mercredi 27 février 2019

"La pyramide chez les Égyptiens était un symbole de la vie" (Antoine Furetière - XVIIe s.)

1790 - from Seven Wonders of the Ancient World Picture Book for Children, by Friedrich Justin Bertuch


"Piramide
Corps solide qui a une large base, & qui aboutit en pointe.
Euclide la définit, corps solide composé de plusieurs plans, ou triangles, dont les bases sont dans le même plan, & qui ont un sommet commun. Le cône est une piramide ronde. Une piramide pentagone est composée de cinq triangles sur une base de cinq côtés. 

Les Piramides d'Égypte sont carrées dans leur base, & sont les plus superbes monuments de l'Antiquité. Voyez la description et la mesure des Piramides d'Égypte dans le premier tome des Recueils de Thévenot. La pensée d'établir une mesure fixe sur les Piramides d'Égypte pour la transmettre à la postérité est fort raisonnable. Quelques-uns dérivent ce mot de pyros, triticum, et d'amac, collige, qui prétendent que le patriarche Joseph fit bâtir plusieurs greniers en pointe pour y amasser le blé d'Égypte, et que de là vient l'invention des Piramides. Mais avec plus de raison Villalpandus dérive ce mot apo tou pyros, quid in fermam ignis ascendant. Quand elles sont fort étroites par le bas, on les appelle aiguilles et obélisques.
La piramide chez les Égyptiens était un symbole de la vie humaine, dont le commencement était représenté par la base, et la fin ou la mort par la pointe, et c'est pour cela qu'ils les élevaient sur des sépulcres."


extrait du Dictionnaire Universel : Contenant généralement tous les Mots François tant vieux que modernes, & les Termes de toutes les Sciences Et Des Arts ,Volume 3, 1690, par Antoine Furetière (1619-1688)


"Écrivain satirique en prose et en vers, poète, fabuliste, romancier, il fut admis en 1662 (à l'Académie française) en remplacement de Boissat, et reçu le 15 mai. Il est célèbre par la querelle et le procès qu’il eut avec l’Académie au sujet de son Dictionnaire ; il fut exclu de l’Académie le 22 janvier 1685, mais ne fut remplacé qu’à sa mort. Il se vengea de la décision prise par l’Académie contre lui en publiant contre elle des factums célèbres ; son privilège lui ayant été retiré en France, il fit paraître son Dictionnaire en Hollande ; il est très utile pour l’étude des mœurs, des coutumes et de la vie privée au XVIIe siècle." (source)



lundi 25 février 2019

Les gaines : un "outil extraordinaire" pour la construction de la pyramide de Khéops

On trouvera ci-dessous la suite de l'hypothèse élaborée par Michel Sélaudoux pour la compréhension de la fonction des gaines dites "de ventilation" dans la construction de la pyramide de Khéops. La première partie a été publiée sur "Pyramidales" ICI.

Source : Numerus
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Les gaines dites "de ventilation" ont pour particularité d'être constituées par une suite de blocs parallélépipédiques qui supportent d'autres blocs en forme de U renversé, tels un premier "chemin" au sol qui deviendra ensuite "la gaine".
Cette remarque me semble importante car cette technique permet lors de la pose d'effectuer un contrôle visuel de la rectitude du "chemin" support constitué par ces "blocs plans" d'une longueur généralement inférieure à deux mètres, c'est-à-dire maniables pour leur positionnement.
Chaque "bloc plan" supporte un autre bloc en forme de U renversé qui est ensuite positionné en quinconce sur deux "blocs plans", puis aligné avec soin avant d'être recouvert par les comblements.
Il s'agit en conséquence d'une réalisation par avancées de petites sections successives, ce qui permet également de se conformer à la pente souhaitée.


Pour mémoire, dans l'exemple de la gaine Sud de la Chambre de la Reine, la porte d'extrémité supérieure est éloignée de 100 coudées du plan de symétrie vertical de la pyramide et à une élévation de 120 coudées du niveau de la base.
Cette gaine est elle-même positionnée dans un plan vertical Nord/Sud éloigné parallèlement vers l'Est de 10 coudées de l'axe Nord/Sud de la pyramide.

Ces précisions étant dites, on trouvera ci-dessous des schémas de principe des séquences de réalisation bien que l'on doive considérer que les gaines Nord et Sud n'ont vraisemblablement pas pu être réalisées de manière synchrone.

J'avais exposé en 2003 "le Point de Convergence" qui traduit la réunion de principaux axes qui ont pu être utiles tant lors du concept qu'en tant que "outils de visées" lors de la construction ou lors des contrôles.
Construire une pyramide de telles dimensions avec un résultat aussi parfait ne se fait pas au hasard dans l'espace vu qu'avant la construction, il n'existe aucun point de référence pour les mesures par exemple.

J'aborde là un point essentiel, car si j'ai proposé et explicité par ailleurs un possible rôle de "ventilation" durant les travaux, on ne peut ignorer que cette fonction n'était qu'une opportunité d'usage secondaire.
On ne construit pas plus de 250 mètres de gaines avec autant de précision uniquement pour ventiler ou interroger les générations futures.
De mon seul point de vue, ces quatre gaines constituent la "colonne vertébrale" de la pyramide, non pas pour soutenir la structure, mais avec des moyens extrêmement simples, elles ont permis de créer les références spatiales indispensables à la réalisation, à tous les stades de la construction, de constituer des points de référence physiques permettant toutes les autres mesures qui ont ainsi été rendues disponibles.

N'importe quel géomètre sait qu'avec deux points physiques dont on connaît l'éloignement réciproque ont peut déterminer tous les lieux des environs et même plus...
L'Égypte antique ne disposait certainement pas de théodolites précis mais ils connaissaient bien la visée (le merkhet et le bay par exemple) et avec une bonne corde en plus, on peut obtenir un arpentage déjà très correct...
Naturellement, si les "gaines" n'étaient pas parfaitement réalisées, c'est alors tout l'édifice qui aurait eu à en supporter les conséquences !

Exemple :
Un observateur s'éloigne en un point quelconque C de ses deux repères initiaux A et B dont il connaît la distance qui les sépare réciproquement puis mesure les angles sous lesquels il les observe. 


Il peut ainsi tracer un nouveau triangle quelconque dont il connaît l'un des côtés et les angles.
Par le calcul il peut alors déterminer avec précision le triangle ABC et ses mesures.
Une nouvelle observation d'un des côtés B C du nouveau triangle généré depuis un autre point quelconque D lui permettra de déterminer avec précision le triangle BCD et ses mesures.
Et ainsi de proche en proche, par triangulations successives, il pourra mesurer tout l'ensemble.
C'est ce sur ce principe que Flinders Petrie a réalisé ses relevés de 1883.

Pendant la construction de la pyramide, à chaque nouvelle strate, les extrémités des gaines étaient "hors sol", constituant ainsi deux points de référence dont le premier résultat était de connaître avec précision le point de passage de l'axe de l'apex, point parfaitement central, ou encore de déterminer la situation de tout autre point désiré par triangulation au moyen des deux extrémités des gaines.

L'axe Nord/Sud des gaines se contrôlait vraisemblablement par visées solaires, ce que les Égyptiens connaissaient parfaitement.
La rectitude des gaines de section d'environ 20 x 20 centimètres pouvait se contrôler par visées internes depuis les puits (V1 et V2) constitués provisoirement à l'intersection des axes des gaines sous la base de chacune des deux chambres dont le dallage n'était pas totalement posé.
La profondeur nécessaire pour les puits peut s'estimer de l'ordre de plus ou moins trois mètres. 

La pente des gaines pouvait se contrôler lors des poses successives des blocs parallélépipédiques du "chemin".
Je l'ignore, mais peut-être même une pige ou un gabarit pouvait avoir été constitué.

Compte tenu de la faible longueur des blocs du "chemin" et du fait qu'ils soient relativement maniables, le rapport de pente ne nécessitait plus que de contrôler la différences de hauteur entre les extrémités de chaque bloc, ou d'une manière encore plus satisfaisante si l'on avait préalablement pris soin de baliser de façon adéquate pour une évaluation plus distante, donc plus précise.

L'éloignement horizontal de 100 coudées depuis le plan de symétrie vertical Est/Ouest requis pour les extrémités des quatre gaines, pouvait facilement se contrôler toujours grâce aux deux extrémités émergentes des gaines.
Dans un temps proche de l'achèvement de la gaine, le tronçon de gaine provisoire du puits était retiré, suivi par le comblement et finition des dallages du sol de la chambre terminé.
Après finition interne de la chambre, le bloc qui génère le coude pour la gaine après la sortie murale était inséré.

Les gaines ont été essentielles et indispensables !


1- Après positionnement de l'axe du vertex et des axes cardinaux. Absence totale de repères pour la construction de la Pyramide.
Les travaux débuteront par le couloir descendant et les différentes parties souterraines.
2- Le couloir descendant est construit selon le rapport 1/2 - (26°34')
Dans le rocher, la grotte, avec le puits dont la partie inférieure à la grotte est en grande partie réalisé au rapport 1/1 soit 45°.3- Construction du couloir ascendant (pente 1/2) et de la strate de la Chambre de la Reine (rapport 1/2). Creusement du puits de visée V1 avec réalisation du début des gaines provisoires (5 ou 6 mètres).



3- Construction du couloir ascendant (Pente 1/2) et de la strate de la Chambre de la Reine (Rapport 1/2).
Creusement du Puits de visée V1 avec réalisation du début des Gaines provisoires (5 ou 6 mètres).



4- Extension des gaines sous contrôle externe de l'alignement cardinal et de visées internes pour la rectitude. Rapport de pente 100/120 ou 5/6 soit 39°48'20. Comblement partiel du volume Sud de la pyramide.


5- Construction de la Grande Galerie et prolongement des gaines.


6- Les gaines sont à proximité de leur éloignement de 100 coudées du plan Est-Ouest de l'axe vertical. Retrait des gaines de visées provisoires du puits V1 et comblement. La Chambre de la Reine est construite. Procédure identique entamée pour la Chambre du Roi.


7- Les gaines de la Chambre de la Reine avec leurs portes sont recouvertes, celles de la Chambre du Roi en cours de prolongation.


8- Les gaines de La Chambre du Roi ont atteint les orifices extérieurs, elles ne nécessitent pas de portes après le comblement.


mercredi 13 février 2019

La fonction des gaines de la Grande Pyramide, selon Michel Sélaudoux

Cette approche personnelle a été publiée par Michel Sélaudoux durant les années 2003 à 2018 sur son site NumerusElle est reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Gaine : Communication souterraine reliant les éléments d'un ouvrage fortifié. Techn. Galerie de faible section: gaine d'aération (Dictionnaire Larousse).

Le rôle premier d'une gaine est avant tout un rôle de communication.
Nous savons déjà que, par exemple, la gaine Sud de la chambre de la Reine était obturée par un tympan de pierre de 8 centimètres à son extrémité basse, et à son extrémité haute par une porte de pierre

Hypothèse de Communication humaine :
20 centimètres par 20 ne permettent pas le passage d'un homme ni même d'un enfant.
La voix non plus ne peut se propager sur plus de 60 mètres avec un tympan de pierre de 8 centimètres en clôture.
Pas de communication visuelle ou lumineuse puisque la gaine est obturée et, pour la chambre royale, la gaine Nord par exemple n'est pas rectiligne. On ne peut donc pas non plus parler de système de visée d'étoiles.

Hypothèse de Circulation physique d'un liquide ou d'un pulvérulent :
il irait vers le bas qui était obturé par construction. Quant à la ventilation, le fait que les extrémités soient closes élimine également cette hypothèse.

Hypothèse de moyen d'architecte ? 
Pour vérifier la stabilité de la construction dans le temps, on pourrait imaginer un son émis dans la chambre de la Reine en frappant sur le tympan de pierre. Ce son serait écouté en partie haute après avoir ouvert la porte de pierre. L'absence de propagation pouvant signifier un éboulement ou une rupture entre les deux. Si j'émets cette hypothèse, c'est par défaut car, à la vérité, je ne pense pas que les constructeurs se seraient astreints à des rapports géométriques si complexes, précis et contraignants dans leur mise en oeuvre pour un tel objectif.

Hypothèse de rôle cultuel ou magique pour les défunts ? (A supposer qu'il y en eut)
pour les mêmes raisons que ce qui précède, je n'y crois guère.

Examinons la géométrie des gaines... qui ne sont pas symétriques pour la chambre du Roi dont l'axe vertical est décalé de 22 coudées, mais qui débouchent à un même niveau externe.



Pour la gaine Sud de la chambre de la Reine, le robot upuhaut a mesuré une pente moyenne de 39 degrés et 60 centièmes ou 39 degrés et 36 minutes. La pente des faces extérieures de la pyramide est de environ 51 degrés 25. La somme des deux serait donc de 90 degrés. Pouvons-nous en conclure que la volonté architecturale était qu'elles soient respectivement perpendiculaires ou que cela résulte de la mise en oeuvre du rapport 7/9 avec usage des trames de construction? (Dans ce cas l'angle serait de 89° 17 minutes).

Mais nous pouvons surtout dire que la pente de cette gaine qui, si elle était prolongée, correspondrait dans un même plan à un point de la grande descenderie serait l'origine du triangle rectangle construisant le rapport 7/9.

La gaine Sud de la chambre Royale a pour sa part une pente de 45 degrés. Ce n'est pas neutre non plus. Si cette gaine était prolongée, elle correspondrait dans un même plan au même point de la grande descenderie que la gaine Sud de la chambre de la Reine. Ce ne peut être un hasard là non plus. Encore moins si il est constaté que ce point est à l'aplomb du début de la grande galerie.

Quant à la gaine Nord de la Chambre Royale, donnée pour une pente d'environ 33 degrés 30 minutes (rapport 2/3), elle fera un angle de 60 degrés avec la grande galerie, elle-même ayant une pente de 26 degrés 30 minutes. (La grande galerie a été réalisée en utilisant le rapport de 1/2 qui génère un angle absolu de 26 degrés et 33 minutes).

Enfin la droite élevée depuis le point de convergence vers la gaine Nord de la Chambre Royale à l'intersection de la gaine et l'axe vertical de la pyramide formera un angle de 90 degrés. (Utilisation d'un rapport identique, à savoir 2/3).

La gaine Nord de la chambre de la Reine qui n'est pas rectiligne n'a été que partiellement explorée mais semble symétrique à la gaine Sud et formerait également un angle de 90 degrés avec la pente extérieure de la pyramide. (Pour ce dernier cas, il ne s'agit que d'une hypothèse).

Les gaines ont été non seulement réalisées avec grand soin et difficultés (et représentent une quantité de travail importante), mais elles sont en relations géométriques particulières entre elles et les autres éléments de la pyramide. Ces relations exactes ne peuvent pas être justifiées uniquement par un usage rituel ou par l'une quelconque des hypothèses que l'on peut habituellement formuler quant à leur fonction.

Alors?
Ces valeurs d'angles si particulières ont-elles été un objectif ou une conséquence de la méthode utilisée pour le concept?

À défaut de réponse pour ce qui est de leur rôle, elles témoignent d'une connaissance parfaite de la géométrie et, qui plus est, de sa mise en oeuvre architecturale dont la pureté du résultat n'a de corollaire que dans la complexité des interactions. Elles s'inscrivent parfaitement dans ce que j'appelle le concept mathématique de Khéops qui n'utilise que des rapports simples, ce avec une méthode de mise en oeuvre aisée.

Ceci peut être rapproché des deux trames qui permettent le tracé de l'ensemble des constructions et qui n'utilisent que les "5 premiers des nombres premiers..."


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Fonction des gaines
Hypothèse nouvelle, février 2019

Aucune réponse satisfaisante à cette question n'a été apportée à ce jour.
Après des années de recherches consacrées à Gizeh, je puis proposer une petite hypothèse, invérifiable en l'état, mais qui a au moins le mérite de justifier l'existence et le rôle de ces
gaines de façon rationnelle et cohérente.
Pourquoi ces gaines ne seraient-elles pas véritablement des gaines de ventilation ?
Je pense qu'il convient de considérer non pas ce qu'elles sont aujourd'hui, mais ce qu'elles étaient lors de la construction et leur utilité.
Prenons l'exemple de la Chambre de la Reine.


Lorsque la Chambre de la Reine était "ouverte" ou "découverte" durant le chantier de construction, il n'y avait pas de problème ni d'éclairage ni de ventilation.
Lorsqu'elle fut recouverte, il fallut s'éclairer (torches ? combustion quelconque?), et dans un tel volume, l'air serait vite devenu irrespirable pour les ouvriers tant par les fumées que par les poussières résultant du travail.
En laissant un bloc ouvert en attente, le bloc évidé, il y avait renouvellement ou évacuation.
Au fur et à mesure du niveau d'élévation et de comblement de la pyramide, la gaine était prolongée.
Lorsque l'éloignement de 100 coudées du plan vertical de symétrie de la pyramide fut atteint avec une altitude de 120 coudées tel que prévu par les concepteurs, une porte ouvrant depuis l'extérieur fut posée, et l'extrémité basse dans la Chambre de la Reine devait demeurer encore ouverte sans son bloc évidé.
Pourquoi?
Simplement pour permettre une ventilation jusqu'à l'achèvement des finitions de la Chambre de la Reine.
Dans cette situation il fallait pouvoir permettre, grâce à la fermeture temporaire de la porte en extrémité haute, que des matériaux de comblement des parties supérieures ou que par
exemple des vents de sable ou de l'eau de pluie (ça arrive !), ne puissent pénétrer et obturer la ventilation, puis ensuite l'ouvrir à nouveau pour reprendre la fonction de ventilation.
Sans cette possibilité d'accès préservée, on peut facilement se représenter l'énormité de travail ou l'impossibilité que pourrait représenter le désengorgement d'une gaine obturée par le sable à plusieurs dizaines de mètres de son orifice!
On peut remarquer que l'orifice haut de la gaine Sud de la Chambre de la Reine fermé par une porte est inférieur au niveau de l'ensemble formé par la Chambre du Roi, donc susceptible d'être accidentellement comblé durant les travaux concernant celle-ci. Ce qui peut éventuellement expliquer que les gaines de la Chambre du Roi qui débouchent à une altitude supérieure aux chambres de décharge, c'est-à-dire aux travaux terminés, n'aient pas nécessité et n'ont fait l'objet que d'un comblement simple de protection et non pas d'obturation... et que pour atteindre le même éloignement de 100 coudées du plan vertical de symétrie de la pyramide, le rapport de pente de 1/1 (45 degrés) soit beaucoup plus aisé que les 5/6 (39°48'20") de la Chambre de la Reine.
Note: Maragioglio et Rinaldi dans les années 1964 avaient évalué la pente à 38°28', pente que le robot de Monsieur Gantenbrink a mesurée pour 39°48'20".

<- SUD    Les dimensions sont exprimées en Coudées Royales. -  1 Cr équivaut -(proportion)- à 0,5236 mètre -(unité de mesure).    NORD ->

Une fois la Chambre de la Reine totalement achevée, le bloc évidé était alors mis en place en final par insertion et scellement.
L'extrémité de la gaine est ainsi close par le tympan de 8 centimètres constitué du fait de l'évidement du bloc.
Les extrémités basses, éloignées à 5 coudées du mur de la face Est à une hauteur de 2,5 à 3 coudées, à l'identique dans la Chambre de la Reine et la Chambre du Roi, pouvaient en cas de nécessité être aisément retrouvées.

Quelle utilité de pouvoir maintenir les gaines fonctionnelles si nécessaire ?
Rien n'établit à ce jour qu'il n'ait pas existé des interconnexions avec d'autres lieux car, et ceci n'engage que moi, si ce que l'on appelle la Chambre Secrète existe, alors elle ne serait pas unique et j'y reviendrai plus tard.
(Rien d'impossible ! Exemple : les appartements de la pyramide de Djéser, même remaniés dans le temps, ne sont-ils pas proches d'un "château de gruyère"?)

vendredi 8 février 2019

"Tout, dans une pyramide, révèle la prévision, l’ordre et le calcul" (Jean Capart)


D'après R. Lepsius, illustration extraite de l'ouvrage de Jean Capart
"Si l'on voyait sur les rayons d’une bibliothèque tous les livres écrits au sujet de la grande pyramide, on serait probablement surpris de leur nombre et personne n’oserait entreprendre la tâche redoutable de les lire tous. Malgré cela, il faut bien constater qu’il n’existe pas encore un livre d’ensemble, sérieusement documenté, "le livre", sur les pyramides.
Ces masses colossales de Guizeh ont, plus que toutes les autres, surexcité l'imagination des peuples. Les historiens arabes leur ont consacré de nombreuses pages où l’on pourrait glaner pas mal de détails piquants sur les légendes que redisaient les habitants de l'Égypte au sujet de ces constructions prodigieuses. La plupart des conteurs arabes n’ignoraient pas que les pyramides sont des tombeaux et ils ont enregistré, dans leurs indigestes compilations, des souvenirs de l’époque où les khalifes les faisaient violer pour en dérober les trésors. Mais le désir d’enjoliver les histoires a conduit ces écrivains crédules à rapporter trop souvent des détails d’une ingéniosité puérile. (...)

La seule explication logique de ce débordement d'interprétations symboliques et scientifiques qui dépassent toutes les frontières de la simple raison, se trouve dans le caractère réellement extraordinaire que présente pour nous la grande pyramide. Même pour les Égyptiens de la décadence, elle était devenue démesurée. De là ces légendes qu’Hérodote recueillait et qui représentent le roi Khéops, à bout de ressources pour achever son monstrueux tombeau, prostituant sa fille plutôt que de renoncer à ses projets ambitieux. De là aussi la réputation que l’on fit au pharaon bâtisseur : un tyran qui tenait tout un peuple asservi, son règne durant, et qui ruinait les ressources économiques de son pays, dans le seul espoir d’imposer à la postérité une conception plus grande de sa puissance.
Ceux qui acceptent de telles idées semblent oublier que les pyramides d’Ancien Empire sont très nombreuses ; qu’elles s'étendent sur toute la lisière du plateau désertique, depuis le Caire jusqu’au Fayoum, et que leur énumération serait le catalogue presque complet des pharaons de la IIIe à la VIe dynastie. La pyramide est un monument normal. Chaque souverain qui montait sur le trône se préoccupait de faire préparer sa sépulture. Il pouvait mettre à contribution les ressources en hommes et en revenus, que la puissante administration de son empire contrôlait efficacement. On n’a pas construit une seule grande pyramide, anémiant par sa grandeur même les sources de la prospérité du pays ; on a bâti, pendant plusieurs siècles, de gigantesques édifices de pierre qui devraient nous avertir, par leur masse colossale même, du degré de prospérité de l'Égypte d’alors. La pyramide n’a certainement pas été, du temps où on l'édifiait, un monument monstrueux. Elle peut nous paraître telle aussi longtemps que nous n’avons pas compris ce qu'était l'Égypte memphite. 

Il faut avouer que ce n’est pas sans de grandes difficultés que nous pouvons concevoir les divers problèmes impliqués dans la construction de la pyramide. Celle-ci, en effet, n’est pas un tumulus gigantesque, un de ces amas de blocs que des barbares empilent sur la tombe de leurs chefs et dont les dimensions sont toujours rapidement limitées par la nature même des matériaux mis en œuvre. Tout, dans une pyramide, révèle la prévision, l’ordre et le calcul. Quelles qu’en aient été les dimensions, la pyramide a dû exister tout entière dans l’intelligence de l'architecte avant d'être exécutée dans la pierre. (...)
Au début (pour la construction de la pyramide de Khéops), l'architecte avait prévu que la chambre funéraire serait creusée à 40 mètres de profondeur sous le niveau du sol. Un peu plus tard, il décida d'élargir sa conception du monument et de réserver une chambre dans l'épaisseur de la maçonnerie. Pour les couloirs d’accès, les murs et les plafonds de cette chambre, il fallut prévoir des blocs de dimensions considérables, afin d'assurer la résistance aux pressions prévues. Plus tard encore, par un nouvel agrandissement de la pyramide, l'architecte fut amené à recourir au granit. (...)
Les blocs détachés, il ne restait plus qu'à les transporter à pied d’œuvre et à les disposer, chacun à leur place déterminée. Comment s’y prenait-on ? On les tirait à bras d’homme sur des espèces de traîneaux ; on les élevait au moyen de rampes, d’abord sur le plateau de la montagne, puis, d’étage en étage, sur les gradins formés par la construction, en s’aidant de certaines "machines en bois" dont l’historien grec, Hérodote, recueillait encore, sur les lèvres de ses drogmans, un souvenir, hélas peu précis.
Ceux qu’une telle explication générale ne réussit pas à satisfaire et qui commencent à raisonner pratiquement le problème s’aperçoivent bien vite que la théorie est plus facile que l’application. D’après Hérodote, il aurait fallu dix ans pour les travaux préliminaires, parmi lesquels il entend surtout la construction de la route, d’un kilomètre environ, depuis les bords du Nil jusqu’à la chaîne libyque. Pour la pyramide elle-même, on aurait peiné vingt ans, en y mettant cent mille hommes qui travaillaient seulement pendant les trois mois de l’inondation, car, dans ces mois-là, les cultivateurs n’étaient pas retenus par les travaux des champs.
La masse de pierre employée dans la construction est si énorme, que nous pouvons à peine nous représenter le mouvement de fourmilière de tous ces hommes s'affairant autour de l'édifice pour traîner, élever, placer chaque pierre à l'endroit voulu. (...)

Aucune solution n’est pratiquement possible si l’on n'accepte de nombreuses batteries d’appareils en bois disposées les uns au-dessus des autres, de gradins en gradins et qui élèvent les pierres par un procédé analogue à celui que les Égyptiens ont appliqué en tous temps pour leurs machines d'irrigation, appelées à présent des chadoufs.
Celui qui considère ces problèmes voit, dans la pyramide, le triomphe d’une organisation excellente, où la tâche de chacun est minutieusement déterminée à l'avance. Sans cela, des escouades de milliers d'ouvriers se transforment en quelques instants en une tourbe indisciplinée dès que les ordres des chefs se mêlent et se contredisent. Les travailleurs sont comme une armée qui marche à la bataille en ordre parfait. Un rouage faussé et la troupe est livrée à une panique indescriptible. Nulle part il ne peut se produire d’arrêt imprévu. La carrière doit avoir débité ses blocs au moment où arrivent les bateaux. Au débarcadère doivent être rangés les traîneaux qui se mettent en marche régulièrement, sous peine d’être retardés en cours de route. Au pied de la pyramide, les accumulations de pierres ne tarderaient pas à former une barrière infranchissable. Les assises n’ayant pas toutes la même hauteur, les blocs qui arrivent, marqués à l’encre rouge, ne peuvent être employés au hasard, mais doivent être gardés en séries. Le matériel s’use, les hommes sont malades ou meurent. Il faut, de plus, veiller à leur logement, à leur habillement, à leur nourriture. (...)

En dépit de la complexité d’une telle organisation, l'architecte ose même un remaniement du plan intérieur. Agrandir la pyramide ne soulevait pas de difficultés. On la bâtissait par massifs s’appuyant les uns sur les autres et, presque jusqu’au dernier moment, on pouvait, en même temps qu’on l’élevait, la revêtir de manteaux s’éloignant de plus en plus de l’axe central. Au contraire, toute modification aux appartements entraînait des problèmes qui semblent insolubles, à moins d’admettre que les constructeurs laissaient, presque jusqu’à la fin des travaux, une large brèche ouverte à travers la maçonnerie, sur la face nord, où débouchaient les couloirs d’accès.
On serait tenté de dire qu’un tel travail confond l’imagination. Il faut croire cependant qu’il restait dans la limite des possibilités normales, car nous avons vu des rois, non contents d’une seule sépulture, ordonner la construction, simultanée ou successive, de deux tombes gigantesques."


extrait de Memphis à l'ombre des pyramides, 1930, par Jean Capart (1877 - 1947), égyptologue belge

mercredi 6 février 2019

"The Great Pyramid Manual", by Franck Monnier, David I. Lightbody

Présentation de l'éditeur :

"The Great Pyramid Manual takes the technical description and historical interpretation of the last Great Wonder of the Ancient World to the next level. Lavishly illustrated with the most accurate architectural diagrams and three-dimensional reconstructions currently available, the book pays tribute to the greatest iconic work of human culture. The Great Pyramid was the world s tallest monument for nearly 4,000 years. Until the 19th century, it was also the heaviest structure ever built. It was the central component of a huge funerary complex called Akhet Khufu, Khufu s Horizon , by the ancient Egyptians. Over time, the plateau around it developed into an enormous necropolis, a true city of the dead. While many great monuments were built alongside it, none have surpassed it.
The authors first set out the architectural history that preceded the Great Pyramid, and show how Khufu s tomb was the end-result of many centuries of cultural developments. An awe-inspiring tradition of pharaonic tomb construction reached its zenith during an intense phase of activity in the 26th century BC. The details of what happened over those decades have fascinated explorers, scholars, engineers, and scientists, for centuries. In this manual, the unprecedented technical abilities required to create these unsurpassable monuments are finally uncovered. The details of Old Kingdom pyramid construction are reverse-engineered, their internal architecture is described and illustrated using the latest evidence and the best available scholarship, and the true abilities of the ancient builders are slowly made apparent.
Here is the most up-to-date description of the Great Pyramid, featuring discussions of the best current theories that explain unusual aspects of its internal layout, including its most enigmatic features. The theological and ritual context in which these great funerary monuments were built is also addressed, and explained.
Finally, the history of all those who have explored the monument over the centuries is chronicled, from the accounts of the first travellers and archaeologists, to the high-tech research projects carried out in more recent decades. The Great Pyramid remains the largest, oldest, and only surviving Wonder of the Ancient World, ranking amongst the greatest cultural legacies of human history. Here is the definitive insight into Khufu s colossal tomb."


Publisher: J H Haynes & Co Ltd (1 Feb. 2019),
208 pages

Extraits de l'ouvrage :


lundi 28 janvier 2019

"Quel chef-d’œuvre que cette chambre intérieure de la grande pyramide !" (Ernest Renan)


photo extraite de kheops-project.com
"La pyramide n’est autre chose que la "maison éternelle" des rois ou des personnes de la famille royale. Toutes les particularités en apparence bizarres et parfois encore inexpliquées de ces dernières constructions n’ont qu’un but, dissimuler soigneusement la place du cadavre, créer une chambre introuvable où le corps attende en repos le jour de la résurrection. De là ces entrées habilement bouchées et qu’on a soin de ne jamais placer au milieu des faces du monument, de là ces couloirs intérieurs remplis de blocs, ces ruses, ces efforts pour dépister le profanateur et l’éloigner de la cellule royale, ces échappées en forme de puits, ménagées afin de faire sortir les ouvriers qui avaient travaillé au dedans à combler les couloirs. 
Les précautions étaient si bien prises, que, pour la grande pyramide, la chambre de Chéops n’a été trouvée que sous le kalife Mamoun. Chéops y a donc reposé en paix, selon son désir, plus de cinq mille ans. Tout ici respire en effet la haute antiquité, tout est simple, fort, naïf, exagéré quant au choix des moyens, scrupuleux dans l’exécution. 
Quel chef-d’œuvre que cette chambre intérieure de la grande pyramide ! Le poli et le jointoiement des blocs de granit rose qui lui servent de revêtement ne le cèdent en rien aux ouvrages les plus parfaits de l’antiquité. Malgré l’épouvantable poids que porte cette chambre, elle n’a pas fléchi d’un millimètre ; le fil à plomb n’y accuse pas la moindre déviation. Pas un ornement ; la beauté n’est demandée qu’à la seule perfection de l’exécution. 
Sincérité absolue ; nul ne devait entrer dans cette chambre ; tout le soin qu’on a pris de la construction est uniquement par respect pour le mort. Au milieu de la chambre est le sarcophage en granit, colossal, sans aucun ornement. La partie conservée du revêtement de la seconde pyramide porte également le cachet d’un art primitif, ne donnant rien à l’ostentation ni à l’apparence, supposant un sérieux parfait, ne trichant ni avec Dieu ni avec les morts."

extrait de "Les Antiquités égyptiennes et les Fouilles de M. Mariette, souvenirs de mon voyage en Égypte", par Ernest Renan (1823 - 1892), écrivain, philologue, philosophe et historien français, in Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 56, 1865

vendredi 18 janvier 2019

"Tout le bâtiment penche vers l'intérieur" (Henry Blunt - XVIIe s. - à propos des pyramides de Giza)

par G B Piranesi, 1769
Le texte ci-dessous (version originale et traduction en français) est extrait de A Voyage into the Levant, 1650, par Henry Blunt ou Blount (1602-1682), "gentleman", voyageur et écrivain.
"Au Caire, précise Oleg V. Volkoff, dans Voyages en Égypte, des années 1634, 1635 et 1636, IFAO, 1974, il se rend aux pyramides de Guizéh, pénètre à l'intérieur de la plus grande (celle de Chéops), nous en donne une courte description, et mentionne également le Sphinx, ainsi que les autres pyramides situées dans leur voisinage (en direction du sud). Il n'évite évidemment pas certaines erreurs, courantes en son temps : ainsi il attribue l'érection des pyramides de Guizéh au Pharaon de l'Exode, suggère que les pierres de construction furent peut-être apportées de la mer Rouge, et mentionne un passage souterrain qui relierait la pyramide de Chéops au Sphinx."

Le texte concernant les pyramides est pp. 82-85.




Le texte choisi ci-dessous, traduit par Oleg V. Volkoff, est extrait de Voyages en Égypte, des années 1634, 1635 et 1636, p. 46-47.

"Leur forme est quadrangulaire, allant en diminuant par degrés équivalents, de presque un quart de mille (sic) pour chaque [côté] à la base, jusqu'à un carré au sommet, d'à peine plus de trois yards de côté. Les pierres sont extrêmement grandes, et aussi grandes au-dessus qu'en dessous : toutes [ont la forme] d'un carré régulier. Ce qui facilita la construction, et garda si longtemps [les pyramides] intactes, est la disposition des pierres ; elles ne furent pas posées régulièrement à plat l'une sur l'autre, comme dans d'autres bâtiments; [la construction] fut commencée à la base sur un solide rocher avec la première rangée des pierres, inclinée [obliquement], leur côté extérieur plus haut d'un pied que [leur côté] intérieur ; la même disposition est continuée jusqu'au sommet, grâce à quoi tout le bâtiment penche vers l'intérieur, et ainsi se tient par lui-même sans mortier ; chaque pierre supérieure est d'un demi-pied en arrière de celle sur laquelle elle repose ; par une gradation régulière, ceci donne à la masse une forme pointue vers le haut, et rend très facile l'ascension par l'extérieur. Mais dans un pays où il pleuvrait, [ce genre de construction] aurait retenu l'eau et ruiné le bâtiment."


 

lundi 14 janvier 2019

"Ces superbes pyramides, qui sont encore aujourd’hui l’admiration de ​​l’univers" (Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers - XVIIIe s.)

1721 - Egyptian Pyramids by Fischer von Each
"Pyramides d’Égypte, (Antiq. d’Archit. égypt.)​​ regum pecuniæ otiosa ac stulta ostentatio, selon la définition de Pline.
En effet, quoique ce soit un ouvrage prodigieux d’architecture, c’est le plus inutile que les hommes aient jamais exécuté ; cependant comme ce monument est le plus célèbre de l’antiquité, que tous les historiens en ont parlé avec admiration, qu’il subsiste encore de nos jours, du moins en partie, & que nos voyageurs modernes, Thévenot, le Brun, Greaves, le père Vansleb, Gemelly & autres ont été exprès sur les lieux pour le décrire & le mesurer, il convient d’entrer ici dans des détails un peu étendus sur ces fameuses pyramides.

Les anciens tombent tous d’accord qu’elles ont été bâties pour servir de tombeaux à ceux qui les ont élevées : Diodore de Sicile & Strabon le disent clairement : les Arabes le confirment, & le tombeau qu’on voit encore aujourd’hui dans la plus grande pyramide, met la chose hors de doute.

Si l’on cherche la raison qui porta les rois d’Égypte à entreprendre ces grands bâtiments, Aristote insinue que c’était un effet de leur tyrannie : Pline pense qu’ils les ont élevées en partie par ostentation, & en partie pour tenir leurs sujets occupés, & leur ôter les occasions de penser à quelque révolte. Mais, quoique ces raisons puissent y être entrées pour quelque chose, on croit trouver la principale dans la théologie même des Égyptiens. Servius, en expliquant cet endroit de Virgile, animamque sepulcro - Condidimus,
assure que les Égyptiens croyaient que l’âme demeurait attachée au corps, tant qu’il restait en son entier ; ces peuples, dit ce savant commentateur, embaument leurs corps, afin que l’âme ne s’en sépare pas sitôt, pour passer dans un autre corps. C’est pour conserver les corps incorruptibles, qu’ils avaient inventé ces précieuses compositions dont ils les embaumaient, & qu’ils leur ont bâti de superbes monuments plus magnifiques que tous leurs palais. Ce fut par cette même raison que les rois de Thèbes en élevèrent de pareils qui ont bravé tant de siècles ; & Diodore de Sicile nous apprend qu’il paraissait par les commentaires sacrés des Égyptiens, qu’on comptait quarante-sept de ces superbes tombeaux, mais qu’il n’en restait plus que dix-sept du temps de Ptolomée Lagus. Ces tombeaux que vit Strabon, proche de Syène dans la haute Égypte, avAient été bâtis pour la même fin.

Longtems après le règne des premiers rois de Thèbes, ceux de Memphis s’étant trouvés les maîtres, & ayant la même croyance sur la résidence des âmes auprès des corps, élevèrent ces superbes pyramides, qui sont encore aujourd’hui l’admiration de ​​l’univers. Les Égyptiens de moindre condition, au lieu de pyramides, faisaient creuser pour leurs tombeaux, de ces caves qu’on découvre tous les jours, & dans lesquelles on trouve des momies.

Si l’on cherche la raison de la figure qu’on donna aux pyramides, on trouvera sans peine qu’elles furent bâties de la sorte, parce que de toutes les figures qu’on peut donner aux édifices, celle-là est la plus durable, le haut ne chargeant point le bas, & la pluie qui ruine ordinairement les autres bâtiments ne pouvant nuire à des pyramides, parce qu’elle ne s’y arrête pas. Peut-être aussi qu’ils ont voulu par-là représenter quelques-uns de leurs dieux ; car alors les Égyptiens représentaient leurs divinités par des colonnes & par des obélisques. Ainsi nous voyons dans Clément Alexandrin, que Callirhoé, prêtresse de Junon, mit au haut de la figure de sa déesse, des couronnes & des guirlandes ; car dans ce temps-là les statues des dieux avaient la figure de colomnes ou d’obélisques. Pausanias dit que dans la ville de Corinthe, Jupiter Melichius était représenté par une pyramide, & Diane par une colonne.
Les autres nations ont quelquefois imité ces ouvrages des Égyptiens, & ont dressé des pyramides pour leurs sépulcres. Sur ce passage de Virgile,
Fuit ingens monte sub alto
Regis Dercenni terreno ex aggere bustum
Antiqui Laurentis opacâque ilice tectum
,
Servius remarque qu’anciennement les personnes de condition se faisaient enterrer sous des montagnes, & qu’ils ordonnaient qu’on dressât sur leurs sépulcres des colonnes & des pyramides.

Le lieu où sont les pyramides, dit le P. Vansleb, qui fit le voyage d’Égypte en 1672, est un cimetière, & sans doute un cimetière de Memphis ; car tous les historiens arabes nous apprennent que cette ville était bâtie dans l’endroit où sont les pyramides, & vis-à-vis le vieux Caire.

Toutes ces pyramides ont une ouverture qui donne passage dans une allée basse fort longue, & qui conduit à une chambre, où les anciens Égyptiens mettaient les corps de ceux pour lesquels les pyramides étaient faites. Si l’on ne voit pas ces ouvertures dans toutes les pyramides, cela vient de ce qu’elles sont bouchées par le sable que le vent y a apporté. Sur quelques-unes on trouve des caractères hiéroglyphiques assez bien conservés.

Toutes les pyramides étaient posées avec beaucoup de régularité. Chacune des trois grandes, qui subsistent encore, sont placées à la tête d’autres plus petites, que l’on ne peut néanmoins connaître que difficilement, parce qu’elles sont couvertes de sable ; toutes sont construites sur un rocher uni, caché sous du sable blanc ; & il y a quelque apparence que les pierres dont on les a bâties, ont été tirées sur le lieu même ; aucune de ces pyramides n’est égale, ni parfaitement carrée. Toutes ont deux côtés plus longs que les deux autres.

Dans toutes les pyramides, il y a des puits profonds, carrés & taillés dans le roc. Il y a aussi de ces puits dans les grottes qui sont au voisinage des pyramides ; ces grottes sont creusées au côté d’une roche en assez mauvais ordre, & sans symétrie par-dehors, mais fort égales & bien proportionnées par-dedans. Le puits est le lieu où les Égyptiens mettaient les corps de ceux pour qui la grotte avait été faite. Les murailles de quelques-unes ont des figures hiéroglyphiques, taillées aussi dans le roc, les unes plus grandes, les autres plus petites. Les trois principales pyramides connues des voyageurs sont à environ neuf milles du Caire.

La plus belle de toutes est située sur le haut d’une roche, dans le désert de sable d’Afrique, à un quart​ de lieue de distance, vers l’ouest des plaines d’Égypte. Cette roche s’élève environ cent pieds au-dessus du niveau de ces plaines, mais avec une rampe aisée, & facile à monter : elle contribue en quelque chose à la beauté & à la majesté de l’ouvrage ; & sa dureté fait un fondement proportionné à la masse de ce grand édifice.

Pour pouvoir visiter cette pyramide en-dedans, il faut ôter le sable qui en bouche l’entrée ; car le vent y en pousse continuellement avec violence une si grande quantité, qu’on ne voit ordinairement que le haut de cette ouverture ; il faut même, avant que de venir à cette porte, monter sur une petite colline, qui est vis-à-vis, tout auprès de la pyramide, & qui sans doute s’y est élevée du sable que le vent y a poussé, & qui ne pouvant être porté plus loin à cause de la pyramide qui l’arrêtait, s’y est entassé de la sorte. Il faut aussi monter seize marches, avant que d’arriver à l’entrée de l’ouverture qui est du côté du nord.

On prétend qu’autrefois on la fermait après y avoir porté le corps mort, & que pour cet effet, il y avait une pierre taillée si juste, que lorsqu’on l’y avait remise, on ne la pouvait discerner d’avec les autres pierres, mais qu’un pacha la fit emporter, afin qu’on n’eût plus le moyen de fermer la pyramide. Quoi qu’il en soit, cette entrée est carrée, & elle a la même hauteur & la même largeur depuis le commencement jusqu’à la fin. La hauteur est d’environ trois pieds & demi, & la largeur quelque chose de moins. La pierre qui est au-dessus en travers, a près de douze pieds de longueur, & dix-huit pieds de largeur. Le long de ce chemin, on trouve une grande chambre longue de dix-huit pieds, & large de douze ; sa voûte est en dos d’âne.

Quand on est venu jusqu’au bout de ce premier chemin, on rencontre une autre allée pareille, qui va un peu en montant ; elle est de la même largeur, mais si peu élevée, principalement dans l’endroit où ces deux chemins aboutissent, qu’il faut se coucher sur le ventre, & s’y glisser en avançant les deux mains, dans l’une desquelles on tient une chandelle allumée, pour s’éclairer dans cette obscurité. Les personnes qui ont de l’embonpoint, ne doivent pas se hasarder à y passer, puisque les plus maigres y parviennent avec assez de peine.

Quelques voyageurs racontent que ce passage a plus de cent pieds de longueur, & que les pierres qui le couvrent, & qui font une espèce de voûte, ont vingt-cinq à trente paumes. Mais la fatigue que l’on essuie, & la poussière qui étouffe presque, ne permettent guère d’observer ces dimensions.

Au commencement de ce chemin qui va en montant, on rencontre à main droite un grand trou, où l’on peut aller quelque temps en se courbant ; à la fin on éprouve de la résistance : ce qui fait croire que ce n’a jamais été un passage, mais que cette ouverture s’est faite par la longueur du temps. Après qu’on s’est glissé par ce passage étroit, on arrive à une espace où l’on peut se reposer, & l’on trouve deux autres chemins, dont l’un descend, & l’autre monte à l’entrée du premier ; il y a un puits, qui à ce qu’on dit, conduit dans une grotte à la distance de 67 pieds, après quoi on trouve un chemin creusé dans le roc, plein de sable & d’ordures. Lorsqu’on est revenu de ce premier chemin qui est à main droite, on entre à gauche dans un second qui a 27 toises de long. Il y a des trous à chaque pas pour y mettre les pieds.

Les curieux qui vont visiter les pyramides, doivent être obligés à ceux qui ont fait ces trous : sans cela il serait impossible de monter au haut, & il faut encore être alerte pour en venir à bout, à l’aide du banc de pierre qu’on tient ferme d’une main, pendant que l’autre est occupée à tenir la chandelle. Outre cela il faut faire de fort grands pas, parce que les trous sont éloignés de six paumes l’un de l’autre. Cette montée, qu’on ne peut regarder sans admiration, peut passer pour ce qu’il y a de plus considérable dans les pyramides. Les pierres qui en font les murailles, sont unies comme une glace de miroir, & si bien jointes les unes aux autres, qu’on diroit que ce n’est qu’une seule pierre. Il en est de même du fond où l’on marche, & la voôte est superbe.

Ce chemin, qui conduit à la chambre des sépulcres, persuade que ce n’est point là qu’était la véritable entrée de la pyramide : il faut que celle qui conduisait à cette chambre soit plus aisée & plus large ; car si les pyramides étaient les tombeaux des anciens rois, il faut qu’on ait ménagé une route plus commode pour y porter les cadavres ; & comment les faire passer par un chemin où l’on ne peut marcher qu’en grimpant ? Si nous en croyons Strabon, on entrait dans la grande pyramide en levant la pierre qui est sur le sommet. À quarante stades de Memphis, dit-il, il y a une roche sur laquelle ont été bâties les pyramides & les monumens des anciens rois… L’une de ces pyramides est un peu plus grande que les autres ; sur son sommet il y a une pierre qui pouvant être aisément ôtée, découvre une entrée qui mène par une descente à vis jusqu’au tombeau : ainsi on pourrait avoir élevé cette tombe par le moyen de quelque machine, sur le haut de la pyramide, avant que les pierres qui la couvrent y fussent posées, & l’avoir fait descendre ensuite dans la chambre.

Au bout de la montée on entre dans cette chambre ; on y voit un sépulcre vide taillé d’une seule pierre qui, lorsqu’on frappe dessus, rend un son comme une cloche. La largeur de ce sépulcre est de trois pieds & un pouce ; la hauteur de trois pieds & quatre pouces, & la longueur de sept pieds & deux pouces. La pierre dont il est fait a plus de cinq pouces d’épaisseur ; elle est extraordinairement dure, bien polie, & ressemble à du porphyre. Les murailles de la chambre sont aussi incrustées de cette pierre.

Le sépulcre est tout nu, sans couverture, sans balustrade, soit qu’il ait été rompu, ou qu’il n’ait jamais été couvert. Le roi qui a fait bâtir cette pyramide, n’y a jamais été enterré. D’anciens auteurs disent que le fondateur de cette pyramide était Chemmis. Diodore de Sicile, en parlant de ce prince & de Cephren, qui a fait construire une des autres pyramides, dit que quoique ces deux rois aient fait élever ces deux superbes monuments pour en faire leur sépulcre, il est vrai néanmoins qu’aucun d’eux n’y a été enterré.

Pour visiter la pyramyde en dehors, on monte en reprenant de temps en temps haleine. Environ à la moitié de la hauteur, à un des coins du côté du nord, qui est l’endroit où l’on peut monter avec moins de peine, on trouve une petite chambre carrée où il n’y a rien à voir, & qui ne sert qu’à se reposer, ce qui n’est pas inutile. Quand on est parvenu au haut, on se trouve sur une plate-forme, d’où l’on a une agréable vue sur le Caire & sur toute la campagne des environs, sur d’autres pyramides qu’on découvre, & sur la mer, que l’on a à main gauche.

La plate-forme qui, à la regarder d’en bas, semble finir en pointe, est de dix ou douze grosses pierres, & elle a à chaque côté qui est carré seize à dix-sept pieds. Quelques-unes de ces pierres sont un peu rompues ; & la principale de toutes, sur laquelle étoit la plupart des noms de ceux qui avaient pris la peine de monter au haut de cette pyramide, a été jetée en bas par quelques voyageurs.

On ne peut descendre autrement que par le dehors ; quand on a bâti la pyramide on a tellement disposé les pierres les unes sur les autres, qu’après en​ avoir fait un rang avant que d’en poser un second, on a laissé un espace à se pouvoir tenir dessus, ou du moins suffisant pour asseoir les pieds fermes. Le Brun dit avoir compté deux cent dix rangs de pierre, les unes hautes de quatre paumes, les autres de cinq, & quelques-unes de six. Quant à la largeur, quelques-unes ont deux paumes, d’autres trois ; d’où il est aisé de comprendre qu’il doit être difficile de les monter.

Il est néanmoins encore plus malaisé de descendre, car quand on regarde du haut en bas, les cheveux dressent à la tête. C’est pourquoi le plus sûr est de descendre à reculons, & de ne regarder qu’à bien poser les pieds à mesure que l’on descend. D’ailleurs de toutes les pierres dont la grande pyramide est faite, il n’y en a presque point qui soient entières ; elles sont toutes rongées par le temps, ou écornées par quelqu’autre accident : de sorte que quoiqu’on puisse monter de tous côtés jusqu’à la plate-forme, on ne trouve pourtant pas la même facilité à descendre.

En mesurant cette pyramide d’un coin à l’autre par le devant, le P. Vansleb a trouvé qu’elle avait trois cents pas ; & ensuite ayant mesuré la même face avec une corde, il a trouvé cent vingt-huit brasses, qui font sept cent quatre pieds. L’entrée n’est pas au milieu : le côté du soleil couchant est plus large d’environ soixante pieds. La hauteur de la pyramide, en la mesurant par-devant avec une corde, est, selon la même voyageur, de cent douze brasses, chacune de cinq pieds & demi, ce qui revient à six cens seize pieds. On ne peut pas néanmoins dire de combien elle est plus large que haute, parce que le sable empêche qu’on ne puisse mesurer le pied. Le côté de cette pyramide qui regarde le nord, est plus gâté que les autres, parce qu’il est beaucoup plus battu du vent du nord, qui est humide en Égypte.

La seconde pyramide ne peut être vue que par dehors, parce qu’on n’y peut entrer, étant entièrement fermée. On ne peut pas non plus monter au haut, parce qu’elle n’a point de degrés comme celle qui vient d’être décrite. De loin, elle paraît plus haute que la première, parce qu’elle est bâtie dans un endroit plus élevé ; mais quand on est auprès, on se détrompe. M. Thévenot donne à chaque face six cent trente-un pieds. Elle paraît si pointue, qu’on dirait qu’un seul homme ne saurait se tenir sur son sommet. Le côté du nord est aussi gâté par l’humidité.

La troisième est petite, & de peu d’importance. On croit qu’elle a été autrefois revêtue de pierres, & semblables à celles du tombeau qui est dans la première pyramide. Ce qui donne lieu de le penser, c’est qu’on trouve aux environs une grande quantité de semblables pierres.

Pline parlant de ces pyramides, dit que celle qui est ouverte fut faite par 370000 ouvriers dans l’espace de 20 ans."

extrait de L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et d’Alembert.

mercredi 9 janvier 2019

La "forme pyramidale avait été choisie comme la plus solide et la plus durable" (Marie Nicolas Bouillet - XIXe s., à propos des pyramides de Giza)

illustration from "View of ancient and modem Egypt", by Michael Russell, engraving by Branston, 1831
"Pyramides d'Égypte, monuments gigantesques dont la base était ordinairement carrée, quelquefois circulaire, et qui se terminaient en pointe comme la flamme, d'où vient leur nom, étaient situées pour la plupart sur les limites de l'Égypte inférieure et de l'Heptanomide, à l'O. du Nil, au milieu des déserts.
Selon Pline, elles ont été bâties partie par l'ostentation des souverains, qui voulaient se faire élever des tombeaux magnifiques, partie par politique, afin que le peuple égyptien, occupé par ce travail, ne songeât pas à se révolter. Du reste on ignore le temps de leur élévation et le nom des princes qui les ont fait élever. Il faut rejeter l'hypothèse de ceux qui veulent qu'elles aient été bâties par les Israélites, victimes de la tyrannie des Pharaons, et de ceux qui en attribuaient la fondation à Joseph, qui, dit-on, y fit conserver les blés recueillis dans les années d'abondance. Mais il est incontestable qu'elles datent d'une époque très reculée, et qu'elles ont au moins trois mille ans d'antiquité. 
Les pyramides étaient formées de différentes assises de pierres, qui diminuaient successivement de largeur suivant que l'exigeaient les proportions de l'édifice. L'assise inférieure débordait toujours celle qu'on élevait immédiatement au dessus, et chacun des côtés de la pyramide formait ainsi une espèce d'escalier.  
On prétend qu'originairement toutes ces pyramides avaient été revêtues, soit de carreaux de marbre, soit de petites pierres, de sorte qu'elles présentaient à l'œil un talus parfaitement uni. Cette forme pyramidale avait été choisie comme la plus solide et la plus durable. Peut être aussi sous cette forme les Égyptiens ont-ils voulu représenter comme par un symbole les attributs de quelques dieux, car, dans les temps les plus reculés, les pyramides et les obélisques étaient regardés comme les simulacres de certaines divinités. 
La plupart de ces édifices prodigieux ont résisté aux injures du temps et aux dévastations des hordes barbares qui se sont succédé sur le sol de l'Égypte. Vingt sont encore debout ; mais trois surtout captivent l'admiration, et méritent le titre de merveilles du monde que l'on a donné à toutes. La plus grande des trois, celle que l'on appelle vulgairement la grande pyramide, forme un carré dont chacun des côtés a 660 pieds. Son circuit est par conséquent de 2.640 pieds. Elle en a près de 500 de hauteur perpendiculaire. Son sommet est terminé par une plate-ferme carrée, dont chaque côté peut avoir seize ou dix-sept pieds, quoique d'en-bas elle semble être une pointe aiguë. La masse totale de la pyramide est de 313.590 toises cubes. Cette masse est composée de pierres d'une grandeur extraordinaire. Il y en a plusieurs qui ont trente pieds de longueur, sur quatre de hauteur et trois de largeur.
L'intérieur est encore plus étonnant que l'extérieur ; mais les anciens n'avaient sur ce point aucun détail, et ce n'est qu'après les voyages et les observations des modernes qu'on est parvenu à les connaître. Un puits immense, qui conduisait dans des souterrains destinés aux initiations, des galeries d'une longueur prodigieuse et une salle magnifique dont le pavé, les murs et le plafond étaient incrustés de pierres semblables à du porphyre, en étaient les ornements principaux. 
Au rapport de Diodore, trois cent soixante mille ouvriers furent occupés en même temps à la construction de cette pyramide. Ils étaient relevés de trois mois on trois mois par un pareil nombre. Dix années entières furent employées à tailler et à voiturer les pierres. Il fallut vingt ans pour achever cet immense édifice. Une inscription hiéroglyphique apprenait combien il en avait coûté pour les poireaux, l'ail, les oignons et autres légumes fournis aux ouvriers. Cette somme montait, dit-on, à seize cents talents d'argent, c'est-à-dire à près de sept millions de notre monnaie.
La seconde pyramide, presque aussi large par la base, mais moins haute et surtout moins élégante à l'intérieur que la première, était surtout remarquable par un sphinx d'une seule pierre qui, selon Pline, avait 168 pieds de large et 62 de haut. Aujourd'hui tout le corps du monstre est enseveli dans le sable, et l'on ne voit que le cou et la tête qui ensemble ont 27 pieds de hauteur."

extrait de Dictionnaire classique de l'antiquité sacrée et profane, Volume 2, 1828, par Marie Nicolas Bouillet (1798-1864), professeur, traducteur et lexicographe français, officier de l'Instruction publique, dont le nom reste associé au Dictionnaire universel d'histoire et de géographie qu'il publia en 1842.

"Premiers monuments de l'histoire humaine par lesquels l'âme inquiète a essayé de protester contre la mort" (André Chevrillon, à propos des pyramides)

aucune précision sur l'auteur et la date de ce cliché
 "À mesure que l'on s'éloigne du Caire, tout devient plus ample et plus simple : des deux côtés, les constructions humaines ont déjà disparu, les futaies de hautes palmes s'épaississent ; leurs troncs serrés forment une sorte de mur dense, et, par-dessus, les milliers de têtes rayonnent, sombres, dans le ciel. Les tournants sont grandioses, découvrant, révélant tout un pays. À gauche, le ruban végétal, la bande toute claire et verte de maïs et de cannes s'est rétrécie, tout de suite dominée, étreinte par la chaîne blonde du Mokatam. Et soudain, un coin du vieux Caire reparaît pour nous dire adieu, terne, mort comme le désert environnant, blond et tout uni de ton, difficile à distinguer de la chaîne aride, un morceau de ville inanimée qui ne semble pas faite pour l'homme et qu'on dirait taillée dès l'origine des choses dans cette falaise. Et ce sont des dômes, des minarets, et, par-dessus tout, la mosquée aiguille, le jet grêle dans le ciel de ses deux fusées de pierre. 
Toute cette journée-là, les pyramides nous ont poursuivis. Nous ne pouvions pas quitter ce cimetière memphite, arriver au bout de cette nécropole qui est la plus ancienne et la plus vaste que l'on connaisse. Gizeh, Sakkarah, Dachour, Meidoum, de loin en loin, jalonnant le cours du Nil, elles surgissaient par groupes, gardant mystérieusement le seuil de l'infini saharien, de plus en plus délabrées et désolées à mesure que nous remontions et qu'elles s'espaçaient davantage, chaque groupe plus inquiétant, plus enfoui dans les sables et perdu dans la solitude. 
Lorsque l'on pensait, après des heures de navigation, les avoir enfin laissées derrière soi, de nouveaux triangles se levaient comme des voiles de vaisseaux derrière la ligne d'horizon. À la longue, elles se rapprochaient de nous et, alors, on reconnaissait qu'elles n'avaient presque plus de formes à force d'avoir été démantelées, usées par les siècles et par l'homme avide et fouilleur. C'étaient des buttes fauves à demi écroulées, confondues au désert, ou bien des piles de tours quadrangulaires à pans inclinés, en retrait les unes sur les autres, les noyaux primitifs de la pyramide sortant d'une colline ruinée. 
Premiers monuments de l'histoire humaine par lesquels l'âme inquiète, qui aspire et qui aime, tout de suite a essayé de protester contre la mort, de lutter contre l'indifférence silencieuse de ce qui est pour toujours. Oui, toute la dignité humaine est déjà là, dans cette mélancolique procession de pyramides qui se suivent toute cette journée au bord de l'immensité muette."

extrait de Terres mortes : Thébaïde, Judée, par André Chevrillon (1864-1957), neveu d’Hippolyte Taine par sa mère, grand voyageur, collaborateur à La Revue des deux mondes, élu à l’Académie française le 3 juin 1920