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vendredi 28 décembre 2012

“Il y a beaucoup d’art et de science dans les pyramides de Gizeh et, comparativement, fort peu dans celles de Saccarah, qui leur sont postérieures en date” (Théophile Desdouits - XIXe s.)

Théophile Desdouits (1836-1898) fut un journaliste et essayiste français. Il écrivit notamment dans le journal La Croix.
Son ouvrage Les soirées de Montlhéry, entretiens sur les origines bibliques (2e édition, 1842), met en scène, pour un long dialogue philosophique, M. Bulmont (M.B.) et le capitaine Vermaux, officier d’état-major (M.V.). Ces personnages sont-ils fictifs ou non ? Je n’ai trouvé aucun élément d’information me permettant de le savoir. Il semble par contre évident que les propos relatés traduisent les convictions de l’auteur.
L’extrait de l’ouvrage que l’on lira ici traite bien sûr des pyramides égyptiennes. Théophile Desdouits y commet un grossier contresens archéologique concernant une prétendue antériorité des pyramides de Guizeh sur celles de Saqqarah. Il se lance en outre dans certains développements visant à prouver, à la lumière de la progression ou, au contraire, du “cours retrograde” de sciences et des arts en prenant le Déluge comme ligne de démarcation, que le message biblique est une “autorité à l’abri de toute atteinte”. On le sait, pareil a priori est peu conciliable avec une authentique approche scientifique de l’histoire de la civilisation humaine.


Illustration Thalassa (FR3)
M.B. “...les sciences et les arts ont pu, chez certains peuples, suivre un cours rétrograde depuis l’époque diluvienne ; un point d’arrêt survint dans cette décadence, puis une ère de renouvellement et de progrès, dont les richesses intellectuelles furent la conquête des générations renouvelées, et le fruit de leur propre expérience. Mais longtemps les produits de cette palingénésie morale purent rester inférieurs à ceux de l’époque voisine du déluge.
C’est à cet ordre d’idées et de faits que je crois pouvoir rapporter les résultats suivants.
Les grandes pyramides de Gizeh, si elles sont une œuvre égyptienne, doivent appartenir à une époque excessivement reculée. Le Chéops est attribué par Manéthon au roi Souphis, que, d’après le catalogue d’Ératosthène, je trouve avoir régné quatre à cinq siècles après Menès ; et les découvertes qui résultent des fouilles faites en 1837 semblent avoir confirmé pleinement l’indication de Manéthon.
Or, les pyramides de Gizeh sont incontestablement plus anciennes que les pyramides de Saccarah. Cela résulte de ce fait remarquable que ces dernières, comme tous les monuments égyptiens, sont recouvertes, au moins à l'intérieur, d’inscriptions hiéroglyphiques. tandis que le Chéops en est entièrement dépourvu, et qu’il n’y en avait pas de traces même sur le sarcophage qu’on y a trouvé.

Pas de “hiéroglyphisme monumental” à l’époque de la construction des pyramides de Guizeh
La seule explication qu‘on puisse donner de ce fait consiste à admettre qu’à l’époque où les pyramides de Gizeh furent construites, l’usage de cet hiéroglyphisme monumental n’existait
pas encore, tandis qu’il se trouvait établi lorsqu’on éleva les pyramides de Saccarah. Ces dernières sont donc d’une date plus récente. Or, elles sont néanmoins d’une construction beaucoup plus grossière ; les pyramides de Gizeh, comparées à celles-là, sont un chef-d’œuvre dont les premières restent à une distance infinie ; elles manifestent aussi dans les moyens de travailler la pierre, et dans tous les arts que ce travail suppose, une très grande perfection.
De plus, bien que l’orientation du Chéops ne soit pas précise au point qu’on avait prétendu d’abord, elle l’est néanmoins assez pour qu’on doive l’attribuer à des opérateurs habiles. Il y a donc beaucoup d’art et de science dans les pyramides de Gizeh, et comparativement fort peu dans celles de Saccarah, qui leur sont postérieures en date.
J’explique cela en plaçant entre les deux époques cette ère de décadence que j’ai signalée comme possible. Longtemps, je l’avoue, j’ai douté que les pyramides de Gizeh fussent une œuvre égyptienne, et je les considérais comme des monuments antédiluviens. Cette croyance était fondée principalement sur ces deux motifs que les historiens étaient en désaccord formel sur l’âge, la date, et les constructeurs de ces monuments, et que les pyramides de Gizeh ne présentaient aucune trace de l’art égyptien, c’est-à-dire, de cet hiéroglyphisme qu’on retrouve partout ailleurs, et particulièrement dans les pyramides de Saccarah, que leur style néanmoins semblait rejeter vers une époque beaucoup plus ancienne.

Les découvertes de Vyse
Cette opposition était tellement frappante que les savants se trouvaient réduits à supposer qu’à l’époque de la construction des grandes pyramides, l’écriture hiéroglyphiqne n’existait pas encore. En présence de l’art de Gizeh et de la grossièreté de Saccarah, une telle hypothèse était manifestement absurde. Les découvertes faites en 1837 par le colonel Howard Vyse semblent avoir éclairci la question, et fixé certains points comme incontestables. Les murs des petites chambres qui se succèdent dans la partie supérieure du Chéops ont présenté des peintures en caractères hiéroglyphiques ; mais ces peintures cursives, sans ordre, et souvent renversées, n’appartiennent pas au monument ; on reconnaît que ce sont des dessins faits par les ouvriers dans la carrière, et sur les blocs qu’ils en extrayaient.
De plus, parmi ces dessins, il existe un cartouche qu’on reconnaît pour celui du roi Souphis. ll résulte de ces faits : 1° - que l’écriture hiéroglyphique existait lors de la construction du Chéops ; 2° - que ce monument a été bâti par les Égyptiens ; 3° - qu’il semble l’avoir été sous le règne du roi Souphis. Mais, encore une fois, les constructeurs n’ont appliqué aucune inscription hiéroglyphique ni au monument lui-même, ni au sarcophage qu’il contenait, tandis qu’on en rencontre de telles dans les pyramides de Saccarah.
Le secret de cette opposition se trouve naturellement dans l’hypothèse d’une époque de décadence intermédiaire. Au surplus, je n’attache aucune importance à cette théorie en ce qui concerne les pyramides.


Arche de Noé - Déluge

Confrontation à distance entre historiens

M. V. - Permettez-moi de vous faire observer que les découvertes dont vous venez de faire mention, et qui démontrent que le Chéops est bien l’œuvre du roi Souphis, comme le prétendait Manéthon, malgré Hérodote et Diodore, ne laissent pas que de donner une nouvelle autorité au témoignage du prêtre égyptien. Ceci est encore une pièce à l’appui de cet accord justement vanté entre le témoignage de Manéthon et celui des monuments.
De plus, il résulte de ce que vous venez de m’apprendre que la construction du Chéops, par exemple, remonterait à vingt-cinq siècles pour le moins avant notre ère, même en admettant la réduction que vous avez fait subir aux dynasties de Manéthon. Or, à cette époque, la nation égyptienne était bien jeune... d’après vos chiffres bibliques ; tandis que l’art et la science, qui, selon vous-même, ont présidé à l’érection de ces monuments merveilleux, supposent, à ce qu’il me semble, une haute civilisation. Je comprends, il est vrai, qu’il ne vous sera pas difficile d’échapper à cette conséquence, au moyen de votre système de transmission auquel j’adhère très volontiers.

M. B. - Je réponds à votre première remarque que l’autorité de Manéthon ne gagne rien aux découvertes de 1837, si nous restons au point de vue où nous nous sommes placés. Qu’il existât en Égypte des traditions qui attribuaient la grande pyramide au roi Souphis, que ces traditions aient été acceptées par Manéthon, préférablement à d’autres qui supposaient à ce monument une date plus récente, cela ne prouve pas le moins du monde que Manéthon ait vu bien clair dans l’histoire des premiers siècles de l’Égypte, où il place des dieux et des demi-dieux ; cela ne prouve pas qu’il n’ait pu additionner comme successives des dynasties qui auraient régné simultanément. En un mot, il n’y a pas un seul des faits que j’ai cités, pas un seul de mes arguments, pas une seule de mes conclusions, où il y ait à changer quelque chose, en conséquence du fait qui nous occupe.
Remarquez de plus que les traditions dont je vous parle n’étaient rien moins que mystérieuses ; que Diodore, en attribuant les pyramides à des rois assez récents, d’après le dire de ses maîtres, ajoutait que, selon d’autres autorités, ces monuments appartenaient à une époque beaucoup plus ancienne.
Remarquez aussi qu’il existe auprès du Chéops un tombeau sur lequel on voit aujourd’hui même le cartouche du roi Souphis : que ce monument, Manéthon a pu le voir ; qu’à son époque même il pouvait être très connu et très populaire. Il n’a donc pas fallu une grande érudition à l’historien pour tomber sur la vérité en citant le roi Souphis. Trouvez-vous là quelque chose qui puisse infirmer mes raisonnements et mes conclusions sur la simultanéité de plusieurs dynasties, et sur l’époque où ce roi aurait régné d’après le catalogue d’Ératosthène ?

M. V. - Non, pas absolument, j’en conviens...

La première des grandes pyramides, réminiscence de la tour de Babel

M. B. - Quant à votre seconde objection, vous y avez répondu vous-même. Oui, l’art et la science, si vous voulez, se manifestent à un degré assez haut dans le vingt-cinquième siècle avant notre ère ; mais cette époque est voisine du déluge, et elle a conservé, et peut-être même augmenté quelque peu le dépôt des traditions de l’art et de la science antédiluvienne. Oui, ces pyramides supposent une assez haute et assez ancienne civilisation ; mais cette civilisation est celle des siècles et du monde antédiluviens ; et cet héritage peut se trouver entre les mains d’une nation jeune encore comme l’était en ce temps-là le peuple des premiers Pharaons.
Les hommes qui posèrent les premières assises de la tour de Babel n’étaient certes pas d’ignorants sauvages ; et je soupçonne que la première des grandes pyramides pouvait bien être une réminiscence de cette fameuse tour...
Pour résumer tout ce qui précède, je vous répéterai donc :
1° - Qu’il n’existe aucun monument, aucun chiffre, aucun emblème qui doive faire attribuer à aucun peuple, et aux Égyptiens en particulier, des connaissances incompatibles avec les bornes dans lesquelles la chronologie biblique resserre leur histoire.
2° - Que même en admettant l’existence de ces monuments et de ces emblèmes, et en leur accordant la signification que quelques savants croient y voir, cette hypothèse s’accorde encore très bien avec l’histoire biblique, puisque les connaissances supposées ont pu être transmises aux jeunes nations post-diluviennes, comme héritage de la science du monde antédiluvien.
3° - Que cette transmission de la science des hommes des premiers âges a non seulement pu, mais encore dû se faire par Noé et sa famille. Seulement nous ignorons dans quelle mesure elle s’est faite, et quelles modifications cet héritage a pu subir entre les mains des générations nouvelles.
4° - Enfin, que cet emblématisme et les conclusions qu’en tirent les adversaires que je combats, non seulement ne contredisent point le témoignage de la Bible, mais qu’ils l’appuieraient au contraire d’une façon remarquable, puisque ce n’est que par la transmission de la science antédiluvienne et le renouvellement du genre humain qu’on pourrait expliquer et la science des nations à leur berceau, et leur incontestable ignorance à des époques postérieures.
Encore une fois, je ne crois pas aux emblèmes ; mais vous voyez que, dans tous les cas, l’autorité de notre Genèse est à l’abri de toute atteinte.”

Source : Google livres

samedi 18 juin 2011

“Peut-être le mystère restera-t-il à tout jamais impénétrable” (Henri Blerzy - XIXe s. - à propos de la Grande Pyramide de Guizeh)


Henri Blerzy (1830-1904) fut un collaborateur assidu de la Revue des Deux Mondes. Dans le tome 71 (37e année, seconde période, 1867) de cette publication, il publia un article sous le titre Les astronomes devant la Grande Pyramide, dans lequel il s’intéressa plus particulièrement, en la passant au crible de la critique, à la théorie de Charles Piazzi Smyth (faussement orthographié “Smith”).

Le point de vue d’Henri Blerzy est nuancé : face à la certitude mathématique dont “les procédés de raisonnement sont dans un cadre trop étroit pour les événements du passé”, l’interprétation de la Grande Pyramide (étrangement attribuée à Khéphren) à la lumière de l’astronomie est, certes, “digne d’attention”. La configuration du monument, n’en déplaise aux archéologues, dépasse en effet la seule destination funéraire et révèle une “intention secrète”.

Mais quelle est cette intention ? Quel est ce “sens caché” ? N’en déplaise, cette fois-ci, aux astronomes illustres que furent, entre autres, Piazzi Smyth et Mahmoud-Bey, leur réponse n’est pas parfaitement “satisfaisante”.

Est-ce pour autant, dans le raisonnement, un retour à la case départ ? Pas nécessairement. L’auteur aura au moins appris - et nous avec lui - que “l’emprise d’une idée exclusive” n’est pas une bonne école de déduction dès lors qu’il s’agit de comprendre la finalité des pyramides.


“De tout temps, on s'est défié de l'ingérence des sciences exactes dans la critique historique ; il convient d'avouer que l'on en a quelque raison, car la certitude mathématique s'appuie sur des bases et emprunte des procédés de raisonnement qui sont un cadre trop étroit pour les événements du passé les plus vraisemblables, les moins contestés. Toutefois il est permis de se plaire en des spéculations scientifiques qui tentent d'expliquer les témoignages indécis de l'antiquité.
Piazzi Smyth

C'est à ce titre qu'on peut juger dignes d'attention les recherches d'un astronome écossais, M. Piazzi Smith (*), sur l'origine et le but des pyramides, curieux monuments qui sont restés le plus indéchiffrable des hiéroglyphes de l'archéologie égyptienne.

Parmi les nombreuses pyramides qui se dressent encore dans la vallée du Nil, la plus haute et la plus parfaite comme construction est celle que l'on a coutume de désigner sous le nom de la grande pyramide de Djizeh, et qui se distingue des autres par des caractères spéciaux. Elle est, paraît-il, la plus ancienne ; le pharaon Chafra ou Chephren, qui la fit édifier (**), appartenait à la deuxième dynastie et vivait, affirme-t-on, il y a quarante ou soixante siècles. La maçonnerie en a été taillée avec tant d'art et de scrupule que l'on ne distingue encore qu'avec peine, à l'intérieur des étroits couloirs qui la traversent, les joints des blocs immenses dont elle est composée. Le granit et le calcaire s'y superposent dans un ordre en apparence étudié ; cette association de matériaux divers n'aurait-elle pas un sens énigmatique qui nous échappe ? Enfin cette grande pyramide est percée de galeries inclinées ou horizontales, de chambres, de cavités obscures où certaines combinaisons semblent avoir été recherchées avec un soin tout particulier.

Certes ce n'est pas un amas informe, ainsi qu'on l'a cru longtemps. Des mesures exactes ont fait reconnaître d'exactes proportions, des rapports de grandeur simples et uniformes ; en somme, ces moellons, malgré ce que le premier aspect a de lourd et de massif, ont un sens mystérieux, réel ou emblématique, dont il est irritant de ne pas découvrir la clé. C'est d'ailleurs le plus colossal et le plus solide édifice que des hommes aient jamais dressé, si bien que d'innombrables périodes d'années ont passé sur lui sans en altérer sensiblement la forme et la structure. Les entreprises humaines, pas plus que les intempéries des saisons, n'ont pu faire autre chose qu'en égratigner la surface.

Les archéologues, se bornant à l'envisager du point de vue qui leur est habituel, l'ont comparé aux autres vestiges de l'antiquité égyptienne et en ont conclu, non sans des motifs plausibles, que c'était un tombeau plus fastueux que les autres. Une telle masse n'aurait été destinée, à les en croire, qu'à protéger pour un temps indéfini la dépouille mortelle du roi qui en prescrivit la construction. Cette interprétation se justifie par de nombreuses analogies. C'est, comme dans les tombeaux les plus authentiques, le même soin à cacher le sarcophage dans une retraite impénétrable, à barrer les issues de la chambre sépulcrale, à dérober par d'ingénieuses précautions la retraite où le mort doit attendre la résurrection future. S'il n'eût pas existé des indices d'une autre destination, il eût été permis d'affirmer que c'était bien là le but unique d'une œuvre si gigantesque ; mais comment accorder cette hypothèse avec les indications plus précises que les explorateurs, la règle et le cercle divisé à la main, ont fini par y reconnaître ?

Examinons d'abord les données principales de ce singulier problème archéologique. La base est un carré parfait, ou du moins en diffère si peu que l'on se demande si l'écart entre la forme théorique et la forme observée doit être attribué à la négligence des constructeurs ou à l'incertitude des procédés de mesure. Les quatre côtés sont dirigés très exactement vers les quatre points cardinaux, et les faces présentent toutes la même inclinaison. Les assises successives, inégales entre elles, conservent chacune une épaisseur uniforme sur le pourtour de la pyramide. La galerie qui est l'unique entrée du monument et se prolonge en ligne droite jusqu'à la chambre souterraine est juste autant inclinée au-dessous de l'horizon que l'est au-dessus la galerie ascendante qui aboutit aux chambres supérieures.

Illustration inspirée par la Constellation d'Orion, selon Johannes Hevelius (1690)

Jusqu'ici l'on pourrait ne voir en ces diverses coïncidences que des preuves du soin extrême que l'architecte du pharaon Chephren donnait à son ouvrage. Voici qui révèle mieux une intention secrète. La galerie descendante est dirigée à peu près vers le pôle du monde et devait être, il y a quatre ou cinq mille ans, au moment de la construction, comme un gigantesque tuyau de lorgnette braqué sur une étoile brillante qui jouait alors le rôle d'étoile polaire.

Le prétendu sarcophage en granit que recèle la chambre supérieure a été taillé de telle sorte que la capacité du dedans est la moitié du volume extérieur. Une dernière circonstance serait surtout remarquable, si l'état de délabrement dans lequel se trouve le dehors de l'édifice ne permettait d'en contester l'exacte vérité.

Le rapport mathématique entre la hauteur de la pyramide et le côté de la base est égal au rapport entre le diamètre et la demi-circonférence d'un cercle, en sorte que, si ce fait était admis comme certain, il faudrait admettre aussi que les Égyptiens connurent à une époque très ancienne l'un des paramètres importants de la géométrie.

Ces résultats métriques ont paru d'autant plus dignes d'attention qu'on n'en trouve pas trace dans les autres pyramides. Petites ou moyennes, elles ne sont pas, ainsi qu'on serait tenté de le croire, une reproduction fidèle de la grande. On n'y observe ni les mêmes procédés de construction, ni autant de cavités internes, ni les mêmes rapports de dimension. On soupçonnerait plutôt qu'elles sont l'œuvre d'architectes plus modernes qui ne savaient plus interpréter les symboles énigmatiques que le monument ancien leur laissait sous les yeux. Cette opinion paraît d'autant plus probable que l'image de la pyramide dessinée dans les hiéroglyphes d'une époque relativement récente n'est plus qu'un triangle indécis sans nulle ressemblance avec la forme des temps primitifs.

Faut-il croire avec M. Piazzi Smith que la pyramide eut au début de la civilisation égyptienne un sens caché dont on perdit ensuite la mémoire, ou que les prêtres, gardiens fidèles des mystères religieux, ne révélèrent jamais à leurs contemporains ? Quel serait donc ce sens ? Question posée nombre de fois et à laquelle nulle réponse satisfaisante n'a encore été faite. Le défaut commun des diverses interprétations proposées jusqu'à ce jour est de ne tenir compte que de certains caractères de l'édifice et d'en négliger d'autres qui ne sont pas moins essentiels. C'est le reproche que l'on a fait à ceux qui ne voulaient trouver là qu'un tombeau royal.

On en peut dire autant de l'explication proposée par sir John Herschel, qui n'y voyait qu'un observatoire propre à montrer, à l'époque lointaine où il fut construit, la véritable direction de l'étoile polaire.

Un astronome égyptien, Mahmoud-Bey (**), émettait, il n'y a pas longtemps, une théorie nouvelle, fondée comme la précédente sur la coïncidence avec un phénomène céleste. D'après lui, c'eût été un monument consacré à une étoile de la constellation du Chien, Sirius, qui représentait le dieu des morts dans l'ancienne mythologie égyptienne. La pyramide était inclinée de telle sorte que les rayons bienfaisants de Sirius tombaient d'aplomb sur la face méridionale de la pyramide. Aucune de ces suppositions ne rend un compte satisfaisant des minutieux détails de la structure intérieure. L'intention de l'architecte fut sans nul doute moins élémentaire et plus complexe ; c'est du moins ce que semblent révéler les particularités géométriques de ce gigantesque ouvrage.

Il est assurément plus légitime de penser que les prêtres égyptiens voulaient y figurer sous une forme sensible et néanmoins cachée des enseignements relatifs à la religion, aux mœurs ou aux sciences de leur temps. M. Piazzi Smith prétend, après bien d'autres archéologues, que les traditions qui y sont enfouies ont trait aux poids et aux mesures alors en usage. L'hypothèse n'est pas neuve, mais il s'appuie sur plus de données certaines que ceux qui l'ont précédé dans ce champ de recherches. Ainsi la longueur de la base représenterait un certain multiple de l'unité de longueur, et cette unité ne serait autre chose que la dix-millionième partie du diamètre terrestre. Le prétendu sarcophage serait une unité de poids en rapport avec la densité de la terre. Il n'est pas jusqu'à la numération décimale qui serait exprimée en caractères symboliques sur plusieurs des parois de l'édifice.
(From Oedipus Aegyptiacus)

En un mot, les Égyptiens d'il y a quatre ou cinq mille ans auraient possédé un système métrologique complet plus parfait, nous dit-on, que le système métrique dont nous sommes si fiers, et ils en auraient gravé l'indélébile souvenir sur ce monceau de pierres. Il faudrait alors supposer qu'ils possédaient des connaissances étendues en astronomie et en physique.

Quant à savoir d'où venait tant de science à des hommes qu'Hérodote représente comme très ignorants, M. Piazzi Smith se contente de dire qu'ils en avaient reçu les notions par inspiration divine. Il nous serait difficile de le suivre jusque-là. C'est une marche irrationnelle et sans issue que d'expliquer un mystère par un miracle.

Si M. Piazzi Smith se laisse entraîner trop loin dans la voie des déductions sous l'empire d'une idée exclusive, il lui reste du moins le mérite d'avoir avancé l'étude de la grande pyramide en consacrant ses loisirs et son habileté pratique d'astronome à relever des mesures exactes de cet indéchiffrable monument. Après les recherches consciencieuses et sagaces des savants français de l'expédition d'Égypte, après les travaux persévérants du colonel Howard Vyse, qui s'appliqua, il y a une trentaine d'années, à l'exploration minutieuse de ce colosse de pierre jusqu'en ses plus secrets recoins, il restait encore beaucoup à faire.

Le sujet n'est pas épuisé, puisque ces efforts n'ont pas abouti à une solution dont la vérité soit évidente. Peut-être le mystère restera-t-il à tout jamais impénétrable, signe manifeste que les peuples primitifs eurent des idées, des connaissances, des préjugés ou des sentiments que l'esprit moderne, dérouté par l'immense acquis de la civilisation, n'est plus apte à concevoir. Après avoir bravé les révolutions et les conquêtes, les ravages du temps et de l'atmosphère et les atteintes plus redoutables des races humaines qui se sont débattues à ses pieds durant des milliers d'années, la grande pyramide est encore debout, œuvre unique au monde de grandeur et d'originalité.”

(*) voir Pyramidales : Contrairement à la Grande Pyramide, la Seconde Pyramide est, selon Piazzi Smyth (XIXe s.) l'œuvre de deux architectes, sur deux périodes de construction et selon deux façons différentes de travailler

(**) erreur évidente d’attribution.

(***) voir Pyramidales : "Les pyramides ont été construites pour remplir un but astrologique et religieux concernant l'astre divin Sirius" (Mahmoud-Bey - XIXe s.)

mercredi 20 avril 2011

Selon H.C. Agnew (XIXe s.), les Égyptiens ont appliqué la “quadrature du cercle” pour la configuration du site de Guizeh

Une fois encore, il m’est impossible d’avoir accès à des informations précises sur l’auteur présenté ici : H.C. Agnew. Quelques références sont disponibles sur internet, mais faute de pouvoir vérifier leur exactitude, je préfère les omettre.
Cet auteur voit son nom accompagné de l'abréviation “Esq” (“Esquire” - “cavalier”), signifiant une origine nobiliaire. On sait également qu’il était membre de la Egyptian Society.
L’ouvrage, relatif aux pyramides de Guizeh, que l’on connaît de lui est un opuscule d’une cinquantaine de pages : A Letter from Alexandria, on the evidence of the practical application of the quadrature of the circle, in the configuration of the Great Pyramids of Gizeh, 1838. Il comporte de savants calculs basés sur les mesures, la forme, l’inclinaison des faces des pyramides et leur emplacement respectif sur un même site ayant fait l’objet d’un projet global (un “immense système”), fixé par une “loi” (law), et non par “pure commodité” (mere convenience), source d’une extraordinaire harmonie d’ensemble, “preuve du goût et du jugement des architectes”. Bref, les “matheux” pourront se délecter à la lecture de cette Lettre.
Cumulant à la fois une certaine aversion et une réelle incompétence dès lors qu’il s’agit de chiffres et de proportions, je suis dans l’incapacité d’assurer une présentation au moins honnête de la théorie d’Agnew. Il se trouve par contre qu’un certain Howard Vyse a déjà fait le travail à ma place, au terme de son ouvrage Operations carried on at the pyramids of Gizeh in 1837 (1840), présenté dans ce blog. Il m’était impossible de ne pas profiter de l’aubaine, pour m’abriter derrière l’autorité du savant colonel...
Je souligne enfin le conseil donné par Vyse lui-même : pour mieux apprécier la démonstration d’Agnew, il est indispensable de se référer à son propre texte, ce que j’ai illustré ici par quelques exemples. On trouvera au bas de cette note un lien vers ce texte dans son intégralité (en anglais).

Extrait de Google Earth

Résumé de la théorie de H.C. Agnew par Howard Vyse
“Mr. Agnew published, in 1838, a treatise on the application of the quadrature of the circle to the configuration of the Great Pyramids of Gizeh, which, together with the causeway, he considers to be "component parts of one immense system" (1) ; and says that “the whole of the immense scheme of the three Pyramids proceeded from a chief circle of origin, the properties of which were more especially to be represented". He also observes in another place, that "the Pyramids of Egypt appear in general to have been emblems of the sacred sphere, and of its great circle, exhibited in the most convenient architectural form" ; and adds that "the chief object of these buildings being to serve for sepulchral monuments, the Egyptians sought, in the appropriate figure of the Pyramid, to perpetuate, at the same time, a portion of their geometrical science".
He imagines that the three in question were built in succession during the course of sixty years, and that each was begun before the preceding was finished ; that the third monarch, under whom the whole design was completed, dismissed the people from their labours, and again opened the temples for the national worship. He then goes into a variety of calculations demonstrated by geometrical figures to support these opinions, and to prove that the quadrature of the circle was known, "with all practicable approach to exactness", by the ancient Egyptians (2) ; and that in the bases, proportions, and relative positions of these three Pyramids, and also in the size and course of the northern causeway, and in those of the adjoining pits, certain geometrical rules were attended to. For the causeway belonging to the Third Pyramid he attributes other reasons.
He assigns to the interior of the Pyramids also mysterious properties ; but observes that in their construction, "the proportion of five to four is very dominant" ; and he endeavours to prove that it might have referred to astronomical calculations, which may shew the aera when these buildings were erected. He likewise supposes that the labyrinth near lake Moeris was constructed on "some curious combination of geometrical figures, relating to a sphere and circle, the radius of which was the perpendicular of the forty-fathom Pyramid, which stood at one end" ; and that all the great buildings of Egypt, besides their primary and special use, elucidated in their construction geometrical science. To understand clearly, however, the author's ideas, a reference to the book is absolutely necessary.
The following remarks on the Three Pyramids are, therefore, only added.


The Great Pyramid
The author having quoted from Pliny, " est autem saxo naturali elaborata et lubricata," in support of his opinion that the exterior of the Pyramid had been originally saturated with some fluid, such as oil or varnish, (*) observes that the liquid, whatever it may have been, appears to have been transparent, and nearly colourless ; and that the brownish tinge upon the stones, which formed the casing, has been acquired by time. He does not conceive that any part of the Pyramids had been painted red, or it would have been mentioned by Herodotus, and by other ancient authors, although the pavements and steps around them may have been stained with some dark colour. He is of opinion, that the Great Pyramid had been revetted in the same manner as the Second, because he has seen fragments of stones precisely similar to those, which covered that building, the external faces of which had been "lubricated".
With respect to the interior of this Pyramid, he found the angle of entrance to be 26° 34' ; and, referring to a diagram, proceeds with many conjectures and calculations, which it is not necessary to detail. He is of opinion that many other apartments, besides those already known, exist ; and that more than one person was interred in the edifice ; that several pits and deep channels, with places on their sides for the reception of mummies, have been excavated in concentric squares, the area of each diminishing by one-half successively ; and that, by the extent of these works, the length of time taken up in their construction might be ascertained. He imagines that there must be a second entrance at the base, either at the northern, or eastern side; and mentions the grotto in the well, and several other points, where apartments and passages might probably be found.


The Second Pyramid
He considers, that the exterior is steeper by one degree than that of the Great one (3) ; and that its summit is higher above the horizon, although the Great Pyramid is the more lofty, owing to a base upon which the Second is built, as it is situated upon a high perpendicular platform beyond the pavement, and is surrounded with three squares or steps, which bear certain proportions to the sphere or circle ; and this, he imagines, to have been likewise the case with the steps around the other two Pyramids. The step of the Second Pyramid is five feet high, and seven feet from the perpendicular of the edge of the base, and the platform of rock is about ten or eleven feet above the inner surface. (...) He conceives that there were two ranges of granite, and that the inner step was also of that material. After other observations, he says, that the dark colour of the casing has led many people to believe that it was painted.


The Third Pyramid
He is of opinion that the granite casing, mentioned by ancient authors as extending half-way, was ninety-two feet high ; and that it had some mysterious signification : that the size of the building was regulated by that of the other two (4) ; and that, from an examination of the granite blocks, which formerly composed its revetment, he found that the angle of its elevation indicated a perfection of form superior to that of each of the other Pyramids, and that it was nearly a medium between them : that its perpendicular height was the radius of a circle, the circumference of which was equal to the square of the base ; and that this Pyramid was an emanation, or spirit, and essence from the first great principle of the system, namely, the circle of origin ; and also that its relative position was determined by some fixed law, and not by mere convenience.
The exterior of the upper part did not appear to have been covered with painted stucco, but to have been saturated with some fluid like those of the other Pyramids ; and the contrast of the two colours must, in his opinion, have had a good effect.”

(*) The word "lubricata" simply means a surface polished, or made slippery, and does not infer that oil or liquid of any kind had been applied to produce the effect.


Verbatim

Textes de H.C. Agnew, dans A Letter from Alexandria, on the evidence of the practical application of the quadrature of the circle, in the configuration of the Great Pyramids of Gizeh, 1838

(1) “Following the common fable, that each pyramid had its own peculiar builder, and that each was a separate monument, unconnected with its neighbours except by the casual contiguity of position, my first idea was that the constructors of the first and second (call them Cheops and Cephren) had each built his pyramid on the geometrical plan most accordant with his conceptions of propriety, and that their successor Mycerinus, finding his father's monument too flat and his uncle's too steep, had discovered, or believed he had discovered, the rule of perfection, and formed his pyramid accordingly. This notion was correct only in so far as that the third pyramid was the most perfect geometrical figure ; but if the deductions in the following pages be admitted, we must arrive at the remarkable conclusion, that the three great pyramids of Gizeh were component parts of one immense system, members of a vast united triad, each in itself admirable, but all three so connected with the first principle of the system as to form but one perfect whole. If then, in the contemplation of one of these sublime structures, we are lost in astonishment at the greatness of the undertaking, how must our wonder be increased when we find that all were planned at once ! that before a stone of the great causeway was laid, the precise proportions of the second and third pyramids, as well as of the first, were unalterably determined by the necessary effect of the rule which fixed the length and breadth of the causeway itself !”

(2) “Here then we find the quadrature of the circle exemplified in a curious manner, with all practicable approach to exactness, by the Egyptians a thousand years perhaps before the birth of Archimedes or of Hippocrates of Chios ; I say approach to exactness, for I am far from supposing that they had really solved the question geometrically. Its arithmetical solution is known now to be impossible; the geometrical solution, in all probability, is so likewise ; but whether the Egyptian priests were of this opinion I cannot venture to say. In the instance before us of the practical exemplification of the problem by the united properties of the two great pyramids, the method may appear a little complicated ; but the principle is one, whether a single square be made equal to a single circle, or two squares to two circles, when all are defined. We shall, however, presently see that a single and unmixed elucidation was exhibited in the third pyramid, the perpendicular of which was the radius of a circle equal to the perimeter of its base.”

Photo de Simon Cog (avec son aimable autorisation)
(3) “Most people appear to take it for granted that the two great pyramids of Gizeh were built at the same angle of elevation, and differed only in size, and not in shape ; but the French, as well as Belzoni, had long ago given measurements, the deductions from which made the second pyramid to be steeper than the first. They do not however agree in their statements of the difference, nor attempt to give a reason for the variation of the angles. The second pyramid does in fact appear steeper to a good eye ; but as it still retains the upper portion of its casing and its pointed top, while the great pyramid has lost all its outer stones and many feet of its top, the observer is apt to suppose himself deceived by these circumstances, and concludes the pyramids were of the same shape: but the truth is that the faces of the second were really steeper than those of the first by more than one degree. If you stand somewhere near the third pyramid and bring the lines of the south-east edges of the two great pyramids in contact as high up as possible, the line of the first will be observed to diverge towards the base from that of the second, showing a lower angle.”

(4) “I now felt persuaded that the third pyramid formed part of the grand system, and that the circumstance so expressly mentioned by Herodotus, Diodorus, and Strabo of the granite casing reaching half way up only, had a special meaning. It was reasonable to conclude that this third pyramid had its size necessarily determined by some properties of the first great pyramid, or of the two great pyramids jointly. The angle of the inclination of the faces which I had measured on the granite stones, gave me something under 52°, and it was evident that the true angle, were it possible to ascertain it with sufficient accuracy, would be found to have been 51° 51' 14", and that therefore this pyramid presented in itself a perfection which neither of the two great pyramids separately possessed, namely, that its perpendicular was the radius of a circle, the circumference of which was equal to the square of its base.
Texte intégral de la Lettre d’Agnew

lundi 18 avril 2011

Selon George Nugent-Grenville (XIXe s.), bien que la pyramide de Mykérinos soit la plus petite de la triade de Guizeh, son auteur fut meilleur souverain que ses deux prédécesseurs

Lord George Nugent-Grenville 1789-1850), fils du marquis of Buckingham, fut membre du parti des Whigs. De 1832 à 1835, il fut nommé Haut Commissaire pour les îles Ioniennes.  
Il avait la réputation d’être un homme de raffinement et de goûts littéraires développés.
De décembre 1843 à mai 1844, il effectua un voyage qui le conduisit à Athènes, en Égypte, en Terre Sainte et en Syrie, et au terme duquel il écrivit son ouvrage Lands, Classical and Sacred (1846), dont j’ai extrait le texte qui suit.
L’auteur y affirme avoir visité plusieurs fois les pyramides du plateau de Guizeh. Ce faisant, il a pris appui sur les observations des Davison, Caviglia, Vyse et Russell. Mais étrangement, sauf erreur grossière de ma part, il ne semble pas avoir pénétré à l’intérieur de tel ou tel des monuments. En tout cas, il ne fait pas allusion à leur structure interne, sauf pour mentionner brièvement les découvertes de Vyse relatives aux conduits d’aération de la Grande Pyramide.
À titre anecdotique, on notera les remarques de Lord Nugent-Grenville, en homme cultivé qu’il était, au sujet des graffiti qui, inspirés d’une autonymolithographic practice, recouvrent  la plate-forme de la pyramide de Khéops (“L’on doit remplir tous les petits devoirs d'un pieux voyageur !”, déclarait Chateaubriand).

Lord George Grenville by Hoppner
“Naturally, irresistibly, the first impulse which an European stranger feels, after his arrival at Cairo, is to go to the Pyramids. He has from his childhood dwelt upon the contemplation of them as of things whose origin and intent lie wrapped in the mystery of ages unnumbered, and of a country far, far remote. He has read of them with wonder, as of prodigies of human labour, vast and unproductive as the desert which they overlook ; prodigies of human power, which, unless recalling the memory of worthy acts and of public reverence, teach but this severe and useful truth, that such monuments will endure only as barren records, long after all knowledge of the men who raised them in their pride shall have fallen into oblivion or disregard.
He has read of the three great Pyramids of Cheops, of Cephren, and of Mycerinus. He has read of the largest of them as having occupied in its construction the labour of a hundred thousand workmen during twenty years, who were every three months relieved by an equal number ; and of as many having been employed for ten years before in making the causeway to the Nile for transport of materials.(1)  
And when, amazed at the magnitude of the structures, he asks who were the heroes, who the benefactors of the human race, whose renown they were intended to commemorate, he finds that the two first were reared by tyrants and oppressors whom public indignation would not suffer to occupy them with their dust ; and that the third was the work of a better sovereign than his father or his uncle who had preceded him, "good above all other kings who had ever borne sway in Aegypt" ; but that he would hardly have been remembered had he not also shared in the folly and vice of misapplying the industry of his people. And therefore Mycerinus is thus known, as having left the fairest character of the three, and the smallest pyramid.

Dimensions des pyramides
The Pyramids of Gizeh are, according to the measurements in the beautiful description published by Colonel Vyse, which I believe are admitted to be the most accurate of any yet taken, of the following dimensions :

And the height and area of each have been considerably diminished by large accumulations of sand at the base.(2) (...)

Auteur inconnu, sans date
Les pyramides telles qu’elles apparaissent au premier regard
Most travellers profess to have been disappointed with the apparent size of the Pyramids at their first approach. I speak of my own impressions only. I will not say that they surpassed my expectations, for I do not know that I had formed any very determinate idea of the appearance of such stupendous masses of masonry at near view ; but I can truly say they quite equalled any vague notion I could have formed of them. From a great distance the effect of them may easily be imagined. Every one is well acquainted, by models and drawings, with their general form, and, while they are too far off for objects near them to be visible with which the eye can contrast their size, every one may well judge how they must appear. From the Nile, opposite the apex of the Delta, from whence you first catch sight of them at nine miles off, you acknowledge them as things you are well acquainted with, and for which for some hours of your passage up the Nile you had been on the look-out. They have much the same appearance from the heights of the Moccatam or from Old Cairo. But, as you near them on the remains of the old causeway, you are overcome with a sense of their exceeding bulk and grandeur. (...)
I have seen the Pyramids, I believe, by every light, from sunrise to moonlight ; and I have always observed that they appear, at whatever distance they may be viewed, to form a much sharper angle at the apex, to be much taller in proportion to the width of base, than in the models made to scale of measurement. I do not attempt to give the solution of this, not being aware of anything in the deceptions of perspective or atmosphere that can account for it ; indeed, I should rather have expected it to be the direct reverse. I only state it as it appeared to me, and as those persons to whom I made the observation when we were together on the spot have admitted that it appeared to them. (...)

Les conduits d’aération, tels que découverts par Vyse, et l’entrée de la Grande Pyramide
To Colonel Vyse the merit is due of detecting the real purpose of the two small apertures in the side walls of this chamber. He has established beyond doubt that these were designed for ventilators. Having discovered two holes on the outside of the pyramid, one in the north face and the other in the south, that to the north being exactly halfway up from the great entrance to the apex, and the other directly opposite ; he found, I believe by pouring coloured water down, that they communicated with these interior ones.
The mouth of the first and outer passage of the Great Pyramid is in its northern face, at a little less, than a ninth part of the way up the outer ascent. Above the square entrance are two huge blocks of stone, resting against each other in an angle of some sixty degrees, and forming a kind of pediment ; for the purpose, as is supposed, of a support to the weight of masonry above. In one corner of this pediment, Professor Lepsius has, if it may be allowed to say so of so learned and able a man, with a somewhat questionable taste, carved out a tablet, and adorned it with a long and doubtless very correct hieroglyphic inscription, in honour of his sovereign King William of Prussia, and of Victoria, Queen of England ; strikingly inappropriate in that place : an anachronism both in character and composition, illegible to the great mass of mankind, and, to the few learned who can read it, a counterfeit, proclaiming itself to be such ; a line added to the Iliad in commemoration of Waterloo.

Différentes fonctions des pyramides
The entrance of each of the three great pyramids, and of such of the others as have been opened at Abousir, Sakhara, and Dashour, is due north (polar, not magnetic) ; and the passage, leading straight from the mouth, descends in each at the same angle of about twenty-seven degrees from the plane of the horizon, which gives a line of direction not far removed from that point of the heavens where the Polar Star now crosses the meridian. Hence Dr. Russell, with great probability, attributes to the pyramids, besides the other purposes for which they were designed, that of fixing the measurement of sidereal time by the observation of this or some other star passing the meridian across the mouth of a long tube thus adjusted to the proper point.
Nor is this suggestion rendered at all less probable by showing that, probably at a very early time after the construction of the Pyramids, the mouths of these passages were carefully sealed with massive masonry. If the objects of these astronomical observations were in any way connected, as is by no means unlikely, with the religious rites of the Shepherd-kings of Aegypt, who closed the temples and discouraged the observances of the old Aegyptian mythology, it is indeed in the highest degree probable that, on the restoration of the old worship under the Pharaohs, all access to places built with such an object should have been carefully prevented.
It seems very clear that the pyramids were designed for several other purposes besides that of royal sepulture. That of the gnomon, for determining the solstices, and for giving a scale of general measurement, on which so much has been written, and with so much learning, cannot be dismissed from consideration ; nor can one fail to be struck with the reasoning in that very ingenious little tract of Mr. Agnew's (*), published in 1840, in which he shows by diagram and calculation how bold and near an approach was made, in the construction of these buildings, towards the quadrature of the circle. (...)

Dégradation du revêtement des pyramides de Guizeh
The whole of the outside of this pyramid [la pyramide de Mykérinos], as also of the first, and probably also of the lower part of the second, was faced with a thick layer of the Syenean red granite from Upper Aegypt, fragments of which lie scattered over a large space around ; records of the attempts made in different ages by barbarous princes, some from a superstitious, others from an utilitarian, motive to destroy these mighty monuments. But their vastness, and the compact mode of their construction, enabled them to withstand the ravages of force, as they had withstood those of time, apparently without much reduction of their original dimensions ; certainly without any visible damage to the symmetry of their proportions.(3)

(1) Herodot. iii. 16. He, moreover, tells us that such was the execration in which the memory of Cheops, and of his brother and successor Cephren, was held, that the people of Aegypt gave to the Pyramids raised by these two sovereigns the name of Philitis, a shepherd who fed his flocks in that country. Dr. Russell (*) supposes the Pyramids to be contemporaneous with the race of the shepherd-kings, who prohibited the worship of brute animals, and occupied the throne of the Pharaohs during part of the interval between the birth of Abraham and the captivity of his great-grandson Joseph.
(2) In giving Colonel Vyse's measurements of the height and length of the three Pyramids, it is fit to observe upon the remarkable discrepancy in the statements made by historians and travellers on this subject. Dr. Russell,in his View of Ancient and Modern Aegypt, enumerates them thus :

(3) Many attempts have been made by the Kaliphs and Sultans to destroy the Pyramids. Towards the end of the twelfth century, and shortly before the fall of the Fatimite Dynasty, the Kaliph Melek Alaziz Othman Ben Yousouf employed a host of labourers at an enormous expense for several months on the work of destroying the Pyramid of Mycerinus. But it was abandoned, leaving no trace on the appearance of this, the smallest of the three pyramids. Several other Kaliphs are stated by Abdulatif to have made the attempt from religious motives ; and the Sultan Saleh Eddin Yousouf (Saladin the Great) instructed his Emir Karrakous Assadi to use the pyramids as a quarry for building the citadel and walls of Cairo. It is said that the external coating of the two largest was applied to this purpose ; but, as appears by the measurements compared with those given by Herodotus, with no very observable reduction in the dimensions.

(*) Une prochaine note de Pyramidales sera prochainement consacrée à cet auteur.