’il y a de plus considérable dans les pyramides. Les pierres qui en font les murailles, sont unies comme une glace de miroir, & si bien jointes les unes aux autres, qu’on diroit que ce n’est qu’une seule pierre. Il en est de même du fond où l’on marche, & la voôte est superbe.

Ce chemin, qui conduit à la chambre des sépulcres, persuade que ce n’est point là qu’était la véritable entrée de la pyramide : il faut que celle qui conduisait à cette chambre soit plus aisée & plus large ; car si les pyramides étaient les tombeaux des anciens rois, il faut qu’on ait ménagé une route plus commode pour y porter les cadavres ; & comment les faire passer par un chemin où l’on ne peut marcher qu’en grimpant ? Si nous en croyons Strabon, on entrait dans la grande pyramide en levant la pierre qui est sur le sommet. À quarante stades de Memphis, dit-il, il y a une roche sur laquelle ont été bâties les pyramides & les monumens des anciens rois… L’une de ces pyramides est un peu plus grande que les autres ; sur son sommet il y a une pierre qui pouvant être aisément ôtée, découvre une entrée qui mène par une descente à vis jusqu’au tombeau : ainsi on pourrait avoir élevé cette tombe par le moyen de quelque machine, sur le haut de la pyramide, avant que les pierres qui la couvrent y fussent posées, & l’avoir fait descendre ensuite dans la chambre.

Au bout de la montée on entre dans cette chambre ; on y voit un sépulcre vide taillé d’une seule pierre qui, lorsqu’on frappe dessus, rend un son comme une cloche. La largeur de ce sépulcre est de trois pieds & un pouce ; la hauteur de trois pieds & quatre pouces, & la longueur de sept pieds & deux pouces. La pierre dont il est fait a plus de cinq pouces d’épaisseur ; elle est extraordinairement dure, bien polie, & ressemble à du porphyre. Les murailles de la chambre sont aussi incrustées de cette pierre.

Le sépulcre est tout nu, sans couverture, sans balustrade, soit qu’il ait été rompu, ou qu’il n’ait jamais été couvert. Le roi qui a fait bâtir cette pyramide, n’y a jamais été enterré. D’anciens auteurs disent que le fondateur de cette pyramide était Chemmis. Diodore de Sicile, en parlant de ce prince & de Cephren, qui a fait construire une des autres pyramides, dit que quoique ces deux rois aient fait élever ces deux superbes monuments pour en faire leur sépulcre, il est vrai néanmoins qu’aucun d’eux n’y a été enterré.

Pour visiter la pyramyde en dehors, on monte en reprenant de temps en temps haleine. Environ à la moitié de la hauteur, à un des coins du côté du nord, qui est l’endroit où l’on peut monter avec moins de peine, on trouve une petite chambre carrée où il n’y a rien à voir, & qui ne sert qu’à se reposer, ce qui n’est pas inutile. Quand on est parvenu au haut, on se trouve sur une plate-forme, d’où l’on a une agréable vue sur le Caire & sur toute la campagne des environs, sur d’autres pyramides qu’on découvre, & sur la mer, que l’on a à main gauche.

La plate-forme qui, à la regarder d’en bas, semble finir en pointe, est de dix ou douze grosses pierres, & elle a à chaque côté qui est carré seize à dix-sept pieds. Quelques-unes de ces pierres sont un peu rompues ; & la principale de toutes, sur laquelle étoit la plupart des noms de ceux qui avaient pris la peine de monter au haut de cette pyramide, a été jetée en bas par quelques voyageurs.

On ne peut descendre autrement que par le dehors ; quand on a bâti la pyramide on a tellement disposé les pierres les unes sur les autres, qu’après en​ avoir fait un rang avant que d’en poser un second, on a laissé un espace à se pouvoir tenir dessus, ou du moins suffisant pour asseoir les pieds fermes. Le Brun dit avoir compté deux cent dix rangs de pierre, les unes hautes de quatre paumes, les autres de cinq, & quelques-unes de six. Quant à la largeur, quelques-unes ont deux paumes, d’autres trois ; d’où il est aisé de comprendre qu’il doit être difficile de les monter.

Il est néanmoins encore plus malaisé de descendre, car quand on regarde du haut en bas, les cheveux dressent à la tête. C’est pourquoi le plus sûr est de descendre à reculons, & de ne regarder qu’à bien poser les pieds à mesure que l’on descend. D’ailleurs de toutes les pierres dont la grande pyramide est faite, il n’y en a presque point qui soient entières ; elles sont toutes rongées par le temps, ou écornées par quelqu’autre accident : de sorte que quoiqu’on puisse monter de tous côtés jusqu’à la plate-forme, on ne trouve pourtant pas la même facilité à descendre.

En mesurant cette pyramide d’un coin à l’autre par le devant, le P. Vansleb a trouvé qu’elle avait trois cents pas ; & ensuite ayant mesuré la même face avec une corde, il a trouvé cent vingt-huit brasses, qui font sept cent quatre pieds. L’entrée n’est pas au milieu : le côté du soleil couchant est plus large d’environ soixante pieds. La hauteur de la pyramide, en la mesurant par-devant avec une corde, est, selon la même voyageur, de cent douze brasses, chacune de cinq pieds & demi, ce qui revient à six cens seize pieds. On ne peut pas néanmoins dire de combien elle est plus large que haute, parce que le sable empêche qu’on ne puisse mesurer le pied. Le côté de cette pyramide qui regarde le nord, est plus gâté que les autres, parce qu’il est beaucoup plus battu du vent du nord, qui est humide en Égypte.

La seconde pyramide ne peut être vue que par dehors, parce qu’on n’y peut entrer, étant entièrement fermée. On ne peut pas non plus monter au haut, parce qu’elle n’a point de degrés comme celle qui vient d’être décrite. De loin, elle paraît plus haute que la première, parce qu’elle est bâtie dans un endroit plus élevé ; mais quand on est auprès, on se détrompe. M. Thévenot donne à chaque face six cent trente-un pieds. Elle paraît si pointue, qu’on dirait qu’un seul homme ne saurait se tenir sur son sommet. Le côté du nord est aussi gâté par l’humidité.

La troisième est petite, & de peu d’importance. On croit qu’elle a été autrefois revêtue de pierres, & semblables à celles du tombeau qui est dans la première pyramide. Ce qui donne lieu de le penser, c’est qu’on trouve aux environs une grande quantité de semblables pierres.

Pline parlant de ces pyramides, dit que celle qui est ouverte fut faite par 370000 ouvriers dans l’espace de 20 ans."

extrait de L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et d’Alembert.

mercredi 9 janvier 2019

La "forme pyramidale avait été choisie comme la plus solide et la plus durable" (Marie Nicolas Bouillet - XIXe s., à propos des pyramides de Giza)

illustration from "View of ancient and modem Egypt", by Michael Russell, engraving by Branston, 1831
"Pyramides d'Égypte, monuments gigantesques dont la base était ordinairement carrée, quelquefois circulaire, et qui se terminaient en pointe comme la flamme, d'où vient leur nom, étaient situées pour la plupart sur les limites de l'Égypte inférieure et de l'Heptanomide, à l'O. du Nil, au milieu des déserts.
Selon Pline, elles ont été bâties partie par l'ostentation des souverains, qui voulaient se faire élever des tombeaux magnifiques, partie par politique, afin que le peuple égyptien, occupé par ce travail, ne songeât pas à se révolter. Du reste on ignore le temps de leur élévation et le nom des princes qui les ont fait élever. Il faut rejeter l'hypothèse de ceux qui veulent qu'elles aient été bâties par les Israélites, victimes de la tyrannie des Pharaons, et de ceux qui en attribuaient la fondation à Joseph, qui, dit-on, y fit conserver les blés recueillis dans les années d'abondance. Mais il est incontestable qu'elles datent d'une époque très reculée, et qu'elles ont au moins trois mille ans d'antiquité. 
Les pyramides étaient formées de différentes assises de pierres, qui diminuaient successivement de largeur suivant que l'exigeaient les proportions de l'édifice. L'assise inférieure débordait toujours celle qu'on élevait immédiatement au dessus, et chacun des côtés de la pyramide formait ainsi une espèce d'escalier.  
On prétend qu'originairement toutes ces pyramides avaient été revêtues, soit de carreaux de marbre, soit de petites pierres, de sorte qu'elles présentaient à l'œil un talus parfaitement uni. Cette forme pyramidale avait été choisie comme la plus solide et la plus durable. Peut être aussi sous cette forme les Égyptiens ont-ils voulu représenter comme par un symbole les attributs de quelques dieux, car, dans les temps les plus reculés, les pyramides et les obélisques étaient regardés comme les simulacres de certaines divinités. 
La plupart de ces édifices prodigieux ont résisté aux injures du temps et aux dévastations des hordes barbares qui se sont succédé sur le sol de l'Égypte. Vingt sont encore debout ; mais trois surtout captivent l'admiration, et méritent le titre de merveilles du monde que l'on a donné à toutes. La plus grande des trois, celle que l'on appelle vulgairement la grande pyramide, forme un carré dont chacun des côtés a 660 pieds. Son circuit est par conséquent de 2.640 pieds. Elle en a près de 500 de hauteur perpendiculaire. Son sommet est terminé par une plate-ferme carrée, dont chaque côté peut avoir seize ou dix-sept pieds, quoique d'en-bas elle semble être une pointe aiguë. La masse totale de la pyramide est de 313.590 toises cubes. Cette masse est composée de pierres d'une grandeur extraordinaire. Il y en a plusieurs qui ont trente pieds de longueur, sur quatre de hauteur et trois de largeur.
L'intérieur est encore plus étonnant que l'extérieur ; mais les anciens n'avaient sur ce point aucun détail, et ce n'est qu'après les voyages et les observations des modernes qu'on est parvenu à les connaître. Un puits immense, qui conduisait dans des souterrains destinés aux initiations, des galeries d'une longueur prodigieuse et une salle magnifique dont le pavé, les murs et le plafond étaient incrustés de pierres semblables à du porphyre, en étaient les ornements principaux. 
Au rapport de Diodore, trois cent soixante mille ouvriers furent occupés en même temps à la construction de cette pyramide. Ils étaient relevés de trois mois on trois mois par un pareil nombre. Dix années entières furent employées à tailler et à voiturer les pierres. Il fallut vingt ans pour achever cet immense édifice. Une inscription hiéroglyphique apprenait combien il en avait coûté pour les poireaux, l'ail, les oignons et autres légumes fournis aux ouvriers. Cette somme montait, dit-on, à seize cents talents d'argent, c'est-à-dire à près de sept millions de notre monnaie.
La seconde pyramide, presque aussi large par la base, mais moins haute et surtout moins élégante à l'intérieur que la première, était surtout remarquable par un sphinx d'une seule pierre qui, selon Pline, avait 168 pieds de large et 62 de haut. Aujourd'hui tout le corps du monstre est enseveli dans le sable, et l'on ne voit que le cou et la tête qui ensemble ont 27 pieds de hauteur."

extrait de Dictionnaire classique de l'antiquité sacrée et profane, Volume 2, 1828, par Marie Nicolas Bouillet (1798-1864), professeur, traducteur et lexicographe français, officier de l'Instruction publique, dont le nom reste associé au Dictionnaire universel d'histoire et de géographie qu'il publia en 1842.

"Premiers monuments de l'histoire humaine par lesquels l'âme inquiète a essayé de protester contre la mort" (André Chevrillon, à propos des pyramides)

aucune précision sur l'auteur et la date de ce cliché
 "À mesure que l'on s'éloigne du Caire, tout devient plus ample et plus simple : des deux côtés, les constructions humaines ont déjà disparu, les futaies de hautes palmes s'épaississent ; leurs troncs serrés forment une sorte de mur dense, et, par-dessus, les milliers de têtes rayonnent, sombres, dans le ciel. Les tournants sont grandioses, découvrant, révélant tout un pays. À gauche, le ruban végétal, la bande toute claire et verte de maïs et de cannes s'est rétrécie, tout de suite dominée, étreinte par la chaîne blonde du Mokatam. Et soudain, un coin du vieux Caire reparaît pour nous dire adieu, terne, mort comme le désert environnant, blond et tout uni de ton, difficile à distinguer de la chaîne aride, un morceau de ville inanimée qui ne semble pas faite pour l'homme et qu'on dirait taillée dès l'origine des choses dans cette falaise. Et ce sont des dômes, des minarets, et, par-dessus tout, la mosquée aiguille, le jet grêle dans le ciel de ses deux fusées de pierre. 
Toute cette journée-là, les pyramides nous ont poursuivis. Nous ne pouvions pas quitter ce cimetière memphite, arriver au bout de cette nécropole qui est la plus ancienne et la plus vaste que l'on connaisse. Gizeh, Sakkarah, Dachour, Meidoum, de loin en loin, jalonnant le cours du Nil, elles surgissaient par groupes, gardant mystérieusement le seuil de l'infini saharien, de plus en plus délabrées et désolées à mesure que nous remontions et qu'elles s'espaçaient davantage, chaque groupe plus inquiétant, plus enfoui dans les sables et perdu dans la solitude. 
Lorsque l'on pensait, après des heures de navigation, les avoir enfin laissées derrière soi, de nouveaux triangles se levaient comme des voiles de vaisseaux derrière la ligne d'horizon. À la longue, elles se rapprochaient de nous et, alors, on reconnaissait qu'elles n'avaient presque plus de formes à force d'avoir été démantelées, usées par les siècles et par l'homme avide et fouilleur. C'étaient des buttes fauves à demi écroulées, confondues au désert, ou bien des piles de tours quadrangulaires à pans inclinés, en retrait les unes sur les autres, les noyaux primitifs de la pyramide sortant d'une colline ruinée. 
Premiers monuments de l'histoire humaine par lesquels l'âme inquiète, qui aspire et qui aime, tout de suite a essayé de protester contre la mort, de lutter contre l'indifférence silencieuse de ce qui est pour toujours. Oui, toute la dignité humaine est déjà là, dans cette mélancolique procession de pyramides qui se suivent toute cette journée au bord de l'immensité muette."

extrait de Terres mortes : Thébaïde, Judée, par André Chevrillon (1864-1957), neveu d’Hippolyte Taine par sa mère, grand voyageur, collaborateur à La Revue des deux mondes, élu à l’Académie française le 3 juin 1920

vendredi 4 janvier 2019

"Qui n'a pas vu les Pyramides n'a pas vu l'Égypte" (Constantin James, Victor Audhoui - XIXe s.)

par George E. Raum, 1896
"Qui n'a pas vu les Pyramides n'a pas vu l'Égypte. Aussi nous proposions-nous de ne pas quitter le Caire sans avoir visité celles de Giseh, qui sont les plus proches et les mieux conservées de toutes celles que nous apercevions à l'horizon, lorsque nous apprîmes, dans la matinée du 24, que le soir même elles seraient illuminées aux feux de Bengale en l'honneur de l'empereur d'Autriche. Nous fîmes donc de suite nos préparatifs de départ.
Dès midi, une calèche nous conduisait au Vieux-Caire en moins d'une heure. Là, nous la quittions pour passer le Nil sur une barque. Le fleuve en cet endroit est magnifique, sa largeur étant au moins six fois celle de la Seine à Paris. Parvenus sur l'autre rive, au village de Giseh, nous y trouvâmes les ânes que nous avions commandés d'avance. À peine fûmes-nous en selle qu'ils partirent comme un trait dans la direction des Pyramides.
C'est que les ânes d'Orient, au lieu d'être des animaux paresseux et lâches, sont de fringants coursiers, pleins de feu et d'ardeur. Ils portent la tête haute, les oreilles droites et le regard fier, comme s'ils se souvenaient qu'Homère n'a pas dédaigné de comparer Ajax à un des leurs se retirant de la lice. Ils n'ont donc rien de commun avec leurs collègues d'occident ; pardon ! ils en ont la voix. Comme eux, ils sautent d'une gamme à l'autre avec une brusquerie désespérante, entrecoupant leurs modulations de reniflements gutturaux et de longs soupirs saccadés, avec force points d'orgues sur les notes basses. C'est le seul reproche qu'on puisse leur adresser, mais ce reproche ils le méritent pleinement.
À partir du Nil, la route représente une avenue plantée. Sur la droite de la plaine qu'elle traverse fut livrée la célèbre bataille, gagnée par Bonaparte, laquelle emprunta son nom aux monuments, "d'où quarante siècles contemplaient ses 
soldats". En effet, tout à côté se trouvent les Pyramides, que nous n'avions mis que deux heures à atteindre. 
Ces pyramides sont au nombre de trois, deux grandes appelées pyramides de Khéops et de Khéfren, et une moyenne appelée pyramide de Mycenius.
Vus de loin, ces monuments étonnent par leur masse ; vus de près, ils causent un sentiment voisin de la déception, et on est tenté de s'écrier : "Ce n'est que cela !" Représentez-vous, en effet, d'énormes blocs, en forme de meules, placés de champ les uns au-dessus des autres, comm
e les bûches d'un bûcher gigantesque. On a beau songer aux forces mécaniques prodigieuses qu'il a fallu pour extraire, charrier et élever à de pareilles hauteurs de semblables masses, - Pélion entassé sur Ossa - il est bien difficile d'y voir autre chose qu'un monceau de pierres disposées symétriquement. Du temps où un revêtement de chaux et de porphyre, dont il ne reste que des fragments, rendait leur surface brillante et polie, il devait en résulter des jeux de lumière d'un effet saisissant. Mais aujourd'hui que la pierre dénudée et raboteuse n'offre plus que des tons grisâtres et sans reflets, l'illusion fait place à la froide réalité.
Entre les blocs existent des écartements par la dégradation de leurs bords. Ce sont ces écartements que l'on utilise, comme les marches d'un escalier, pour faire l'ascension des Pyramides. Il n'y a pas d'autres moyens d'accès.
La pyramide de Cheops, qui est la première que l'on aperçoit en arrivant, est la seule que l'on gravisse. La montée du reste en est plus fatigante que difficile, le seul obstacle consistant dans l'épaisseur des blocs, qu'on ne peut franchir d'une enjambée. Il faut qu'un guide vous hisse par les bras, tandis qu'un autre vous pousse en arrière, ce qui, pour une personne, implique au moins l'assistance de deux conducteurs. On parvient ainsi en une demi-heure, moitié rampant sur le ventre et les mains, et moitié se tenant debout, au sommet du colosse, dont la hauteur dépasse de 30 mètres celle du clocher de la cathédrale de Strasbourg. Là se trouve une plate forme d'où l'oeil embrasse un spectacle admirable.
Ce spectacle, je ne pus en jouir, car, à peine eus-je escaladé les premiers gradins, j'éprouvai un tel vertige que je dus redescendre D'autres, en grand nombre, furent plus heureux que moi. L'empereur d'Autriche surtout se fit remarquer entre tous par son agilité et sa prestesse.
On a beaucoup disserté 
sur la destination originale des Pyramides, aussi bien que sur leur ancienneté. Il est parfaitement démontré aujourd'hui qu'elles ne sont autres que des constructions tumulaires et qu'elles remontent aux premières dynasties des pharaons. (...)
La journée se termina, comme on l'avait annoncé, par l'illumination de la pyramide de Chéops. À un signal donné, sa surface s'embrasa, simulant un immense incendie dont le rayonnement répandit jusqu'au Caire une lumière éblouissante.
Le Sphynx surtout était admirable ; ses yeux, où l'on avait disposé deux piles de Bunsen, lançaient de flamboyants éclairs, comme l'antique dragon du jardin des Hespérides. À ce spectacle, si merveilleusement réussi, nous éclatâmes en applaudissements. Qui sait même si les Pharaons n'en tressaillirent pas du fond des Pyramides qui leur servent de tombeau ? Mais non ; aujourd'hui ces tombeaux sont vides. Les corps des trois souverains qui y reposaient ont même subi les destinées les plus étranges. Deux furent vendus au moyen âge à des marchands vénitiens qui faisaient le commerce de la poudre de momie, alors fort usitée en médecine, et le troisième fut donné en 1837, par le colonel Wyse, au Museum de Londres.
Pauvres monarques ! Était-ce bien la peine de faire tant de sacrifices d'hommes et d'argent pour conserver votre dépouille mortelle, puisqu'elle devait, pour deux d'entre vous, être débitée en pilules, et, pour le troisième, figurer derrière une vitrine, à côté d'objets empaillés ?"


Extrait de Guide pratique aux eaux minérales, aux bains de mer et aux stations hivernales, augmenté d'un Traité d'hydrothérapie. [Voyage de Montaigne aux eaux minérales. L'Égypte. Du Passage de la Mer Rouge par les Hébreux.] par le Dr Constantin James (1813-1888), membre de plusieurs académies et sociétés savantes, et le Dr Victor Audhoui (1841-1923), médecin de l'hôpital de la Pitié et des Eaux de Vichy, médecin du ministère des Affaires étrangères

mardi 1 janvier 2019

Selon Hartwig Munt, la clé de la construction des pyramides égyptiennes repose sur la technique, relatée par Hérodote, des "machines faites de pièces de bois"

Selon Hartwig Munt (*), Hérodote a transmis la clé de la construction des pyramides égyptiennes, à savoir l'utilisation de "machines faites de pièces de bois", la relation de l'historien grec ayant été transmise de bouche à oreille, mais négligée par les chercheurs en raison de sa distance chronologique par rapport aux événements réels.
Hartwig Munt a cherché à mettre en valeur la portée scientifique de la relation d'Hérodote, qui constitue, à ses yeux, "la seule solution concluante au mystère de la construction de la pyramide", compte tenu de la courte période du chantier de construction et de la quantité de main-d’œuvre utilisée pour cette construction. Pour ce faire, il a étayé son argumentation avec la fabrication d'une maquette - treuil et blocs - à l’échelle 1: 5, de la "machine" d'Hérodote.

Il a développé sa théorie dans son ouvrage The Construction of the Great Pyramid of Giza according to Herodotus / Der Bau der Cheops-Pyramide nach Herodot : The secrets of its construction method from a physical-technical perspective / Das Geheimnis ihres Bauverfahrens aus physikalisch-technischer Sicht, 2013, dont on trouvera ci-après une reproduction partielle.




Extraits de cet ouvrage :

Prerequisites for construction 


"The Egyptians must have known about clay brick ramps. Pulling objects on a slanted surface with a sledge and the inclined lift with sliding ramps, with which granite blocks and the pyramidion were pulled up the pyramid wall, is not imaginable without clay brick ramps made of dried ‘clay and straw’. The right material and a dry climate must have existed for constructions, ramps and causeways made of clay bricks. (...)
Reports from the times of the pharaohs confirm the use of a slanted plain to pull up building materials. For instance, a papyrus text exists in which the construction of a clay ramp is mentioned. Furthermore, remains of various ramps near Giza, south of the Chephren pyramid, in the courtyard of the Temple of the Sun by Abu-Gurob (5th dynasty), by the pyramid in Lisht (12th dynasty ) as well as the remainders of clay brick scaffolding on one side of the first pylon of Karnak also bear testament.
But what was done with these clay brick ramps that still partially exist today ? And what is the meaning of the considerable remainders of a steep clay brick ramp that still exist inside the temple area in Karnak behind the great Pylon in front of the huge Temple of Amun ? Even if one had used the entire available space of 80 meters (the length between the Temple of Amun and the Pylon) for the ramp, the pylon's height of 34 m would have caused a ramp angle of 30° to be overcome. And that would have been too much for any team to pull a sledge up. This is therefore indirect proof of the fact that the Egyptians must have used hoisting gear chains and/or lifts. It is astonishing that the pylon in Karnak was actually built later, namely in Ptolomaic times, according to information provided on site. Greeks and Romans used the construction techniques with cranes and invented by them for their buildings. It was therefore not until those times that Egyptian construction know-how was actually forgotten.
Therefore all the prerequisites for an inclined lift were given.
(...)

The construction of the Great Pyramid of Giza - Construction time, population and building work 


A stone slab could be transported from pyramid step to pyramid step in two minutes with the Herodotus hoisting gear of the first generation which was also moved from step to step. Accordingly, several stones were always moving at the same time. If the pyramid already had 30 steps one would require 60 minutes to transport a stone from the base to the upper platform. Therefore 60 teams of 200 people each were required if each man could pull with a strength of 150 N. The pyramid must have been covered with people. Herodotus wrote that 100,000 men had to work on the Great Pyramid of Giza for 20 years. The number of 100.000 men not only refers to the people working directly on the pyramid, but includes the entire pyramid construction process, including the entire industry that was directly or indirectly involved in pyramid construction or the associated irrigation projects.
(...)

The hoisting gear in the quarry 


None of the numerous pyramid-construction theorists have far contemplated how the stone blocks could be heaved onto the sledges from the 60 cm wide trenches. Lifting the stone blocks with simple levers is not an option as it would take to long if an average of one stone block per minute is to be achieved. Consequently, the stone blocks will have to have been lifted out of the quarry with some kind of hoisting gear, which can stand in the quarry on its feet and has a rope crosshead die with a much higher static friction coefficient than the Mykerinos stone. Because, here in this real excavation site with mud and water in the ditches, and lubricants all over the place on the skids of the sledges and the planks placed beneath them, the ropes will be wet and slippery and should not slip over the head of the hoisting gear when trying to lift up a stone block. Figure 1 shows a model of the hoisting gear with a lime sand brick of size 30 x 24 x 11.5 cm (weight 15 kg), i.e. on a scale of 1:4 compared to the real stone blocks that were used.
The hoisting ropes are wrapped around a tree trunk once. This causes the sticking friction to increase so much that rope slippage around the tree trunk is unimaginable. In the process, the stone block is jammed between two beams.

Figure 1 clearly shows how the stone block is jammed between two beams. This occurs automatically when lifting the block. The jamming procedure is simple. First, the two beams are placed left and right of the stone block that is to be lifted. These are then tied together with a rope. Then the rope is grasped with a load hook which is located at the end of the hoisting ropes. If the team now pulls, the beams by the stone block will be strained and the block can be hoisted up. This assumes that the block was already detached from the underlayer with wedges. As the blocks are heavy, the hauling team will have strained the ropes before the wedges are rammed in so that the block can be easily broken off.
The sledge is then pushed underneath the stone block.

Rationalized method according to Herodotus 


The hoisting gear used for breaking off and lifting up stone blocks in the quarry was also used in pyramid construction after being developed further, so that the large stone blocks could be lifted up step by step without the load having to be put down or the system of hoisting gears having to be stopped. For that purpose, the large, round trunk at the head of the quarry hoisting gear was lubricated and placed in a wooden sliding sleeve in the groove of the pyramid step as a pivot. (...)
In this way the team could not only lift up the stone block with the wooden hoisting gear but also lift it up with a rope from one step to the next. With the help of guiding rails the load could be seamlessly passed on from one hoisting gear to another hoisting gear located on the next step. The two foot ends of the quarry hoists were converted into two forks that held a log on which the load - i.e. the sledge with the stone - was hanging.


(*) Hartwig Munt (15 avril 1938 - 2 avril 2011) était un physicien diplômé qui travailla tout d'abord dans un poste de direction chez Siemens AG, entre autres dans les domaines du développement et de la production. Il a ensuite travaillé pour la grande société Deutsche Telephonwerke Berlin (DeTeWe) comme responsable qualité assurance, et enfin comme directeur.