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jeudi 1 novembre 2018

"Sous Khufu, à la IVe dynastie, on atteignit une précision extraordinaire dans le détail pour les travaux de la plus grande envergure" (Flinders Petrie)

extraits de Arts et métiers de l'ancienne Égypte, 1915, par W. M. Flinders Petrie, professeur d'égyptologie à l'Université de Londres

"On a souvent discuté sur la manière dont s'exécutait le placement des pierres dans une construction. Ordinairement, les fondations étaient posées sur un lit de sable pur, ce qui permettait de disposer correctement les divers lits en partant d'un niveau exact. Il paraît très probable, en ce qui concerne les temples, que l'intérieur était rempli de terre au fur et à mesure de l'avancement de la construction : ainsi on pouvait travailler les murs, les tambours des colonnes et les architraves aussi aisément que s'il s'était agi des parties les plus basses. Ce même mode est suivi avec succès dans les réparations que l'on fait actuellement à Karnak. 
Mais lorsqu'il s'agissait de lever des pierres, pour une pyramide ou un pylône, il fallait recourir à un échafaudage. Il subsiste encore des restes d'une rampe massive en briques contre les deux faces des pylônes inachevés de Karnak. Ce n'est, il est vrai, que la masse générale de l'échafaudage qui a subsisté, car les degrés par lesquels on hissait les pierres ont dû être en pierre, des briques se seraient effritées et auraient été réduites en poussière, si elles avaient eu à supporter directement un tel effort.
Pour les petits blocs, on se servait d’une espèce de bascule en bois, dont on a retrouvé de nombreux modèles parmi les copies d'outils dans les dépôts de fondation. 

illustration extraite de l'ouvrage de F. Petrie
En appuyant sur l’une des extrémités et en glissant un coin en dessous, on pouvait basculer le bloc et le soulever ainsi progressivement, une fois d’un côté, une fois de l’autre. Les blocs de grandes dimensions étaient probablement levés par balancement. Si une poutre repose vers le milieu sur deux supports, il suffit d'un très léger effort pour la soulever complètement d'un des deux supports ; alors, en surélevant celui-ci, on peut basculer la poutre du côté opposé et surélever le support inférieur à son tour. En la balançant ainsi et en surélevant alternativement chacun des supports, une poutre peut être rapidement levée jusqu'à ce qu'on puisse la tirer sur le gradin suivant du remblai. C'est probablement en opérant de la sorte qu'on est parvenu à élever dans la pyramide de Khufu les cinquante-six poutres de granit, qui pèsent chacune au delà de cinquante tonnes. (...) 
Avant d'abandonner ce sujet, nous attirerons l'attention sur la précision et la minutie du travail des Égyptiens, qualités qui se remarquent davantage dans le travail de la pierre que dans celui de n'importe quelle autre matière. Sous Khufu, à la IVe dynastie, on atteignit une précision extraordinaire dans le détail pour les travaux de la plus grande envergure. C'est ainsi que sa pyramide ne présente qu'une erreur de 15 millimètres sur son côté de 230 mètres, ce qui équivaut à une différence de 1 sur 15,0oo ; l'angle des coins est correct à 12" près. Un simple changement de température au cours d'une journée peut produire sur une coudée des erreurs plus grandes. La précision du nivellement et du fini des pierres est en rapport ; les joints de plus de 1m8o de long sont corrects à un quart de millimètre près. Dans la pyramide de Khafra, la variation est de 4 centimètres sur 215 mètres et de 33" aux angles. La pyramide de Menkaura est moins correcte avec une moyenne de 8 centimètres sur 106 mètres et de 1'50" aux angles. À Dahshour, les erreurs sont de 9 centimètres sur 190 mètres à la base et de 3 centimètres sur 52 mètres, avec des erreurs d'angles de 4' et 10'. (...)
Autant qu'on le sache, les époques postérieures n'ont rien laissé qui puisse être comparé à cette perfection dans le travail."
  

lundi 5 septembre 2011

“Dans toutes les pyramides, une grande ingéniosité a été mise en oeuvre pour cacher la chambre sépulcrale” (R.G. Murison - XXe s.)

L’Histoire de l’Égypte (History of Egypt, 1900) de Ross George Murison, enseignant en langues orientales à l’University College de Toronto, se contente d’un bref développement consacré aux pyramides, basé sur les relations d’Hérodote et de Petrie. Rien que de très banal en somme, si ce n’est que l’auteur ne manque pas de relever un détail sur la technique de construction des monuments (par degrés, avant que les façades ne soient nivelées, puis “polies”).
Quant à la qualité de la “maçonnerie”, elle est présentée comme “insurpassable” dans la Chambre de la Reine, alors que, contrairement à une logique plutôt consensuelle, la Chambre du Roi est privée des honneurs de la première place au tableau d’honneur du travail accompli.
Je ne sais qui a inspiré à Ross George Murison cet étrange classement. Rien n’indique en tout cas qu’il ait été établi suite à des observations personnelles.

Chambre de la Reine - photo Edgar Brothers
“The pyramids are rightly considered one of the wonders of the world, and taking into account
the purpose for which they were built they might almost be regarded as the greatest. The largest, that of Khufu, is at the present time 451 feet in height, with 568 feet as the length of the sloping face, and each base 750 feet in length. Originally the measurements were somewhat greater, as it now lacks the outer layer.
It covers about thirteen acres of ground, and is calculated to contain 6,800,000 tons of stone,

probably more stone than has ever been put into any one other building. The limestone of which it is composed came from the quarries on the opposite side of the river, and the granite with
which it was finished came from Aswan five hundred miles up the Nile. Herodotus was informed that a million men were employed three months annually for twenty years in erecting it, and Petrie thinks this number working for the three months of the inundation when other work could not be done would be sufficient, if there was besides them a large permanent corps of stone-cutters.
The people of later times execrated the memory of the pyramid builders because of their cruel oppression : a tradition in which there is likely too much truth.
The pyramids were first built in steps, then levelled off by great blocks of dressed stone, after which the whole pyramid was carefully polished. On the great pyramid none of this facing now remains, so that it is easy of ascent by means of the steps. The workmanship in this pyramid varies greatly in quality. In the queen's chamber the jointing of the granite blocks which line it is "an unsurpassable marvel of skilful masonry". The work is so well done that the joints can scarcely be distinguished, "neither hair nor needle can be inserted", an old Arab writer says. How such exact stone-cutting could be done at that time is as yet unknown, though it has been suggested that they used drills fitted with jewel points.
In the king's chamber above, which is reached by the Great Hall, the work is very much inferior.
The measurements of
the second pyramid are : height 450 feet, slope 566 ¾ feet, and base 694 ½ feet, and of the third, height 204 feet, slope 263 ¾ feet, base 356 ½ feet. Each side of the pyramid is carefully placed facing one of the four cardinal points of the compass.
In all the pyramids, of which there are about seventy, great ingenuity was displayed in hiding the sepulchral chamber, which was generally underground. The passage was closed with great stones, and numerous false passages were built to deceive and discourage any who might seek to rob the dead.
The pyramids and
the Sphinx are closely associated in the popular mind as the two great wonders of Egypt. The Sphinx is a knoll of rock running out to a promontory from the pyramid plateau. This headland has been in some age carved to resemble the human head, and the rock behind it has been given the semblance of a recumbent lion. It may be that a natural likeness suggested this figure. The head is now much mutilated, but it is still very impressive, not only from its gigantic proportions, but from its air of "impassive dignity".
By some the Sphinx is regarded as pre-historic, but this is improbable. It belongs to some time
later than the fourth dynasty and earlier than the eighteenth. From a fancied resemblance some
conclude that it was made by Amenemhat of the Twelfth. Near the Sphinx is the granite temple,
sometimes wrongly called the Temple of the Sphinx, one of the finest examples of Egyptian
masonry.”
Source :
archive.org

mercredi 29 juin 2011

Toutes les pyramides de la IVe Dynastie égyptienne ont, selon F.C.H. Wendel, été construites telles qu’elles furent projetées

Dans l’un des chapitres de son History of Egypt, ouvrage édité en 1890, F.C.H. Wendel, “missionary” de la Protestant Episcopal City Missionary Society, retrace à très grands traits l’histoire des pharaons de la IVe Dynastie et des hauts faits attachés à leur règne.
Une erreur manifeste est à relever dans ce récit : elle concerne le pharaon Radjedef, fils et successeur de Khoufou, qui se serait “départi de l’habitude de ses deux prédécesseurs” Khoufou et Snéfrou, à savoir celle de (faire) construire sa propre pyramide. (La seule véritable question, on le sait, a plutôt trait au choix d’un site de construction autre que celui de Guizeh).
Tout en marquant les spécificités des pyramides de Snéfrou, Khoufou, Khéphren et Mykérinos, F.C.H. Wendel relève certaines caractéristiques techniques valables pour l’ensemble de ces monuments, notamment le fait que les projets de construction ont été exécutés tels quels, conformément aux plans d’origine, sans faire l’objet de changements ou d’accroissements progressifs.
Quant au récit Hérodote, il est qualifié, par l’auteur, d’ “unreliable” (non fiable). Manéthon, pour sa part, obtient une moins mauvaise note, puisque le mérite lui est reconnu d’avoir tenté de réconcilier l’histoire et la légende.

Snéfrou (musée égyptien du Caire)
“Snefru (2830-2806 B. C.), the founder of the fourth dynasty, ascended the throne about 2830 B. C. The change of dynasty seems to have been peaceably accomplished. "Papyrus Prisse", the only text that refers to it, remarks : "Then King Huni died, and King Snefru became a beneficent ruler over the entire land." He is the first king from whose reign monuments have come down to us. He and his successors built for their tombs great pyramids, forming a line miles in length, from Gizeh on the north to Meydoum on the south. King Snefru, in all probability, is buried in the pyramid of Meydoum, about which lie the tombs of many of his courtiers. The Egyptian name of the pyramid was Châ ; its builder was Henka. Of historical events of this reign we know but little. (...)

Auteur inconnu (1920
Chufu (2806-2782 B. C. ). When Snefru died, he left to his oldest son and successor a great and flourishing kingdom. This king is the Cheops of Herodotus. He is the builder of the largest of the three great pyramids of Gizeh, the measurements of which are : side of square base, originally 764 feet, at present 746 feet ; perpendicular height, originally 480 feet, now 450 feet ; and height of slope, originally 611 feet, at present 568 feet. Inside of this great mass of solid masonry, there is the chamber in which the sarcophagus of the king was deposited. This chamber is approached by a series of narrow passages, which were, after the sarcophagus was in place, blocked up in a very ingenious manner. The Egyptian name of this pyramid was Chut.
I may here mention some general facts which hold good for all the pyramids of Gizeh. Each one had connected with it a funereal temple dedicated to the memory of the king buried in the pyramid. All of the pyramids were built as planned, a fact that the recent measurements of W. Flinders Petrie have demonstrated beyond a doubt. Thus the old theory that every king when he ascended the throne began a pyramid of moderate proportions, and gradually enlarged it as he found he had the time, is exploded. The reader will find a full expose of these facts in Mr. Petrie 's admirable book The Pyramids and Temples of Gizeh. About each pyramid lay a number of smaller pyramids, probably the tombs of the members of the royal families, as well as the tombs of the nobles that had lived at the court.
This king was a great builder : the temple of the “Lady of the Pyramids, Isis”, and the foundation of the temple of Hathor at Denderah are attributed to him. Two cities - Menât-Chufu (the modern Minye, north of Hermopolis) and Chufukebet - bear his name. Like his predecessor, he was compelled to make a campaign against the Mentiu Satet, on the Sinai peninsula, who it seems had again begun to molest the Egyptian miners.
The classical accounts of this king are all unreliable. Herodotus gives him a reign of fifty years, and Manetho says he reigned sixty-three, while we know from the Turin Papyrus that he ruled only twenty-four years. The classical historians would also have him appear as a great tyrant, who closed the temples in order that the Egyptians might all labor continuously at his pyramid, and who, when money failed him, prostituted his own daughter in order to raise funds. The chief responsibility for these stories rests on Herodotus. Manetho attempts to reconcile history and legend by relating that the king, whom he calls Souphis, had repented in his old age, and had written a book that was regarded as sacred.

Radedef (2782-2759 B. A). The son and successor of Chufu, who ruled twenty-three years, did not build a pyramid. Why he departed from the custom begun by his two predecessors we can not say ; perhaps the forces and resources of the kingdom were otherwise employed. We know, however, absolutely nothing of this comparatively long reign.

Chafra (2758-2750 B. A), the Chephren of Herodotus, is the builder of the second great pyramid of Gizeh, the Egyptian name of which is Ouer, "the Great One". This pyramid is somewhat smaller than that of Chafra's father, Chufu, but it is still of respectable size. Its dimensions are : length of side of square base originally, 707 feet, now 690 feet ; perpendicular height originally, 454¼ feet, now 447 feet ; inclined height originally, 572 feet, at present 563 feet. Like all the other pyramids of Gizeh, this one is built of blocks of limestone taken from the quarries of Turah (Egyptian name, Rodâu), in the hills on the east bank of the Nile, opposite Memphis.
All the pyramids were built so that their sides resembled great steps, and then these steps were filled in with granite blocks, so placed that they formed a smooth, continuous inclined surface. Part of this coating of granite is still left on the upper part of this pyramid. Before this pyramid, a little to the south of the great Sphinx, there stands a large temple built of granite and alabaster, which was most probably erected at Chafra's order.
The fact that it stands in front of his pyramid proves conclusively that it was built after that structure. In a well in the interior of this temple were found the fragments of nine exquisitely wrought diorite statues of the king. Seven of these are at present in the museum of Boulaq, one of them being almost unharmed. How these statues got in the well we do not know. The temple itself is also a mystery ; it may have been Chafra's funereal temple, but it may just as well have been erected to the Sphinx, the image of Râharmachis, or to any other deity. Of him also the classical historians relate that he was a great tyrant, who systematically oppressed his subjects in order to be able to complete his great pyramid ; but there is absolutely no foundation for these stories. He died after a reign of only eight years.


Mykérinos (musée du Caire)
Menkaura (2749-2724 B. C.), the Mycerinos of Herodotus, succeeded Chafra. Herodotus tells us this pharaoh was celebrated for his great piety and righteousness, and the Egyptian monuments bear this out. They tell us that he sent out his son Hordedef to inspect the temples of the land, and that while on this tour of inspection the prince had "discovered" the sixty-fourth chapter of the "Book of the Dead" at Hermopolis (Chmunu). Some copies of the thirtieth chapter of the same compilation state that it also was "found" in this reign. Several later texts mention this prince ; the celebrated "Minstrel's Song" quotes one of his sayings, and a letter written in the time of Ramses II speaks of the difficulty of understanding his writings. The story, related by some Greek authors, that the oracle of Buto had predicted to him that he would die young, and that he had consequently spent day and night in dissipation in order to double his life, is utterly untrustworthy.
His tomb is the third and smallest of the pyramids of Gizeh. Its dimensions are : side of square base, 354½ feet ; perpendicular height, originally 218 feet, now 203 feet ; height of incline, originally 278 feet, now 261 feet. The order to erect this structure and the account of the work are given in an unfortunately extremely mutilated inscription in one of the tombs of Gizeh. The name of the pyramid was Heri. Although a systematic attempt to destroy this pyramid was made in 1196 A. D. , it is the best preserved of all the pyramids of Gizeh. In the chamber Vyse found the stone sarcophagus and fragments of the wooden mummy-case of this king. The former was lost in a shipwreck ; the latter are preserved in the British Museum. How long this pharaoh ruled we can not say, as the Turin Papyrus has a break at his name. We must, therefore, for the present take the years given by the most trustworthy of the classical writers, Manetho, who states the king ruled twenty-five years.”

Source : openlibrary.org

mardi 9 février 2010

Relevé des récits relatant l'existence de fissures dans la Chambre du Roi : vers une argumentation... sans faille !

Il est hors du propos de ce blog de susciter ou attiser la polémique.
Son but, vous le savez si vous consultez régulièrement son contenu, est, dans le respect d'une légitime diversité, de s'inscrire le plus "objectivement" possible dans l'histoire des théories et des hypothèses relatives à la construction des pyramides d'Égypte, en tout premier lieu de celles du plateau de Guizeh.
Or, quelles que soient ces théories ou hypothèses, pouvant éventuellement faire l'objet d'échanges de points de vue entre spécialistes concernés, il est certaines découvertes avérées ou certitudes scientifiques qui, au nom même de la plus élémentaire rigueur intellectuelle, doivent être reconnues comme telles, sous peine de pourrir la sérénité du débat. La recherche scientifique et la vérité historique se doivent de respecter une éthique et une honnêteté intellectuelle sans lesquelles la porte est grande ouverte à toutes les fraudes et compromissions, ainsi qu'aux dérives qui entacheraient la crédibilité des découvertes.
Il est trop facile de tordre ou mépriser certains constats indéniables, sous prétexte de défendre une théorie personnelle, aussi respectable puisse-t-elle être "subjectivement".
Or, on a noté depuis quelque temps, ici et là sur certains forums, que l'auteur d'une théorie "alternative" relative à la pyramide de Khéops se répand, avec un aplomb qui frise l'overdose et la surenchère dès lors qu'il devrait s'agir de débats à caractère exclusivement scientifique, pour clamer haut et fort que "seule" sa théorie est bonne, sur la base d'absence de fissures, avant 1899, dans les plafonds de la Chambre du Roi de la Grande Pyramide, soit quarante-quatre siècles après la construction de cette pyramide.
Ledit auteur - et là, la situation risque de devenir carrément plus embarrassante pour lui-même s'il maintient de tels propos qui pourraient être jugés diffamatoires - se targue de mettre en cause la réputation de sérieux d'une grande société spécialisée en informatique, mondialement connue et respectée, ainsi que de ses ingénieurs, lorsqu'il écrit : "On sait que les poutres de la Chambre du Roi de la pyramide de Khéops n'étaient pas fissurées en 1899. Ceux qui ont calculé à grand renfort d'ordinateur que le plafond avait craqué 8 ans après la construction ont oublié de lire les rapports et de regarder les dessins des premiers égyptologues. Mort de rire ! " Ou encore :"Petite pensée pour X... qui avait calculé la fissuration des poutres, 8 ans après la fin de la Chambre du Roi. On peut faire dire n'importe quoi à un ordinateur, mais si le résultat de l'ordi est contrecarré par des dessins et des livres d'avant 1899, on fait quoi ?"
Je répète que ce blog a opté pour le parti pris de la neutralité journalistique dans l'inventaire proposé des théories. Mais, vous en conviendrez, neutralité ne signifie pas indifférence eu égard à certains écarts de rigueur intellectuelle, si ce n'est à des coups bas qui n'honorent pas leur auteur.
Cet auteur se reconnaîtra évidemment ici. Il se reconnaîtra d'autant plus que place lui a été faite, comme à de très nombreux autres auteurs, dans ce blog.
Il reconnaîtra également l'identité de l'internaute, un fidèle parmi les fidèles de "Pyramidales", qui m'a fait parvenir le document ci-dessous, retraçant l'historique des connaissances à propos des fissures des plafonds de la Chambre du Roi.
Que l'auteur des propos (que je considère au bas mot comme "hors sujet") cités ci-dessus ne s'imagine pas pour autant que ce blog se transformera, pour les besoins de "sa" cause, en espace de débat ou de forum. La lecture de certains forums et communiqués de presse à répétition m'a appris que l'occasion serait trop belle pour lui d'en "remettre une couche" pour assurer l'auto-promotion de sa théorie, de son site internet, de son dernier ouvrage !
J'estime personnellement avoir "fait mon job" en lui ayant donné précédemment sa place dans le contenu de ce blog, comme à quiconque manifeste un intérêt pour la "chose" pyramidale. Point final !
Je pense également avoir le droit, par souci de recherche "objective" des faits et constats historiques qui éclairent la route de la vérité, de faire place à l'historique qui suit, dont l'unique propos n'est pas de mettre de l'huile sur le feu, mais de remettre d'actualité des témoignages historiques qui, à eux seuls, feront taire toute vaine polémique.
Pour clore cette présentation de manière triviale, je dirais simplement : y'a pas photo !
M.C.


Illustration extraite de Charles Piazzi Smyth : Life and Work at the Great Pyramid in 1865

Historique des récits relatant l’existence de fissures dans les plafonds de la Chambre du Roi


John Greaves, après avoir visité le Plateau de Guizeh en 1638, écrit : "If the wall of the chamber were not veiled, and not obscured, by the steam of tapers, they would appear glittering and shining."
("Si les murs de la chambre n’étaient pas cachés, et pas obscurcis, par la fumée des bougies, ils apparaîtraient étincelants et brillants.")

Benoît de Maillet écrit dans la Description de l'Égypte, en 1740 : "A l'égard de l'intérieur de la Pyramide, il est si obscur, et tellement noirci par la fumée des chandelles et des bougies qu'on y brûle depuis plusieurs siècles en l'allant visiter, qu'il est difficile de bien juger de la qualité des pierres qui composent les salles et autres lieux renfermés dans cette masse énorme. On reconnaît seulement que leur polissure est extrême, qu'elles sont de la dernière dureté, et si parfaitement jointes les unes aux autres que la pointe du couteau ne saurait pénétrer dans l'espace qui les sépare."

Le colonel Coutelle, suite à l'expédition d'Égypte de 1798, écrit dans la Description d'Égypte : "Le plafond de la chambre [du roi] est formé de pièces monolithes longues de plus de 6 mètres (18 pieds et demi). Il y en neuf ainsi placées en travers : chacune doit avoir au moins 130 pieds cubes et peser vingt milliers. Même remarque ici que dans la galerie et tous les canaux, point de tassement, point d'ébranlement visible ; rien ne s'est déplacé depuis l'origine, puisque tout y est parfaitement d'aplomb ou de niveau. Le granit des parois est si poli et si dur qu'on a vainement essayé d'y graver des noms : tous ceux qu'on y lit sont tracés au crayon. En général, tout cet ouvrage est de la plus parfaite exécution, et l'appareil est admirable."
…/…
"Cette précaution [le fait d'avoir construit cette chambre au-dessus de la chambre du Roi] n'était pas tout-à-fait inutile ; plusieurs pierres de ce second plafond sont fendues à une petite distance de leur portée et les blocs de granit qui les supportent sont éclatés sur les bords, par le poids des pierres posées en décharge sur l'extrémité de ce plafond, et par celui de la masse supérieure."

Dans Operations carried on at the pyramids of Gizeh in 1837, volume I, page 154, Howard Vyse écrit : "Mr. Perring had informed me on the preceding evening, that having again examined the works near Davison's chamber, he had directed Paulo, to take away the men employed over the granite blocks on the southern side, and to set them to work in the end of the passage at the north-eastern corner of that apartment, where we had, on the evening of the 12th instant, observed a small crevice in a joint, by the side of the corner-block of granite, which allowed of the insertion of a reed for about two feet in an upward direction."
("M. Perring m’avait informé au sujet de la soirée précédente, qu’après avoir examiné les travaux près de la chambre de Davison, il avait commandé à Paulo d’enlever les hommes travaillant sur les blocs de granit du côté sud et de les envoyer travailler au bout du passage dans le coin nord-est de cette pièce, où il avait, dans la nuit du 12 passé, observé une petite fissure dans un joint, sur le côté du bloc de granit d'angle, ce qui lui avait permis d’insérer une tige sur environ 60 cm vers le haut.")

W.M. Flinders Petrie, dans The Pyramids and Temples of Gizeh, 1883 : "The roof of the chamber [the King's chamber] is formed of nine granite beams. (...) These roofing–beams are not of "polished granite", as they have been described ; on the contrary, they have rough–dressed surfaces, very fair and true so far as they go, but without any pretence to polish. Round the S.E. corner, for about five feet on each side, the joint is all daubed up with cement laid on by fingers. The crack across the Eastern roof–beam has been also daubed with cement, looking, therefore, as if it had cracked before the chamber was finished.
At the S.W corner, plaster is freely spread over the granite, covering about a square foot altogether."
…/…
"In the first chamber the S. wall has fallen outwards, dragging past some of the roof–beams, and breaking other beams at the S.E. corner. The E. and W. end walls have sunk, carrying down with them the plaster which had been daubed into the top angle, and which cracked freely off the granite roofing. On the E. end one block is dressed flat, but all the others are rough quarried."
…/…
"In the second chamber are some bosses on the N. and S. wall stones; and several of the stones of the N. wall are smoothed, and one polished like those in the King's Chamber, seeming as if some spare blocks had been used up here. The S.E. corner shows cracks in the roof .52 wide."
(“Le toit de la chambre [Chambre du Roi] est constitué de 9 poutres de granite. (...) Ces poutres de couverture ne sont pas en "granit poli" comme cela a été décrit ; au contraire, elles ont des surfaces grossièrement dressées, très belles et droites sur toute leur longueur, mais sans intention d’être polies. Près du coin sud-est, et sur environ 1,50m de chaque côté, le joint est aussi enduit au ciment, dressé aux doigts. La fissure en travers de la poutre-toit à l’est a aussi été enduite avec du ciment, apparaissant, par conséquent, comme si elle avait craqué avant que la chambre ne soit terminée.
Dans le coin sud-ouest, du plâtre est réparti librement sur le granit, couvrant une surface d’environ 1 pied carré au total."
…/…
"Dans la première chambre, le mur sud s’est effondré vers l’extérieur, entraînant quelques poutres du plafond, et en brisant d’autres dans le coin sud-est. Les abouts des murs est et ouest se sont enfoncés, entraînant avec eux le plâtre qui avait été enduit dans l’angle supérieur et qui s’est librement détaché du plafond en granit. Dans le coin est un bloc est taillé plat, tandis que les autres sont grossièrement dressés."
…/…
Dans la deuxième chambre, il y a quelques bosses sur les pierres des murs nord et sud ; et plusieurs pierres du mur nord sont surfacées tandis qu’une autre est polie comme celles de la Chambre du Roi, comme si une pierre de rechange avait été utilisée dans ce cas. Des fissures dans le plafond de quelques millimètres sont visibles dans le coin sud-est.")

Charles Piazzi Smyth, dans Life and Work at the Great Pyramid in 1865 (publié in 1867), volume 2, pages 111 et suivantes : "The ceiling of the King’s Chamber is remarkably finished in appearance, being composed of polished granite, which crosses the room in length from north to south. In the run from east to west there are nine of these flat beams, but the two end beams have something more than the half of their breadth concealed ; there are therefore in reality only seven full beams, and two portions of beams to form the ceiling. The breadths, however, of the whole ones are not equal ; and hence the number is probably not important symbolically.
I didn’t measure the breadths of these beams myself ; but having compared Mr. Perring’s drawings with Messrs. Aiton and Inglis’s measures, and found a certain amount of resemblance, though not so close as it might be, I have deduced the following probable breadths, approximately..."


"Yet this mighty ceiling, as everyone knows since Colonel Howard Vyse’s admirable discovery, has above it, five successive ceilings, all designed to assist in taking off the extreme pressure of the upper part of the Pyramid on the lowest ceiling. I did not visit those upper chambers, being quite content with the Colonel’s and Mr. Perring’s thereof…"
(“Le plafond de la Chambre du Roi est remarquablement fini en apparence, étant constitué de granit poli, qui traverse la pièce de nord au sud. Dans le sens est-ouest, il y a 9 de ces poutres plates, mais les 2 poutres à chaque extrémité ont plus de la moitié de leur largeur cachée ; il y a donc en réalité seulement 7 poutres entières, et 2 parties de poutres qui constituent le plafond. Par ailleurs, la largeur de toutes ces poutres n’est pas égale, ce qui fait que leur nombre n’est pas important au niveau symbolique.
Je n’ai pas moi-même mesuré la largeur de ces poutres ; mais ayant comparé les dessins de M. Perring avec les mesures de Messieurs Aiton et Inglis, j’ai trouvé un certain nombre de ressemblances, et bien que pas aussi proches qu’elles le devraient, j’en ai déduit approximativement les largeurs suivantes…
…/…
Maintenant, comme chacun le sait depuis la remarquable découverte du Colonel Vyse, ce formidable plafond, comporte au-dessus de lui 5 plafonds successifs, tous destinés à soulager le plafond le plus bas de l’extrême pression de la partie supérieure de la Pyramide. Je n’ai pas visité ces chambres supérieures, étant relativement satisfait des dires du Colonel et de M. Perring.")

Résumé :
- En 1638, John Greaves indique que les murs de la Chambre du Roi sont couverts de fumée des chandelles et que l’on ne peut réellement les distinguer.
- En 1740, Benoît de Maillet indique qu’en raison de l’obscurité et du noirci des murs dû aux chandelles, il est difficile de bien juger la qualité des pierres des chambres et couloirs.
- En 1798, pendant l'Expédition d'Égypte, le colonel Coutelle, avec sa rigueur militaire, remarque les fissures du plafond de la 1ère chambre de décharge. (Note : techniquement parlant, le 2ème plafond ne pouvait pas avoir fissuré sans que le premier ne fissure en premier.)
- En 1835, le colonel Howard Vyse enfile une tige de fer dans une fissure du plafond de la première chambre de décharge.
- En 1865, Charles Piazzi Smyth visite le Plateau de Gizeh, 37 ans après le colonel Coutelle, 30 ans après Howard Vyse et 15 ans avant Petrie. Il fait principalement une description des murs de la Chambre du Roi. Il admet qu’il n’a pas porté une attention particulière au plafond de la Chambre du Roi et qu’il n’a pas visité les chambres de décharge au-dessus de celle-ci, s’en remettant pour cela aux mesures relevées par Howard Vyse.
- En 1880, Sir Flinders Petrie fait une description très détaillée des fissures du plafond de la chambre du Roi, de la 1ère et de la 2ème chambre de décharge. Il infirme que les poutres soient polies comme l’a rapporté Piazzi Smyth.

Conclusion :
Il est évident que le témoignage de Piazzi Smyth ne peut en aucun cas servir de preuve absolue qu’il n’y avait pas de fissures dans les plafonds de la Chambre du Roi en 1865.
Tout au contraire et après analyse, il montre que la description la Chambre du Roi par Piazzi Smyth est très incomplète, l’auteur n’ayant pas apporté, selon son propre aveu, une attention particulière aux éléments (les plafonds) qui recélaient les fissures, l’état général des murs et plafonds étant très difficilement observable en raison du mode d’éclairage de l’époque et de la présence d’une épaisse couche de noir de fumée ; cette remarque est d’autant plus valable pour le plafond de la Chambre, celui-ci se situant à 5,85m du sol. Quant aux chambres de décharge, Piazzi Smyth ne les a pas visitées.
Maintenant, concernant les passages du livre Les Monuments funéraires de l'Égypte ancienne, d'Albert Daninos Pacha, prétendument mis en avant comme éléments de preuve de l’absence de fissures, en voici les termes principaux : "Malgré leur épaisseur et malgré la dureté de la roche, on pouvait craindre qu'elles ne cédassent et ne se rompissent sous le poids énorme de la maçonnerie qui les surmonte."
(Les verbes "céder" ou "rompre" ne veulent absolument pas dire "fissurer".)
Et encore: "Les mesures étaient bien prises ; dans tout cet ensemble, pas une pierre n'a bougé par le seul effet de poussées intérieures ou du lent écrasement des matériaux."
(Le verbe "bouger" ne veut également pas dire "fissurer".)

mardi 10 mars 2009

Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler : l'"usage assuré" des rampes, complété par le recours à des "procédés de levage"


Dans Les pyramides d'Égypte (Hachette, 1999, 216 pages), Jean-Pierre Adam, architecte et archéologue au CNRS, et Christiane Ziegler, conservateur général, chargée du département des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre (Paris), dressent un vaste panorama des complexes pyramidaux qui, autant par leur architecture que par leur décor et leur portée symbolique, illustrent par excellence les premières pages de l'histoire de l'Égypte.
La description détaillée des sites de Saqqarah, Meidoum, Dachour, Abou Roach, Abousir et, bien sûr, Guizeh constitue l'essentiel du contenu de l'ouvrage.
Toutefois, dans la logique de ce blog, j'ai porté plus particulièrement mon attention aux quarante pages d'introduction, consacrées spécifiquement à l'art des bâtisseurs égyptiens qui, dans leur savoir-faire architectural, ont mêlé simplicité et démesure, tel un "défi permanent poussé jusqu'à l'absurde".
Sans trop s'attarder aux détails techniques, les auteurs décrivent tout d'abord l'environnement du chantier de construction des pyramides, notamment de Khéops :
- les intervenants, à savoir le roi, les architectes, les géomètres et les ouvriers, ces derniers étant répartis en trois catégories : les ouvriers spécialisés (carriers, tailleurs de pierre, appareilleurs, artistes), les paysans (mobilisés pendant la période des crues du Nil) et les esclaves (prisonniers de guerre, ramenés des campagnes militaires) ;
- les instruments et les outils manuels, dont le merkhet (viseur pour définir l'orientation de la pyramide)...;
- la maquette en grandeur réelle des galeries de la Grande Pyramide, découverte par Flinders Petrie, à 85 m du pied oriental de la pyramide : ce réseau de galeries taillées dans la roche ayant servi de gabarit pour définir la morphologie de la construction finale.

Reste le point essentiel, objet de tous les débats : les bâtisseurs égyptiens ont-ils eu recours aux rampes ? Si oui, lesquelles ? Et dans quelles conditions ? Pour un maximum de précision, je cite abondamment les auteurs :
" Si l'usage des rampes est bien hors de doute, on ne saurait affirmer ni qu'elles étaient toujours orthogonales aux faces, ni qu'elles s'élevaient jusqu'au sommet des pyramides. On peut penser que l'on eut parfois recours à des rampes hélicoïdales, ce qui suppose que les blocs du parement n'étaient pas ravalés afin de permettre l'accrochage de ces rampes sur les gradins, ce qui facilitait ce ravalement au fur et à mesure du démontage de la rampe. On est en droit de supposer également qu'afin d'épargner le volume considérable exigé par les rampes frontales, on limitait la rampe au tiers ou à la moitié de la hauteur ; et que, au-delà, les bâtisseurs, selon la formule vague donnée par Hérodote, recouraient à des procédés de levage où de simples leviers tenaient une place essentielle. Cette seconde hypothèse est d'autant plus vraisemblable qu'avec l'élévation, le volume du monument se réduit, et que la dimension des pierres va généralement en diminuant. Pour la Grande Pyramide, il semble évident que la [ou les] rampe[s] devai[en]t au moins permettre de hisser les énormes poutres de granite couvrant la plus hautes des chambres de décharge." (op.cit. pp.41-42)
Refusant au passage la théorie dite des "accrétions" (ou agrégation successive), défendue notamment par Choisy, Christiane Ziegler et Jean-Pierre Adam affirment que "la Grande Pyramide est bien un monument unitaire entièrement conçu avant le commencement de sa construction et non le fruit de modifications successives". (p.134)
Quant à la théorie de la "chambre secrète" proposée par Gilles Dormion, Jean-Pierre Adam la qualifie sans détour de "mystification" et de "pseudo-découverte". Puis d'ajouter sur un ton plus aigre-doux :" Ce n'est pas la première fois que des amateurs affirment avoir percé les secrets de la Grande Pyramide. (...) Tout cela est d'une démagogie propre aux tenants de l'irrationnel, qui consiste à tourner en dérision la science, dite officielle, au profit d'idées neuves que, seuls, des esprits libres pourraient exprimer. On souhaite que les autorités égyptiennes, et d'abord le directeur des Antiquités, Zahi Hawass, maintiennent leur vigilance et s'opposent à toute entreprise de vandalisme qui n'apporterait aucune lumière sur la grande question que pose ce monument: comment était organisé ce formidable chantier ?"

mercredi 11 février 2009

La construction de la pyramide de Khéops : un chantier (presque) parfait selon l'archéologue W. M. Flinders Petrie


L'archéologue anglais William Matthew Flinders Petrie (1853-1942) fut le premier titulaire de la chaire d'égyptologie à l'University College de Londres (1893). «Il est considéré, précise un article de Wikipédia, comme le père de l'égyptologie moderne, étant le premier à utiliser des méthodes de fouilles scientifiques en Égypte comme la stratigraphie, qui consiste à relever les objets couche par couche, ce qui permet d'effectuer des datations plus précises.»
Le texte intégral de son ouvrage The Pyramids and Temples of Gizeh, publié en 1883, peut être consulté sur Internet aux deux adresses suivantes : www.touregypt.net/ et www.ronaldbirdsall.com/
Dans cet ouvrage, l'auteur y reprend notamment les données de la relation d'Hérodote sur le nombre des ouvriers du chantier de la pyramide de Khéops (100.000 hommes), la durée du chantier (20 ans) et la machine utilisée pour hisser les blocs de pierre.
W. M. Flinders Petrie apporte toutefois des détails qui découlent à la fois de cette relation et d'observations sur le terrain. Selon lui, les maçons spécialisés travaillant toute l'année à la construction proprement dite de la pyramide pour le façonnage et la mise en place des blocs transportés des carrières d'Assouan durant la période de crues du Nil devaient être au nombre de 3.600 à 4.000 hommes. Telle était en effet la capacité d'accueil du campement dont on a retrouvé les vestiges derrière la deuxième pyramide de Guizeh. Puis d'ajouter que, sur la base d'une moyenne de 120.000 blocs mis en place chaque année (sur 20 ans), il fallait un mois à une équipe de quatre maçons pour installer un seul bloc de pierre.
Petrie relève par ailleurs certains imperfections techniques dans le déroulement du chantier.
Dans la chambre du Roi, par exemple, les travaux de maçonnerie ont été très bien exécutés... si ce n'est que les bâtisseurs ne sont trompés dans leurs mesures de niveau : la chambre est légèrement plus élevée (de 2 ¼ pouces), côté Nord-Est, une différence beaucoup plus grande que celle observée sur la base de la pyramide. Une erreur comme celle-là est « étonnante », poursuit Petrie, et il lui semble difficile de l'imputer aux architectes ou aux maçons opérant sur place. Elle serait plutôt due, selon lui, aux tailleurs de pierre qui ont façonné les blocs de granit bien avant la construction de la chambre du Roi, ces travaux de taille ayant été exécutés à la hâte et ayant fait l'objet de moins de soins... à moins que cette imperfection ne soit imputable à la mort du chef de chantier qui devait superviser les travaux de taille !
Signes de "négligence", erreurs de calcul, travaux inachevés ? Selon Petrie, une observation attentive des entrailles de la pyramide débouche sur le constat que, parfois, non seulement le travail a été quelque peu bâclé, mais que certaines parties n'ont jamais été achevées. La configuration tortueuse des shafts (interprétés souvent comme des trous d'aération), par exemple, prouve ou bien que leur construction n'a pas été envisagée dans un premier temps, ou bien qu'elle a été oubliée en cours de construction. Erreurs de calcul ou dans l'exécution des travaux, pierres laissées à l'état brut... le chantier de la Grande Pyramide révèle quand même quelques imperfections !
Concernant la fameuse "machine" faite de petits morceaux de bois, telle que décrite sommairement par Hérodote, Petrie se risque à lui donner une forme.
Les moyens employés, remarque-t-il, pour soulever les blocs de pierre intégrés dans la structure de Khéops n'ont fait l'objet d'aucune description exacte. Il n'en émet pas moins la théorie suivante : pour les blocs "ordinaires", de quelques tonnes chacun, il a dû être très possible d'employer la méthode consistant à les poser sur deux piles de dalles en bois, puis à les basculer d'un côté et de l'autre, d'une pile à l'autre, à l'aide d'un longeron placé sous les blocs, pour augmenter, par adjonction de dalles supplémentaires, la hauteur des piles à tour de rôle et ainsi élever les blocs de pierre. Cette méthode a dû également être applicable aux plus gros blocs de pierre, les 56 poutres de la toiture de la chambre du Roi et des espaces au-dessus. Le système de bascule joint à l'utilisation de grandes mâchoires métalliques a dû permettre aux maçons de soulever et guider de telles masses pour les hisser à leur emplacement définitif.


 Illustration extraite de Wikipédia
Je relève enfin cette réflexion de W. M. Flinders Petrie, qui lui a sans doute servi de philosophie dans ses nombreuses recherches archéologiques : « It is better to omit some things that may be true, than it is to include a number of dubious theories which are not supported by a system of coincidences in different parts of the structure. »