vendredi 18 janvier 2019

"Tout le bâtiment penche vers l'intérieur" (Henry Blunt - XVIIe s. - à propos des pyramides de Giza)

par G B Piranesi, 1769
Le texte ci-dessous (version originale et traduction en français) est extrait de A Voyage into the Levant, 1650, par Henry Blunt ou Blount (1602-1682), "gentleman", voyageur et écrivain.
"Au Caire, précise Oleg V. Volkoff, dans Voyages en Égypte, des années 1634, 1635 et 1636, IFAO, 1974, il se rend aux pyramides de Guizéh, pénètre à l'intérieur de la plus grande (celle de Chéops), nous en donne une courte description, et mentionne également le Sphinx, ainsi que les autres pyramides situées dans leur voisinage (en direction du sud). Il n'évite évidemment pas certaines erreurs, courantes en son temps : ainsi il attribue l'érection des pyramides de Guizéh au Pharaon de l'Exode, suggère que les pierres de construction furent peut-être apportées de la mer Rouge, et mentionne un passage souterrain qui relierait la pyramide de Chéops au Sphinx."

Le texte concernant les pyramides est pp. 82-85.




Le texte choisi ci-dessous, traduit par Oleg V. Volkoff, est extrait de Voyages en Égypte, des années 1634, 1635 et 1636, p. 46-47.

"Leur forme est quadrangulaire, allant en diminuant par degrés équivalents, de presque un quart de mille (sic) pour chaque [côté] à la base, jusqu'à un carré au sommet, d'à peine plus de trois yards de côté. Les pierres sont extrêmement grandes, et aussi grandes au-dessus qu'en dessous : toutes [ont la forme] d'un carré régulier. Ce qui facilita la construction, et garda si longtemps [les pyramides] intactes, est la disposition des pierres ; elles ne furent pas posées régulièrement à plat l'une sur l'autre, comme dans d'autres bâtiments; [la construction] fut commencée à la base sur un solide rocher avec la première rangée des pierres, inclinée [obliquement], leur côté extérieur plus haut d'un pied que [leur côté] intérieur ; la même disposition est continuée jusqu'au sommet, grâce à quoi tout le bâtiment penche vers l'intérieur, et ainsi se tient par lui-même sans mortier ; chaque pierre supérieure est d'un demi-pied en arrière de celle sur laquelle elle repose ; par une gradation régulière, ceci donne à la masse une forme pointue vers le haut, et rend très facile l'ascension par l'extérieur. Mais dans un pays où il pleuvrait, [ce genre de construction] aurait retenu l'eau et ruiné le bâtiment."


 

lundi 14 janvier 2019

"Ces superbes pyramides, qui sont encore aujourd’hui l’admiration de ​​l’univers" (Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers - XVIIIe s.)

1721 - Egyptian Pyramids by Fischer von Each
"Pyramides d’Égypte, (Antiq. d’Archit. égypt.)​​ regum pecuniæ otiosa ac stulta ostentatio, selon la définition de Pline.
En effet, quoique ce soit un ouvrage prodigieux d’architecture, c’est le plus inutile que les hommes aient jamais exécuté ; cependant comme ce monument est le plus célèbre de l’antiquité, que tous les historiens en ont parlé avec admiration, qu’il subsiste encore de nos jours, du moins en partie, & que nos voyageurs modernes, Thévenot, le Brun, Greaves, le père Vansleb, Gemelly & autres ont été exprès sur les lieux pour le décrire & le mesurer, il convient d’entrer ici dans des détails un peu étendus sur ces fameuses pyramides.

Les anciens tombent tous d’accord qu’elles ont été bâties pour servir de tombeaux à ceux qui les ont élevées : Diodore de Sicile & Strabon le disent clairement : les Arabes le confirment, & le tombeau qu’on voit encore aujourd’hui dans la plus grande pyramide, met la chose hors de doute.

Si l’on cherche la raison qui porta les rois d’Égypte à entreprendre ces grands bâtiments, Aristote insinue que c’était un effet de leur tyrannie : Pline pense qu’ils les ont élevées en partie par ostentation, & en partie pour tenir leurs sujets occupés, & leur ôter les occasions de penser à quelque révolte. Mais, quoique ces raisons puissent y être entrées pour quelque chose, on croit trouver la principale dans la théologie même des Égyptiens. Servius, en expliquant cet endroit de Virgile, animamque sepulcro - Condidimus,
assure que les Égyptiens croyaient que l’âme demeurait attachée au corps, tant qu’il restait en son entier ; ces peuples, dit ce savant commentateur, embaument leurs corps, afin que l’âme ne s’en sépare pas sitôt, pour passer dans un autre corps. C’est pour conserver les corps incorruptibles, qu’ils avaient inventé ces précieuses compositions dont ils les embaumaient, & qu’ils leur ont bâti de superbes monuments plus magnifiques que tous leurs palais. Ce fut par cette même raison que les rois de Thèbes en élevèrent de pareils qui ont bravé tant de siècles ; & Diodore de Sicile nous apprend qu’il paraissait par les commentaires sacrés des Égyptiens, qu’on comptait quarante-sept de ces superbes tombeaux, mais qu’il n’en restait plus que dix-sept du temps de Ptolomée Lagus. Ces tombeaux que vit Strabon, proche de Syène dans la haute Égypte, avAient été bâtis pour la même fin.

Longtems après le règne des premiers rois de Thèbes, ceux de Memphis s’étant trouvés les maîtres, & ayant la même croyance sur la résidence des âmes auprès des corps, élevèrent ces superbes pyramides, qui sont encore aujourd’hui l’admiration de ​​l’univers. Les Égyptiens de moindre condition, au lieu de pyramides, faisaient creuser pour leurs tombeaux, de ces caves qu’on découvre tous les jours, & dans lesquelles on trouve des momies.

Si l’on cherche la raison de la figure qu’on donna aux pyramides, on trouvera sans peine qu’elles furent bâties de la sorte, parce que de toutes les figures qu’on peut donner aux édifices, celle-là est la plus durable, le haut ne chargeant point le bas, & la pluie qui ruine ordinairement les autres bâtiments ne pouvant nuire à des pyramides, parce qu’elle ne s’y arrête pas. Peut-être aussi qu’ils ont voulu par-là représenter quelques-uns de leurs dieux ; car alors les Égyptiens représentaient leurs divinités par des colonnes & par des obélisques. Ainsi nous voyons dans Clément Alexandrin, que Callirhoé, prêtresse de Junon, mit au haut de la figure de sa déesse, des couronnes & des guirlandes ; car dans ce temps-là les statues des dieux avaient la figure de colomnes ou d’obélisques. Pausanias dit que dans la ville de Corinthe, Jupiter Melichius était représenté par une pyramide, & Diane par une colonne.
Les autres nations ont quelquefois imité ces ouvrages des Égyptiens, & ont dressé des pyramides pour leurs sépulcres. Sur ce passage de Virgile,
Fuit ingens monte sub alto
Regis Dercenni terreno ex aggere bustum
Antiqui Laurentis opacâque ilice tectum
,
Servius remarque qu’anciennement les personnes de condition se faisaient enterrer sous des montagnes, & qu’ils ordonnaient qu’on dressât sur leurs sépulcres des colonnes & des pyramides.

Le lieu où sont les pyramides, dit le P. Vansleb, qui fit le voyage d’Égypte en 1672, est un cimetière, & sans doute un cimetière de Memphis ; car tous les historiens arabes nous apprennent que cette ville était bâtie dans l’endroit où sont les pyramides, & vis-à-vis le vieux Caire.

Toutes ces pyramides ont une ouverture qui donne passage dans une allée basse fort longue, & qui conduit à une chambre, où les anciens Égyptiens mettaient les corps de ceux pour lesquels les pyramides étaient faites. Si l’on ne voit pas ces ouvertures dans toutes les pyramides, cela vient de ce qu’elles sont bouchées par le sable que le vent y a apporté. Sur quelques-unes on trouve des caractères hiéroglyphiques assez bien conservés.

Toutes les pyramides étaient posées avec beaucoup de régularité. Chacune des trois grandes, qui subsistent encore, sont placées à la tête d’autres plus petites, que l’on ne peut néanmoins connaître que difficilement, parce qu’elles sont couvertes de sable ; toutes sont construites sur un rocher uni, caché sous du sable blanc ; & il y a quelque apparence que les pierres dont on les a bâties, ont été tirées sur le lieu même ; aucune de ces pyramides n’est égale, ni parfaitement carrée. Toutes ont deux côtés plus longs que les deux autres.

Dans toutes les pyramides, il y a des puits profonds, carrés & taillés dans le roc. Il y a aussi de ces puits dans les grottes qui sont au voisinage des pyramides ; ces grottes sont creusées au côté d’une roche en assez mauvais ordre, & sans symétrie par-dehors, mais fort égales & bien proportionnées par-dedans. Le puits est le lieu où les Égyptiens mettaient les corps de ceux pour qui la grotte avait été faite. Les murailles de quelques-unes ont des figures hiéroglyphiques, taillées aussi dans le roc, les unes plus grandes, les autres plus petites. Les trois principales pyramides connues des voyageurs sont à environ neuf milles du Caire.

La plus belle de toutes est située sur le haut d’une roche, dans le désert de sable d’Afrique, à un quart​ de lieue de distance, vers l’ouest des plaines d’Égypte. Cette roche s’élève environ cent pieds au-dessus du niveau de ces plaines, mais avec une rampe aisée, & facile à monter : elle contribue en quelque chose à la beauté & à la majesté de l’ouvrage ; & sa dureté fait un fondement proportionné à la masse de ce grand édifice.

Pour pouvoir visiter cette pyramide en-dedans, il faut ôter le sable qui en bouche l’entrée ; car le vent y en pousse continuellement avec violence une si grande quantité, qu’on ne voit ordinairement que le haut de cette ouverture ; il faut même, avant que de venir à cette porte, monter sur une petite colline, qui est vis-à-vis, tout auprès de la pyramide, & qui sans doute s’y est élevée du sable que le vent y a poussé, & qui ne pouvant être porté plus loin à cause de la pyramide qui l’arrêtait, s’y est entassé de la sorte. Il faut aussi monter seize marches, avant que d’arriver à l’entrée de l’ouverture qui est du côté du nord.

On prétend qu’autrefois on la fermait après y avoir porté le corps mort, & que pour cet effet, il y avait une pierre taillée si juste, que lorsqu’on l’y avait remise, on ne la pouvait discerner d’avec les autres pierres, mais qu’un pacha la fit emporter, afin qu’on n’eût plus le moyen de fermer la pyramide. Quoi qu’il en soit, cette entrée est carrée, & elle a la même hauteur & la même largeur depuis le commencement jusqu’à la fin. La hauteur est d’environ trois pieds & demi, & la largeur quelque chose de moins. La pierre qui est au-dessus en travers, a près de douze pieds de longueur, & dix-huit pieds de largeur. Le long de ce chemin, on trouve une grande chambre longue de dix-huit pieds, & large de douze ; sa voûte est en dos d’âne.

Quand on est venu jusqu’au bout de ce premier chemin, on rencontre une autre allée pareille, qui va un peu en montant ; elle est de la même largeur, mais si peu élevée, principalement dans l’endroit où ces deux chemins aboutissent, qu’il faut se coucher sur le ventre, & s’y glisser en avançant les deux mains, dans l’une desquelles on tient une chandelle allumée, pour s’éclairer dans cette obscurité. Les personnes qui ont de l’embonpoint, ne doivent pas se hasarder à y passer, puisque les plus maigres y parviennent avec assez de peine.

Quelques voyageurs racontent que ce passage a plus de cent pieds de longueur, & que les pierres qui le couvrent, & qui font une espèce de voûte, ont vingt-cinq à trente paumes. Mais la fatigue que l’on essuie, & la poussière qui étouffe presque, ne permettent guère d’observer ces dimensions.

Au commencement de ce chemin qui va en montant, on rencontre à main droite un grand trou, où l’on peut aller quelque temps en se courbant ; à la fin on éprouve de la résistance : ce qui fait croire que ce n’a jamais été un passage, mais que cette ouverture s’est faite par la longueur du temps. Après qu’on s’est glissé par ce passage étroit, on arrive à une espace où l’on peut se reposer, & l’on trouve deux autres chemins, dont l’un descend, & l’autre monte à l’entrée du premier ; il y a un puits, qui à ce qu’on dit, conduit dans une grotte à la distance de 67 pieds, après quoi on trouve un chemin creusé dans le roc, plein de sable & d’ordures. Lorsqu’on est revenu de ce premier chemin qui est à main droite, on entre à gauche dans un second qui a 27 toises de long. Il y a des trous à chaque pas pour y mettre les pieds.

Les curieux qui vont visiter les pyramides, doivent être obligés à ceux qui ont fait ces trous : sans cela il serait impossible de monter au haut, & il faut encore être alerte pour en venir à bout, à l’aide du banc de pierre qu’on tient ferme d’une main, pendant que l’autre est occupée à tenir la chandelle. Outre cela il faut faire de fort grands pas, parce que les trous sont éloignés de six paumes l’un de l’autre. Cette montée, qu’on ne peut regarder sans admiration, peut passer pour ce qu’il y a de plus considérable dans les pyramides. Les pierres qui en font les murailles, sont unies comme une glace de miroir, & si bien jointes les unes aux autres, qu’on diroit que ce n’est qu’une seule pierre. Il en est de même du fond où l’on marche, & la voôte est superbe.

Ce chemin, qui conduit à la chambre des sépulcres, persuade que ce n’est point là qu’était la véritable entrée de la pyramide : il faut que celle qui conduisait à cette chambre soit plus aisée & plus large ; car si les pyramides étaient les tombeaux des anciens rois, il faut qu’on ait ménagé une route plus commode pour y porter les cadavres ; & comment les faire passer par un chemin où l’on ne peut marcher qu’en grimpant ? Si nous en croyons Strabon, on entrait dans la grande pyramide en levant la pierre qui est sur le sommet. À quarante stades de Memphis, dit-il, il y a une roche sur laquelle ont été bâties les pyramides & les monumens des anciens rois… L’une de ces pyramides est un peu plus grande que les autres ; sur son sommet il y a une pierre qui pouvant être aisément ôtée, découvre une entrée qui mène par une descente à vis jusqu’au tombeau : ainsi on pourrait avoir élevé cette tombe par le moyen de quelque machine, sur le haut de la pyramide, avant que les pierres qui la couvrent y fussent posées, & l’avoir fait descendre ensuite dans la chambre.

Au bout de la montée on entre dans cette chambre ; on y voit un sépulcre vide taillé d’une seule pierre qui, lorsqu’on frappe dessus, rend un son comme une cloche. La largeur de ce sépulcre est de trois pieds & un pouce ; la hauteur de trois pieds & quatre pouces, & la longueur de sept pieds & deux pouces. La pierre dont il est fait a plus de cinq pouces d’épaisseur ; elle est extraordinairement dure, bien polie, & ressemble à du porphyre. Les murailles de la chambre sont aussi incrustées de cette pierre.

Le sépulcre est tout nu, sans couverture, sans balustrade, soit qu’il ait été rompu, ou qu’il n’ait jamais été couvert. Le roi qui a fait bâtir cette pyramide, n’y a jamais été enterré. D’anciens auteurs disent que le fondateur de cette pyramide était Chemmis. Diodore de Sicile, en parlant de ce prince & de Cephren, qui a fait construire une des autres pyramides, dit que quoique ces deux rois aient fait élever ces deux superbes monuments pour en faire leur sépulcre, il est vrai néanmoins qu’aucun d’eux n’y a été enterré.

Pour visiter la pyramyde en dehors, on monte en reprenant de temps en temps haleine. Environ à la moitié de la hauteur, à un des coins du côté du nord, qui est l’endroit où l’on peut monter avec moins de peine, on trouve une petite chambre carrée où il n’y a rien à voir, & qui ne sert qu’à se reposer, ce qui n’est pas inutile. Quand on est parvenu au haut, on se trouve sur une plate-forme, d’où l’on a une agréable vue sur le Caire & sur toute la campagne des environs, sur d’autres pyramides qu’on découvre, & sur la mer, que l’on a à main gauche.

La plate-forme qui, à la regarder d’en bas, semble finir en pointe, est de dix ou douze grosses pierres, & elle a à chaque côté qui est carré seize à dix-sept pieds. Quelques-unes de ces pierres sont un peu rompues ; & la principale de toutes, sur laquelle étoit la plupart des noms de ceux qui avaient pris la peine de monter au haut de cette pyramide, a été jetée en bas par quelques voyageurs.

On ne peut descendre autrement que par le dehors ; quand on a bâti la pyramide on a tellement disposé les pierres les unes sur les autres, qu’après en​ avoir fait un rang avant que d’en poser un second, on a laissé un espace à se pouvoir tenir dessus, ou du moins suffisant pour asseoir les pieds fermes. Le Brun dit avoir compté deux cent dix rangs de pierre, les unes hautes de quatre paumes, les autres de cinq, & quelques-unes de six. Quant à la largeur, quelques-unes ont deux paumes, d’autres trois ; d’où il est aisé de comprendre qu’il doit être difficile de les monter.

Il est néanmoins encore plus malaisé de descendre, car quand on regarde du haut en bas, les cheveux dressent à la tête. C’est pourquoi le plus sûr est de descendre à reculons, & de ne regarder qu’à bien poser les pieds à mesure que l’on descend. D’ailleurs de toutes les pierres dont la grande pyramide est faite, il n’y en a presque point qui soient entières ; elles sont toutes rongées par le temps, ou écornées par quelqu’autre accident : de sorte que quoiqu’on puisse monter de tous côtés jusqu’à la plate-forme, on ne trouve pourtant pas la même facilité à descendre.

En mesurant cette pyramide d’un coin à l’autre par le devant, le P. Vansleb a trouvé qu’elle avait trois cents pas ; & ensuite ayant mesuré la même face avec une corde, il a trouvé cent vingt-huit brasses, qui font sept cent quatre pieds. L’entrée n’est pas au milieu : le côté du soleil couchant est plus large d’environ soixante pieds. La hauteur de la pyramide, en la mesurant par-devant avec une corde, est, selon la même voyageur, de cent douze brasses, chacune de cinq pieds & demi, ce qui revient à six cens seize pieds. On ne peut pas néanmoins dire de combien elle est plus large que haute, parce que le sable empêche qu’on ne puisse mesurer le pied. Le côté de cette pyramide qui regarde le nord, est plus gâté que les autres, parce qu’il est beaucoup plus battu du vent du nord, qui est humide en Égypte.

La seconde pyramide ne peut être vue que par dehors, parce qu’on n’y peut entrer, étant entièrement fermée. On ne peut pas non plus monter au haut, parce qu’elle n’a point de degrés comme celle qui vient d’être décrite. De loin, elle paraît plus haute que la première, parce qu’elle est bâtie dans un endroit plus élevé ; mais quand on est auprès, on se détrompe. M. Thévenot donne à chaque face six cent trente-un pieds. Elle paraît si pointue, qu’on dirait qu’un seul homme ne saurait se tenir sur son sommet. Le côté du nord est aussi gâté par l’humidité.

La troisième est petite, & de peu d’importance. On croit qu’elle a été autrefois revêtue de pierres, & semblables à celles du tombeau qui est dans la première pyramide. Ce qui donne lieu de le penser, c’est qu’on trouve aux environs une grande quantité de semblables pierres.

Pline parlant de ces pyramides, dit que celle qui est ouverte fut faite par 370000 ouvriers dans l’espace de 20 ans."

extrait de L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et d’Alembert.

mercredi 9 janvier 2019

La "forme pyramidale avait été choisie comme la plus solide et la plus durable" (Marie Nicolas Bouillet - XIXe s., à propos des pyramides de Giza)

illustration from "View of ancient and modem Egypt", by Michael Russell, engraving by Branston, 1831
"Pyramides d'Égypte, monuments gigantesques dont la base était ordinairement carrée, quelquefois circulaire, et qui se terminaient en pointe comme la flamme, d'où vient leur nom, étaient situées pour la plupart sur les limites de l'Égypte inférieure et de l'Heptanomide, à l'O. du Nil, au milieu des déserts.
Selon Pline, elles ont été bâties partie par l'ostentation des souverains, qui voulaient se faire élever des tombeaux magnifiques, partie par politique, afin que le peuple égyptien, occupé par ce travail, ne songeât pas à se révolter. Du reste on ignore le temps de leur élévation et le nom des princes qui les ont fait élever. Il faut rejeter l'hypothèse de ceux qui veulent qu'elles aient été bâties par les Israélites, victimes de la tyrannie des Pharaons, et de ceux qui en attribuaient la fondation à Joseph, qui, dit-on, y fit conserver les blés recueillis dans les années d'abondance. Mais il est incontestable qu'elles datent d'une époque très reculée, et qu'elles ont au moins trois mille ans d'antiquité. 
Les pyramides étaient formées de différentes assises de pierres, qui diminuaient successivement de largeur suivant que l'exigeaient les proportions de l'édifice. L'assise inférieure débordait toujours celle qu'on élevait immédiatement au dessus, et chacun des côtés de la pyramide formait ainsi une espèce d'escalier.  
On prétend qu'originairement toutes ces pyramides avaient été revêtues, soit de carreaux de marbre, soit de petites pierres, de sorte qu'elles présentaient à l'œil un talus parfaitement uni. Cette forme pyramidale avait été choisie comme la plus solide et la plus durable. Peut être aussi sous cette forme les Égyptiens ont-ils voulu représenter comme par un symbole les attributs de quelques dieux, car, dans les temps les plus reculés, les pyramides et les obélisques étaient regardés comme les simulacres de certaines divinités. 
La plupart de ces édifices prodigieux ont résisté aux injures du temps et aux dévastations des hordes barbares qui se sont succédé sur le sol de l'Égypte. Vingt sont encore debout ; mais trois surtout captivent l'admiration, et méritent le titre de merveilles du monde que l'on a donné à toutes. La plus grande des trois, celle que l'on appelle vulgairement la grande pyramide, forme un carré dont chacun des côtés a 660 pieds. Son circuit est par conséquent de 2.640 pieds. Elle en a près de 500 de hauteur perpendiculaire. Son sommet est terminé par une plate-ferme carrée, dont chaque côté peut avoir seize ou dix-sept pieds, quoique d'en-bas elle semble être une pointe aiguë. La masse totale de la pyramide est de 313.590 toises cubes. Cette masse est composée de pierres d'une grandeur extraordinaire. Il y en a plusieurs qui ont trente pieds de longueur, sur quatre de hauteur et trois de largeur.
L'intérieur est encore plus étonnant que l'extérieur ; mais les anciens n'avaient sur ce point aucun détail, et ce n'est qu'après les voyages et les observations des modernes qu'on est parvenu à les connaître. Un puits immense, qui conduisait dans des souterrains destinés aux initiations, des galeries d'une longueur prodigieuse et une salle magnifique dont le pavé, les murs et le plafond étaient incrustés de pierres semblables à du porphyre, en étaient les ornements principaux. 
Au rapport de Diodore, trois cent soixante mille ouvriers furent occupés en même temps à la construction de cette pyramide. Ils étaient relevés de trois mois on trois mois par un pareil nombre. Dix années entières furent employées à tailler et à voiturer les pierres. Il fallut vingt ans pour achever cet immense édifice. Une inscription hiéroglyphique apprenait combien il en avait coûté pour les poireaux, l'ail, les oignons et autres légumes fournis aux ouvriers. Cette somme montait, dit-on, à seize cents talents d'argent, c'est-à-dire à près de sept millions de notre monnaie.
La seconde pyramide, presque aussi large par la base, mais moins haute et surtout moins élégante à l'intérieur que la première, était surtout remarquable par un sphinx d'une seule pierre qui, selon Pline, avait 168 pieds de large et 62 de haut. Aujourd'hui tout le corps du monstre est enseveli dans le sable, et l'on ne voit que le cou et la tête qui ensemble ont 27 pieds de hauteur."

extrait de Dictionnaire classique de l'antiquité sacrée et profane, Volume 2, 1828, par Marie Nicolas Bouillet (1798-1864), professeur, traducteur et lexicographe français, officier de l'Instruction publique, dont le nom reste associé au Dictionnaire universel d'histoire et de géographie qu'il publia en 1842.

"Premiers monuments de l'histoire humaine par lesquels l'âme inquiète a essayé de protester contre la mort" (André Chevrillon, à propos des pyramides)

aucune précision sur l'auteur et la date de ce cliché
 "À mesure que l'on s'éloigne du Caire, tout devient plus ample et plus simple : des deux côtés, les constructions humaines ont déjà disparu, les futaies de hautes palmes s'épaississent ; leurs troncs serrés forment une sorte de mur dense, et, par-dessus, les milliers de têtes rayonnent, sombres, dans le ciel. Les tournants sont grandioses, découvrant, révélant tout un pays. À gauche, le ruban végétal, la bande toute claire et verte de maïs et de cannes s'est rétrécie, tout de suite dominée, étreinte par la chaîne blonde du Mokatam. Et soudain, un coin du vieux Caire reparaît pour nous dire adieu, terne, mort comme le désert environnant, blond et tout uni de ton, difficile à distinguer de la chaîne aride, un morceau de ville inanimée qui ne semble pas faite pour l'homme et qu'on dirait taillée dès l'origine des choses dans cette falaise. Et ce sont des dômes, des minarets, et, par-dessus tout, la mosquée aiguille, le jet grêle dans le ciel de ses deux fusées de pierre. 
Toute cette journée-là, les pyramides nous ont poursuivis. Nous ne pouvions pas quitter ce cimetière memphite, arriver au bout de cette nécropole qui est la plus ancienne et la plus vaste que l'on connaisse. Gizeh, Sakkarah, Dachour, Meidoum, de loin en loin, jalonnant le cours du Nil, elles surgissaient par groupes, gardant mystérieusement le seuil de l'infini saharien, de plus en plus délabrées et désolées à mesure que nous remontions et qu'elles s'espaçaient davantage, chaque groupe plus inquiétant, plus enfoui dans les sables et perdu dans la solitude. 
Lorsque l'on pensait, après des heures de navigation, les avoir enfin laissées derrière soi, de nouveaux triangles se levaient comme des voiles de vaisseaux derrière la ligne d'horizon. À la longue, elles se rapprochaient de nous et, alors, on reconnaissait qu'elles n'avaient presque plus de formes à force d'avoir été démantelées, usées par les siècles et par l'homme avide et fouilleur. C'étaient des buttes fauves à demi écroulées, confondues au désert, ou bien des piles de tours quadrangulaires à pans inclinés, en retrait les unes sur les autres, les noyaux primitifs de la pyramide sortant d'une colline ruinée. 
Premiers monuments de l'histoire humaine par lesquels l'âme inquiète, qui aspire et qui aime, tout de suite a essayé de protester contre la mort, de lutter contre l'indifférence silencieuse de ce qui est pour toujours. Oui, toute la dignité humaine est déjà là, dans cette mélancolique procession de pyramides qui se suivent toute cette journée au bord de l'immensité muette."

extrait de Terres mortes : Thébaïde, Judée, par André Chevrillon (1864-1957), neveu d’Hippolyte Taine par sa mère, grand voyageur, collaborateur à La Revue des deux mondes, élu à l’Académie française le 3 juin 1920

vendredi 4 janvier 2019

"Qui n'a pas vu les Pyramides n'a pas vu l'Égypte" (Constantin James, Victor Audhoui - XIXe s.)

par George E. Raum, 1896
"Qui n'a pas vu les Pyramides n'a pas vu l'Égypte. Aussi nous proposions-nous de ne pas quitter le Caire sans avoir visité celles de Giseh, qui sont les plus proches et les mieux conservées de toutes celles que nous apercevions à l'horizon, lorsque nous apprîmes, dans la matinée du 24, que le soir même elles seraient illuminées aux feux de Bengale en l'honneur de l'empereur d'Autriche. Nous fîmes donc de suite nos préparatifs de départ.
Dès midi, une calèche nous conduisait au Vieux-Caire en moins d'une heure. Là, nous la quittions pour passer le Nil sur une barque. Le fleuve en cet endroit est magnifique, sa largeur étant au moins six fois celle de la Seine à Paris. Parvenus sur l'autre rive, au village de Giseh, nous y trouvâmes les ânes que nous avions commandés d'avance. À peine fûmes-nous en selle qu'ils partirent comme un trait dans la direction des Pyramides.
C'est que les ânes d'Orient, au lieu d'être des animaux paresseux et lâches, sont de fringants coursiers, pleins de feu et d'ardeur. Ils portent la tête haute, les oreilles droites et le regard fier, comme s'ils se souvenaient qu'Homère n'a pas dédaigné de comparer Ajax à un des leurs se retirant de la lice. Ils n'ont donc rien de commun avec leurs collègues d'occident ; pardon ! ils en ont la voix. Comme eux, ils sautent d'une gamme à l'autre avec une brusquerie désespérante, entrecoupant leurs modulations de reniflements gutturaux et de longs soupirs saccadés, avec force points d'orgues sur les notes basses. C'est le seul reproche qu'on puisse leur adresser, mais ce reproche ils le méritent pleinement.
À partir du Nil, la route représente une avenue plantée. Sur la droite de la plaine qu'elle traverse fut livrée la célèbre bataille, gagnée par Bonaparte, laquelle emprunta son nom aux monuments, "d'où quarante siècles contemplaient ses 
soldats". En effet, tout à côté se trouvent les Pyramides, que nous n'avions mis que deux heures à atteindre. 
Ces pyramides sont au nombre de trois, deux grandes appelées pyramides de Khéops et de Khéfren, et une moyenne appelée pyramide de Mycenius.
Vus de loin, ces monuments étonnent par leur masse ; vus de près, ils causent un sentiment voisin de la déception, et on est tenté de s'écrier : "Ce n'est que cela !" Représentez-vous, en effet, d'énormes blocs, en forme de meules, placés de champ les uns au-dessus des autres, comm
e les bûches d'un bûcher gigantesque. On a beau songer aux forces mécaniques prodigieuses qu'il a fallu pour extraire, charrier et élever à de pareilles hauteurs de semblables masses, - Pélion entassé sur Ossa - il est bien difficile d'y voir autre chose qu'un monceau de pierres disposées symétriquement. Du temps où un revêtement de chaux et de porphyre, dont il ne reste que des fragments, rendait leur surface brillante et polie, il devait en résulter des jeux de lumière d'un effet saisissant. Mais aujourd'hui que la pierre dénudée et raboteuse n'offre plus que des tons grisâtres et sans reflets, l'illusion fait place à la froide réalité.
Entre les blocs existent des écartements par la dégradation de leurs bords. Ce sont ces écartements que l'on utilise, comme les marches d'un escalier, pour faire l'ascension des Pyramides. Il n'y a pas d'autres moyens d'accès.
La pyramide de Cheops, qui est la première que l'on aperçoit en arrivant, est la seule que l'on gravisse. La montée du reste en est plus fatigante que difficile, le seul obstacle consistant dans l'épaisseur des blocs, qu'on ne peut franchir d'une enjambée. Il faut qu'un guide vous hisse par les bras, tandis qu'un autre vous pousse en arrière, ce qui, pour une personne, implique au moins l'assistance de deux conducteurs. On parvient ainsi en une demi-heure, moitié rampant sur le ventre et les mains, et moitié se tenant debout, au sommet du colosse, dont la hauteur dépasse de 30 mètres celle du clocher de la cathédrale de Strasbourg. Là se trouve une plate forme d'où l'oeil embrasse un spectacle admirable.
Ce spectacle, je ne pus en jouir, car, à peine eus-je escaladé les premiers gradins, j'éprouvai un tel vertige que je dus redescendre D'autres, en grand nombre, furent plus heureux que moi. L'empereur d'Autriche surtout se fit remarquer entre tous par son agilité et sa prestesse.
On a beaucoup disserté 
sur la destination originale des Pyramides, aussi bien que sur leur ancienneté. Il est parfaitement démontré aujourd'hui qu'elles ne sont autres que des constructions tumulaires et qu'elles remontent aux premières dynasties des pharaons. (...)
La journée se termina, comme on l'avait annoncé, par l'illumination de la pyramide de Chéops. À un signal donné, sa surface s'embrasa, simulant un immense incendie dont le rayonnement répandit jusqu'au Caire une lumière éblouissante.
Le Sphynx surtout était admirable ; ses yeux, où l'on avait disposé deux piles de Bunsen, lançaient de flamboyants éclairs, comme l'antique dragon du jardin des Hespérides. À ce spectacle, si merveilleusement réussi, nous éclatâmes en applaudissements. Qui sait même si les Pharaons n'en tressaillirent pas du fond des Pyramides qui leur servent de tombeau ? Mais non ; aujourd'hui ces tombeaux sont vides. Les corps des trois souverains qui y reposaient ont même subi les destinées les plus étranges. Deux furent vendus au moyen âge à des marchands vénitiens qui faisaient le commerce de la poudre de momie, alors fort usitée en médecine, et le troisième fut donné en 1837, par le colonel Wyse, au Museum de Londres.
Pauvres monarques ! Était-ce bien la peine de faire tant de sacrifices d'hommes et d'argent pour conserver votre dépouille mortelle, puisqu'elle devait, pour deux d'entre vous, être débitée en pilules, et, pour le troisième, figurer derrière une vitrine, à côté d'objets empaillés ?"


Extrait de Guide pratique aux eaux minérales, aux bains de mer et aux stations hivernales, augmenté d'un Traité d'hydrothérapie. [Voyage de Montaigne aux eaux minérales. L'Égypte. Du Passage de la Mer Rouge par les Hébreux.] par le Dr Constantin James (1813-1888), membre de plusieurs académies et sociétés savantes, et le Dr Victor Audhoui (1841-1923), médecin de l'hôpital de la Pitié et des Eaux de Vichy, médecin du ministère des Affaires étrangères

mardi 1 janvier 2019

Selon Hartwig Munt, la clé de la construction des pyramides égyptiennes repose sur la technique, relatée par Hérodote, des "machines faites de pièces de bois"

Selon Hartwig Munt (*), Hérodote a transmis la clé de la construction des pyramides égyptiennes, à savoir l'utilisation de "machines faites de pièces de bois", la relation de l'historien grec ayant été transmise de bouche à oreille, mais négligée par les chercheurs en raison de sa distance chronologique par rapport aux événements réels.
Hartwig Munt a cherché à mettre en valeur la portée scientifique de la relation d'Hérodote, qui constitue, à ses yeux, "la seule solution concluante au mystère de la construction de la pyramide", compte tenu de la courte période du chantier de construction et de la quantité de main-d’œuvre utilisée pour cette construction. Pour ce faire, il a étayé son argumentation avec la fabrication d'une maquette - treuil et blocs - à l’échelle 1: 5, de la "machine" d'Hérodote.

Il a développé sa théorie dans son ouvrage The Construction of the Great Pyramid of Giza according to Herodotus / Der Bau der Cheops-Pyramide nach Herodot : The secrets of its construction method from a physical-technical perspective / Das Geheimnis ihres Bauverfahrens aus physikalisch-technischer Sicht, 2013, dont on trouvera ci-après une reproduction partielle.




Extraits de cet ouvrage :

Prerequisites for construction 


"The Egyptians must have known about clay brick ramps. Pulling objects on a slanted surface with a sledge and the inclined lift with sliding ramps, with which granite blocks and the pyramidion were pulled up the pyramid wall, is not imaginable without clay brick ramps made of dried ‘clay and straw’. The right material and a dry climate must have existed for constructions, ramps and causeways made of clay bricks. (...)
Reports from the times of the pharaohs confirm the use of a slanted plain to pull up building materials. For instance, a papyrus text exists in which the construction of a clay ramp is mentioned. Furthermore, remains of various ramps near Giza, south of the Chephren pyramid, in the courtyard of the Temple of the Sun by Abu-Gurob (5th dynasty), by the pyramid in Lisht (12th dynasty ) as well as the remainders of clay brick scaffolding on one side of the first pylon of Karnak also bear testament.
But what was done with these clay brick ramps that still partially exist today ? And what is the meaning of the considerable remainders of a steep clay brick ramp that still exist inside the temple area in Karnak behind the great Pylon in front of the huge Temple of Amun ? Even if one had used the entire available space of 80 meters (the length between the Temple of Amun and the Pylon) for the ramp, the pylon's height of 34 m would have caused a ramp angle of 30° to be overcome. And that would have been too much for any team to pull a sledge up. This is therefore indirect proof of the fact that the Egyptians must have used hoisting gear chains and/or lifts. It is astonishing that the pylon in Karnak was actually built later, namely in Ptolomaic times, according to information provided on site. Greeks and Romans used the construction techniques with cranes and invented by them for their buildings. It was therefore not until those times that Egyptian construction know-how was actually forgotten.
Therefore all the prerequisites for an inclined lift were given.
(...)

The construction of the Great Pyramid of Giza - Construction time, population and building work 


A stone slab could be transported from pyramid step to pyramid step in two minutes with the Herodotus hoisting gear of the first generation which was also moved from step to step. Accordingly, several stones were always moving at the same time. If the pyramid already had 30 steps one would require 60 minutes to transport a stone from the base to the upper platform. Therefore 60 teams of 200 people each were required if each man could pull with a strength of 150 N. The pyramid must have been covered with people. Herodotus wrote that 100,000 men had to work on the Great Pyramid of Giza for 20 years. The number of 100.000 men not only refers to the people working directly on the pyramid, but includes the entire pyramid construction process, including the entire industry that was directly or indirectly involved in pyramid construction or the associated irrigation projects.
(...)

The hoisting gear in the quarry 


None of the numerous pyramid-construction theorists have far contemplated how the stone blocks could be heaved onto the sledges from the 60 cm wide trenches. Lifting the stone blocks with simple levers is not an option as it would take to long if an average of one stone block per minute is to be achieved. Consequently, the stone blocks will have to have been lifted out of the quarry with some kind of hoisting gear, which can stand in the quarry on its feet and has a rope crosshead die with a much higher static friction coefficient than the Mykerinos stone. Because, here in this real excavation site with mud and water in the ditches, and lubricants all over the place on the skids of the sledges and the planks placed beneath them, the ropes will be wet and slippery and should not slip over the head of the hoisting gear when trying to lift up a stone block. Figure 1 shows a model of the hoisting gear with a lime sand brick of size 30 x 24 x 11.5 cm (weight 15 kg), i.e. on a scale of 1:4 compared to the real stone blocks that were used.
The hoisting ropes are wrapped around a tree trunk once. This causes the sticking friction to increase so much that rope slippage around the tree trunk is unimaginable. In the process, the stone block is jammed between two beams.

Figure 1 clearly shows how the stone block is jammed between two beams. This occurs automatically when lifting the block. The jamming procedure is simple. First, the two beams are placed left and right of the stone block that is to be lifted. These are then tied together with a rope. Then the rope is grasped with a load hook which is located at the end of the hoisting ropes. If the team now pulls, the beams by the stone block will be strained and the block can be hoisted up. This assumes that the block was already detached from the underlayer with wedges. As the blocks are heavy, the hauling team will have strained the ropes before the wedges are rammed in so that the block can be easily broken off.
The sledge is then pushed underneath the stone block.

Rationalized method according to Herodotus 


The hoisting gear used for breaking off and lifting up stone blocks in the quarry was also used in pyramid construction after being developed further, so that the large stone blocks could be lifted up step by step without the load having to be put down or the system of hoisting gears having to be stopped. For that purpose, the large, round trunk at the head of the quarry hoisting gear was lubricated and placed in a wooden sliding sleeve in the groove of the pyramid step as a pivot. (...)
In this way the team could not only lift up the stone block with the wooden hoisting gear but also lift it up with a rope from one step to the next. With the help of guiding rails the load could be seamlessly passed on from one hoisting gear to another hoisting gear located on the next step. The two foot ends of the quarry hoists were converted into two forks that held a log on which the load - i.e. the sledge with the stone - was hanging.


(*) Hartwig Munt (15 avril 1938 - 2 avril 2011) était un physicien diplômé qui travailla tout d'abord dans un poste de direction chez Siemens AG, entre autres dans les domaines du développement et de la production. Il a ensuite travaillé pour la grande société Deutsche Telephonwerke Berlin (DeTeWe) comme responsable qualité assurance, et enfin comme directeur.

jeudi 27 décembre 2018

“Tout pousse à penser que la vaste cavité découverte par ScanPyramids n’est rien d’autre qu'une “chambre de décharge” (Jean-Pierre Corteggiani)


Dans son étude “Quelques mises au point au sujet de la Grande Pyramide”, publiée par le Bulletin de la Société française d’égyptologie, n° 199, mars-juin 2018, Jean-Pierre Corteggiani, ancien bibliothécaire de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire (IFAO), met en parallèle le Big Void récemment découvert par la Mission ScanPyramids et une autre découverte “tout aussi irréfutable”, réalisée en 2000 à l’aide d’un géoradar par Gilles Dormion : celle de “la présence probable” d’un couloir sous la Chambre dite “de la Reine”... un couloir qui, s’il existe, “conduit vraisemblablement à une chambre funéraire encore inconnue qu’il aurait été bien inutile de chercher ailleurs si son existence avait pu être confirmée”.



Dans les deux cas, les prospections ont abouti à des “réponses positives” qui doivent être examinées et interprétées de manière convergente. On ne sera notamment pas à même d’avancer les mêmes propositions concernant la nature et la fonction du Big Void “selon que l’on tient compte ou pas de la présence, beaucoup plus bas, au cœur du monument, d’une ’structure’ dont on peut indiquer la position à quelques centimètres près : en d’autres termes, si celle-ci existe, le Big Void, lui, ne peut en ‘aucun’ cas être une chambre funéraire, ou même un magasin”.

Après un “examen approfondi” de la configuration du plafond de la Chambre du Roi et des moyens mis en œuvre pour éviter l’effondrement de ce plafond (les chambres dites “de décharge”), de la configuration de la Grande Galerie, puis des “anomalies” liées à la chambre “de la Reine” et au couloir qui y conduit, Jean-Pierre Corteggiani rappelle l’hypothèse, suggérée par Dormion, de l’existence d’une “structure” dont le toit serait à environ 3,5 mètres de profondeur par rapport au sol de la chambre “de la Reine” et qui aurait la forme d’un couloir conduisant “quelque part au cœur de la pyramide” (une “chambre funéraire dont le sol serait au niveau du plateau rocheux” ?)

Il m’est impossible de reprendre dans le menu détail la progression du développement de l’auteur. Trop la résumer serait en trahir le contenu. On en prendra donc connaissance en se référant à l’article publié par le Bulletin de la Société française d’égyptologie.

Reprenons toutefois la conclusion proposée par Jean-Pierre Corteggiani : “Tout pousse donc à penser que, dans cette Grande Pyramide où tout est exceptionnel, la vaste cavité découverte par ScanPyramids n’est rien d’autre qu'une “chambre de décharge” ; et, en effet, si l'on ne dissocie pas la majestueuse Grande Galerie de la Chambre du Roi, la première structure étant perçue comme une voie d'accès triomphale à la seconde, il semble normal, en y voyant les deux parties d'un ensemble, que l'on ait souhaité assurer la protection de l'une comme de l'autre, quitte à ce que l'excès de précautions, aboutissant à l'inverse de l'effet recherché, soit la cause du sinistre qui a affecté la chambre funéraire. Si le Big Void est une cavité semblable à la Grande Galerie, elle doit en être comme une sorte de “continuation” sur le plan vertical : on a donc affaire, non pas à plusieurs structures adjacentes, mais probablement à une seule dont la largeur se réduit à chaque encorbellement ; dans la Grande Galerie, 7 ressauts d'une palme (7,5 cm) ont permis de passer d'une largeur de 4 coudées (2,10 m) à la base des parois, à 2 coudées (1,05 m) au niveau du plafond, les 7 assises d'épaisseur inégale occupant une hauteur verticale d'environ 6 m ; vraisemblablement, le même dispositif a été répété directement au-dessus des dalles qui en constituent le plafond mais, pour l'heure, il est impossible de dire combien il compte de ressauts et quelle est l'épaisseur moyenne des assises : quoi qu'il en soit, la partie la plus haute de la “chambre de décharge” de la Grande Galerie se trouverait au niveau de la Chambre du Roi.”

lundi 24 décembre 2018

L'impudicité de la fille de Kheops, selon Pierre Boaistuau (XVIe s.)


Extrait de Histoires prodigieuses extraictes de plusieurs fameux autheurs, grecz & latins, sacrez et prophanes : mises en nostre langue par P. Boaistuau, surnommé Launay, 1564.

Pierre Boaistuau (1517?-1566) était un compilateur, traducteur et écrivain français.

"Je ne sais si je dois appeler amour prodigieuse ou folie prodigieuse, celle qu'écrit Hérodote de la fille de Cheopes Roi d'Égypte. Ledit Cheopes ayant épuisé tous ses trésors, même employé cent mille ouvriers pour faire construire une Pyramide, se voyant dénué de finances, commanda à sa fille qu'elle se prostituât, et qu'elle exposât son honneur au plus offrant : ce qu'elle exécuta, requérant à chacun qui venait devers elle, lui donner une pierre, et du gain qui sortit de son impudicité, fut bâtie la Pyramide qui est au milieu des trois
vis à vis de la grande, portant en chacun front cent cinquante pieds : laquelle a elle célébrée entre les merveilles du monde." 

dimanche 23 décembre 2018

Un reportage de France 2 sur le "mystère" de la construction de la Grande Pyramide

Reportage de F. Genauzeau, G. Messina et K. El-Fawwal

"Depuis 4 000 ans, les pyramides de Gizeh en Égypte torturent l'esprit des archéologues et scientifiques. La pyramide du pharaon Khéops est le chef d'œuvre de ces prouesses architecturales. Comment les Égyptiens antiques ont-ils érigé ce monument ? Plusieurs théories s'affrontent et plusieurs égyptologues estiment que la construction d'une rampe frontale a permis d'acheminer les blocs jusqu'au sommet. D'autres privilégient l'hypothèse d'une rampe latérale construite autour de la pyramide puis démolie. Enfin, il existe un troisième scénario, celui d'une rampe interne en spirale.


Nouvelle découverte
L'été dernier, un rebondissement inattendu est venu bouleverser les certitudes. Une mission archéologique franco-britannique a découvert une rampe légèrement incurvée, creusée dans le sol pour extraire les blocs. Mais cette avancée ne permet pas de résoudre tous les mystères de cet édifice."


Source : France 2  

samedi 22 décembre 2018

Les pyramides égyptiennes ont été bâties avec "une précision admirable que certainement nous ne dépasserons pas dans nos travaux modernes" (Daniel Bellet et Will Darvillé - début XXe s.)

Extrait de Les plus grandes entreprises du monde, par Daniel Bellet (1864-1917), auteur du texte, et Will Darvillé (18..-19..), ingénieur.
L'économiste Daniel Bellet a travaillé au ministère des Travaux publics et fut, en parallèle, professeur à l'École libre des sciences politiques, puis à l'École des hautes études commerciales de Paris.
photo datée de 1900 - auteur non mentionné
"Partout où l'on possédait de la pierre, que ce fût du calcaire ou du granit, on essayait de la tailler pour en tirer soit des murailles cyclopéennes, soit des temples comme celui dont faisait partie sans doute la pierre de Baalbec, soit ces étranges monuments qui constituent les pyramides d'Égypte. 
C'est ici, peut-être plus que partout ailleurs, qu'on a conscience de la force musculaire des armées de travailleurs mises à contribution, et aussi du temps prodigieux qu'il a fallu pour édifier péniblement des monuments qui, il est vrai, ont défié les siècles.
Les fameuses pyramides d'Égypte sont au nombre de neuf, trois qui sont colossales, et six autres beaucoup plus petites. Nous parlons du moins des pyramides les plus célèbres, celles de Gizeh, qui se trouvent comme les autres dans le voisinage de Memphis. Elles faisaient naturellement partie de cette série d'entreprises exceptionnelles que les anciens classaient parmi les merveilles du monde. 

La construction en remonte vers 4800 ans avant notre ère. Elles ont été élevées pour servir de tombeaux, ou plus exactement pour recouvrir les chambres funéraires destinées au souverain, et pour mettre complètement à l'abri sa dépouille mortelle. Et à l'intérieur de ces entassements de blocs se trouvent non seulement les chambres funéraires (...), mais encore des séries de corridors et de puits compliqués faits pour dérouter le chercheur. Les entrées de ces corridors étaient jadis complètement masquées par le revêtement de la pyramide. C'est qu'en effet ces constructions bizarres, qui présentent maintenant du haut en bas d'énormes degrés successifs, des sortes de marches, étaient jadis revêtues de pierres polies leur donnant une surface régulière et régulièrement inclinée. Ce sont les Arabes, pendant leurs invasions, qui enlevèrent la plus grande partie de ces revêtements. Il en reste encore en haut de la deuxième pyramide de Gizeh. 
Si les manœuvres et les maçons, les ouvriers qui travaillaient par milliers à l'édification de ces monuments, ne pouvaient guère utiliser que leurs bras et quelques outils primitifs, cela n'empêche que ces monuments, parfaitement orientés dans une direction déterminée par ce que nous appellerions maintenant les ingénieurs de la construction, n'aient été bâtis avec le plus grand soin. 
Le célèbre écrivain Hérodote a donné des détails sur la construction de la première pyramide, élevée par ordre de Chéops. En les plaçant sur des rouleaux, en les poussant et en les tirant à bras au moyen de câbles sur lesquels s'attelaient des théories d'hommes, on avait amené les énormes pierres destinées à la construction depuis les monts d'Arabie jusqu'au Nil. Là, on les avait chargées sur des bateaux, puis débarquées de l'autre côté du fleuve et traînées à nouveau jusqu'à l'emplacement où devait se faire la construction. Il avait fallu mettre à contribution une véritable armée permanente de 100.000 hommes, que tous les trois mois on renouvelait. Rien que pour construire la chaussée où se faisait le traînage des pierres dans ce pays essentiellement sablonneux, il avait fallu dix années de travail. Et pour élever la pyramide même, on n'avait pas mis moins de vingt ans. On voit que nous avions raison en disant que, dans ces entreprises de jadis, le temps ni la vie des hommes ne comptaient pour rien. (...)
Des blocs colossaux forment un escalier de 200 marches qui ont chacune 70 centimètres de haut. La régularité de ces blocs, leur juxtaposition offrent une précision admirable que certainement nous ne dépasserons pas dans nos travaux modernes. Le haut de la pyramide atteint à 140 mètres au-dessus du sol. Dans son ensemble, elle représente plus de 2 millions 1/2 de mètres cubes de pierre. On a dit que son volume de pierre permettrait de construire tout autour de l'Espagne un petit mur de 1 m. 80 de haut. 

La troisième pyramide, qui est considérée comme petite, a 66 mètres de haut, c'est-à-dire à peu près la hauteur des tours de Notre-Dame de Paris. Elle était jadis entièrement recouverte de granit rose, qu'il avait fallu aller chercher jusque dans les environs d'Assouan, près de cet immense barrage que l'on a construit récemment (...). Le transport de ces blocs de granit avait dû se faire sur une distance de 900 kilomètres, ce qui n'est rien pour nous, parce que nous possédons les voies ferrées, mais qui était formidable avec les moyens de transport dont on disposait alors." 

jeudi 20 décembre 2018

"On est tout étonné d'avoir trouvé si merveilleux ce qui l'est si peu" (Le Journal des Savants, XVIIIe s., à propos de la théorie d'Hérodote)

L'auteur de l'extrait qui suit n'est pas mentionné. Ou, pour le moins, je n'ai pas réussi à l'identifier. 
Cet extrait fait allusion à la théorie d'Hérodote sur la construction des pyramides, telle qu'interprétée par Antoine-Yves Goguet (1716-1758), érudit et jurisconsulte, conseiller au Parlement de Paris (voir ICI sur cet auteur).

"Encore une petite discussion, Monsieur, qui vous fera connaître la manière de voir de juger de cet écrivain (Y. Goguet). Vous savez quelles masses c'étaient que ces pyramides d'Égypte, cette grande pyramide surtout dont on voit encore les restes étonnants : la plus petite pierre, dit Hérodote, n'avait pas moins de trente pieds. Comment avait-on pu élever les pierres à une hauteur si prodigieuse ? Cela avait paru inconcevable jusqu'ici. Il fallait, disait-on, que les Égyptiens eussent des ressources de mécanique au dessus de toutes nos connaissances. Hérodote avait bien dit que les pyramides étaient formées par différentes assises de pierres qui diminuaient successivement de largeur, de sorte que chaque face de la pyramide formait une espèce d’escalier ; qu’on employait de petites machines de bois simples et faciles à manier, pour transporter d'abord les pierres du terrain
jusque sur le premier degré : on posait ensuite la machine sur le premier degré pour élever les pierres sur le second, à ainsi de suite.
Cela était trop simple : le passage d'Hérodote a été trouvé inintelligible. Diodore qui a compilé tant de contes dans son Histoire, dit que les Pyramides avaient été construites par le moyen de terrasses inclinées, qui étaient faites de sel et de nitre, et qui furent ensuite fondues par l'eau du Nil. Pline qui adopte cette fable, y en ajoute d'autres. Un savant anglais (M. Greaves) qui a donné une belle description des pyramides, a imaginé qu'on avait d'abord bâti une tour, aux côtés de laquelle on appliquait le reste de l'ouvrage pièce à pièce ; comme si cela expliquait la difficulté d'élever de grosses pierres jusqu’au sommet de la pyramide ! Mr. Goguet, sans perdre du temps à exposer ni à réfuter les différentes opinions, prend le passage d'Hérodote à la lettre ; et comme cet historien ne décrit point la machine dont il parle, Mr. Goguet en imagine une très simple, et en donne le dessin.



C’est un poteau qui sert de point d'appui à un levier à bras inégaux, fixé par une cheville mobile ; le bras le plus court, - par le moyen d’une corde -, embrasse une des extrémités de la pierre, qui est un carré long, et des hommes tirent avec des cordes l’autre bras du levier. Une seconde machine posée à l’autre bout de la pierre fait la même opération, et par ce moyen il ne fallait que des hommes et du temps pour élever les plus lourdes masses à quelque hauteur qu'on eût désirée.
Cette machine qui ne suppose aucune invention, et qui ne vaut pas certainement nos grues, fait évanouir le prodige : on est tout étonné d'avoir trouvé si merveilleux ce qui l'est si peu. Il faut convenir que les Égyptiens n'auraient été que des enfants en mécanique s'ils n’eussent pas eu d'autres ressources.

Mais en voilà assez sur cet ouvrage estimable, exact sans beaucoup de profondeur, instructif sans beaucoup d'utilité, varié sans intérêt, et dans lequel on trouverait peut-être très peu des choses, je ne dis pas seulement à reprendre, mais même à contredire : mais tant de sagesse n’est pas le cachet du génie."

Extrait de Le journal des sçavans, combiné avec les mémoires de Trévoux, Volumes 32 à 37, chez Marc Michel Rey, 1758

vendredi 14 décembre 2018

Des "gigantesques entassements", qui sont "des chefs-d'œuvre de construction" (Louis Lacroix - XIXe s.- à propos des pyramides)


Extrait de Souvenirs d'un voyage en Égypte, 1857, par Louis Lacroix (1817-1881), professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Nancy (1853-1870), puis d'histoire moderne à la Faculté des lettres de Paris (1871-1880), membre fondateur de l'École française d'Athènes.
  


"Ce n'est pas tout d'abord que l'Égypte nous étale ses merveilles. À Alexandrie on ne voit rien des temps pharaoniques, sauf le grand obélisque appelé l'aiguille de Cléopâtre, qui gît délaissé sur le sable, au fond d'un ancien port également abandonné. Tous les autres débris de la grande cité macédonienne, ces vastes hypogées creusés dans les rochers qui l'avoisinent, cette mélancolique et solitaire colonne de Pompée qui mériterait d'être autre chose qu'un monument consacré à Dioclétien, appartiennent aux temps et à l'art helléniques. Les ruines de la Basse-Égypte n'offrent d'intérêt que pour l'archéologue. 
C'est au Caire encore que se montre le premier et sans contredit le plus puissant effort de l'antique génie égyptien. Quand vous approchez de cette ville, les pyramides se dressent devant vous plusieurs heures à l'avance, comme deux collines géantes qui dominent au loin la contrée. Là, Messieurs, tout se réunit pour susciter dans l'âme le sentiment du sublime : le désert et sa vaste solitude, la grandeur des pyramides qui s'y proportionne, l'idée de la force qu'attestent de pareils travaux, de la science qui fait de ces gigantesques entassements des chefs-d'œuvre de construction, et enfin l'évocation des quarante siècles qui vous contemplent du haut de leurs sommets. 
Les matériaux des pyramides ont été tirés des carrières de la chaîne arabique qui y a perdu des montagnes entières, transportées sur l'autre rive du Nil. Nulle part la main de l'homme n'a remué et taillé une telle quantité de pierres, et ici le calcul me paraît si éloquent que je veux un instant vous faire entendre son langage. La hauteur de la pyramide de Chéops est de 157 mètres : sa base a 227 mètres de côté. Le cube de cette masse est calculé à environ 2,662,628 mètres, ce qui donnerait des pierres pour construire une muraille de 8 mètres de haut, de 2 mètres de large, de 565 lieues de long, c'est-à-dire, suffisante pour enceindre toute l'Égypte. 
L'autre grande pyramide offre à peu de chose près les mêmes dimensions. La troisième est beaucoup plus petite. Mais ce premier groupe n'est que le commencement d'une série de constructions du même genre, qui se prolonge le long de la Moyenne-Égypte sur une longueur d'environ vingt lieues. Il y a là peut-être une quarantaine de pyramides, qui sans égaler celles de Gizeh, sont toutes des masses très imposantes, dignes de l'étendue du désert. 
Vous comprenez qu'avec un peu de bonne volonté, il est facile de voir dans ce système de constructions quelque chose qui ressemble à une chaîne de montagnes factices, et qu'on a pu croire que l'industrie des anciens Égyptiens les avait élevées pour suppléer à l'insuffisance de la chaîne libyque et garantir la plaine de l'invasion des sables. Cette ingénieuse hypothèse a été soutenue de nos jours avec une force et un talent contre lesquels il est difficile de se défendre ; mais il manque à son auteur (1) l'autorité que lui aurait donné l'étude de la question sur son propre terrain. À la lecture du livre on est presque convaincu, en présence des monuments eux-mêmes, et quand on constate la disproportion de la défense avec la grandeur de l'attaque, on se demande si cette opinion peut devenir autre chose qu'une hypothèse et si la question de la destination des pyramides est résolue. Et d'ailleurs cette question faut-il se la poser ? N'est-elle pas un indice accusateur des préoccupations trop positives de notre temps et ne nous fait-elle pas méconnaître cette inspiration désintéressée qui présidait aux entreprises des anciens âges, et qui a imprimé aux monuments de l'antique Égypte ce cachet de grandeur qui nous étonne. 
Quoi qu'il en soit, car le débat peut bien n'être pas vidé, il me suffit de savoir que ces pyramides étaient les sépultures des rois de Memphis, et quoi que le faste de ces tombes s'inspirât des mouvements d'un orgueil insensé et funeste, leur construction s'explique assez à mes yeux par la puissance d'une idée grande et vraie, celle du respect dû à la dépouille mortelle de l'homme et du devoir d'honorer sa sépulture. Évidemment pour ce peuple qui appelait ses maisons des hôtelleries, qui voyait dans ses tombeaux des demeures éternelles, qui au milieu de la joie des festins se reportait aux graves pensées de l'autre vie, en faisant circuler de main en main l'image d'une momie dans son cercueil, évidemment pour ce peuple encore tout imbu des premiers enseignements religieux donnés d'en haut à l'humanité, la principale affaire de la vie, c'était la mort."

(1) De la destination et de l'utilité permanente des pyramides d'Égypte et de Nubie contre les irruptions sablonneuses du désert, par M. Fialin de Persigny, 1848.
 

"La construction (des pyramides) était commencée par le centre" (guide anonyme du XIXe s.)

Extraits de Guide pour une excursion dans l'Egypte ancienne et moderne et au canal de Suez, 1859 (aucun auteur mentionné)
entrée de la Grande Pyramide, par Carl Haag, 1863
Les grandes pyramides

"Du vieux Caire, on passe le Nil avec les chevaux ou ânes et on débarque à Gizeh, chef-lieu de moudyrie, 15 kilom. de Gizeh, aux Pyramides auxquelles on croit toujours toucher. En temps d'inondations, il faut faire un grand détour au S. et gagner Chebrament. 
Les grandes pyramides de Gizeh, au nombre de trois, sont construites sur le roc et n'ont jamais pu être, en conséquence, envahies par les sables. La construction était commencée par le centre, et, comme les particuliers, les rois travaillaient toute leur vie à leur tombeau ; il en résulte que les plus grandes pyramides indiquent les plus longs règnes. Personne ne saurait soutenir sérieusement que ces monuments ont servi, dans la pensée des fondateurs, à d'autres usages qu'à la sépulture royale. 
La grande pyramide est celle de Chéops ou Choufou ; la moyenne, celle de Chephren ou Chafra ; la petite, celle de Mycérinus ou Menkéres. Elles sont construites en beau calcaire de Mokatam. Les assises ont été recouvertes d'un revêtement qui a disparu pour la grande pyramide, mais qui se voit encore sur la partie supérieure de la moyenne, et qui faisait de chaque face un plan uni. La grande pyramide a 137 m. (422 pieds), mais elle devait avoir 142 m. lorsque la partie supérieure était intacte. Chacune des faces, à sa base, a 227 m. 30, auxquels il faut ajouter 5 m. pour le revêtement détruit aujourd'hui ; la base totale avait donc 929 m. de tour, presque un kilomètre. La hauteur du triangle de chaque face, mesurée sur le plan incliné, est de 173 m. L'inclinaison des faces est de 52°. Le roc sur lequel elle repose a 30 m. au-dessus du Nil à l'étiage. 
Les pyramides ont toutes été violées, certainement par les Arabes, ou même, plus anciennement, par les chrétiens, à l'époque de l'édit de Théodose, et ils ont dû trouver de grandes richesses dans les tombes royales, si l'on en juge par les trésors que Mariette a tirés du cercueil d'une reine déposé simplement au milieu des sables de l'Assassif à Thèbes, et si l'on remarque quelles difficultés il a fallu surmonter pour forcer l'entrée de toutes les pyramides, peine qu'on se fût épargnée, si l'on n'avait rien trouvé dans la première. 
L'entrée de la grande pyramide est à 20 m. du sol. On pénètre d'abord dans une galerie haute de 1 m.20, large de 1 m. 86 ; on y descend sur un pavé glissant incliné de 25°. Cette galerie, où l'on ne peut s'avancer qu'assis, et d'où l'on sort en rampant, a 77 m. de long ; elle vous conduit à une chambre carrée de 6 m. de long sur 4 m. de haut, dont on ignore l'usage. Mais les visiteurs feront bien de ne pas suivre cette galerie jusqu'à la chambre inférieure et, arrivés à 25 m. de l'orifice de la galerie, de suivre la galerie ascendante, qui était fermée par un bloc de granit qu'on tourne en passant par une entrée factice pratiquée dans la masse de la maçonnerie, entrée que les violateurs ont pratiquée en tournant l'obstacle qu'ils n'ont pu enlever. L'inclinaison et les dimensions de cette galerie ascendante sont les mêmes que celles de la galerie descendante, sauf la longueur, qui est de 35 m. depuis le bloc de granit ; on parvient alors dans une galerie plus spacieuse et, à ce point, a lieu une nouvelle bifurcation : un couloir horizontal de 35 m. conduit au caveau dit de la reine, dont le plafond est arc-bouté. Placé dans l'axe vertical du monument, on est à 118 mètres au-dessous de la plate-forme supérieure. Revenant au point de bifurcation, on se trouve à l'entrée de la grande galerie ascendante, large de 1 m. 59, haute de 8 m. 50, longue de 50 mètres. Elle conduit à un vestibule fermé autrefois de quatre blocs de granit qui marquaient l'entrée de la grande chambre dite du sarcophage et où devait être déposée la momie royale, cette chambre a 5 m. 80 de haut, sur 10 m. 33 de long et 5 m. 34 de large. La voûte est plate et porte, depuis plus de cinq mille ans, le poids de la pyramide ! Cependant on a trouvé de petites chambres au-dessus dont la construction a dû avoir pour effet d'alléger ce poids. 
La hauteur de la pyramide de Chafra est de 135 mètres.
La troisième pyramide, celle de Mycérinus, est la plus petite de beaucoup, sa hauteur est de 66 mètres seulement, elle était revêtue de granit rose. Le colonel Wyse l'a explorée en 1837, comme il avait fait pour la grande pyramide et Belzoni pour celle de Chafra. Les Arabes les avaient précédés ; sont-ce eux qui ont enlevé les trésors de ces deux monuments ? Les débris du cercueil de Mycérinus sont au British Museum et le texte hiéroglyphique, qui confirme le récit d'Hérodote, a été expliqué par M. Birch."

jeudi 13 décembre 2018

"L'appareillage des blocs, aussi bien dans la grande galerie que dans le caveau, est d'une perfection technique qui a justement soulevé l'admiration de tous les visiteurs de la pyramide" (Jacques Vandier)


Extraits de Manuel d'archéologie égyptienne, tome II : Les grands époques - L'architecture funéraire, 1954, par Jacques Vandier, conservateur en chef du Département des Antiquités égyptiennes au Musée du Louvre

"La construction d'un monument comme une pyramide pose de difficiles problèmes architecturaux (...). Pour Lauer, l'emploi "d'instruments de levage" reste, en tout cas, très hypothétique. Il est probable que les Égyptiens se servaient de rampes perpendiculaires, ou, peut-être, enveloppantes, et de traîneaux, sur lesquels étaient chargés les blocs. Des traces de ces rampes ont été trouvées à Meïdoum, à Abou Gourob et ailleurs , et on sait que cette méthode a toujours été prisée  des Égyptiens. S'il reste un doute sur la nature exacte du procédé de construction, on ne saurait, en revanche, mettre en doute la perfection de ce procédé, et les pyramides, surtout les plus anciennes, comptent parmi les plus grands chefs-d’œuvre architecturaux de tous les temps. L'appartement funéraire est creusé, en partie, dans le plateau, au-dessous du niveau du sol extérieur - cette partie fut très rapidement abandonnée - et, en partie, dans la maçonnerie de la pyramide. 


L'entrée (A) du couloir d'accès est dans la face Nord, 18 m. au-dessus du niveau du sol, et légèrement décentré (8 m.) vers l'Est. Il s'agit, non pas d'une vraie porte, mais un simple trou, point de départ d'un couloir descendant, dont la pente est de 26° 31' 23". À une vingtaine de mètres de l'entrée, le couloir fut obturé (B); primitivement, il continuait, à travers le plateau rocheux, sur une longueur approximative de 77 m., puis devenait horizontal, débouchait, après un parcours de 29 pieds (8 m. 81), dans une pièce rectangulaire (C), et se terminait en cul- de-sac, à 18 m., environ, au delà de la pièce C. Cette prolongation de couloir prouve qu'une deuxième salle, qui ne fut jamais creusée, avait été prévue par les architectes, sur le modèle de la pyramide Nord de Dahchour. La pièce C, approximativement dans l'axe la pyramide, occupe la place de la deuxième antichambre de Dahchour. Elle ne fut probablement jamais utilisée, mais il est évident qu'elle avait été destinée à être, sinon le caveau même du roi, du moins l'antichambre de ce caveau . Les parois n'ont jamais été revêtues de calcaire ; dans le sol, un puits, grossièrement travaillé, avait été creusé, probablement par des violateurs. Il  ne semble pas, en tout cas, que ce puits soit contemporain du règne de Chéops (fig. 19,1).
On ne sait pas exactement pourquoi les architectes modifièrent leur plan primitif. On peut supposer que ceux-ci, ignorant évidemment la date de la mort du roi, avaient voulu que leur maître eût toujours un caveau prêt pour l'enterrement. Le caveau souterrain est contemporain des premiers travaux en superstructure, et ils avaient pensé assurer, ainsi, une plus grande sécurité à la sépulture du roi. Les travaux prévus par le deuxième projet (fig. 19,2) commencèrent sans que rien n'eût été changé (...); on déplaça, approximativement à 19 m. de l'entrée, une des dalles du plafond pour amorcer un couloir ascendant. Après l'enterrement du roi, le plafond fut refait avec une telle habileté que les violateurs, incapables de déceler l'entrée primitive, durent percer un nouveau passage. 
Le couloir ascendant, qui a les mêmes dimensions que le couloir descendant, monte, avec une pente de 26° 2' 30", sur une longueur de 39 m. (129 pieds), puis devient horizontal, à un niveau à peine supérieur à celui de l'entrée de la pyramide. Le tronçon horizontal, un peu plus court que le tronçon ascendant (36 m.), aboutit à une salle, placée dans l'axe de la pyramide, à une vingtaine de mètres au-dessus du sol. Les Arabes, à tort, ont appelé cette pièce "la chambre de la reine". En fait, il s'agit d'un caveau, préparé pour le roi, mais laissé inachevé, par suite d'une nouvelle modification du plan. La salle est voûtée en encorbellement, et les blocs de calcaire des parois et de la voûte sont si bien ajustés qu'on a l'impression de se trouver dans une pièce creusée dans le roc. Une niche, ménagée dans la paroi Est, avait, peut-être, été prévue pour abriter une statue du roi. 
Ces deux premiers projets qui, sur le plan technique, témoignent d'une habileté et d'une perfection extraordinaires, sont, en quelque sorte, effacés par la réalisation du troisième projet (fig. 19, 3), mis en œuvre (...) lorsque la construction de la pyramide eut été très avancée. Il s'agissait de construire le caveau définitif, toujours à l'intérieur de la pyramide, mais à une hauteur plus grande. 

illustration extraite de la Description de l'Égypte - 1799
Les architectes continuèrent le tronçon ascendant du couloir, en lui donnant des dimensions gigantesques. Le visiteur, après avoir cheminé longtemps dans des boyaux qui l'obligeaient à se plier en deux, se trouve brusquement, à l'endroit même où l'ancien couloir ascendant devenait horizontal, dans une vaste galerie (E), haute de 8 m. 50 et longue de 46 m. 50. Les dalles du plafond reposent sur sept assises, dont la disposition rappelle, sans la copier exactement, celle de la voûte en encorbellement : il s'agit "d'un toit très prolongé en hauteur, grâce à une série de surplombs à petite saillie en blocs énormes, et terminé par des dalles horizontales". Sur le sol, à droite et à gauche, courent des banquettes mesurant 0 m. 60 de haut et 0 m. 50 de large, et laissant entre elles un espace libre, dont la largeur (1 m. 04) est exactement celle des dalles du plafond. En d'autres termes, les surplombs successifs des sept assises des parois avaient été calculés pour que l'arête supérieure de la dernière assise fût sur la même verticale que la face antérieure de la banquette. À chaque assise, la distance qui séparait les deux parois diminuait donc de sept centimètres environ. Chacune des banquettes est creusée de 28 cavités rectangulaires, régulièrement espacées ; derrière chacune de ces cavités se trouve un petit bloc de pierre qui avait été encastré dans les parois, et qui présente, dans sa partie antérieure, une rainure verticale ; un bloc analogue, mais de forme irrégulière, est encastré dans la paroi de chaque cavité ; enfin, une rainure, haute de 0 m. 125 et profonde de 0 m. 02, court tout du long de chacune des parois, un peu au-dessous de l'extrémité supérieure de la troisième assise, en commençant par le bas. Borchardt a montré que les cavités, les petits blocs de pierre et la longue rainure continue avaient servi, non pas à hisser le sarcophage jusqu'au caveau, mais à la construction d'une grande plate-forme de bois sur laquelle avaient été entreposées les herses (...). Ces herses, en effet, à cause de leurs dimensions, n'avaient pas pu être amenées, au moment de l'enterrement, par le couloir descendant et par le couloir ascendant ; on avait donc dû les transporter, par l'extérieur, à un moment où la pyramide n'était pas achevée, et les entreposer pendant la fin des travaux. Seul le nouveau couloir, grâce à ses dimensions pouvait abriter ces immenses blocs de granit ; dressés directement sur le sol, ils auraient gêné le trafic ; dans ces conditions, il avait été indispensable de les poser sur une plate-forme suffisamment élevée pour que les ouvriers pussent  passer aisément, avec leur charge, sous ce toit improvisé et provisoire. Après l'enterrement du roi, la plate-forme dut détruite, et ses éléments furent évacués.
Cette galerie, connue sous le nom de "grande galerie", est dans un admirable état de conservation, n'ayant souffert qu'en un seul endroit, à son point de jonction avec le premier couloir ascendant et avec le couloir horizontal qui conduit à la chambre dite "de la reine". On y voit actuellement un trou, créé par le déplacement des blocs qui reliaient entre eux ces passages. Au fond de ce trou se trouve un puits, primitivement dissimulé par une dalle, qui se développait ensuite en un long boyau au tracé irrégulier. Ce boyau qui traverse, d'abord, la maçonnerie de la pyramide, puis le plateau rocheux, rejoint le couloir souterrain à quelques mètres de l'endroit où il devient horizontal. Ce fut évidemment par ce chemin que les ouvriers, chargés, après l'enterrement du roi, de mettre les herses en place et de bloquer l'entrée du couloir ascendant, purent sortir de la pyramide. Le couloir descendant ne fut fermé au niveau du sol extérieur, que lorsque tous ces travaux furent achevés. 

illustration extraite du livre de J. Vandier
À l'extrémité supérieure de la grande galerie, une marche haute, le "grand degré" des théories ésotériques, donne accès à un passage étroit et bas qui conduit à la "chambre du roi", c'est-à-dire au caveau après avoir traversé une sorte d'antichambre revêtue de granit sur trois faces (Sud, Est et Ouest). Chacune des longues parois de l'antichambre est creusée de quatre rainures verticales, trois d'entre elles descendant jusqu'au sol de la salle, la dernière, celle qui se trouve le plus au Nord, s'arrêtant au niveau du toit du couloir bas. Dans ces rainures devaient glisser les herses (...) qui ont disparu ; à l'entrée de l'antichambre, on voit, aujourd'hui encore, deux blocs de granit superposés dont on a souvent fait une herse encore suspendue à 1 m. 10 du sol, mais Borchardt a montré qu'il ne s'agissait pas réellement d'une herse, et que ces blocs faisaient en réalité partie de la paroi. Bien que ces herses aient disparu, on a pu calculer leurs dimensions, en se fondant sur celles des rainures et de l'antichambre, et on a supposé, non sans raison, qu'elles étaient en granit. Il est curieux qu'on n'ait trouvé aucun fragment de ces énormes monolithes : tout avait été préparé pour les recevoir (plate-forme dans la grande galerie, rainures dans l'antichambre), mais il est possible qu'ils n'aient jamais été amenés à l'intérieur de la pyramide. Il semble improbable, en effet, que les violateurs, après avoir réussi à briser les herses, aient pris soin d'en évacuer les fragments en suivant un chemin particulièrement difficile.  Le caveau, qui est entièrement revêtu de granit, mesure 5 m. 21 Nord-Sud sur 10 m. 43 Est-Ouest, avec une hauteur de 5 m. 82. Il est construit à 42 m. 28 au-dessus du sol, et ne se trouve pas exactement dans l'axe de la pyramide. L'appareillage des blocs, aussi bien dans la grande galerie que dans le caveau, est d'une perfection technique qui a justement soulevé l'admiration de tous les visiteurs, anciens et modernes, de la pyramide. Le plafond est fait de neuf dalles longues de 5 m. 64, disposées dans l'axe Nord-Sud. Cette couverture étant plate, il avait fallu ménager, dans la maçonnerie, des chambres de décharge pour diminuer la poussée des matériaux accumulés, sur une hauteur approximative de 100 m. au-dessus du caveau. (...) 
Dans la paroi Nord et dans la paroi Sud du caveau, à un mètre environ au-dessus du sol, se trouve une ouverture, point de départ d'un long boyau qui relie le caveau à l'air libre. Le boyau Nord débouche dans la face Nord, à 76 m., environ, au-dessus du niveau du sol, sa pente étant de 31°; le boyau Sud débouche dans la face Sud, à une hauteur à peine plus faible, mais sa pente est de 45°. Un dispositif semblable avait été prévu dans la chambre dite de la reine, mais les travaux n'avaient jamais été achevés. Il est probable que ces cheminées ont été de simples manches à air, destinées à ventiler le caveau, mais on peut, également supposer qu'elles ont eu un rôle religieux, encore que celui-ci ne soit pas évident. 
Le sarcophage du roi, directement posé sur le dallage, se trouve à l'extrémité Ouest du caveau. C'est une belle cuve, aujourd'hui très dégradée, dont le couvercle a disparu. Ce sarcophage de granit avait certainement été apporté dans le caveau, par l'extérieur, avant l'achèvement de la pyramide. Le corps du roi avait été amené dans un cercueil de bois, qu'on avait placé dans la cuve de granit. Le transport de ce cercueil , par la voie d'accès normale, sans être aisée, n'était pas au-dessus des forces humaines. Le passage du couloir descendant au couloir ascendant, dont l'entrée, on l'a vu, était pratiquée dans le toit, avait dû, cependant, exiger de gros efforts."