mercredi 31 juillet 2013

Preuves architecturales et topographiques à l’appui, Jean-Pierre Houdin est convaincu que le Sphinx de Gizeh représente le roi Kheops - 2e partie

Deuxième partie



Pyramidales :
À ce point de notre échange, je retiens que, selon vous, et contrairement à une certaine “pensée unique”, le Sphinx doit être mis en relation avec Kheops, non avec Khephren.
Sait-on la ou les raisons qui ont incité le Roi à adjoindre à sa pyramide une telle sculpture ? Quelles en étaient la signification et la fonction ? Pourquoi le roi aurait-il ainsi choisi de se faire représenter avec une tête humaine et un corps de lion ?



Jean-Pierre Houdin :
Comme je vous l’ai dit précédemment, je pense que les excroissances sur le Plateau ont dû avoir leur importance, celle dans laquelle la tête du Sphinx a été sculptée ayant une particularité supplémentaire : sa position au bas du Plateau, au sud-est de la pyramide de Kheops. N’oubliez pas qu’à l’époque, la capitale était Memphis et que celle-ci se trouvait au sud-est du Plateau, un peu plus en amont dans la vallée du Nil. Cette situation avait déjà certainement conduit les architectes et les géomètres à choisir l’emplacement de la pyramide de Kheops à la limite du promontoire dominant la vallée. De fait, la pyramide était très visible depuis Memphis. Entre les deux, la ville des ouvriers a été implantée entre la colline aux Corbeaux et le Nil, au sud du port qui était divisé en deux zones : celle d’approvisionnement de la ville et celle de déchargement des matériaux venant de Tourah et d’Assouan. L’axe majeur de vue et d’approche de la pyramide était donc depuis le sud-est et plus on s’approchait de celle-ci, plus le Sphinx devenait imposant. Il apparaissait alors comme un gardien des lieux regardant vers l’est, d’où le soleil se levait tous les jours, annonçant la renaissance du Roi dans un cycle éternel. La position et l’orientation de l’excroissance rocheuse ont donc certainement dû inspirer ses créateurs, et ce d’autant plus, ne l’oublions pas, que le Plateau de Gizeh est une immense nécropole et que l’idée de protéger un lieu sacré avait déjà dû germer.
© Emilienne Dubois


Le Sphinx porte la pyramide de Kheops sur son dos




Pour toute chose, il y a toujours une première fois. Disons donc que le Sphinx de Gizeh a lancé un concept que l’on retrouvera dans pratiquement toutes les dynasties qui ont suivi. Pourquoi un corps de lion et une tête humaine représentant le roi ? Certainement parce que le lion était perçu comme le roi des animaux (il l’est d’ailleurs toujours) et que lui donner le visage du Roi était symbolique, fusionnel.
N’étant pas égyptologue, je ne peux donc rien affirmer dans ce domaine, mais je vous donne mon sentiment qui fait suite à une approche architecturale, celle-ci ayant le mérite de remettre la réflexion dans le contexte de l’époque, celui d’un gigantesque chantier.



Pyramidales :
Je cherche à imaginer la configuration du plateau de Gizeh au terme du règne de Kheops, à savoir notamment sans les deux autres pyramides majeures de ses successeurs. Nous avons, en partie haute, du côté nord, la pyramide et le Temple Haut, et, du côté est, le Temple de la Vallée de Kheops, très éloigné de la zone qui nous concerne, plus le Sphinx et le temple qui le jouxte au pied de la rampe du port. Que vient faire le Sphinx dans tout cet aménagement de l’espace ? S’il avait réellement une fonction essentielle, pourquoi les deux autres Rois - Khephren et Mykerinos - n’ont pas imité leur prédécesseur en construisant leur propre Sphinx ? Ou alors, doit-on voir là une marque de mégalomanie de la part de Kheops ?

Jean-Pierre Houdin :
Au moment de sa création, je ne pense pas que le Sphinx ait été vu comme un élément essentiel, mais plutôt comme un élément complémentaire. La position de l’excroissance rocheuse à cet endroit aurait généré l’inspiration, la motivation prenant le relais.
Pour moi, et après avoir étudié très méticuleusement le Plateau pendant des années, il est évident que le Sphinx a été sculpté sous le règne de Kheops et que c’est ce Roi qui lui a donné son visage. Maintenant, quelle est la motivation ?
En complément de la plus formidable pyramide jamais construite, Kheops aurait-il voulu matérialiser, à une certaine époque de son règne, sa toute puissance et imposer sa marque sur le Plateau par cette sculpture qui le déifiait ?
Il ne devait pas manquer de conseillers au palais pour ce genre de projet.
Cela pourrait s’inscrire dans la réflexion de certains égyptologues qui pensent que la fin de règne de Kheops aurait été marquée par une lutte sans merci entre le pouvoir royal et le clergé, ce dernier s’opposant à un roi devenant un dieu vivant trop puissant, et qui de ce fait, lui faisait de l’ombre. Après la mort du Roi, l’intermède Djedefre s’expliquerait ainsi par une reprise en main du pouvoir par le clergé.
À l’opposé, certains pensent que le Sphinx aurait été commandité par Djedefre en hommage à son père. Comme je n’envisage pas une seconde, et pour de nombreuses raisons, que Djedefre ait fait sculpter le Sphinx durant son propre règne, cela pourrait indiquer que celui-ci assurait la régence du royaume dans les dernières années du règne de Kheops. Des inscriptions lui étant attribuées et datées d’avant la fin du règne de Kheops ont été découvertes sur des poutres de couverture de la fosse de la barque royale de Kheops ; cela pourrait appuyer cette hypothèse. De même, on est sûr que Djedefre fut le Maître des cérémonies funéraires de Kheops, ce qui impliquait qu’il était son successeur en titre.
Enfin, durant la 4ème Dynastie, la conception et la construction des pyramides relevaient du principe d’évolution et non pas de celui de révolution ; pourquoi le Sphinx ne serait-il pas tout simplement un projet programmé dès le début de la conception, vu sa position au pied du Plateau et au cœur du chantier ? De toute façon, je ne pense pas que les travaux de sculpture du Sphinx aient commencé au début du chantier. Je situe les premiers coups de pics vers la fin de la construction de la Chambre du Roi, c'est-à-dire vers la 16ème année au plus tôt, lorsque le port ne servira plus qu’à la livraison des blocs de façade en calcaire de Tourah.
Cette raison géologique pourrait donc expliquer l’absence de grand Sphinx pour les autres pyramides : pas d’excroissance, pas de Sphinx démesuré. Par contre, l’idée d’intégrer des sphinx dans un complexe funéraire était devenue une réalité, puisque des statues rapportées de sphinx ont commencé à être installées à l’entrée des temples dès le règne de Khephren, comme au Temple de la Vallée de celui-ci. La mode, si je peux employer ce terme, était lancée.

© Jean-Pierre Houdin / Dassault Systèmes


Le Plateau de Gizeh à la fin du règne de Kheops


Pyramidales :
Le Sphinx se présente à nous, aujourd’hui, sous une forme particulièrement dégradée. Son visage, d’une part, aurait subi, selon l’une des hypothèses retenues, les coups sacrilèges de l’artillerie des Mamelouks. D’autre part, son environnement immédiat porte les marques d’une érosion due au ruissellement des eaux de pluie qui, si elles ne sont pas fréquentes en Egypte, peuvent être néanmoins violentes.
En comparant un tel état de la sculpture et de sa fosse avec celui des autres constructions du plateau, d’aucuns pensent que le Sphinx est antérieur, voire très antérieur, aux pyramides.
Que pensez-vous d’une telle lecture des lieux ?

Jean-Pierre Houdin :
Une théorie, initiée dans les années 50 et revenue récemment sur le devant de la scène, tente de démontrer que le Sphinx était déjà présent sur la Plateau de Gizeh plusieurs millénaires avant la construction des grandes pyramides. Cette théorie s’appuie, dans sa démonstration, sur l’analyse de l’érosion pluviale qui est visible sur les murs de l’enceinte du Sphinx.
Si le constat hydrologique et géologique s’avère pertinent, la conclusion qui est proposée ne peut en aucun cas s’appuyer sur ce seul constat, car il manque deux paramètres fondamentaux dans cette étude : la topographie originelle du Plateau de Gizeh et les bouleversements qui l’ont affecté lors de la construction des pyramides de Kheops et de Khephren.
L’addition de ces deux paramètres amène à une conclusion totalement inverse et conforte le fait que le Sphinx a bien été sculpté à l’époque de la construction des grandes pyramides, plus particulièrement sous le règne du roi Kheops, comme je suis en train de vous le démontrer.
Cette introduction faite, je vais me permettre, mon Cher Marc, d’être un peu long sur ce sujet qui demande une explication très détaillée, vu l’importance de la conclusion que j’en tire et qui conforte tout ce qui a été avancé plus haut.
Comme nous l’avons vu précédemment, le Sphinx est une sculpture monobloc directement taillée dans le socle rocheux, la tête à partir d’une excroissance rocheuse et le corps par décaissement, créant de fait tout autour de lui une fosse de plusieurs mètres de profondeur, bordée de parois verticales. En résumé, il surgit littéralement de sa propre carrière.


© Fouad Slim




L’érosion par le vent et le sable a marqué horizontalement, plus ou moins profondément, les parois en fonction de la qualité des strates de calcaire, tandis que l’érosion pluviale, due au ruissellement de l’eau a, quant à elle, tailladé verticalement ces mêmes parois.
Comme on peut le remarquer sur la photo ci-dessus, l’érosion pluviale la plus marquante concerne les parois verticales ouest (au fond) et sud (à gauche) de l’enceinte, tandis que la paroi nord (à droite), plus basse, est moins marquée.
Sur les deux photos ci-dessous de la paroi ouest, le ruissellement semble équitablement réparti tout le long de la paroi, indiquant un écoulement d’eau régulier depuis les carrières en surplomb comprises entre la Chaussée Monumentale de Khephren et la pyramide de Kheops.


© Bob Goldberg


© Jean-Pierre Houdin


Au nord de la fosse (cote 20), la pyramide de Kheops est implantée à un niveau plus élevé (cote 60), créant de fait, avec les pyramides des Reines et les mastabas royaux, une barrière dans cette partie du Plateau. Entre les deux, le terrain est en pente vers le sud comme le montre le sens des strates de la paroi ouest de la fosse
Les deux autres photos ci-dessous montrent l’angle sud-ouest de la fosse et la Chaussée Monumentale qui la longe à quelques mètres. Sur la paroi sud, on note les marques du ruissellement de l’eau qui a creusé de profonds sillons plus ou moins verticaux.
On note également que la fosse a partiellement été comblée entre l’arrière du Sphinx et la paroi ouest.
© Pierre Grussenmeyer


© Jean-Pierre Houdin

Détails des parois de la fosse dans l’angle sud-ouest


   
© Mathias Glad


La photo ci-dessous montre la paroi sud vue depuis l’angle sud-ouest de la fosse et la présence toute proche de la maçonnerie (reconstituée) du mur nord de la Chaussée Monumentale de Khephren. On remarque que dans la première partie, proche de l’angle sud-ouest, les entailles de l’érosion due au ruissellement de l’eau sont très prononcées et la paroi se rapproche de la Chaussée Monumentale en “gradins” (les ombres confirment ce phénomène) ; au contraire, dans la deuxième partie, celle plus proche du Temple de la Vallée, la paroi est bien moins érodée et ne comporte plus de gradins. L’eau de ruissellement n’a donc pas érodé la paroi sud de la même façon sur toute sa longueur et le “passage libre” entre la paroi et la Chaussée Monumentale est plus étroit dans la première partie.

© Jean-Pierre Houdin


L’espace entre la fosse et la maçonnerie de la Chaussée Monumentale est très érodé en partie haute ; on note également le sens d’une érosion de ruissellement bien marquée dans le fond de la fosse.
© Jean-Marc Guyon


© Mathias Glad


Vue de près de l’érosion de ruissellement au fond de la fosse


Sur la photo aérienne qui suit, on retrouve tous les détails évoqués précédemment, particulièrement le cheminement du ruissellement de l’eau au fond de la fosse qui a son origine à l’aplomb de la partie haute de la paroi sud la plus érodée (ellipse rouge). Un élément visible sur cette photo prend maintenant toute son importance : la base de la maçonnerie du mur nord de la Chaussée Monumentale de Khephren (trait jaune). Cette chaussée maçonnée et couverte partait de l’angle nord/ouest du Temple de la Vallée pour rejoindre le Temple Haut à l’est de la pyramide de Khephren, la distance entre les deux étant d’environ 500m.


  
© Jean-Pierre Houdin / Giza Archives


Enfin, on remarque sur la photo ci-dessous qu’il n’y a pas de trace marquée d’érosion due au ruissellement dans le fond de la partie nord de la fosse, à droite du Sphinx, confirmant bien une relation de cause à effet dans la partie sud (à gauche).

© Fouad Slim


Revenons à la topographie du Plateau de Gizeh avant la construction des pyramides.



© Jean-Pierre Houdin / Albert Ranson


(Le nord est en haut de l’image)




Comme on le voit sur ce relevé topographique, les courbes de niveau du Plateau de Gizeh dessinent une “coquille d’huître” inversée vue du dessus et axée est-ouest, le point le plus bas, à l’est, étant à la cote 20 et le point le plus haut, vers l’ouest, étant à la cote 105. Cette “coquille” est bordée à l’est, au nord et à l’ouest par des falaises et au sud par le cours d’un ancien wadi asséché qui a creusé son lit d’ouest en est, comme le montrent les courbes de niveau en cuvette.



Sur une ligne oblique centrale orientée nord-est / sud-ouest, les Égyptiens vont successivement implanter les trois grandes pyramides en s’adaptant parfaitement au terrain : la première au nord, la pyramide de Kheops, à cheval sur la ligne de cote 65 ; la deuxième au centre, la pyramide de Khephren, à cheval sur les lignes de cote 70 et 75 ; la dernière au sud, la pyramide de Mykerinos, entre les lignes 70 et 75. Quant au Sphinx, il a été sculpté à l’est, entre les lignes de cote 20 et 30, sa tête étant taillée dans une excroissance rocheuse présente à cet endroit.

© Jean-Pierre Houdin / Albert Ranson


À l’origine, le ruissellement des eaux de pluie suivait les pentes naturelles liées à la topographie. Ainsi, toutes les eaux de pluie arrivant au sol dans la zone de la “coquille” comprise entre les futures pyramides de Kheops et Khephren et le futur Sphinx, s’écoulaient vers le sud-est du wadi, prenant de la vitesse avec l’augmentation de la pente pour finir dans le lit du Nil.

© Jean-Pierre Houdin / Albert Ranson


La topographie a été remaniée une première fois lors de la construction de la pyramide de Kheops, avec deux aménagements majeurs modifiant la topographie du Plateau :
- la réalisation d’une rampe reliant le port du chantier à la base de la rampe extérieure construite provisoirement pour approvisionner le chantier en matériaux ;
- l’ouverture, de part et d’autre de la rampe du port, des principales carrières du chantier qui ont fourni pratiquement tous les blocs de calcaire utilisés pour la construction du volume de la pyramide, à l’arrière des blocs de façade en calcaire de Tourah.
À la fin de la construction, le Plateau avait l’aspect comme le montre la modélisation 3D d’étude ci-dessous :

© Jean-Pierre Houdin / Dassault Systèmes


Cette nouvelle morphologie a entraîné une modification du parcours des eaux pluviales ruisselant des zones nord et ouest du Plateau, la carrière au nord de la rampe du port recueillant une grande partie de ces eaux pour les dévier vers la fosse dans laquelle le Sphinx avait été sculpté, avant que celles-ci ne se déversent dans le port et le Nil. La paroi ouest de cette fosse commença alors à subir une érosion régulièrement répartie sur toute sa longueur, tandis que le reste des eaux de ruissellement se répandait sur la rampe du port et dans les carrières au sud de celle-ci avant de rejoindre le wadi et le Nil.
© Jean-Pierre Houdin / Dassault Systèmes


Les flèches rouges indiquent le nouveau parcours des eaux de ruissellement
suite au chantier de la pyramide de Kheops.
Les traits jaunes montrent les premières érosions pluviales sur les parois
des carrières (érosion constatable aujourd’hui sur la paroi ouest
de la fosse du Sphinx et sur le flanc sud de la fondation
de la Chaussée Monumentale de Khephren).

© Jean-Pierre Houdin


L’érosion sur la paroi ouest de la fosse du Sphinx est représentée
par la ligne jaune sur la modélisation 3D d’étude

© Jean-Pierre Houdin


L’érosion sur le flanc sud de la Chaussée Monumentale est représentée
par la ligne jaune sur la modélisation 3D d’étude

Après la construction de la pyramide de Kheops, le ruissellement des eaux pluviales sur le Plateau avait changé, mais l’érosion consécutive était encore largement répartie sur le terrain.


La construction de la pyramide de Khephren va à nouveau bouleverser l’écoulement des eaux de pluie. Le lieu d’implantation de la pyramide de Khephren est le résultat d’un choix motivé par des questions économiques. En effet, les architectes ont profité au maximum de la topographie et des aménagements déjà réalisés sous le règne de Kheops pour offrir au Roi Khephren une pyramide rivalisant avec celle de son père, tout cela pour un coût bien inférieur. Le projet peut se résumer ainsi :
- une implantation de la pyramide à un niveau plus haut d’une dizaine de mètres par rapport à celui de la pyramide de Kheops ;
- une zone avec une déclivité plus importante permettant de conserver plus de socle rocheux sous la pyramide, et ainsi d’économiser beaucoup plus sur les besoins en matériaux extraits des carrières par rapport à la pyramide de Kheops ;
- un décaissement plus important tout autour, la pyramide étant construite dans une imposante carrière, ce qui limitait le transport d’une grande partie des matériaux ;
- une base carrée plus petite (215m au lieu de 230m), une pente plus forte (53,1° au lieu de 51,4°) pour une hauteur légèrement plus faible (143,5m au lieu de 146,7m) et un volume total inférieur de 372.000m³ (2.211.000m³ au lieu de 2.583.000m³) ;
- un aménagement intérieur beaucoup plus sommaire, les appartements funéraires étant “creusés” dans le socle rocheux parallèlement à la construction de la pyramide, sans nécessité d’installer quelque dispositif constructif comme la Grande Galerie dans la pyramide de Kheops ;
- la réutilisation de la rampe du port du chantier Kheops comme fondations de la Chaussée Monumentale reliant le Temple de la Vallée au Temple Haut ;
- l’intégration visuelle “astucieuse” du Sphinx et de son Temple dans le nouvel ensemble funéraire, sans pour autant détourner la fonction originelle de ceux-ci.

Il est évident que les architectes ont réussi leur coup car la pyramide de Khephren trône majestueusement sur le Plateau de Gizeh, volant souvent la vedette à la pyramide de Kheops sur les photos rapportées par les millions de touristes qui passent chaque année ou illustrant les couvertures de magazines avec pour légende : “La Grande Pyramide”.
Par contre, un paramètre n’avait apparemment pas été pris en compte par ces mêmes architectes : l’effet de caniveau dans le ruissellement des eaux de pluie qui allait devenir un problème difficile à gérer une fois les travaux terminés.
© Dassault Systèmes / Giza 3D


Sur cette reconstitution 3D du Plateau de Gizeh représentant les trois pyramides terminées, on distingue l’ensemble des carrières qui ont été exploitées pour la construction de ces monuments et en plein milieu de celles-ci, une imposante barrière maçonnée qui coupe totalement la topographie du lieu en deux parties : la Chaussée Monumentale de Khephren.


Comme on l’a vu, cette Chaussée Monumentale a été construite sur l’ancienne rampe du port du chantier Kheops, avec ce détail qui a toute son importance : la chaussée maçonnée elle-même ne mesurait qu’une dizaine de mètres de largeur, tandis que la rampe en soubassement mesurait environ 24 mètres de largeur, laissant donc un “trottoir” dallé de part et d’autre de la chaussée d’environ 6 mètres de largeur. Le trottoir au nord de la chaussée démarrait à la sortie est du Temple haut et longeait la chaussée jusqu’au Temple de la Vallée, affleurant la topographie naturelle en deux endroits précis : les premières dizaines de mètres depuis le Temple Haut jusqu’à la paroi verticale en limite ouest de la carrière nord et la zone comprise entre la limite est de cette carrière, au-dessus de la fosse du Sphinx, et le Temple de la Vallée.
Tout le long de la carrière nord, une paroi verticale, diminuant en hauteur en sifflet d’ouest en est, bordait le trottoir nord de la chaussée. Sans s’en rendre compte, les architectes ont créé un véritable “caniveau” composé du mur nord en maçonnerie de la chaussée et du trottoir d’environ 6 mètres de largeur à sa base.

© Jean-Pierre Houdin / Dassault Systèmes / Giza 3D


Le “caniveau”, surligné en rouge, longeant la Chaussée Monumentale

L’érosion par ruissellement a laissé la trace de l’emprise de la Chaussée Monumentale de Khephren comme on peut le constater sur place de nos jours. Les “trottoirs-caniveaux” de cette chaussée sont en décaissé par rapport à l’ensemble de la fondation d’origine qui est encore visible sur le Plateau.
    
© Jean-Pierre Houdin


© Jean-Pierre Houdin / Dassault Systèmes / Giza 3D



À la fin de la construction de la pyramide de Khephren, la partie est de la carrière nord, en surplomb de la fosse du Sphinx (à l’intérieur de l’ellipse rouge), affleurait le trottoir nord dans l’angle sud-ouest de celle-ci.
Une nouvelle modification du parcours du ruissellement des eaux pluviales de cette zone du Plateau s’en est suivi, matérialisée par les flèches rouges sur la modélisation 3D ci-dessous, avec un goulet d’étranglement qui s’est formé dans l’angle sud-ouest au-dessus de la fosse du Sphinx (surlignée par l’ellipse rouge), les eaux dévalant le caniveau venant se télescoper avec celles dévalant de toute la zone au nord de la Chaussée Monumentale. Lors des violents orages, l’écoulement devenait littéralement tumultueux au point de jonction : la fosse devenait alors un exutoire, l’eau ravinant fortement les parois verticales dans la zone ainsi que le fond de la fosse en continuant son chemin vers le port et le Nil.
Cette érosion plus importante n’était donc pas due à des pluies plus fréquentes et plus fortes, mais bien à une augmentation brutale de la quantité d’eau ruisselant en un point précis en période de fortes pluies. Pour preuve, toute personne qui a assisté à un orage au Caire a pu en remarquer la violence, la quantité d’eau reçue au sol en un temps très court pouvant être très impressionnante.
© Jean-Pierre Houdin / Dassault Systèmes / Giza 3D


Malgré le comblement par le sable, avec le temps, des carrières au nord de la Chaussée Monumentale de Khephren, on comprend très bien en regardant cette vue panoramique ci-dessous, que toute l’eau de ruissellement convergeait vers la zone cerclée sur ces deux images.

© Jean-Pierre Houdin


Revenons maintenant à la théorie selon laquelle le Sphinx aurait été taillé à une époque très largement antérieure à la construction des pyramides, durant une hypothétique période de très fortes pluies. La question principale qui vient tout de suite à l’esprit, après avoir analysé la topographie du terrain, est celle-ci : alors que l’écoulement naturel des eaux de pluie, comme on l’a vu, suit une direction nord/nord-ouest vers le sud/sud-est, pourquoi la paroi verticale la plus érodée par le ruissellement est celle qui se trouve au sud de la fosse du Sphinx alors que la pente continue vers le sud/sud-est après cette paroi sud ?
Dans une topographie générale non remaniée par la construction des pyramides, ce sont les parois ouest et nord qui, en toute logique, auraient dû être les plus affectées, et la paroi sud aurait été préservée, l’eau arrivée en contrebas ne remontant jamais une pente…
Pour que l’érosion ait cet aspect, il a fallu qu’un élément perturbateur soit ajouté à la topographie : cet élément est la Chaussée Monumentale de Khephren qui a “rabattu” les eaux de ruissellement vers la fosse du Sphinx. Il n’y a donc aucun argument climatique valide qui permet d’affirmer que le Sphinx a été taillé il y a 10.000 ans.


© Giza Archives


La Chaussée Monumentale de Khephren a rabattu les eaux de ruissellement
vers la fosse du Sphinx




Preuves architecturales et topographiques à l’appui, Jean-Pierre Houdin est convaincu que le Sphinx de Gizeh représente le roi Kheops - 3e partie

Troisième partie


Pyramidales :
Les soubassements du Sphinx donnent lieu à des considérations qui, sans pour autant être inspirées par les visions fantasmagoriques d’un Edgar Cayce, sont loin d’être élucidées. Des sondages, effectués en 1987, par des techniciens de l’Université de Waseda, ont notamment révélé la présence, dans le sous-sol du Sphinx et des espaces attenants, de cavités et de sillons.
D’autres recherches ont également été faites, mais les résultats de ces prospections demeurent entourés d’un halo de mystère étrangement entretenu.
Le grand Champollion-Figeac écrivait en son temps : “Le sphinx des pyramides a été étudié, le sable qui l'encombrait momentanément détourné, et il a été reconnu que ses colossales dimensions avaient permis de pratiquer entre le haut de ses jambes antérieures et son cou, une entrée qu'indiquent d'abord les montants d'une porte ; celle-ci conduisait à des galeries souterraines creusées dans le rocher sur une très grande distance, et enfin, on se trouvait en communication avec la grande pyramide.”
Alors ? Indices ou pures élucubrations ?

Jean-Pierre Houdin :
Les tenants de ces théories ésotériques n’ont pas une grande connaissance du Plateau de Gizeh, c’est le moins que l’on puisse dire. Comme je vous l’ai dit plus haut, la cote d’altitude du terrain dans la zone du port et du Sphinx est la cote 20 et le lit du Nil est plus bas à l’époque. On sait que le port de chantier de Kheops et de Khephren était devant les Temples de la Vallée de Khephren et du Sphinx.
Un sondage effectué dans les années 90 a mis en évidence la présence de granit à une dizaine de mètres de profondeur à l’endroit supposé.




Seul du granit tombé d’un bateau peut expliquer cette découverte. Par ailleurs, le niveau de la nappe phréatique est toute proche et on sait de nos jours ce que cela entraîne comme travaux : un pompage fréquent de l’eau sous le Sphinx.
Quand on voit le degré de connaissances et d’expertise des Egyptiens de l’époque, quel architecte, quel ingénieur, quel hydrologue ou quel géologue se serait lancé dans la réalisation d’un temple souterrain sous le Sphinx ? Pour moi, c’est totalement inconcevable.
Par contre, les Egyptiens ont-ils pris à l’époque des mesures pour tenter de régler ce problème d’eau de ruissellement ?
On peut se poser la question quand on regarde de plus près certains détails sur le site, le long de la Chaussée Monumentale et dans la fosse du Sphinx.
À mi-parcours de la Chaussée Monumentale (cercle rouge sur la photo aérienne ci-dessous), on trouve sur les flancs nord et sud de celle-ci les débouchés d’un tunnel qui a été creusé sous la chaussée. Celui-ci pourrait avoir été creusé à l’origine par le besoin d’évacuer les eaux de ruissellement dévalant dans le fond en pente de la carrière au nord de la même chaussée.

© Jean-Pierre Houdin / Google


Le type de percement est assez curieux et fait penser à une buse en béton que l’on trouve sous les routes pour laisser passer les eaux de pluie.


© Jean-Pierre Houdin


Vue de l’entrée du tunnel sur le côté sud de la Chaussée Monumentale


© Mathias Glad


L’analyse de l’intérieur du tunnel lui-même semble confirmer la fonction de canalisation des eaux de pluie du nord vers le sud. Un puits vertical a été creusé dans le trottoir sud de la chaussée elle-même, mais celui-ci semble plus tardif.


© Mathias Glad


Le tunnel traverse la Chaussée Monumentale à quelques mètres en-dessous de celle-ci. Des traces d’eau stagnante sont parfaitement visibles
sur les murs latéraux et au sol.

© Mathias Glad


Vue de l’entrée du tunnel sur le côté nord de la Chaussée Monumentale. Celle-ci a été en partie comblée par du sable, tout comme la carrière qui la borde. Le fond de la carrière et l’entrée du tunnel devaient être au même niveau.


Un détail que l’on retrouve également sous la Chaussée Monumentale de Kheops, dans sa partie proche du Temple Haut (ci-dessous).


© Jean-Pierre Houdin / Airpano


© Jean-Pierre Houdin


Il paraît évident que ce tunnel, dont la profondeur est relativement faible, n’était pas destiné à servir de passage pour les humains, mais plus probablement pour évacuer l’eau de ruissellement de pluie.
Revenons aux théories alternatives nous annonçant tout un réseau de tunnels et de salles secrètes contenant les archives d’une civilisation perdue et s’appuyant sur le fait que des sondages par radar de sol pénétrant (GPR) confirmeraient la présence de vides en sous-sol. Une polémique est née il y a quelques années quand les autorités égyptiennes ont reconnu l’existence de puits et de tunnels, mais sans donner d’explication complémentaire ; ce silence a bien évidemment entraîné un regain de spéculations de la part des défenseurs de ces théories.



On sait parfaitement qu’il existe bien trois puits verticaux creusés dans la fosse au contact de Sphinx (un à l’arrière, un au nord et un au sud) et qu’ils sont reliés par des tunnels dont l’un s’étirerait, au minimum et d’ouest en est, de l’arrière de la statue jusqu’aux pattes, où une maçonnerie bloquerait le passage.
L’explication de la présence de ces puits et tunnels pourrait être bien plus rationnelle que tout ce qui a été avancé : les Egyptiens auraient en fait créé un réseau de drainage pour lutter contre l’inondation de la fosse du Sphinx par les eaux de ruissellement. La position des puits au ras du corps du Sphinx en font de véritables avaloirs qui seraient reliés au tunnel central qui court d’ouest en est, ce dernier se développant bien au-delà de ce qui a été visité, pour rejoindre le port du chantier distant de quelques dizaines de mètres. La maçonnerie récente bloquant le tunnel n’aurait pour seule utilité que d’empêcher tout retour d’eau et de limiter le pompage.
Le fait que les autorités gardent le silence sur ces puits et tunnels pourrait s'expliquer par leur manque d'intérêt pour l'égyptologie.
Mais plus intéressant encore et qui pourrait venir soutenir cette idée : nous avons la preuve irréfutable que les constructeurs de la pyramide de Mykerinos (ou leurs successeurs) ont eu également à affronter un problème de ruissellement des eaux de pluie. En effet, reprenant les fouilles entreprises dans l'entre-deux-guerres par George Reisner, le Dr Mark Lehner et son équipe ont mis à jour des travaux de drainage et de dérivation d’écoulement des eaux pluviales, datant de l'époque, dans la zone du Temple de la Vallée de Mykerinos, celui-ci ayant par ailleurs été l’objet de plusieurs reconstructions suite à des dégradations importantes. Un déversoir maçonné a été découvert du côté nord de la Chaussée Monumentale, très près du temple de la Vallée (ellipse en rouge sur la modélisation 3D ci-dessous).

© Jean-Pierre Houdin / Dassault Systèmes / Giza 3D


Comme on peut le remarquer, la Chaussée Monumentale de Mykerinos coupe une nouvelle fois le Plateau de Gizeh en deux parties. Il semble donc que le problème du ruissellement des eaux pluviales était récurrent à cause des barrières infranchissables créées par les Chaussées Monumentales. On ne peut pas penser à tout !
Pour conclure, n’oublions pas qu’avec le temps, tout le Plateau de Gizeh a été enseveli sous le sable et que la fosse du Sphinx a été comblée, de même que les carrières environnantes. On sait, grâce à la stèle de Thoutmôsis IV, que le Sphinx était déjà totalement ensablé vers 1.400 av. J.-C.; on peut donc faire remonter l’ensablement du Plateau à l’époque de la Première Période Intermédiaire, vers 2.100 av. J.-C., lorsque la nécropole a été envahie par les habitations, puis finalement abandonnée au début du Moyen Empire. L’érosion principale de la fosse du Sphinx par l’air, le sable et l’eau n’a de fait été possible que sur une période relativement courte, moins de 4 siècles, comparativement à l’âge de l’énigmatique Sphinx qui regarde l’est depuis 45 siècles.


Pyramidales :
Certains auteurs penchent pour la contemporanéité du Sphinx et de la pyramide de Khephren, avec ses aménagements annexes, à partir du constat que les blocs de pierre ayant servi à la construction du Temple de la Vallée proviennent de la fosse dans laquelle le Sphinx a été sculpté.
Voyez-vous là un argument contredisant votre propre interprétation ?

Jean-Pierre Houdin :
Absolument pas ! D’une part, le Temple de la Vallée est lui aussi pratiquement construit dans sa propre carrière et, d’autre part, regardez la carrière autour du Sphinx, on voit bien qu’elle est divisée en deux parties : celle directement autour de Sphinx, et celle au nord de celle-ci. La deuxième est beaucoup moins profonde et reste au niveau du Temple de la Vallée de Khephren et semble postérieure à la première partie. Situé à proximité du Temple, les énormes blocs taillés dans cette partie n'auraient pas eu un long voyage à faire.


© Khaled Ibrahem
Le Sphinx et la pyramide du Roi Kheops



Enfin, pour conclure, je reprendrai votre première phrase d’introduction: “ Jean-Pierre Houdin, depuis près d’une quinzaine d’années, vous “fréquentez” le plateau de Gizeh. » Je voudrais rajouter que j’ai aussi passé beaucoup de temps à étudier le site de Dahchour et les deux pyramides de Snefrou, la Rhomboïdale et la Rouge. J’ai travaillé sur leurs méthodes de construction, elles aussi de l’intérieur, bien sûr, mais avec des procédés (rampes extérieure et intérieure) adaptés à chacune d’elle, et beaucoup de modélisations sont déjà faites. Ceci dit, la première des choses qui saute aux yeux, là encore, c’est la topographie. A Dahchour, chaque pyramide est bâtie sur un terrain plat, pour preuve que les Egyptiens n’avaient pas techniquement besoin d’une butte à l’intérieur du monument pour l’asseoir, comme une dent sur un pivot. Ensuite, on voit que les concepteurs ont collé au plus près à la topographie et adapté leurs procédés de construction par rapport aux carrières et rampes. Après toutes ces années d’études, rien qu’en regardant une photo aérienne de la pyramide Rouge, je peux vous expliquer en détail sa construction à travers la lecture des aménagements apportés par les architectes et topographes et qui sont encore visibles de nos jours.
Je laisse vos lecteurs méditer en regardant ce dessin réalisé par les architectes Italiens Maragioglio et Rinaldi dans les années 60 et cette photo aérienne Google : pour moi, c’est comme un livre ouvert.



Le plan de relevé de Maragioglio et Rinaldi avec les traces des passages d’accès

La vue aérienne Google


Annexe :
Extracts from the presentation by Dr Pr Rainer Stadelmann previously cited above:

“The southern limit of these quarries is clearly defined by the rocky escarpment on which Khafre later sited the causeway leading to his own pyramid. It is precisely because of these quarries of Khufu that Khafre’s Causeway does not follow an E-W path to its temple in the valley, but deviates visibly to the south. This means that to define the path of his causeway, Khafre had to take account of an existing layout, a significant older structure that he had to go around, which required a change in the normal line of the causeway, and not the other way round, as has always been claimed. Well this object could only have been the Great Sphinx. Thus, the rectangular cavity at the centre of which the Sphinx was cut straight from the rock was certainly part of Khufu’s quarries. This can be supported by comparing the stone from different courses of the Great Pyramid with various formation layers observed on the rocks that form the body of the Sphinx and the walls of the cavity. The sequence of blocks coming from the various layers is clearly identified by the type of erosion. At the start, the surface of the rock on which the Great Sphinx was cut would have to be considerably higher than the rocky plain that extends towards the south. It is likely that it was as high as the northern apron on which the tombs of the royal sons were built or at least at the same height as the mound at the extreme south that includes remnants of the quarries of Khafre and Menkaure.
“The entire mass of the original promontory between the current ground level in the depression of the Sphinx and the upper level of the plateau of the Great Pyramid, some 20 m in height, was extracted to supply blocks for the body of the stonework for the Great Pyramid.
“We therefore wonder why Khufu would have fortuitously left a mound at the southern end of his quarries, where Khafre and his craftsmen could later improvise the idea of sculpting a Sphinx, as is generally supposed. In my opinion, this idea is not convincing.
“Naturally, the single fact that the Great Sphinx occupies the southern limit of Khufu’s quarries still does not prove that it was undoubtedly Khufu who had the idea to have it sculpted. Even so, it is unthinkable that during such a prodigious reign and in a funereal complex of such rigorous and largescale design, the rarely equalled perfection of which makes it still one of the wonders of the world today, a rock would have been left by chance on the southern edges of the most extraordinary construction site. Moreover, the rock is located very close to the valley and is therefore visible to those living in the nearest dwellings.
”

mardi 4 juin 2013

Interview de Zahi Hawass (mai 2013) - en anglais

Zahi Hawass répond aux questions suivantes :

- “When did the adventure with archaeology start for you ?”
- “What is your biggest discovery ?”
- “Why did the Egyptians build the pyramids ?”
- “What happened to Khufu’s mummy ?”
- “How the Egytian pyramids were built ?”
- “Who built the first pyramid in Egypt ?”
- “What do you think about theories that connect Egypt with Atlantis or Aliens ?”
- “Tell us more about your work that you did in Seti I tomb”
- “How many secrets are still hidden in Egypt ?”
- “What are your plans for the future ?”

Lire quelques commentaires de François Tonic, dans Pharaon Magazine :