Affichage des articles dont le libellé est Davidovits (Joseph). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Davidovits (Joseph). Afficher tous les articles

mardi 7 mars 2017

La construction des pyramides égyptiennes en pierres ré-agglomérées : Joseph Davidovits persiste et signe !


Depuis quarante ans, le professeur Joseph Davidovits développe sa théorie relative à la construction des pyramides égyptiennes en y intégrant la chimie des polymères dont il est l’inventeur. Dans son nouvel ouvrage au titre énigmatique Bâtir les pyramides sans pierres ni esclaves ?, il la résume en ces termes : “Les grandes pyramides d’Égypte furent bâties en employant de la pierre ré-agglomérée (du calcaire naturel traité comme un béton géopolymère, puis moulé), et non à l’aide d’énormes blocs taillés et traînés sur des rampes.” Une théorie globale, basée sur le recours à des agrégats de calcaire et à un liant d’alumino-silicate alcalin, qui a fait l’objet de maintes critiques de la part des égyptologues, que l’auteur entend “défier” une fois encore…

Joseph Davidovits, inlassablement, revient à la charge, fort du soutien d’autres scientifiques (Guy Demortier, Michel Barsoum, le paléontologue Martin Oliva...). Il étaie sa démonstration à partir d’arguments qu’il n’avait pas encore publiés et qui reposent sur des analyses scientifiques, des preuves archéologiques, des textes hiéroglyphiques. Pour valider sa démarche, il cite, entre autres démonstrations, la symbolique religieuse (la création par agglomération selon le dieu Khnoum) ainsi que ses observations de certains détails de maçonnerie révélateurs (extrême qualité des joints entre éléments structurels des pyramides, densité plus légère de ces blocs et présence d’humidité résiduelle, le mode de fabrication polymère nécessitant l’imprégnation des agrégats dans l’eau). Il se réfère surtout au résultat de ses analyses physico-chimiques en laboratoire, dont celle de deux échantillons qui lui ont été confiés par l’égyptologue français Jean-Philippe Lauer, l’un provenant de la pyramide de Khéops, l’autre de celle de Téti.

Plus surprenante, plus inattendue dans l’évolution de la démonstration proposée par Joseph Davidovits : la présence d’Hérodote et de Diodore de Sicile ! Ces deux historiens de l’antiquité égyptienne sont bien connus des pyramidologues. Notre auteur les convoque à la barre pour qu’ils témoignent en sa faveur. Ainsi d’Hérodote avec sa mention, dans le livre II de son Histoire, de la “pierre polie” qui est “une caractéristique de la pierre agglomérée” ; ou encore des “courts morceaux de bois” qui ne sont nullement indicateurs d’un quelconque “dispositif” élévateur, mais bien des “moules” ou “conteneurs” indispensables au processus de la réagglomération.

La lecture interprétative du texte d’Hérodote est ainsi la suivante : "Voici comment fut construite cette pyramide: d’abord une succession de degrés (par agglomération de la pierre), que certains appellent krossai (khusi) et d’autres bômides (pierre faite comme un autel) ; quand la pyramide fut construite sous cette forme, on éleva le reste des pierres à l’aide de conteneurs (moules) faits de morceaux de bois courts ; on les élevait de terre à la première assise des degrés ; la pierre, montée là, était placée dans un autre conteneur (moule) dressé sur la première assise ; de cette première assise, elle était amenée à la seconde et placée dans un autre conteneur (moule). Car, autant il y avait d’assises de degrés, autant il y avait de conteneurs (moules) ; ou bien le même conteneur (moule), unique et facile à transporter, était installé successivement sur chacune des assises, après que chaque fois la pierre en avait été retirée ; nous devons en effet présenter la chose des deux façons, comme on la présente."

Quant au récit de Diodore de Sicile, dans le livre I de sa Bibliothèque historique, il “suppose que l’eau du Nil arrivait sur le site [des pyramides] à l’aide de canaux afin de désagréger le calcaire et le natron, conformément aux procédés [de la réagglomération].”

Bref ! la théorie des pierres moulées in situ trouve une étonnante ancienneté : “Les récits d’Hérodote et de Diodore, une fois débarrassées des quelques informations légendaires qu’ils comportent, ne viennent plus du tout soutenir les théories standard, mais représentent un document historique démontrant la validité de notre découverte.

Il est probable que d’aucuns qualifieront un tel recours à ces pages d’histoire la plus ancienne de plaidoyer pro domo. C’est, dirions-nous, “de bonne guerre” dans ces milieux spécifiques de l’égyptologie où les divergences d’analyses et de points de vue prennent régulièrement une tournure d’affrontements directs par théories interposées.

Pour le professeur Davidovits, les données atteignent le summum de la complexité dans la mesure où il s’est vu opposer un “refus catégorique” à sa demande de prélèvement d’échantillons sur les pyramides afin de les soumettre à des analyses au demeurant encore plus concluantes. Mais qu’importe en définitive, puisqu’il pense être en possession de “pierres officielles” (échantillons de Lauer, fragments “déjà cassés et parfaitement identifiables quant à leur origine”) qui lui permettent de se dispenser de toute nouvelle demande d’échantillonnage, face à une administration égyptienne tatillonne et semble-t-il peu ouverte aux idées venant d’ailleurs !

L’auteur n’en termine pas moins son propos par une note d’optimisme : “L’Égypte fascine assurément, et la prouesse inconcevable que représente cette image d’Épinal de la pyramide de Chéops, construite en pierres aussi difficilement taillées que remorquées sur des traîneaux et des rampes, contribue à cette fascination. Mais faut-il rabattre de son enthousiasme parce que les Égyptiens ont su très pragmatiquement utiliser les ressources mises à leur disposition par la topographie naturelle des lieux, s’épargnant ainsi bien des efforts surhumains ? Est-ce à dire, en d’autres termes, que ce temps, le temps de l’émerveillement, est révolu ? N’y a-t-il pas là, au contraire, une formidable leçon de maîtrise technique et d’intelligence de la matière ?

La science défie les égyptologues” : Joseph Davidovits a tenu à faire figurer cette assertion quelque peu provocatrice en couverture de son nouvel ouvrage. La science, selon lui, celle qu’il met en oeuvre pour percer les secrets des maîtres bâtisseurs égyptiens, a parlé. Il revient désormais aux “égyptologues” de relever une fois encore le défi, amplifié par les nouvelles démonstrations et révélations que ce livre résume en ces termes : “Il n’existe aucun document découvrant la construction des pyramides avec des pierres taillées, des rampes, des traîneaux en bois. À l’inverse, de nombreux textes montrent que les anciens Égyptiens possédaient la connaissance de la géosynthèse.

Le débat est, plus que jamais, ouvert. La parole désormais aux égyptologues !


Joseph Davidovits, Bâtir les pyramides sans pierres ni esclaves ?, éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2017, 160 pages

jeudi 3 janvier 2013

Pyramides égyptiennes : Il était déjà question de pierres factices au XIXe siècle - IIe partie

Le professeur Joseph Davidovits est connu pour sa théorie sur la méthode de construction des pyramides d’Égypte avec, non pas d'énormes blocs taillés et traînés sur des rampes, mais des pierres ré-agglomérées, autrement dit des pierres calcaires naturelles fabriquées comme du béton, puis moulées. (Cf. Pyramidales ICI)
Bien avant lui, un certain Delafaye (De La Faye) avait déjà émis pareille hypothèse. Pyramidales présentera prochainement des extraits publiés par cet auteur, qui a retenu l’attention de Jean-Henri Hassenfratz dans son Traité théorique et pratique de l'art de calciner la pierre calcaire et de fabriquer toutes sortes de mortiers, ciments, bétons, etc., soit à bras d'hommes, soit à l'aide de machines, Paris, 1825 (Cf. Pyramidales ICI), ainsi que de Valentin Biston (17...?- 18.. ?), un architecte, auteur de manuels techniques, dans son ouvrage Manuel théorique et pratique du chaufournier, contenant L'Art de calciner la pierre à Chaux et à Plâtre ; de composer toutes sortes de Mortiers ordinaires et hydrauliques, Ciments, Pouzzolanes artificielles, Bétons, Mastics; Briques crues, Pierres et Stucs ou Marbres factices propres aux constructions, 1828.
Le texte qui suit est extrait de ce dernier ouvrage.



Photo : Marc Chartier


“L'art de bâtir en briques crues et en pierres factices remonte aux temps les plus reculés. Les Babyloniens, les Égyptiens, les Grecs et les Romains employaient fréquemment ces sortes de pierres dans leurs constructions, et l'on en fait encore usage en Barbarie et chez les Indiens malabares.
De nombreuses ruines de monuments qui datent de plusieurs siècles ; des constructions qui subsistent encore dans les pays septentrionaux, tels que l'Angleterre, l'Ecosse, et même dans quelques contrées situées au nord de la France ; des assertions qui paraissent plus ou moins fondées sur ce que les pyramides d'Egypte sont construites en pierres factices, ainsi que plusieurs autres monuments antiques non moins remarquables qu'extraordinaires ; enfin, de nombreuses expériences faites pendant trente années par Fleuret, ancien professeur d'architecture à l'École royale de Paris, prouvent que ces pierres peuvent être d'une grande utilité dans beaucoup de circonstances, principalement dans les pays où le bois est peu abondant, de même que dans ceux où les pierres de taille naturelles sont rares, soit pour des pompes, des citernes, des auges, des bassins, des aqueducs, des réservoirs, terrasses, grands carreaux pour construire des murailles, et autres constructions hydrauliques ou en plein air ; soit enfin pour celles établies dans l'intérieur des édifices, telles que des pavés imperméables, des enduits et des crépis solides, des planchers d'étages supérieurs pour étuves, chambres de douches, salles de bains, etc. (...)

Ce moyen consiste à faire l'analyse de la pierre que l'on veut connaître; et il suffit, pour cela, de comparer la quantité d'acide carbonique qu'elle contient à celle de la chaux qui la forme. Jamais les pierres factices ne reprennent tout l'acide que le carbonate de chaux contenait. Si donc la proportion de l'acide était moindre que 0,43, 0,45, que contient ordinairement ce carbonate, ce serait une preuve, ou du moins une probabilité très grande en faveur de la pierre soumise à l'épreuve.
Ce sont des expériences de cette nature qui ont conduit à faire croire que les pierres qui forment les parements des grandes pyramides d'Egypte sont factices ; des fragments de l'une d'elles ayant été calcinés et trempés ensuite dans l'eau, ont exhalé de la fumée comme aurait fait une pierre de chaux ; et la matière ayant été pétrie ensuite, a pris corps presque aussi vite que le plâtre ; après quoi on l'a polie comme on ferait un enduit de chaux et de sable fin.
De La Faye, par qui cette expérience a été faite, croit également que les petites pyramides de Nîmes sont en pierres factices. Les piliers de l'église de Saint-Amand, en Flandre, les colonnes du chœur de l'église de Vazelais, en Bourgogne, ont aussi été reconnues construites en pierres de cette nature, par Vauban. Nous pourrions même citer plusieurs autres exemples semblables pour confirmer de la possibilité de fabriquer ces sortes de pierres, ou comme un témoignage en faveur de leur durée.
De La Faye, à l'appui de son assertion, fait remarquer que les pierres des parements des grandes pyramides d'Egypte ont toutes les mêmes dimensions ; qu'elles ne sont liées par aucun mortier ; que la pointe d'un couteau ne peut pénétrer dans les joints qui les séparent ; qu'elles n'ont point de lit, et qu'enfin elles ressemblent en tout à de la pierre factice. On remarquera d'ailleurs que ces pierres ont environ 30 pieds de long sur 4 de large et 3 de haut; qu'il n'existe aucune carrière connue, si ce n'est à une très grande distance, d'où ces pierres auraient pu être tirées ; que leurs masses auraient été trop considérables pour qu'elles eussent pu être charriées et élevées à une aussi grande hauteur, puisque leur poids peut être estimé 65 milliers environ ; qu'on ne trouve aucun débris provenant de leur taille ; et qu'enfin elles portent tous les caractères d'un mortier calcaire.”
Source : Google livres

samedi 28 mai 2011

Les pyramides en pierres ré-agglomérées : une théorie partiellement remise en cause par le Sphinx, selon Jean-Pierre Dupeyron

Deux notes de ce blog ont déjà été consacrées à l’“égyptologue amateur“ Jean-Pierre Dupeyron : l’une traitant de l’énigme de la Chambre du Roi ; l’autre, des “étonnants paliers” de la pyramide de Khéops.
Cet auteur complète son parcours en pyramidologie par un examen critique de la théorie de Joseph Davidovits, laquelle explique la construction des pyramides par un recours à la technique des pierres ré-agglomérées.
On pourra se remémorer cette théorie à partir de trois notes publiées ici (présentation de l’ouvrage La nouvelle histoire des pyramides ; bref aperçu de l’ouvrage Why the Pharaohs built the pyramids with fake stones ; Selon le professeur Davidovits, les pyramides ont été construites en pierres de synthèse ré-agglomérées), ainsi qu’à l’aide d’une vidéo dont on trouvera une copie ci-après.
Jean-Pierre Dupeyron réserve en exclusivité aux lecteurs de Pyramidales le fruit de son analyse. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

Illustration extraite de la Description de l’Égypte
“Normalement, la validation d’une théorie, en matière d’égyptologie, relève d’une confrontation directe et contradictoire entre le chercheur et la communauté scientifique. Il n’y a donc a priori aucune raison qu’un amateur, même passionné d’égyptologie, n’intervienne dans ce genre de débat, notamment via le support privilégié d’expression que représente aujourd’hui Internet, les égyptologues n’ayant généralement pas pour habitude de développer leur argumentation sur la “toile”.
Même si la théorie de la construction des pyramides en pierres ré-agglomérées suscite depuis plusieurs décennies, en coulisse, de vives critiques de la part des géologues et des égyptologues, elle semble néanmoins avoir rencontré de nombreux échos favorables auprès des internautes. Or, cette théorie du professeur Davidovits m’apparaît comme incompatible avec certaines caractéristiques de la Grande Pyramide de Guizeh. C’est en essayant d’expliquer, sur un forum, pourquoi cette théorie ne résout pas les problèmes que pose l’érection de la grande pyramide, que je me suis aperçu qu'il suffisait d'une toute petite modification dans son énoncé pour la rendre parfaitement cohérente à mes yeux.

Deux remarques importantes préliminaires : premièrement, l’objectif principal de cet article est uniquement de préciser les quelques points de blocage de ladite théorie et de proposer des
explications pour les faire sauter. Mes propos ne représentent donc ni une critique, ni une nouvelle théorie, car je ne remets nullement en cause l’hypothèse de base, à savoir la méthode de fabrication des pierres. N'étant ni chimiste ni géologue, je ne peux en effet me prononcer sur la validité de cette hypothèse ; je m’intéresse uniquement à sa cohérence par rapport aux spécificités des pyramides.
Deuxièmement, mes réflexions s'adressent à tous les curieux passionnés de pyramides et disposant de bonnes connaissances sur le sujet.


Mon analyse tient en trois points principaux que je résume comme suit :


1- Pour tous les égyptologues, le massif des deux grandes pyramides de Khéops et de Khéphren est constitué à 100 % de pierres naturelles, généralement appelées blocs de libage, qui auraient été extraites de la formation dite de Mokattam. Cette formation est composée de calcaire relativement dur, principalement constitué de coquillages fossiles appelés nummulites. Comme les deux grandes pyramides sont érigées sur cette formation, les carrières d'extraction à ciel ouvert étaient exploitées à proximité.


2- Pour le professeur Davidovits : la découverte de la possibilité de réaliser des pierres ré-agglomérées aurait permis de faciliter la construction des deux grandes pyramides. Leur masse serait ainsi constituée de 97 à 100 % de pierres ré-agglomérées, les matériaux de base étant du calcaire tendre, naturellement délité, provenant de carrières situées à environ un kilomètre à vol d'oiseau, et à une quarantaine de mètres en contrebas.


3- La modification que je propose porte sur la suppression du mot “faciliter” (en gras et en bleu ci-dessus) pour le remplacer par les mots en italique et en rouge, tels qu’ils apparaissent dans ce qui suit : Pour le professeur Davidovits, la découverte de la possibilité de réaliser des pierres réagglomérées aurait permis la construction des deux grandes pyramides telles que nous les voyons. Le massif des deux grandes pyramides est alors constitué de 55 à 64%% de pierres ré-agglomérées.
Je nommerai désormais cette proposition la “version B”. Le changement du pourcentage de pierres ré-agglomérées ne résulte pas d’une tentative de ma part de marquer ma différence, mais de la modification apportée à la formulation de l’hypothèse.

Ma méthode d’analyse sera identique à celle que j’ai appliquée pour ma précédente enquête sur le système de descente des herses de la pyramide de Khéops (voir Pyramidales : ICI) : je commencerai par décrire les points qui, d'après moi, posent problème dans l'énoncé actuel de la théorie de Davidovits ; je développerai ensuite la petite modification qui me semble devoir y être apportée..


Les points de désaccord avec la formulation de la théorie de Joseph Davidovits
Je suis en désaccord avec le professeur Davidovits sur trois points :
- les pierres ré-agglomérées auraient facilité l'érection des pyramides ;
- l'aspect des pierres ré-agglomérées ;
- les hauteurs d'assises variables.


Premier point : les pierres ré-agglomérées auraient facilité l'érection des pyramides
Cette affirmation a convaincu de nombreux passionnés d'égyptologie. Leur réaction est assez compréhensive, car, de prime abord, il paraît plus simple de transporter des paniers sur une piste étroite que de hisser de lourdes charges sur une monumentale rampe provisoire.
En supposant que l’on admette cette seconde hypothèse, et en dépit des nombreux théories émises pour la développer, on ne sait toujours pas avec précision comment les blocs de libage ont ou auraient été réellement hissés.
Généralement, quand on met en œuvre un processus complexe (tel le recours aux pierres ré-agglomérées), c'est pour l’une des deux raisons suivantes : soit l'on en retire un bénéfice important ; soit l'on y est plus ou moins contraint. Dans notre cas, je penche plutôt pour la seconde raison.
Plutôt que d'essayer de prouver que le premier point, tel que formulé ci-dessus, est en partie faux, j’expliquerai pourquoi, d'après moi, Khéops et Khéphren ont choisi une “cuisine” de calcaire.


Deuxième point : l'aspect de pierres ré-agglomérées
Ai-je les bonnes lunettes ? Je ne sais... En tout cas, je ne vois absolument pas la même chose que le professeur Davidovits.

Illustration extraite de la vidéo du Pr Davidovits

La photo de l'expérimentation qu'il a réalisée représente, comme on peut le voir ci-dessus, de magnifiques blocs compacts.

Photo Marc Chartier

Pour ma part, je ne vois, sur le plateau de Guizeh, que des blocs distincts comme sur la photo ci-dessus.

Photo de 1920 (auteur inconnu)


Une photo prise au sommet de la pyramide de Khéops, dans l’Entre-deux-guerres (voir ci-dessus), est par ailleurs très éloquente : si le sommet du monument avait été réalisé avec la méthode préconisée, non seulement les vandales n'auraient pas réussi facilement à l'écrêter de près de huit mètres, mais, même s’ils avaient insisté, le sommet aurait dû avoir plutôt l’aspect que je représente sur cette photo-montage :



Faut-il incriminer les intempéries (pourtant rares en Égypte) ? Si c’est le cas, les dommages causés remontent à un passé récent. Le niveau que nous voyons sur la photo ci-dessous correspond à l'assise numéro 201. Comme le prouve cet agrandissement d’une planche de La Description de l’Égypte (vol. V, pl. 14), pendant la campagne d'Égypte de Bonaparte, une petite partie des assises 202 et 203 était encore en place.

L'état actuel de cette assise est donc en contradiction avec l'explication du professeur Davidovits. Celui-ci consent à admettre quelques pour-cent de pierres naturelles, mais celles-ci sont plutôt disposées sur les premières assises de la pyramide.
Conformément à ma “version B” que je développerai ultérieurement, je pense a contrario qu’au niveau supérieur de la pyramide, le transport par panier n’a pas été privilégié, et que le sommet, tel qu’il apparaît aujourd’hui, est tout compte fait normal, constitué de pierres naturelles.
Les deux aspects positifs de la vidéo du professeur Davidovits sont, d'une part, qu'elle démontre que l'on peut reconstituer des pierres de calcaire en utilisant des ingrédients facilement disponibles et que, d'autre part, la ré-agglomération, avec un faible taux d'humidité, produit effectivement une pierre à l'aspect crédible.


Troisième point : les hauteurs d'assises variables
Les pyramides de Khéops et de Khéphren ont la particularité étonnante d'avoir des assises de hauteurs différentes à chaque niveau (pour la pyramide de Khéops, le maximum est de 150 cm, et le minimum de 51,5 cm). De plus, la variation semble aléatoire, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, qui concerne la pyramide de Khéops. Par exemple : l'assise n°117 fait 78 cm, et les suivantes font : 90.5, 83, 75 cm.

Évolution de la hauteur des rangs d'assises (relevés de Flinders Petrie, coin sud-ouest)
 (source : Wikimedia commons)

Si l'on admet l'explication que la principale cause de l'utilisation des pierres ré-agglomérées aurait été de faciliter l'érection des pyramides, comment peut-on expliquer alors cette singularité ? Pour quelle raison Khéops aurait fait modifier de manière aléatoire la hauteur des moules à chaque nouvelle assise ?


L’égyptologue Georges Goyon a donné dans son livre Le secret des bâtisseurs des grandes pyramides une explication parfaitement cohérente de cette singularité. D'après lui, c'est la particularité du calcaire du plateau de Guizeh qui en est la cause. Au vu des deux figures ci-dessus, extraites de l'ouvrage de Georges Goyon, on constate que la sédimentation de calcaire de la formation de Mokattam s'est faite par strates, deux strates successives, de hauteur variable, étant séparées par une mince couche d'argile. L'extraction des blocs se faisait, paraît-il, à grand-peine, en creusant des tranchées tout autour et en décollant la partie centrale après avoir atteint cette couche d'argile.

Des vestiges de carrières, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, prouvent la justesse d’une telle interprétation.
Illustration extraite de l'ouvrage de G.Goyon


Le professeur Davidovits pense pouvoir se sortir de cette difficulté en avançant que la hauteur des strates sur le pourtour des pyramides est beaucoup trop importante par rapport à la hauteur des assises des pyramides et, d'autre part, que la création de ces assises variables aurait été délibérée pour réaliser une protection parasismique.


Pour ma part, je vais faire appel au Sphinx, non pas pour tenter de résoudre une quelconque énigme, mais pour lui demander son avis. Par chance, la tête du Sphinx fait partie de la même formation de Mokattam et nous pouvons vérifier que les dimensions des strates qu’il comporte sont parfaitement conformes à celles des pyramides.


Si les oreilles du Sphinx font bien 130 cm comme il est écrit un peu partout, je trouve approximativement par déduction, en partant du bas : 66, 78, 100, 52 cm, à comparer avec les valeurs données citées plus haut : 78, 90.5, 83, 75 cm. Il n'y a donc pas de correspondance exacte concernant la pyramide de Khéops, car les strates de ces zones ont très certainement été utilisées pour ériger la pyramide de Khéphren. Toutefois, ces valeurs nous prouvent que la formation de Mokattam était composée, avant d’être totalement exploitée, de strates de hauteurs compatibles.
Afin de comprendre la hauteur variable des assises des pyramides, examinons à nouveau le graphique ci-dessous, précédemment montré et relatif, je le rappelle, à la pyramide de Khéops.



On remarque que la variation n'est pas qu'aléatoire. Elle a parfois une allure de courbe exponentielle décroissante.
Heureux hasard ou pas, on retrouve, sur les strates de la tête du Sphinx, cette même caractéristique. Bien entendu, l'extraction s’étant faite en commençant par les couches supérieures, la courbe exponentielle est inversée et elle est donc en réalité croissante.
Pour une raison que j'ignore, après la strate n°1, le dépôt de nummulites a été plus important sur la strate n°2, puis également plus important sur la n° 3, pour redescendre ensuite. Cela ressemble à un phénomène naturel que les spécialistes doivent pouvoir expliquer.
De toute manière, quelle qu'en soit la cause, tout indique que les hauteurs variables des assises
n'ont pas été choisies délibérément, mais imposées par l'épaisseur des strates de calcaire.
Les égyptologues ont donc bien raison sur ce point.

Une petite remarque en passant, concernant le Sphinx et les strates de hauteurs variables. Comme les strates du Sphinx ne se retrouvent pas dans la pyramide de Khéops, je pense que l’on peut éliminer ce pharaon de la liste des créateurs de cette œuvre. De surcroît, si l’on retrouve dans la seconde pyramide cette même séquence de strates, ce sera une preuve assez convaincante que c’est bien Khéphren qui en est le commanditaire et donc que la création du Sphinx date de cette même époque, et non pas des siècles avant comme le prétendent certains.


La “version B” : la réutilisation des gravats d’extraction des blocs naturels, pour en fabriquer des blocs ré-agglomérés
Après cet exposé de mes points de désaccord avec la théorie telle que formulée par le professeur Davidovits, voici la “version B” que j’en propose.
Elle comporte deux volets : l'approvisionnement et l'acheminement des matériaux de remplissage ; puis la cause réelle de l'utilité des pierres ré-agglomérées.

En examinant attentivement les illustrations extraites de l’ouvrage de Gorges Goyon, on remarque que l'extraction d'un bloc obligeait à creuser une tranchée dont le volume de gravats correspondait, d’après une estimation simple, à environ 125 % du volume du bloc extrait.
Il était tout à fait logique alors de réutiliser ces gravats et de les ré-agglomérer pour en fabriquer une deuxième catégorie de blocs de libage. Les carriers utilisaient ensuite un seul moyen de transport pour acheminer les deux sortes de blocs : les blocs naturels, et les blocs ré-agglomérés.
On comprendra dès lors pourquoi, si la ré-agglomération a bien été utilisée, les deux grandes pyramides ne sont pas d'énormes agglomérats de béton de calcaire, mais des assemblages de blocs distincts.
La réutilisation des gravats expliquerait également pourquoi ils ont mystérieusement disparu. En effet, si les deux grandes pyramides sont faites entièrement en pierres naturelles extraites sur place, il ne reste rien du volume phénoménal de gravats correspondant approximativement aux volumes de ces deux pyramides multiplié par 1,25 ; les égyptologues n'ont pas, que je sache, d'explication à cette anomalie.
On notera que les pierres ré-agglomérées ne modifient en rien la problématique de l'élévation des blocs de libage, ce qui est une bonne nouvelle pour tous les pyramidologues proposant une autre solution...

Sur le point de l’approvisionnement en matériaux de construction, le professeur Davidovits a peut-être partiellement raison.
Il ne faut pas oublier en effet que l'approvisionnement a été un chantier beaucoup plus
important que l'acheminent des blocs. Le travail était, c’est le cas de le dire, pharaonique. Si l’on
table sur 20 ans de travaux, il fallait extraire et ré-agglomérer manuellement chaque jour environ
300 blocs de 2 tonnes 1/2 chacun et ce, sans compter la fabrication d’une hypothétique rampe. Il
est donc concevable que, pour fournir au minimum ces 750 tonnes de blocs de libage, il ait été
nécessaire, pour faire feu de tout bois, de rajouter à ces gravats du calcaire tendre provenant de
carrières en contrebas. De plus, cet ajout était peut-être indispensable pour améliorer la qualité de la colle géologique. Ces deux causes expliqueraient, en partie, pourquoi il semble compliqué de déterminer, avec précision, la provenance des matériaux utilisés.


Une histoire d’ego démesuré

Khéops et Khéphren

Quelles sont les contraintes qui ont, selon moi, obligé Khéops et Khéphren à mettre en œuvre toute cette “cuisine” de calcaire ?
Pour le comprendre, il nous faut examiner à nouveau le graphique de la hauteur variable des assises. On constate qu'en dessous de la 150 ème, les assises sont toutes différentes. Ce qui prouve que les bâtisseurs ont eu d'énormes difficultés à trouver des strates de la même hauteur. Autrement, on aurait vu comme au-dessus de la 150 ième, plusieurs assises de même hauteur. Or, sans la découverte de la ré-agglomération, il n'aurait pas été facile de terminer une assise si la strate en cours d'exploitation était soit peu étendue, soit enfouie profondément sous d'autres strates.
Il ne reste alors que trois solutions qui, semble-t-il, ont également été utilisées. Il fallait soit retailler un bloc trop épais, soit trouver deux blocs dont la somme en hauteur fasse la bonne valeur, soit extraire des blocs avec une largeur légèrement supérieure à la hauteur de l'assise, les basculer sur le côté et les retailler ensuite à la bonne hauteur.
Avec les pierres ré-agglomérées, le travail ne posait pas ce genre de difficulté, car il était relativement facile de fabriquer des blocs à la bonne hauteur, même s’il fallait modifier les moules à chaque assise. De plus, le rattrapage de l'horizontalité des assises s'en trouvait simplifié.
Il existait en outre une autre possibilité : rehausser des blocs de pierre naturelle plus petits, comme semble l'avoir constaté le physicien Guy Demortier (voir note de Pyramidales sur cet auteur : ICI) qui attribue cette particularité à des accidents de démoulage.
Après toutes ces constatations, compte tenu de la difficulté de disposer facilement et en grande
quantité de strates de bonne qualité, on peut imaginer que, sans la possibilité de ré-agglomérer le calcaire, Khéops et Khéphren auraient été obligés de réduire leurs ambitions et de réaliser des pyramides beaucoup plus petites.
C’est donc, à mon avis, leur ego démesuré qui les aurait poussés à utiliser des pierres
ré-agglomérées.



De 55 à 64 % de pierres ré-agglomérées
Pour terminer, il ne me reste plus qu'à me livrer à un petit exercice que certains chercheurs aiment faire et qui consiste à déterminer le pourcentage de pierres ré-agglomérées utilisées pour construire la Grande Pyramide.
Le dessin ci-dessous représente la vue de dessus d’une partie de la carrière d’extraction des blocs de libage.


En prenant un bloc standard (au centre) de 1m sur 1,50 m et une tranchée de 60 cm, un calcul simple permet d'estimer que l'extraction de quatre blocs produisait assez de gravats pour en faire cinq ré-agglomérés, soit 55 % (les gravats de ce bloc sont représentés en noir). En ajoutant à ceux-ci du calcaire naturellement délité, on pouvait en faire six ou sept. On peut alors en déduire que les deux grandes pyramides sont faites avec environ 55 à 64 % de pierres ré-agglomérées.

Après réflexion, je pense que la répartition n'est pas homogène et doit être la suivante : la zone de 0 à 100 mètres de hauteur a certainement été faite avec cette proportion. Par contre, à partir d'une centaine de mètres de hauteur, qui correspond approximativement à la dernière année de construction, la majorité des blocs doit être en pierres naturelles. D'une part, grâce à la réduction de la surface des assises, il était plus facile de trouver des strates de même hauteur et, d'autre part, il devait rester des blocs de dégagement des strates précédentes et mis en réserve pour cause de surface insuffisante.
Toutefois, il existe une petite zone particulière qui débute à environ 5 à 10 mètres en dessous du
pyramidion et qui, compte tenu des difficultés évidentes à manœuvrer, devait avoir nécessité en partie un recours à la ré-agglomération sur place. Il ne faut pas pour autant croire que toute cette zone devait être entièrement faite de cette manière, car de solides échafaudages ont certainement été nécessaires pour hisser les derniers blocs de parement en calcaire de Tourah, qui devaient peser chacun plus d’une tonne.
Par contre, le pyramidion (qui était, paraît-il, recouvert d’or ou d’électrum) était-il en calcaire de Tourah ou en calcaire ré-aggloméré sur place ? Bien entendu, nous ne le saurons jamais. Toutefois, je pense qu’il serait peut-être intéressant d’examiner minutieusement le sommet de la pyramide de Khéphren, pour voir s’il ne reste pas encore des informations intéressantes à découvrir.


En conclusion, j'estime que cette “version B” de la théorie du professeur Davidovits est globalement satisfaisante. La reconnaissance de la part de la communauté scientifique n’est pas pour autant encore acquise car il est difficile d’imaginer qu'une telle découverte ait pu être faite et mise en œuvre par des hommes à peine sortis du néolithique.”


Jean-Pierre Dupeyron



mardi 26 octobre 2010

Selon Michel Barsoum, une “petite partie” seulement de la Grande Pyramide (20 %) a été construite en pierres de synthèse

On sait le séisme causé dans le monde de la “pyramidologie” par la théorie de Joseph Davidovits sur la construction des pyramides égyptiennes en pierres de synthèse ré-agglomérées (pierres calcaires naturelles fabriquées comme du béton, puis moulées). Voir présentation de cette théorie dans Pyramidales.
Cette hypothèse, évidemment présentée comme une certitude scientifique par son auteur, a reçu le soutien d’autres défenseurs, avec toutefois quelques nuances.
C’est le cas notamment du Dr. Michel Barsoum, professeur à l’Université Drexel de Philadelphie (USA), qui se différencie de Davidovits sur un point essentiel : alors que, pour ce dernier, la totalité de la pyramide de Khéops a été construite en pierres de synthèse (“béton”) coulées sur place, pour Michel Barsoum, seule une partie de la pyramide a été édifiée selon cette technique, l’autre partie ayant été construite avec des pierres extraites de carrières et taillées avant d’être mises en place.
Voir le schéma ci-dessous que j’ai reconstitué à partir d’une illustration de l’auteur.




Pour étayer sa théorie, Michel Barsoum part de :
- l’observation visuelle de la pyramide ;
- l’analyse d’échantillons prélevés sur place (voir le résultat des analyses réalisées par l’Onera) ;
- l’observation faite de la présence d’une très grande quantité d’eau à l’intérieur de la Grande Pyramide (quantité estimée à 100 millions de gallons par le Stanford Research Institute, suite à des sondages électromagnétiques effectués en 1975 sur la pyramide) ;
- du constat fait en 820 par le calife Al-Ma’moun, lorsqu’il pénétra à l’intérieur de la pyramide, de la présence de traces de sel, dues à l’humidité et à la porosité des blocs observés (alors que le calcaire du plateau de Guizeh est extrêmement sec).
En complément de cette analyse, présentée comme une “théorie plausible”, Michel Barsoum induit qu’une rampe extérieure a été nécessaire aux bâtisseurs de la pyramide, probablement jusqu’à mi-hauteur de l’édifice.
Puis il s’empresse d’ajouter qu’en dépit des apports de sa théorie, des zones d’ombre demeurent : “How the 70 ton granite beams spanning the ceiling of the King’s chamber were carved - with nothing harder than copper - is a true mystery. How these massive 70 ton beams were hauled into place halfway up the Great Pyramid is also a great unsolved mystery.”

Sources :
Résumé de la théorie de M. Barsoum
Journal of the American Ceramic Society

vendredi 11 septembre 2009

Il était déjà question de pierres factices au XIXe siècle

La théorie de Joseph Davidovits sur la méthode de construction des pyramides d’Égypte avec des pierres ré-agglomérées a eu le retentissement que l'on sait. Cette problématique pierres naturelles-pierres factices ne date pourtant pas d'aujourd'hui. Elle fait ainsi l'objet du développement qui suit, extrait du Traité théorique et pratique de l'art de calciner la pierre calcaire et de fabriquer toutes sortes de mortiers, ciments, bétons, etc., soit à bras d'hommes, soit à l'aide de machines, Paris, 1825, par Jean-Henri Hassenfratz, inspecteur divisionnaire en retraite, au Corps royal des Mines, ancien Professeur aux Écoles royales Polytechnique et des Mines :

Jean-Henri Hassenfratz

Si l'on peut en croire Delafaye, il existe des preuves nombreuses de l'emploi des briques de mortier et des grandes pierres factices ; il suppose, d'abord, que les pierres des parements des grandes pyramides d'Égypte, qui ont toutes les mêmes dimensions, qui ne sont liées par aucun mortier, et dont la pointe d'un couteau ne peut pénétrer l'espace qui les sépare, sont toutes factices ; qu'elles ont été faites sur place, avec du mortier. M. Melun a remis, à M. Delafaye, un fragment qu'il a détaché lui-même de l'une des pierres du parement de la grande pyramide. Ce fragment, qui était scié ou brisé, ressemble parfaitement à de la pierre factice, n'a point de lit, et paraît être un mélange de spath calcaire, de pierres du même genre et de sable très fin.
Il a fait cuire plusieurs éclats de ce fragment, qui, ayant été trempés ensuite dans de l'eau, ont exhalé de la fumée, comme aurait fait une pierre de chaux ; il a pétri cette matière, qui a pris corps presque aussi vite que du plâtre, et il l'a polie comme on ferait un enduit de chaux et de sable fin (1). M. Melun a encore remis un fragment de pierre des anciens bâtiments qu'on voit à Alexandrie, où l'on découvre un grain de brique cuite au four.
(...)
Ainsi, il existe deux opinions sur la nature des matériaux qui ont servi à ces monuments colossaux : les uns, dans le nombre desquels est Delafaye, prétendent que les grandes pierres que l'on distingue dans les pyramides d'Égypte, qui ont, environ, 30 pieds de long, sur 4 de large et 3 de haut, sont factices, qu'elles ont été fabriquées sur place, avec du mortier ; les autres, au contraire, assurent que ces pierres, quelque massives qu'elles soient, sont naturelles, qu'elles ont été transportées au pied des monuments, et qu'elles ont été élevées jusqu'au sommet.
On observe, dans la première opinion, 1° qu'il n'existe aucune carrière connue, à une très grande distance, d'où ces pierres auraient pu être tirées ; 2° que leurs masses auraient été trop considérables pour qu'elles eussent pu être charriées et élevées à une aussi grande hauteur, puisque leur poids peut être estimé 65 milliers, environ ; 3° qu'on ne trouve aucun débris provenant de la taille de ces pierres ; 4° qu'elles portent, toutes, les caractères d'un mortier calcaire.
Dans la seconde opinion, 1° on fait venir ces pierres des carrières de l'Arabie, situées à une très grande distance du lieu où les pyramides sont élevées ; 2° on dit qu'un chemin, bien plane, a été construit, exprès, pour transporter ces pierres, à l'aide de madriers, de rouleaux ou de sphères de bois, de granit ou de métal ; que ces pierres étaient traînées par des hommes, à l'aide d'un grand nombre de cabestans ; que le nombre des cabestans pouvait être de 12, et celui des hommes, pour conduire chaque pierre, de 150 ; 3° pour élever les pierres, les uns prétendent qu'on forma, avec du natron, des espèces de chaussées, qu'on élevait en même temps que l'ouvrage, et qu'on détruisit par le moyen de l'eau du fleuve, lorsque ces monuments furent achevés ; d'autres disent que ces chaussées furent faites en briques crues, et distribuées ensuite dans les maisons des particuliers ; d'autres, enfin, pensent qu'il n'a été employé de pierres aussi grandes et aussi fortes que pour le revêtement, et que ces grosses pierres ont été élevées à l'aide de cabestans, de grues qu'on plaçait sur les gradins, pour élever les pierres de l'un à l'autre, en commençant l'opération du revêtement par en haut ; 4° que les recoupes de ces pierres, en les taillant, avaient été employées dans l'intérieur, pour former des constructions de blocages, ou qu'elles avaient été calcinées pour en former de la chaux.
Hérodote parle de cette chaussée, pour conduire les grandes pierres, comme s'il l'avait vue, ou comme s'il en avait aperçu des fragments ; il dit même que l'on a passé dix ans à la construire.
(...)
Quoi qu'il en soit de ces diverses opinions, nous savons aujourd'hui qu'on peut facilement fabriquer des pierres factices, et même des pierres de grandes dimensions ; qu'il ne faut, pour cela, que choisir une chaux naturelle ou artificielle qui se consolide, qui se durcisse facilement et promptement, sans diminuer sensiblement de volume, et qui soit de nature à former un mortier durcissant, en la mêlant avec des recoupes de pierre, des poudres de carbonate de chaux, soit marbre, pierre à bâtir, ou même avec du sable.

(1) Il est extrêmement difficile de reconnaître les pierres factices, si elles ont été bien faites, si ce n'est, dans le cas, où elles seront formées d'un mortier de chaux de sable. Cependant, on peut y parvenir, d'une manière assez exacte, par l'analyse ; il suffit, pour cela, de comparer le volume de gaz acide carbonique que donnent ces pierres, à la quantité de chaux qu'elles contiennent. Les mortiers anciens, ou les pierres factices, reprennent rarement, et difficilement, toute la quantité d'acide carbonique que le carbonate contenait ; alors, par la nature des substances trouvées avec la chaux, on pourrait conclure si le mortier, qui a servi à former ces pierres factices, était un mortier à chaux et sable, ou un mortier à chaux et recoupes de pierre.
Delafaye indique un moyen moins exact pour reconnaître les pierres factices. Exposez, dit-il, des fragments à un feu ardent, pendant 5 ou 6 heures ; si, après avoir retiré du feu un de ces fragments, et l'avoir laissé refroidir, il se broie sous les doigts et y dépose des parcelles de sable brillantes, et si, étant pétri, avec de l'eau, il reprend consistance et forme un volume, à peu de chose près égal à celui qu'il avait avant d'être mis au feu, on aura la preuve que c'est un composé de sable et de chaux. Mais lorsque la pierre factice est composée de chaux et de recoupes de pierre, comment la juger par ce procédé ? D'ailleurs, il est possible de trouver des pierres calcaires naturelles qui contiennent du sable en assez grande quantité, pour laisser croire qu'elles sont factices et composées de chaux et de sable.