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mardi 11 septembre 2018

"Extérieurement, (la pyramide de Chéops) fut construite, telle qu'elle avait été conçue, d'un seul jet, sans aucune modification de plan" (Jacques Vandier)

Extraits de Manuel d'archéologie égyptienne, tome II, 1954, par Jacques Vandier (1904-1973), conservateur en chef du département des antiquités égyptiennes au Musée du Louvre :
cliché de Beniamino Facchinelli (1839-1895)
 "Comme toutes les pyramides, à l'exception de celle de Djéser, à Saqqara, la pyramide de Chéops est construite sur plan carré, avec 230 m. de côté. Les différences entre les longueurs de base des quatre faces sont tellement insignifiantes - elles sont de l'ordre de quelques centimètres - qu'on peut les négliger. Extérieurement, elle fut construite, telle qu'elle avait été conçue, d'un seul jet, sans aucune modification de plan. Son orientation, par rapport aux points cardinaux est si exacte qu'elle ne peut être due au hasard et qu'elle suppose, chez le maître d’œuvre, des connaissances astronomiques.
Le corps de la pyramide est fait de blocs de calcaire bien ajustés autour d'un noyau rocheux peu élevé (...). On a calculé, d'une façon très approximative, qu'il avait fallu 2.300.000 blocs pour construire la pyramide. Il ne semble pas utile d'insister sur le côté colossal - le mieux connu, sans doute - d'un monument qui, une fois achevé, s'élevait à 146 m. 59 de hauteur. Lorsque le massif eut atteint la hauteur voulue, on procéda au revêtement, fait, comme d'habitude, en blocs de calcaire fin de Toura. Ce revêtement a été presque entièrement arraché, les plus gros fragments demeurés en place se trouvant vers le haut, quelques assises au-dessous du sommet. La pente des quatre faces, par rapport à l'horizontale, est de 51° 52'.
Petrie a constaté que la pyramide ne s'élevait pas sur un socle, mais sur une première assise, construite directement sur le sol, et dont le lit supérieur avait été aplani au niveau des cours environnantes. "Cependant", ajoute Lauer, "à chacun des angles de celle-ci (la pyramide), et là seulement, le revêtement était constitué par un ou plusieurs blocs plus importants, qui descendaient au-dessous du niveau de base de l'assise, jusqu'au roc, tandis que le dallage de la cour venait s'appuyer contre eux." 
La construction d'un monument comme une pyramide pose de difficiles problèmes architecturaux que nous n'aborderons pas ici. (...) Pour Lauer, l'emploi "d'instruments de levage" reste, en tout cas, très hypothétique. Il est probable que les Égyptiens se servaient de rampes perpendiculaires, ou, peut-être, enveloppantes, et de traîneaux, sur lesquels étaient chargés les blocs. Des traces de ces rampes ont été trouvées à Meïdoum à Abou Gourob et ailleurs, et on sait que cette méthode a toujours été prisée des Égyptiens. S'il reste un doute sur la nature exacte du procédé de construction, on ne saurait, en revanche, mettre en doute la perfection de ce procédé, et les pyramides, surtout les plus anciennes, comptent parmi les plus grands chefs-d’œuvre architecturaux de tous les temps."

dimanche 19 août 2018

Il est peu probable que les Égyptiens aient utilisé les machines auxquelles fait allusion Hérodote" (guide Nagel)

Extraits du guide Nagel - Encyclopédie de voyage - "Égypte", ouvrage collectif, 1969, la majeure partie des textes ayant été rédigée par J. Leclant, J. Ph. Lauer et A. Mekhitarian

photo datée de 1880
" (Le groupe célèbre des pyramides de Guizeh) en comprend essentiellement trois grandes, qui furent des tombes royales de la IVe dynastie, et six petites, qui furent très probablement destinées à des reines de la même époque. Si l'attribution des trois principales (du N. au S. et par ordre de grandeur) qui avait été faite par les Grecs respectivement aux rois Khéops, Khéphren et Mykérinos, paraît ensuite avoir été ignorée des auteurs arabes, dont les écrits concernant ces pyramides sont empreints de haute fantaisie, ainsi que de la plupart des pèlerins du Moyen Âge, qui les appelaient "les greniers de Joseph" ou "les greniers Pharaon", elle fut connue à nouveau des voyageurs lettrés dès le début de la Renaissance. Mais ce n'est qu'au cours du siècle dernier que ces appartenances ont pu être vérifiées par les explorations et les fouilles qui nous ont livré non seulement les vrais noms égyptiens de ces rois, mais aussi ceux donnés à leurs pyramides respectives. Ces noms royaux sont : Khoufou ou Khoum-Khoufou pour 'Khéops' (appelé, d'autre part, Khemmis par Diodore de Sicile), Khâf-rê pour 'Khéphren', et Menkaou-rê pour 'Mykérinos'. Quant aux noms de leurs pyramides, ils se traduisent ainsi : "Khéops appartient à l'horizon", "Grand est Khéphren", et "Mykérinos est divin".

C'est à Hérodote (II, 121-136), qui voyagea en Égypte vers 450 av. J.-C., que l'on doit le plus ancien commentaire sur les pyramides de Guizeh. Se faisant l'écho des légendes qui couraient à cette époque, il s'étend sur les prétendues impiété et tyrannie des rois Khéops (auquel il attribue 50 ans de règne) et Khéphren. Seul Mykérinos, qu'il considère à tort comme le fils de Khéops (les fouilles ont démontré qu'il fut celui de Khéphren) n'aurait pas approuvé les actes de son père, et "de tous les rois, ajoute-t-il, il fut celui qui fit régner le mieux la justice. Cette équité lui a valu d'être le plus populaire de tous les princes égyptiens jusqu'à nos jours..."

Hérodote décrit, d'autre part, l'ampleur extraordinaire des efforts et des travaux entrepris pour parvenir à la construction de la Grande Pyramide qui aurait nécessité la réquisition de la population : "Il y avait sans cesse en chantier, écrit-il (II, 124), cent mille ouvriers qu'on relayait tous les trois mois. Le peuple fut ainsi opprimé d'abord pendant dix ans pour construire la chaussée, par laquelle on traînait les pierres... La pyramide elle-même demanda vingt ans d'efforts..."

Un peu plus loin il explique que le massif de la pyramide étant composé d'une succession de petits gradins formés par ses assises, ce qui est exact, les blocs de revêtement auraient élevés à l'aide de machines faites de morceaux de bois courts" que l'on plaçait successivement sur les différentes assises ; et il assure qu' "on acheva ainsi d'abord le sommet" (II, 125). Or pareille assertion n'a pu résulter que d'une mauvaise interprétation, car il aurait été matériellement impossible d'introduire des blocs de pareille dimension sous des assises déjà en place, et il est évident que la seule opération qui ait pu être exécutée à partir du sommet, c'est le ravalement, comme il est de règle. Il est, d'ailleurs, peu probable que les Égyptiens aient utilisé les machines auxquelles fait allusion Hérodote, et il y a tout lieu de penser que tant les blocs de parement que ceux du massif même furent montés sur des traîneaux au moyen d'une ou plusieurs rampes de brique crue ou de terre, ainsi que l'assure précisément Diodore de Sicile (I, sect. LXIII).

Il est à peu près certain que, lorsqu'Hérodote visita l'Égypte, les Grandes Pyramides avaient été violées depuis longtemps, vraisemblablement dès les temps archaïques de la première Période Intermédiaire. Le fait que le cercueil au nom de Mykérinos découvert dans sa pyramide et transporté au British Museum ne peut être, en raison de sa forme et du style de ses inscriptions, réinhumé en ce temps antérieur à l'époque Saïte, est une preuve que ce roi fut réinhumé en ce temps et que l'intérieur de sa pyramide était donc accessible.

Il semble qu'il faille expliquer par une opération du même ordre la pierre amovible à l'entrée de la Grande Pyramide, dont parle Strabon (Livre XVII) au début de l'ère chrétienne : "Elle forme, ajoute-t-il, un canal oblique, qui conduit au cercueil disposé dans l'intérieur de la pyramide." Il est ainsi bien douteux que le khalife el-Mamoun qui fit rouvrir la Grande Pyramide en 820 ait pu y découvrir encore la momie couverte d'or et de pierreries dans un sarcophage de pierre verte, comme l'assure au XIIe s. l'auteur arabe Qaysi. D'après une autre version (U. Bouriant, Maqrizi, p. 340), d'ailleurs, la découverte d'el-Mamoun aurait été beaucoup plus modeste, et n'aurait livré dans la cuve "qu'un cadavre corrompu par suite de la longueur des siècles".

En ce qui concerne, enfin, la disparition presque totale du revêtement des Pyramides, nous savons par les pèlerins du Moyen Âge qui, se rendant en Terre Sainte, eurent l'occasion de visiter ces monuments, comme Simon de Sarrebruck et le baron champenois d'Anglure en 1395, que l'exploitation la Grande Pyramide était alors depuis longtemps en pleine activité : "D'icelles pierres sont faits, écrivait le Seigneur d'Anglure, la plus grande partie des beaux ouvrages que l'on fait au Caire et en Babylone, et que l'on y fit de long temps..."

Selon Abd'Allatif, Osman Ibn Youssef aurait déjà enlevé une importante partie du revêtement de Mykérinos en 589 de l'Hégire, c'est-à-dire au début du XIIle s. Quant à celui de Khéphren, s'il fallait en croire John Greaves qui assurait, contrairement aux témoignages d'autres visiteurs, que lors de son voyage en Égypte (1638-1639) la surface de cette pyramide était lisse, unie et à peu près intacte sauf sur le côté sud, il n'aurait disparu qu'entre cette date et celle du voyage de Sandys en 1670, soit en l'espace bien court d'une trentaine d'années. Ce voyageur indique, en effet, sur son dessin des Pyramides, une calotte de revêtement au sommet de celle de Khéphren, à peine plus importante que celle qui y subsiste encore. Il est donc très probable que Greaves ait fait confusion parmi ses souvenirs, peut-être avec la pyramide rhomboïdale de Dahchour.
"

lundi 13 août 2018

"L'explication que propose J.-Ph. Lauer d'une ou plusieurs rampes dont on faisait varier la pente a sur ses concurrentes l'avantage de la simplicité" (Nicolas Grimal)


Extrait de Histoire de l'Égypte ancienne, Fayard, le Livre de Poche, 1988, de Nicolas Grimal, égyptologue français, professeur du Collège de France, directeur de l'Institut français d'archéologie orientale d
1989 à 1999, directeur scientifique du Centre franco-égyptien d'étude des temples de Karnak (CFEETK) d1990 à 2005.
La rampe, version J.-Ph. Lauer

"Les Égyptiens donnent peu de détails sur les techniques de construction qu'ils employaient, mais l'on arrive quand même à s'en faire une idée d'après quelques représentations, les vestiges archéologiques et l'analyse des monuments eux-mêmes. Celle-ci est conduite aujourd'hui à l'aide de techniques très sophistiquées, qui, malgré leur raffinement extrême ne peuvent, pas plus que les autres, se passer de logique. 
Le choix du site d'abord. Il se faisait en fonction de la capitale, dont il ne devait pas être éloigné, et aussi du fleuve. Il fallait un socle rocheux capable de supporter la masse énorme de ces constructions, qui fût situé sur la rive occidentale, traditionnellement réservée au royaume des morts que le soleil baigne de ses rayons au couchant, avant de le parcourir pendant la nuit. Il devait être au-dessus du niveau des hautes eaux, qui pouvaient parvenir lors de la crue à moins de 300 m du plateau Une fois le site déterminé, on procédait à son nivellement - parfait chez Chéops à 18 mm près -, en réservant éventuellement le noyau rocheux central que l'on comptait inclure dans la maçonnerie, à la fois pour économiser des matériaux et pour conserver l'image du tertre initial dominant jadis le caveau.
L'orientation se faisait en fonction des côtés, qui étaient dirigés vers les points cardinaux. Évidente pour l'ouest et l'est, elle l'est moins pour le nord. On doit écarter la possibilité d'une mesure fixe de l'étoile polaire qui eût donné une erreur plus grande que celle constatée sur le terrain. Les Égyptiens ont dû employer une technique assez simple, qui consistait à reporter sur un horizon artificiellement nivelé à l'aide d'un merkhet - une sorte de fil à plomb attaché à une tige en bois et permettant une visée le point de lever et de coucher d'une étoile fixe - probablement une des étoiles de la Grande Ourse. La bissectrice de l'angle déterminé par ces deux points donnait le nord vrai.
La montée des assises pouvait alors commencer. Les carrières locales fournissaient le matériau rustique utilisé le plus souvent pour le blocage : c'est ainsi que l'on a retrouvé vers le coin nord de la pyramide de Chéphren des traces d'exploitation en carrière du socle rocheux, ainsi que l'emplacement, un peu plus à l'ouest, de casernements pouvant loger environ 5 500 ouvriers, carriers ou artisans de la nécropole. Des installations comparables seront aménagées plus tard À Kahoun et Deir el-Medineh. Le calcaire fin nécessaire au ravalement provenait des carrières proches de Toura ; le granit d'Assouan servait au parement des corridors et des salles intérieures en général, voire des installations cultuelles. Les autres roches, dans lesquelles étaient confectionnés sarcophages, dallages, statues, architraves, etc. devaient parfois être apportées de fort loin, comme la diorite qu'on allait chercher à l'ouest d'Assouan. Les blocs étaient extraits et travaillés dans les carrières, puis transportés à pied d'oeuvre sur des chalands. Le transport s'effectuait au moment des hautes eaux, c'est-à-dire lorsque l'on pouvait approcher les blocs Ie plus près possible du chantier. (...)
La période des hautes eaux était aussi l'époque de l'année où la main-d'oeuvre, essentiellement les paysans, était disponible pour assurer la corvée qu'elle devait à son souverain. Dans ces conditions de travail saisonnier, l'estimation de vingt ans donnée par Hérodote ne paraît pas déraisonnable, même si des constructions comme les pyramides de Snéfrou ont dû prendre moins de temps.
En revanche, la description qu'il donne des techniques de levage est peu vraisemblable. On lui préférera l'explication que propose J.-Ph. Lauer d'une ou plusieurs rampes dont on faisait varier la pente. La rampe est disposée perpendiculairement à la face de la pyramide. Sa largeur, assez importante au départ, diminue au fur et à mesure que montent les assises, tandis que sa longueur augmente, de manière à conserver une pente suffisamment faible - de l'ordre de 1 pour 12 permettant aux traîneaux de charrier les blocs. Cette théorie, dont le principe est confirmé par les vestiges de rampes de constructions en brique crue que l'on a retrouvés près du premier pylône du temple d'Amon-Rê de Karnak ou à Meïdoum et Licht, a sur ses concurrentes l'avantage de la simplicité. Le parement, monté par assises comme les installations intérieures, est ravalé à partir du haut une fois le pyramidion posé au sommet de l'édifice." 


La traduction en espagnol de l'ouvrage de Nicolas Grimal est disponible ICI 

vendredi 4 août 2017

Les grandes pyramides étaient-elles peintes ? Les avis d'André Pochan et Jean-Philippe Lauer



Selon André Pochan :
"... il est indiscutable que la Grande Pyramide a bien été recouverte d'un enduit-peinture à base d'ocre rouge.
L'hypothèse des experts chimistes du Musée Egyptien, rapportée par M. Lauer, ne peut être sérieusement retenue. S'il en était ainsi, la teneur en fer et en manganèse de la roche du parement devrait être une fonction continue décroissant proportionnellement avec la profondeur, c'est-à-dire que les analyses effectuées sur des échantillons prélevés à des profondeurs croissantes devraient révéler des teneurs en fer et en manganèse décroissantes. Il n'en est rien. À moins de deux millimètres au-dessous de la couche superficielle, il n'y a plus trace ni de fer ni de manganèse. Ces deux éléments ne proviennent donc pas de la roche elle-même, et leur présence est, sans aucun doute possible, due à un apport extérieur.
D'ailleurs, si l'on admet les conclusions des experts chimistes du Musée Egyptien, il est évident que le soi-disant phénomène de condensation superficielle des sels de fer contenus dans la roche elle-même devrait se continuer au cours des âges et de nos jours encore. Or, la Grande Pyramide a été dépouillée de son revêtement sous Saladin ( 1176 ap. J.-C.) et les blocs remployés à l'édification de la Citadelle et de certaines mosquées du Caire. Depuis plus de 700 ans qu'ils ont été mis au jour, les blocs du noyau de la pyramide, de même nature et de même provenance que les blocs de parement, devraient, atténués peut-être, présenter le même phénomène de condensation superficielle des sels de fer et être devenus rougeâtres. Ainsi qu'on peut aisément le constater, il n'en est rien et il en est de même pour les blocs constituant le noyau de la troisième pyramide, laquelle est également entièrement dépourvue de son revêtement calcaire qui prolongeait, jusqu'au sommet, son revêtement de base en syénite.
Au contraire, les blocs inférieurs du noyau de la pyramide de Khéphren sont, en maints endroits, nettement teintés en rouge et cela suivant des traînées verticales bien visibles. Ce phénomène est aisément explicable car cette pyramide a conservé, à sa partie supérieure, une partie de son revêtement ; les eaux de pluie, délavant l'enduit-peinture du parement encore en place, ont ruisselé sur les blocs inférieurs du noyau et les ont teintés en rouge. La face du Sphinx présente nettement le même phénomène de délavage.
Ces constatations élémentaires corroborent donc les résultats des analyses chimiques et spectrales et il n'est pas douteux que les grandes pyramides aient été recouvertes d'un enduit à base d'ocre rouge, la théorie de condensation superficielle des sels de fer étant insoutenable.
Mais la preuve formelle de notre conclusion consiste dans le quatrième fragment du revêtement de la pyramide de Khéops, fragment actuellement au Musée du Louvre. Ce fragment présente, par endroits, des bavures d'enduit de deux millimètres d'épaisseur environ ; cet enduit, qui devait être assez fluide au moment de l'emploi, a coulé entre les blocs qui surmontaient celui d'où provient le fragment ; une partie de bavure est d'une teinte nettement rouge. M. Boulanger ne voulut pas prélever les échantillons nécessaires à ses analyses sur ce fragment afin de ne pas le détériorer, sa vue, seule, devant lever tout doute possible.
Tenter d'expliquer, ici, la présence de la couche ferrugineuse par le phénomène de condensation superficielle serait extravagant car la couche se trouve sur la face plane supérieure horizontale du bloc de parement, laquelle face était protégée de l'action des agents atmosphériques par le bloc immédiatement superposé.
D'ailleurs, on peut trouver, en place, à la base de la face Sud de la Grande Pyramide, des blocs présentant à leur partie supérieure des bavures analogues d'épaisseur variable, dues à la coulée de l'enduit dans les joints des blocs de revêtement.
En définitive, il est, pour nous, incontestable que les revêtements des grandes pyramides de Giza ont été peints."

Réponse de Jean-Philippe Lauer :

"M. Pochan nous aura permis de préciser certaines questions, et de constater que nous ne sommes à l'heure actuelle en possession d'aucun élément qui puisse autoriser à dire que les grandes pyramides de Guizeh et de Dahchour, sauf la réserve faite pour la plus petite, celle de Mykérinos, aient été couvertes d'un enduit de peinture. Tout concourt, au contraire, à confirmer la thèse maintes fois soutenue par notre regretté confrère Alfred Lucas et par le Dr. Zaky Iskander, son successeur à la direction du laboratoire de chimie du Musée Égyptien. Si les quatre plus grandes pyramides avaient jamais comporté un enduit peint, ce qui semble bien improbable, celui-ci délavé par les pluies et surtout décapé par les vents de sable, aurait totalement disparu au cours des siècles, et la couche colorée, objet de la présente discussion, n'est autre qu'une patine plusieurs fois millénaire, produite naturellement sous l'action chimique des agents atmosphériques."

Le totalité de cet article, via Digital Giza : ICI 
 
 

dimanche 3 mai 2009

"L'Égypte au temps des pyramides"

Il  n'y a pas de révélation particulière à attendre de cet ouvrage (Hachette Littératures, nouvelle édition 2003, 238 pages) concernant la construction des pyramides. Son auteur, Guillemette Andreu, est une égyptologue-archéologie de renom, qui fut membre de l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO) et a la responsabilité du département des antiquités égyptiennes au musée du Louvre depuis 2007. L'Égypte qu'elle présente est celle des premiers temps de la civilisation égyptienne, décrite selon le rythme, les us et coutumes et les traditions de la vie quotidienne : les arts et métiers, le rôle des scribes et savants, la vie de famille, l'organisation de la vie domestique, le travail aux champs, la pêche et la chasse, les croyances... Bref, "ce livre donne de la société pharaonique du temps des pyramides une image vivante, humaine, éprise d'idéaux. L'auteur y a ajouté ce que les monuments taisent : les bruits du fleuve, les odeurs de la campagne, les lumières de chaque heure du jour sur le paysage nilotique, la présence du désert très proche ; tous ces éléments naturels qui ont contribué à l'éclosion d'une des plus grandes civilisations du monde antique." (présentation par l'éditeur)
Compte tenu de la date de la première parution de cet ouvrage (1994), le chapitre consacré aux "grands travaux" (pp. 45-62) est essentiellement inspiré de la théorie de Jean-Philippe Lauer, tout en se faisant l'écho des incertitudes auxquelles tout archéologue ou égyptologue achoppe bon gré mal gré :" (...) les archéologues ne disposent d'aucune représentation contemporaine de la construction des pyramides. Aucun vizir, qui avait pourtant sous sa responsabilité la mise en route et l'organisation du chantier, n'a fait figurer sur les parois de son mastaba le travail en cours de la pyramide. On n'a pas non plus retrouvé de plan ni d'inscription sur papyrus relative au grand projet (...). On ne peut donc qu'interroger les pierres sur le terrain et, en les observant, comprendre comment elles ont fini par devenir pyramides." (p. 58)

mercredi 22 avril 2009

Le point de vue d'un docteur en égyptologie

Docteur en égyptologie de l'Université de Paris-Sorbonne, professeur à la faculté des sciences humaines à l'Université du Québec à Montréal, Jean Revez a effectué plusieurs missions en Égypte, notamment à Karnak dans le cadre de missions archéologiques et épigraphiques.

En 2001, il a publié au Canada un opuscule pour répondre aux questions les plus fréquemment posées à propos des pyramides de l'Ancien Empire égyptien : Les pyramides d'Égypte en dix questions, MNH/Anthropos, 2e édition 2002, 104 pages.

L'une de ces questions porte bien évidemment sur la construction des pyramides. Dans sa réponse, l'auteur ne développe aucune théorie personnelle. Il se contente de "faire [brièvement] le point sur les théories actuellement en vogue", au premier rang desquelles celle de Jean-Philippe Lauer, présenté comme "une sommité mondiale en matière d'architecture antique". Puis il marque discrètement sa préférence :"Au regard des fouilles qu'ils ont menées au sud de la pyramide de Khoufou, on tiendra finalement pour fort probable la proposition de M.Lehner et Z.Hawass, selon laquelle les Égyptiens auraient utilisé les deux systèmes conjointement, la rampe rectiligne pour construire la base de la pyramide, et la rampe enveloppante pour la partie supérieure." (op. cit. pp. 11-12)

mardi 24 mars 2009

Les chèvres de Strub-Roessler


En lieu et place de la rampe perpendiculaire qu'il refuse, Hermann Strub-Roessler pense que les bâtisseurs des pyramides avaient recours aux chèvres de bois, à grand renfort de poulies, cordages et cabestans, pour le levage des blocs de pierre à flanc de pyramide. Ancrées en amont sur les gradins, ces machines de levage étaient, selon lui, arrimées depuis le sol à l'aide de cordes de fixation, de plus en plus longues au fur et à mesure de l'avancement du chantier de construction.
Dans son ouvrage Le mystère des pyramides, Jean-Philippe Lauer contredit cette théorie à l'aide des arguments suivants :
- assise des chèvres insuffisante à flanc de pyramide pour en assurer la stabilité ;
- c'est une erreur de soutenir, comme l'admet Strub-Roessler, que le revêtement des pyramides a été effectué à partir du sommet ;
- la manoeuvre des chèvres suppose que l'arête du lit inférieur des blocs de parement était biseautée ; or ce n'est pas le cas.
Jean-Pierre et Henri Houdin partagent la même réticence :"(...) rien n'indique que les Égyptiens aient connu le cabestan et surtout, on imagine mal des chèvres manœuvrées avec précision à plus de 100 m de distance. S'il est sûr que des chèvres ont été employées en quantité sur le chantier, elles ne sont certainement pas à la base de la méthode employée, leur rôle étant plutôt complémentaire d'une autre technique." (La pyramide de Khéops, pp. 57-58)

lundi 16 mars 2009

La rampe frontale, à géométrie variable, version Jean-Philippe Lauer


Dans son ouvrage Le mystère des pyramides (Presses de la Cité, 1974, 380 pages), l'architecte-archéologue Jean-Philippe Lauer, spécialiste de la pyramide "à degrés" de Saqqarah, prend soin d'exposer, analyser et critiquer les théories les plus représentatives (à son époque) relatives à la construction des pyramides, notamment de celle qui résume par excellence l'art pyramidal - Khéops -, avant d'exposer sa propre vision (ou interprétation) des techniques constructives des bâtisseurs égyptiens. Même les théories "mystiques" ou pseudo-scientifiques font partie de l'inventaire, comme pour donner encore plus d'assise à un argumentaire scientifique basé sur la stricte observation du "terrain" et les acquis irréfutables de la recherche archéologique.

Première conviction de Jean-Philippe Lauer, contredisant une lecture trop rapide d'Hérodote :"Si (...) les théories sur les instruments de levage des constructeurs égyptiens de l'Ancien Empire restent fort hypothétiques, nous trouvons, en revanche, à toutes les époques des indications certaines de l'emploi de rampes, soit pour la construction des édifices, soit pour leur exploitation comme carrières." (op.cit. p. 289)

S'il exclut tout procédé de levage, l'archéologue n'a d'autre solution à sa disposition que celle d'une rampe. Après un examen approfondi des théories élaborées en conformité avec cette technique de construction, il précise sa théorie personnelle :"L'idéal serait évidemment que la rampe [frontale] eût, au niveau de chaque assise à construire, la même largeur que cette dernière, mais la rampe aurait alors atteint un volume beaucoup trop important, et il suffisait en réalité de ne lui accorder qu'une fraction de cette dimension de l'assise. Si tout près du sommet une largeur de voie de 2,50 m était suffisante, il semble que la construction des assises de base de grandes pyramides aurait nécessité une largeur de 70 à 100 mètres. Or, un pareil écart était aisément réalisable au moyen de la rampe à large voie initiale que nous préconisons, où, tandis que la rampe s'exhausse d'assise en assise et s'allonge, sa largeur se trouve au contraire proportionnellement réduite." (p. 280)

Entre autres avantages, cette rampe permettait au "principe de halage" d'être appliqué jusqu'au sommet du monument : "Il était, par exemple, possible aux haleurs de faire coulisser leurs câbles de traction sur de gros rondins fixés horizontalement au-dessus des bords de la plate-forme provisoire de la pyramide, soit en redescendant eux-mêmes de quelques mètres sur la rampe, soit plutôt en poursuivant leur chemin sur une plate-forme de brique crue, qui aurait prolongé celle de la pyramide même. Cette plate-forme additionnelle, sorte de tour-échafaudage aux parois ne présentant qu'un fruit léger, aurait été construite à partir d'un revêtement de brique crue provisoire, de deux ou trois coudées (1,05 m à 1,60 m) d'épaisseur, qu'il était nécessaire d'élever tout autour de la pyramide - et en même temps qu'elle - pour permettre l'ajustage de front des blocs de parement, puis leur ravalement à effectuer depuis le sommet. Cette tour-échafaudage se serait ainsi élevée avec chacune des dernières assises de la pyramide, sans difficulté sur quelques mètres de hauteur, jusqu'au niveau où devait être placé le gros monolithe en granit du pyramidion terminal." (p. 283)

À l'examen des théories élaborées par d'éminents égyptologues (dont Croon), concernant la forme des rampes, Jean-Philippe Lauer propose la conclusion suivante :"Telles seraient les deux méthodes générales, celle de la grande rampe perpendiculaire et celle des rampes enveloppantes, qui ont pu, à notre avis, être employées pour la construction des pyramides. Elles nécessitaient à peu près le même cube de brique et de remblai, mais la seconde avait l'inconvénient à partir d'un certain niveau de présenter des coudes à angle droit, complication évidente pour le halage des traîneaux. Il est vraisemblable que les deux systèmes furent tentés par les Égyptiens qui, à notre avis, durent finalement adopter le premier."
Quant au texte d'Hérodote relatif aux "machines faites de morceaux de bois courts", texte qui a bien évidemment inspiré les théories "machinistes", Jean-Philippe Lauer pense qu'il est "assez sujet à caution". En tout cas, ce texte, qui a servi notamment de base à la théorie de Hermann Strub-Roessler sur l'utilisation de grandes chèvres de bois, ne résiste pas à quelques objections majeures. Les appareils de levage tels que conçus par Strub-Roessler ne correspondent en rien aux "morceaux de bois courts" cités par Hérodote. En outre, l'assise des chèvres sur les gradins de la partie de pyramide déjà construite "paraît bien insuffisante pour en assurer la stabilité". Enfin, pour la partie supérieure de la pyramide, à plus de 100 mètres de hauteur, comment concevoir la manoeuvre de tels instruments de levage, avec des câbles de retenue qui auraient dû atteindre 150 ou 200 mètres de longueur?

En résumé : la rampe perpendiculaire, version Lauer, a dû commencer tout près de la pyramide avec une grande largeur de voie. Puis son point de départ s'est éloigné progressivement de la pyramide au fur et à mesure que celle-ci gagnait en hauteur : le talus s'élevait alors progressivement, tandis que sa largeur de voie diminuait.