samedi 21 novembre 2009

"Le problème de leur construction comme celui de leur destination ne sera sans doute jamais expliqué" (Victor Fournel - XIXe s., à propos des pyramides de Guizeh)

Soucieux d'"accomplir jusqu'au bout [son] devoir de touriste, sans enthousiasme, mais sans déshonorer la France par [sa] faiblesse", Victor Fournel (1829-1894) présente, dans son récit de voyage D'Alexandrie au Caire (1899), comme un véritable exploit le fait de grimper au sommet de la Grande Pyramide et surtout de pénétrer dans ses "entrailles", puis de se coucher, selon un rituel de circonstance, dans le sarcophage de la Chambre du Roi.
J'ai retenu de cet ouvrage ces quelques extraits qui comportent une longue citation où l'historien 'Abl-al-Latîf relate la manière dont les pyramides furent délestées de leur revêtement.

On remarquera que Victor Fournel qualifie de pyramide "rouge" celle de Mykérinos, alors que cette appellation est aujourd'hui réservée à celle de Snéfrou (Dahchour).



Illustration extraite de l'ouvrage de Victor Fournel


Nous voici donc au pied de ces monuments fameux que notre époque, comme l'antiquité, compte encore au nombre des merveilles du monde et dont la masse indestructible, après soixante siècles, défie toujours les outrages du temps. Les trois pyramides de Ghiseh, celle de Chéops surtout, sont démesurées, puisque la tour de Babel  s'est écroulée depuis des milliers d'années, les plus prodigieuses des œuvres humaines, et il est douteux que la science moderne, avec toutes ses ressources et tous ses progrès, en concentrant tous ses efforts, en appelant à son aide la vapeur et toutes ces merveilleuses machines qui représentent le génie de l'homme accumulé depuis la Création jusqu'à nos jours, fût capable d'en produire de pareilles.
Le problème de leur construction comme celui de leur destination ne sera sans doute jamais expliqué. Elles n'étaient possibles, d'ailleurs, qu'en un temps et un pays où le souverain pouvait disposer de son peuple comme d'un instrument docile à ses caprices, quels qu'ils fussent, et l'appliquer tout entier à faire ce qu'il avait rêvé.
(...) Qu'on nous permette de le dire sans détour, la première impression qu'on éprouve, ou du moins que nous ayons éprouvée, est celle d'un certain désappointement. On n'est pas accablé, comme on s'y attendait. Malgré le rapprochement de quelques masures, d'une auberge et de la belle maison du khédive, bâties à quelques pas de là et qui paraîtraient fournir un point de comparaison, l'énormité de ces masses de pierre n'apparaît pas tout d'abord dans ses écrasantes proportions. Peut-être ce phénomène, qui se produit assez fréquemment d'ailleurs devant les statues ou les édifices colossaux, tient-il autant à la forme pyramidale qu'à l'immense étendue où se prolonge à l'infini la plaine de sable dont elles gardent l'entrée. C'est de loin qu'il faut les voir et qu'elles produisent le plus d'effet. Quoi qu'il en soit, cette première impression ne dure pas, soit qu'on entreprenne de longer un des flancs de la grande pyramide, soit qu'on regarde simplement les touristes qui l'escaladent et qui s'agitent à son sommet. La base est enterrée de plusieurs mètres : les flancs et le sommet de la pyramide ont été dépouillés de leur revêtement de granit, et ainsi l'élévation se trouve réduite par en haut comme par en bas ; néanmoins elle dépasse encore de plus de trente pieds le double de la hauteur des tours de Notre-Dame.
(...) On a calculé qu'avec les pierres de la seule pyramide de Chéops, qui forment une masse de 25 millions de mètres cubes, on pourrait bâtir un mur haut de six pieds et long de mille lieues. Ler sujet se prêterait également à beaucoup d'autres calculs semblables, aussi effrayants pour l'imagination. Un récit de l'historien arabe Abdallatif est peut-être plus propre encore à donner une idée accablante de ce que sont les pyramides. Il raconte que le sultan Mélik-al-Aziz-Othman-ben-Yousouf, s'étant laissé persuader par quelques courtisans de les démolir, résolut de commencer par la pyramide rouge, la plus petite des trois. C'est celle de Mycerinus, qui atteint à peine le tiers de la première :"Le sultan, dit Abdallatif, y envoya donc des sapeurs, des mineurs et des carriers, sous la conduite de quelques-uns de ses principaux officiers et des premiers émirs de sa cour, et leur donna ordre de la détruire. Pour exécuter les ordres dont ils étaient chargés, ils établirent leur camp près de la pyramide ; ils y ramassèrent de tous côtés un grand nombre de travailleurs, et les entretinrent à grands frais. Ils y demeurèrent ainsi huit mois entiers, occupés avec tout le monde à l'exécution de la commission dont ils étaient chargés, enlevant chaque jour, après d'être donné bien du mal et après avoir épuisé toutes leurs forces, une ou deux pierres. Les uns les poussaient d'en haut avec des coins et des leviers, tandis que d'autres travailleurs les tiraient d'en bas avec des cordes et des câbles. Quand une de ces pierres venait enfin à tomber, elle produisait un bruit épouvantable, qui retentissait à un grand éloignement et qui ébranlait la terre et faisait trembler les montagnes. Dans sa chute elle s'enfonçait dans le sable ; il fallait derechef employer de grands moyens pour l'en retirer ; après quoi l'on y pratiquait des entailles pour y faire entrer des coins. On faisait aussi éclater des pierres en plusieurs morceaux, puis on transportait chaque morceau sur un chariot pour le traîner au pied de la montagne qui est à peu de distance, où on le jetait.
Après être restés longtemps campés en cet endroit et avoir consommé tous leurs moyens pécuniaires, comme leurs peines et leurs fatigues allaient toujours en croissant, que leur résolution, au contraire, s'affaiblissait de jour en jour et que leurs forces étaient épuisées, ils furent contraints de renoncer honteusement à leur entreprise. Cela se passait en l'année 593 (1196). Aujourd'hui, quand on considère les pierres provenues de la démolition, on se persuade que la pyramide a été détruite jusqu'aux fondements ; mais si, au contraire, on porte les regards sur la pyramide, on s'imagine qu'elle n'a éprouvé aucune dégradation, et que, d'un côté seulement, il y a une partie du revêtement qui s'est détachée."
(...) Le Sphinx, on le sait maintenant par une inscription qui figure au musée de Boulak, est plus vieux que les pyramides d'un nombre de siècles assez considérable pour qu'il eût déjà besoin d'être réparé pendant que l'on construisait la plus ancienne de celles-ci.
(...) Celui qui le premier osa pénétrer ainsi, par ces couloirs étroits et obscurs, dans les entrailles de la pyramide, s'enfonçant comme un reptile à travers cette nuit soixante fois séculaire, suivant à tâtons, écrasé par la masse horrible qui pesait sur lui et sans pouvoir aspirer une bouffée d'air pur, l'interminable sentier sépulcral, sans savoir s'il ne marchait pas droit à un abîme et s'il retrouverait jamais son chemin vers la lumière du jour, celui-là, plus encore que le navigateur d'Horace, dut avoir le cœur bardé d'une triple cuirasse d'airain.


vendredi 20 novembre 2009

"La vue de cette construction prodigieuse inspire des réflexions philosophiques bien différentes" (Laurent de Saint-Aignan - XIXe s.)

Sans émettre de point de vue personnel dans son récit de voyage La Terre Sainte : Syrie, Égypte et Isthme de Suez (1868), l'abbé Laurent de Saint-Aignan passe en revue quelques théories admises de son temps sur la destination des pyramides.
On ne manquera pas de noter la pique qu'il lance aux "insulaires" Anglais "qui ont généralement remplacé leur foi religieuse par la foi commerciale" et dont le comportement au sommet de la Grande Pyramide était pour le moins étrange.
De l'abbé de Saint-Aignan, je n'ai trouvé que les deux informations suivantes : il était prêtre à Orléans et membre de la Société asiatique de Paris, qui compta parmi ses fondateurs et premiers membres Sylvestre de Sacy, Champollion, Pierre Rémusat, Henri Maspéro...





"La science de construction que révèlent les pyramides est immense, dit M. F. Lenormant, et n'a jamais été surpassée. Avec tous les progrès des sciences ce serait, même de nos jours, un problème bien difficile à résoudre que d'arriver, comme les architectes égyptiens de la IVe dynastie, à construire, dans une masse telle que celle des pyramides, des chambres et des couloirs intérieurs qui, malgré les millions de kilogrammes qui pèsent sur eux, conservent au bout de soixante siècles toute leur régularité première et n'ont fléchi sur aucun point."
(...) Les pyramides jouissent du privilège d'attirer l'attention de tous le savants et de tous les voyageurs. Elles le méritent bien. La pyramide de Chéops est, sans contredit, le monument le plus ancien et le plus élevé même qui existe dans le monde. La vue de cette construction prodigieuse inspire aux diverses classes de spectateurs des réflexions philosophiques bien différentes.
Les uns, et ce ne sont pas les moins sages, y aperçoivent un exemple frappant de la vanité des biens et des grandeurs terrestres, et s'écrient avec Bossuet : "Ô mortels ! venez contempler le spectacle des choses mortelles ! Quelqu'effort que fassent les hommes, leur néant paraît partout. Ces pyramides étaient des tombeaux, et encore les rois qui les ont bâties n'ont-ils pas joui de leurs sépulcres."
Les autres s'indignent contre l'orgueilleux Chéops, ce tyran de l'Égypte, qui n'a pas craint de sacrifier les sueurs et la vie de plus de cent mille hommes, pour s'édifier un palais funéraire qui n'a pu préserver son cadavre du contact des vivants. Volney, par exemple, déclame contre "l'extravagance et la cruauté des despotes qui ont commandé ces barbares ouvrages". II est très vrai, je l'avoue, que Chéops a opprimé son peuple dans ce but par des travaux excessifs.
D'autres, en calculant les efforts, les matériaux et les sommes énormes qui ont été dépensés pendant trente années à cet édifice, regrettent que tant de frais n'aient pas été employés pour une œuvre utile au pays. Beaucoup d'Anglais pensent ainsi, et ne voient dans les pyramides et le sphinx que : "A great misapplication of labour and capital" comme le dit un de leurs Guides. Car ces insulaires, qui ont remplacé généralement leur foi religieuse par la foi commerciale, prisent avant tout les intérêts matériels. Ils s'amusent souvent à dîner sur le sommet de la grande pyramide, puis à faire rouler en bas les barils qui contenaient leurs vins et leurs viandes. C'est très spirituel !
Voici comment Châteaubriand réfute les détracteurs du Pharaon qui eut assez de génie pour concevoir cet ouvrage empreint de tant de simplicité et de tant de grandeur, et assez de puissance pour l'exécuter :
"Je sais que la philosophie peut gémir ou sourire, en songeant que le plus grand monument sorti de la main des hommes est un tombeau ; mais pourquoi ne voir dans la pyramide de Chéops qu'un amas de pierres et un squelette ? Ce n'est point par le sentiment de son néant que l'homme a élevé un tel sépulcre, c'est par l'instinct de son immortalité ; ce sépulcre n'est point la borne qui annonce la fin d'une carrière d'un jour, c'est la borne qui marque l'entrée d'une vie sans terme... La vue d'un tombeau n'apprend-elle donc rien ? Si elle enseigne quelque chose, pourquoi se plaindre qu'un roi ait voulu rendre la lecon perpétuelle ? On ne peut condamner ces édifices qui portent la mémoire d'un peuple au-delà de sa propre existence, et le font vivre contemporain des générations qui viennent s'établir dans ses champs abandonnés. Qu'importe alors que ces édifices aient été des amphithéâtres ou des sépulcres ? Quand l'homme a passé, les monuments de sa vie sont encore plus vains que ceux de sa mort ; son mausolée est au moins utile à ses cendres ; mais ses palais gardent-ils quelque chose de ses plaisirs ?... Pour moi, loin de regarder comme un insensé le roi qui fit bâtir la grande Pyramide, je le tiens au contraire pour un monarque d'un esprit magnanime."
À quelle époque, par qui et dans quel but les pyramides ont-elles été construites ? La science moderne peut répondre, en partie du moins, à ces questions naguère tout à fait insolubles, car elle a soulevé le voile mystérieux qui enveloppait ces monuments. Les égyptologues s'accordent avec Hérodote et Diodore de Sicile pour reconnaître que le fondateur de la grande pyramide est Choufou (on y a lu son nom en hiéroglyphes), celui de la seconde Chafra et celui de la troisième Menkari : noms qu'Hérodote a grécisés sous les formes de Chéops, Chéphren et Mycerinus. Mais ils reculent de bien des siècles la date assignée par l'historien grec aux pyramides, et ils admettent que Chéops et les deux rois ses successeurs appartiennent à la quatrième dynastie memphite, et régnèrent à une époque très antérieure à l'invasion des rois Pasteurs (Hyksos}, et par conséquent avant l'arrivée d'Abraham en Égypte . Plusieurs pensent que ces monuments ont été élevés vers l'an 3000 avant J.-C., c'est-à-dire peu de temps après le déluge suivant le calcul des Septante adopté par Eusèbe.
(...) On a fait beaucoup d'hypothèses sur la destination des pyramides. Au XIVe siècle, on les appelait les Greniers de Pharaon, et le seigneur d'Anglure nous apprend qu'on croyait que Joseph les avait fait construire afin d'y garder le blé pour le temps de la disette. (Ce pèlerin champenois vit sur la pyramide des maçons qui en détachaient des pierres, et les laissaient dévaler pour bâtir les édifices du Caire). Quelques-uns en ont fait des sanctuaires, les autres des observatoires astronomiques parce qu'elles sont très exactement orientées. (De cette orientation de la grande pyramide, on a conclu ce fait d'une haute importance pour l'histoire physique du globe : c'est que depuis plusieurs milliers d'années la position de l'axe terrestre n'a pas varié d'une manière sensible. La pyramide de Chéops est le seul monument sur la terre qui puisse fournir le moyen d'une telle observation.) D'autres considèrent les pyramides comme des sortes de digues contre les irruptions sablonneuses du désert. Ce qui est incontestable, c'est qu'elles étaient des tombeaux ; Hérodote, Diodore, Strabon, etc., l'ont affirmé, et les découvertes modernes confirment cette antique tradition.

jeudi 19 novembre 2009

"Les assises, disposées en forme de gradins, servaient, au fur et à mesure qu'elles étaient placées, d'échafaudage" (Joseph d'Estournel -XIXe s.)


Mais qui était donc le Comte Joseph d'Estournel ? Difficile de le savoir à partir des résultats proposés par une recherche sur Internet. Le nom "d'Estournel" permet de faire un grand voyage dans l'univers des vins, et même des grands crus. Autrement, rien !
Cet illustre pour nous inconnu n'en est pas moins l'auteur d'un Journal d'un voyage en Orient, publié en 1844. Suivent quelques extraits du tome 2.
L'auteur y consigne quelques remarques d'ordre technique sur la pyramide de Khéops (on notera que, selon lui, les "conduits" de la Chambre du Roi étaient destinés à l'approvisionnement en nourriture des courtisans du pharaon défunt, enfermés avec lui), après avoir pris la précaution d'affirmer que "Tout est doute et mystère" dès qu'il s'agit des pyramides.





J'avais devant moi la seule des sept merveilles de l'ancien monde qu'il ait été donné aux hommes de nos jours de contempler, car les six autres ont disparu, et la place même des trois que je suis allé chercher à Rhodes, à Halicarnasse et à Éphèse est ignorée.
(...) Je ne m'étendrai point sur l'historique des pyramides. Ici tout est doute et mystère. Ce qu'Hérodote et, après lui, Diodore re
gardent comme le plus probable, c'est que, environ mille ans avant notre ère, le roi Chéops ou Chemnis, puis son frère, puis son fils, élevèrent ces monuments immenses. Manéthon les attribue aux rois de la quatrième dynastie, cinquante et un siècles avant Jésus-Christ. Depuis, chaque savant a eu son système ; les uns voient dans la grande pyramide la sépulture d'Osiris ; les autres un observatoire astronomique. Enfin, ce que remarque Diodore que, de son temps, ni les historiens, ni les Égyptiens eux-mêmes n'étaient d'accord sur leur origine et leur but, est également vrai aujourd'hui, et dix-huit siècles de plus n'ont rien éclairci. Je ne répèterai donc point ce que tout le monde a lu, pas même l'anecdote scandaleuse de la fille de Chéops. Je m'assis sur les débris de la chaussée, en gros blocs, qui jadis servait d'avenue à la nécropole, et je contemplai en silence ce prodigieux spectacle. Je croyais toucher à la grande pyramide quand j'en étais encore à un quart d'heure de marche.
À ma droite, le sphinx à demi ensablé, déployant sa longue croupe, élevait de trente pieds sa tête mutilée avec une grâce et une majesté dont les efforts du temps et du vandalisme n'ont pu effacer le sentiment. Le rocher calcaire dans lequel il a été taillé est le même qui sert de fondation et probablement de noyau aux pyramides. La pierre, tout usée qu'elle est, laisse encore deviner les contours que la main de l'artiste lui avait imprimés, et la couche de couleur imitant le porphyre dont elle était revêtue. Quelques doctes ont cru que ce sphinx était l'œuvre et peut-être le portrait d'un Tothmosis, pharaon de la dix-huitième dynastie, le même dont Joseph fut ministre. Quoi qu'il en soit, ce colosse symbolique, énigme personnifiée, sentinelle avancée des tombeaux, semble placé là pour exprimer le mystère dont le trépas enveloppe ses secrets et le doute qui s'élève dans l'âme du mourant à l'approche de son heure suprême ; car tout a sa signification dans les monuments allégoriques de la vieille Égypte.
(...) J'entrepris l'ascension de la grande pyramide, mais, au bout de quelques assises, l'assistance même qu'on me prodiguait sans que je pusse m'en défendre, me dégoûta de ma tentative. Je craignais que mes acolytes ne me lâchassent, et la roideur des marches, si l'on peut appeler ainsi des blocs de deux à trois pieds de hauteur, m'effrayait ; à mes côtés, Démétrius, pour m'encourager, me racontait je ne sais quelle histoire ridicule d'un tonneau que des Anglais avaient hissé dernièrement au haut de la pyramide, pour se donner le plaisir de l'en faire descendre en roulant. Il admirait beaucoup cette invention. "Remarquez bien, seigneur comte, répétait-il, un tonneau vide ! Les milords avaient commencé par le boire sur la plate-forme."

Je revins sur mes pas, réservant ma curiosité pour l'intérieur du monument. Après les préparatifs nécessaires, nous nous élevâmes par une rampe formée de débris accumulés, jusqu'à l'entrée placée vers le milieu de la face septentrionale. Là, nous nous enfonçâmes en nous courbant dans les entrailles de la pyramide par un couloir de trois pieds en carré, revêtu de marbre blanc. Nous descendîmes d'abord une pente assez rapide ; puis nous grimpâmes sur des blocs très glissants et nous passâmes par une ouverture qui me parut pratiquée à coups de pioche ; ensuite je continuai à monter peu à peu et moins péniblement, la voie étant devenue plus spacieuse. Vers le milieu du trajet un pas difficile m'arrêta. Il fallut écarter les jambes et placer alternativement les pieds dans des trous entaillés dans l'épaisseur des deux murs parallèles ; enfin, en nous aidant des genoux, des pieds et des mains, et à la sueur de nos fronts, nous parvînmes à une salle de seize pas de long sur huit de large. Les murs très enfumés demandent à être examinés de près pour reconnaître la beauté du granit rose dont ils sont entièrement revêtus ainsi que le plafond. Vers le bout de la salle, un sépulcre vide atteste le néant de l'orgueil du pharaon qui, pendant vingt années, au dire d'Hérodote, fatigua tant de milliers d'hommes à lui préparer une sépulture ; il paraît qu'il trouvait encore des courtisans pour habiter avec lui dans ce palais de la mort, et un canal étroit, dont on nous fit remarquer l'orifice, servait, dit-on, à introduire les vivres qu'on leur faisait passer du dehors.
Le savant Maillet, qui a écrit sur les pyramides un Mémoire auquel il ne reste rien à ajouter, et que Savary a inséré en entier dans ses Lettres, pense que ces malheureux avaient emporté leur bière avec eux, et qu'ils se rendirent successivement les devoirs funéraires. Diodore affirme au contraire que cette tombe, que Chemnis s'était préparée à si grands frais, ne reçut point sa momie. Le fait est, ainsi que je l'ai dit en commençant, qu'on ignore également et l'historique de ces monuments lors de leur origine, et l'époque où les califes en violèrent l'entrée.

Quelque vive que fût ma curiosité, il m'eût été impossible de prolonger mes recherches, car la chaleur était suffocante et l'absence d'air extérieur la rendait tellement intolérable que nous fûmes bientôt forcés à la retraite. Telle est la salle dont quelques érudits ont voulu faire un cabinet d'étude, un laboratoire scientifique, sans s'inquiéter seulement s'il était possible d'y respirer et d'y vivre ; en nous en retournant, nous vîmes la pièce, moins grande que l'autre, à laquelle on donne le nom de Chambre de la Reine. Démétrius à chaque moment nous régalait de quelques traits d'érudition. Il ne cessait de se récrier sur les rapports surprenants qu'il trouvait entre les pyramides et les catacombes de Rome, où, remarquait-il, il faut également allumer des torches en plein jour pour se diriger.

(...) Je dois avouer qu'à cette première visite les pyramides ne remplirent pas toute mon attente. Cette merveille du monde me semblait basse et écrasée quand je la comparais aux clochers dentelés et à jour dont le moyen âge a couvert l'Europe. Je pensais, avec un sentiment d'orgueil pour nos ancêtres, que la puissance architecturale des Égyptiens et des Romains n'avait pas été jusqu'à concevoir la cathédrale gothique perçant les nuages de ses flèches et Michel-Ange posant dans les airs le plus magnifique des dômes.




(...) Je fis le tour de ces grands monuments à travers les débris qui les environnent, et je m'avançai jusqu'à la quatrième pyramide qui est très basse comparativement aux trois premières, et derrière laquelle on en trouve encore deux qu'on n'aperçoit point du Kaire ni de la plaine de Djizé ; l'une est presque renversée, et j'ai lu que, lors de notre expédition, on entreprit de la faire démolir par les soldats pour étudier sa construction. L'autre se compose de plusieurs étages superposés en retrait, comme celle que j'ai vue à Sakara. En me livrant à ces explorations, seul dans le silence de la nuit et du désert, je me demandais pourquoi partout, en Orient comme en Italie, les monuments que la destruction a le plus respectés sont toujours des sépultures.(...) Ces pyramides que j'ai devant moi ont fatigué le temps, et dans les catacombes chrétiennes comme dans celles de Thèbes et de Beni-Hassan, les flancs des rochers sont restés des gardiens fidèles de tout ce que la main de l'homme y a peint et gravé. Chose singulière, que de tant de palais et de temples élevés sous le paganisme aux puissances de la terre et du ciel, ceux dédiés à la Mort aient survécu aux autres, comme si la durée semblait attribuée de préférence à ce qui touche au trépas et à la douleur, ainsi que l'a exprimé si mélancoliquement Pétrarque, ou comme s'il était donné à la tombe d'être encore la plus sûre de toutes les habitations provisoires de l'homme, cette tombe d'où nous sortirons un jour revêtus d'une vie nouvelle, et qui conserve religieusement le dépôt qui lui a été confié dans le temps pour le rendre à l'éternité.
(...) Nous discutâmes sur les procédés employés par l'architecte pour compléter la construction de ces merveilles de l'art ; question qui, il y a tant de siècles, intriguait déjà Hérodote. Il paraît naturel de croire que les assises, disposées en forme de gradins, servaient, au fur et à mesure qu'elles étaient placées, d'échafaudage aux ouvriers pour continuer l'édifice, et que, lorsqu'on fut parvenu au sommet, on donna la dernière main à l'œuvre, soit en abattant l'angle saillant de chacune des marches de l'escalier, soit plutôt en remplissant, par des marbres taillés en prisme, les intervalles des degrés. C'est cette dernière opération sur laquelle nous ne nous sommes pas trouvés suffisamment éclairés, bien que l'explication telle que je viens de la donner paraisse la plus probable. Tous ces marbres auront été depuis arrachés et dispersés ; une portion est sans doute enterrée sous le sable ; beaucoup auront servi à l'ornement des cimetières turcs où la plupart des plaques de marbre blanc qui s'y trouvent employées en grand nombre ont été taillées aux dépens des monuments antiques. Ce qu'il y a de certain, c'est que les dégradations extérieures faites à main d'hommes aux pyramides sont telles qu'on comprend, en les voyant, la contradiction des différents systèmes ; car, de même que le Parthénon et le Colisée, ces gigantesques constructions, après avoir épuisé des carrières pour leur achèvement, sont devenues des carrières elles-mêmes, et l'on a peine à s'y reconnaître. Nous descendîmes assez facilement de la pyramide en sautant à pieds joints d'assise en assise. Je ne tentai point de rentrer dans l'intérieur où, à ma première visite, j'avais été au moment d'étouffer. J'ai déjà remarqué quelle singulière illusion se sont faite les gens qui ont écrit et prouvé que la salle sépulcrale était un laboratoire astronomique. Je ne pourrais certainement y rester une demi-heure sans m'évanouir ; il est vrai que je ne suis pas astronome. Les savants sont drôles quelquefois ; parmi les raisons concluantes apportées par plusieurs d'entre eux pour établir que la chambre du roi était une sépulture, il n'est pas fait mention de la présence du sarcophage qu'on y a trouvé ; cette preuve leur aura paru trop vulgaire, et ce n'est pas la seule fois que j'ai vu des antiquaires montrer de l'esprit là où il ne fallait que des yeux.
C'est Belzoni qui, le premier, a reconnu les conduits de la seconde pyramide, dont l'accès est fort difficile. Assez près, vers le nord, nous nous introduisîmes en rampant dans un tombeau, de la découverte duquel je fus redevable à une indication que m'avait laissée M. Wilkinson. Des sujets empruntés aux arts et métiers y sont représentés, et les voyageurs qui se trouvent empêchés de parcourir la Haute-Égypte doivent examiner avec une attention particulière ces peintures qui leur donneront une idée de celles des hypogées de Thèbes et de Beni-Hassan. On y reconnaît le laboureur, le moissonneur, le menuisier, les danseurs, les pasteurs qui chassent devant eux des antilopes à coups de courbache, ce fouet flexible fait en peau d'hippopotame et qui est encore en usage aujourd'hui. Plusieurs chambres sont entièrement ensablées. Nous explorâmes d'autres tombeaux dans les environs ; la plupart ont été transformés en étables, et l'on y arrive par une large et profonde allée creusée à pic et qui longe les faces septentrionale et occidentale de la seconde pyramide. Le rocher porte souvent l'empreinte de caractères hiéroglyphiques. Dans un souterrain enfumé, un long cadre sculpté en creux renferme treize figures relevées en bosse, et sur un mur de refend une peinture représente des sacrificateurs montant à un temple, et d'autres occupés à dépouiller de leur cuir des bœufs renversés et les pieds liés. M. Prokesch trouva des cartouches qu'il fit copier par un jeune dessinateur qu'il avait amené de Vienne.
Les illustrations de cette note sont extraites de l'ouvrage.

mercredi 18 novembre 2009

Archeologiaviva.tv : le premier canal web italien consacré à l'archéologie



Créée conjointement par la revue Archeologia Viva (première grande revue italienne, fondée en 1982 par Piero Pruneti), par Giunti Editore et la Rassegna Internazionale del Cinema Archeologico/Museo Civico di Rovereto, Archeologiaviva.tv a été lancée le 20 octobre 2009.
Elle est présentée, par ses créateurs, comme "le premier canal thématique pour regarder en face le passé et comprendre le présent", "de la préhistoire à l'ère moderne, avec une attention particulière au monde méditerranéen".
Sont diffusés des news, des reportages et des documentaires sur les cultures "qui ont fait l'histoire"; sur le patrimoine culturel mondial, sur les découvertes et les restaurations.
Pour l'heure, le fonds documentaire du canal web est encore peu fourni et ne comporte, à ma connaissance, aucun élément relatif à l'égyptologie. Mais je suppose que cela ne saurait tarder.
Je vais poser la question à la direction de ce canal et vous transmettrai évidemment la réponse.(*)

www.archeologiaviva.tv

(*) Voici la réponse que j'ai reçue le 19/11/2009 :

Gentile amico

             abbiamo scritto a tutte le case di produzione del nostro indirizzario. Se alcuni produttori ci autorizzano a diffondere i loro film di egittologia lo faremo volentieri .
Il prossimo film di egittologia che diffonderemo tra qualche settimana sarà : L'enigma di Harwa, regia di Alessandro D'Alessandro  (www.harwa.it)

Grazie mille per la tua collaborazione

dario di blasi

Les pyramides : des "monuments destinés à la conservation des sciences, des arts et de toutes les connaissances utiles de la nation égyptienne" (Jean-Baptiste Robinet - XVIIIe s.)


Le philosophe naturaliste français Jean-Baptiste Robinet (1735-1820), Censeur royal, est l'auteur d'un étrange ouvrage intitulé Lettres secrètes de M. de Voltaire, publié en 1765. Son De la nature, publié en 1761, fut condamné, pour ses idées progressistes, par la Congrégation de la Foi (Saint-Office).
Dans son Dictionnaire universel des sciences morale, économique, politique et diplomatique, ou Bibliothèque de l'homme d'État et du citoyen, tome 17 (1780), s'interroge sur la finalité des pyramides, en jugeant comme "vraisemblable" l'hypothèse qu'elles servaient de sépulture aux pharaons. Puis, dans un long développement bâti à partir d'une cascade d'arguments, il définit les pyramides comme les "bibles de l'Égypte", ces monuments étant, avant l'apparition de l'écriture, destinés à la mémorisation des sciences, des arts et des connaissances de l'ancienne Égypte.





Les trois plus remarquables [pyramides] sont environ à quatre lieues du Caire : la principale fut élevée par Chéops, dont on croit encore apercevoir le tombeau, qui a la forme d'un autel. Elle est placée dans le désert d'Afrique, sur un rocher dont la solidité est proportionnée à la masse dont il est chargé. L'aire de la base a quatre-vingt mille deux cent vingt-neuf pieds en carré, et sa hauteur perpendiculaire est de quatre cent vingt-un pieds. Nous avons des édifices modernes beaucoup plus élevés. La seconde, égale en hauteur à la première, est placée dans la même plaine. Le côté septentrional est entier. On y voit deux palais d'une architecture régulière, qu'on soupçonne avoir été la demeure des anciens Rois. La troisième, quoiqu'inférieure aux deux autres en grandeur, les surpasse par la beauté du marbre et de l'architecture. Les Égyptiens confondaient le gigantesque avec le sublime, et tout ce qui était singulier leur paraissait une richesse de l'art. On ignore quels motifs déterminèrent à construire ces monstrueux monuments, dont on n'aperçoit point l'utilité et qui paraissent n'avoir été enfantés que dans le délire de leurs auteurs, qui mesuraient leur gloire à la grandeur des édifices qu'ils élevaient. Les uns pensent que les Rois se proposèrent d'élever un rempart contre la rébellion. D'autres prétendent sans fondement que c'était pour observer les astres, comme si une plaine découverte ou le sommet d'une montagne n'étaient pas aussi favorables qu'une tour à ces observations. Il est vraisemblable qu'elles servaient de sépulture aux Rois. La théologie égyptienne appuie cette opinion. Elle enseignait que les âmes restaient unies au corps jusqu'au moment de sa dissolution, et c'était pour la prévenir qu'ils le dérobaient à l'action destructive de l'air, en le déposant sous une masse impénétrable.
On a hasardé de vaines conjectures pour découvrir par quel mécanisme on a pu élever ces lourdes masses. On ne peut les contempler sans convenir que l'art du levier et des poulies fut porté à un haut degré de perfection, dans les temps les plus reculés.
(...) Les villes dont elle [l'Égypte] était embellie supposent l'art de tailler la pierre et de mouler l'argile, puisqu'elle manquait de bois de construction ; ainsi l'architecture dut y prendre de prompts accroissements. L'on y admirait des temples, des obélisques, des pyramides et des palais dans un temps où le reste des hommes n'avait encore que des antres pour demeures. La solidité de leurs édifices, la hauteur de leurs pyramides supposent de grandes connaissances dans les arts mécaniques.
(...) Le temps qui efface les défauts des grands hommes et qui relève leurs qualités augmenta le respect que les Égyptiens portaient à la mémoire de leurs fondateurs, et ils en firent des dieux. Le premier de ces dieux inventa les arts de nécessité. Le second fixa les événements par des symboles. Le troisième substitua au symbole l'hiéroglyphe plus commode, et s'il m'était permis de pousser la conjecture plus loin, je ferais entrevoir le motif qui détermina les Égyptiens à construire leurs pyramides ; et pour venger ces peuples des reproches qu'on leur a faits, je représenterais ces masses énormes dont on a tant blâmé la vanité, la pesanteur, les dépenses et l'inutilité, comme les monuments destinés à la conservation des sciences, des arts et de toutes les connaissances utiles de la nation égyptienne.
(...) Le génie rare, capable de réduire à un nombre borné l'infinie variété des sons d'une langue, de leur donner des signes, de fixer pour lui-même la valeur de ces signes, et d'en rendre aux autres l'intelligence commune et familière, ne s'étant point rencontré parmi les Égyptiens, dans la circonstance où il leur aurait été le plus utile ; ces peuples pressés entre l'inconvénient et la nécessité d'attacher la mémoire des faits à des monuments, ne durent naturellement penser qu'à en construire d'assez solides pour résister éternellement aux plus grandes révolutions. Tout semble concourir à fortifier cette opinion : l'usage antérieur de confier à la pierre et au relief l'histoire des connaissances et des transactions ; les figures symboliques qui subsistent encore au milieu des plus anciennes ruines du monde, celles de Persépolis où elles représentent les principes du gouvernement ecclésiastique et civil ; les colonnes sur lesquelles Theut grava les premiers caractères hiéroglyphiques ; la forme des nouvelles pyramides sur lesquelles on se proposa, si ma conjecture est vraie, de fixer l'état des sciences et des arts dans l'Égypte ; leurs angles propres à marquer les points cardinaux du monde et qu'on a employés à cet usage ; la dureté de leurs matériaux qui n'ont pu se tailler au marteau, mais qu'il a fallu couper à la scie ; la distance des carrières d'où ils ont été tirés, aux lieux où ils ont été mis en œuvre ; la prodigieuse solidité des édifices qu'on en a construits ; leur simplicité dans laquelle on voit que la seule chose qu'on se soit proposée, c'est d'avoir beaucoup de solidité et de surface ; le choix de la figure pyramidale ou d'un corps qui a une base immense et qui se termine en pointe ; le rapport de la base à la hauteur ; les frais immenses de la construction ; la multitude d'hommes et la durée du temps que ce travail a consommés ; la similitude et le nombre de ces édifices ; les machines dont ils supposent l'invention ; un goût décidé pour les choses utiles, qui se reconnaît à chaque pas qu'on fait en Égypte ; l'inutilité prétendue de toutes ces pyramides comparées avec la haute sagesse des peuples. 


Photo : Jon Bodsworth

Tout bon esprit qui pèsera ces circonstances ne doutera pas un moment que ces monuments n'aient été construits pour être couverts un jour de la science politique, civile et religieuse de la contrée ; que cette ressource ne soit la seule qui ait pu s'offrir à la pensée, chez des peuples qui n'avaient point encore d'écriture, et qui avaient vu leurs premiers édifices renversés ; qu'il ne faille regarder les pyramides comme les bibles de l'Égypte, dont les temps et les révolutions avaient peut-être détruit les caractères plusieurs siècles avant l'invention de l'écriture ; que c'est la raison pour laquelle cet événement ne nous a point été transmis ; en un mot, que ces masses, loin d'éterniser l'orgueil ou la stupidité de ces peuples, sont des monuments de leur prudence et du prix inestimable qu'ils attachaient à la conservation de leurs connaissances. Et la preuve qu'ils ne se sont point trompés dans leur raisonnement, c'est que leur ouvrage a résisté, pendant une suite innombrable de siècles, à l'action destructive des éléments qu'ils avaient prévue ; et qu'il n'a été endommagé que par la barbarie des hommes contre laquelle les sages Égyptiens ou n'ont point pensé à prendre des précautions, ou ont senti l'impossibilité d'en prendre de bonnes. Tel est notre sentiment sur la construction des pyramides de l'Égypte ; il serait bien étonnant que dans le grand nombre de ceux qui ont écrit de ces édifices, personne n'eût rencontré une conjecture qui se présente si naturellement.
(...) On conjecture avantageusement de l'astronomie pratique des Égyptiens par la position de leurs pyramides, dont les faces sont tournées avec beaucoup de précision vers les quatre points cardinaux. Une situation si exacte ne pouvant être l'effet du hasard, il faut en conclure qu'ils eurent de bonnes méthodes pour trouver la ligne méridienne ; et les adroits observateurs savent que cela est plus difficile qu'on ne pense vulgairement (...). Proclus a dit que ces pyramides servirent autrefois d'observatoire aux prêtres égyptiens. Cela n'est guère probable, ou bien ce n'aurait pas été sans raison qu'il y aurait eu, comme on le dit, en Égypte des collèges de prêtres préposés à l'étude du ciel, et qu'ils auraient été assez nombreux pour fournir un observateur à chaque jour. Car c'est presque tout ce qu'aurait pu faire celui dont le tour serait venu, que de monter à son observatoire, d'y observer, et d'en descendre dans la journée.
(...) La vraie Élévation ne consiste pas à délirer, ou à faire ce qu'une imagination déréglée, ou une erreur populaire, représentent comme grand et magnifique. Elle ne consiste pas à tenter des choses difficiles, par l'attrait même de la difficulté. Elle ne se sent pas excitée par l'idée du merveilleux, et par le plaisir de surmonter l'impossible, comme l'histoire l'a remarqué de Néron, à qui tout ce qui était sans apparence se montrait sous l'idée de grandeur.
Elle ne s'attache qu'à ce qui est possible, utile au public, d'une longue durée, et qui étant comparé avec la dépense, la surpasse infiniment par le fruit.
Son objet n'eût point été, ou les pyramides d'Égypte, si souvent et si imprudemment vantées, ou les obélisques taillés avec tant de dépense et de travail dans des carrières de marbre, pour n'être ensuite d'aucun usage pour le public. Un tombeau d'une énorme structure, telles que le sont les pyramides et une pierre d'une hauteur extraordinaire qui ne sert à rien, tels que sont les obélisques, [n'a] rien de grand pour un esprit élevé ; et il ne trouve que de la bassesse dans tous les ouvrages dont le faste et l'inutilité sont la fin.

mardi 17 novembre 2009

"Khéops révélé"... en attendant d'autres révélations

France 5 a diffusé récemment le film "Khéops révélé", un documentaire de 52 minutes, réalisé par Florence Tran et édité en DVD par Gédéon Programmes. Vous pouvez retrouver la vidéo, en trois parties, dans le "mur" vidéo de cette page. Elle figure également en lien, sous la rubrique "Vidéos", dans la barre d'outils spéciale Pyramidales. (*)


Ce film retrace les "secrets" de la construction de la Grande Pyramide, selon la reconstitution du chantier telle que développée par Jean-Pierre Houdin. Il a été couronné Meilleur film du Festival international du Film archéologique Capitello d'Oro lors du Palmarès qui s'est tenu le dimanche 29 mars 2009 à Rome. Outre ce premier prix décerné par un jury de professionnels, le film a été récompensé par le Prix du Public.



Dans le cadre de sa programmation, France 5 a créé un mini-site internet consacré à la théorie de Jean-Pierre Houdin : dossier Khéops.
La chaîne a également ouvert deux forums liés à la présentation de cette théorie :
- Les secrets de la construction de la pyramide de Khéops ;
- Jean-Pierre Houdin répond à vos questions.
Des liens vers ces deux forums figurent dans la barre d'outils spéciale Pyramidales, sous la rubrique "Forums".

Pour donner simplement un aperçu du contenu du forum "Jean-Pierre Houdin répond à vos questions", j'ai sélectionné ces quelques questions-réponses : 

- Avez-vous avancé encore dans la vérification de votre théorie depuis le tournage de ce documentaire ? Notamment en vous rendant sur place pour utiliser une caméra thermique ?
Réponse : La thermographie infrarouge va régler le problème de mise en évidence des rampes intérieures. La technologie avance à grands pas.

- Comment faisait-on pour remonter le contre-poids qui servait à acheminer les blocs de pierre ? 

Réponse : Pendant la 1ère phase, la montée des poutres de la base de la pyramide jusqu'au niveau du sol de la Chambre du Roi, il faut une centaine d'hommes, le contrepoids ne pesant que 17 t. Dans la 2ème phase, la construction des plafonds de la Chambre du Roi, c'est plus facile ! Le contrepoids est lesté à 24 t : il restitue plus de force et n'est pas plus dur à remonter. Le problème est en effet de monter "une poutre" (un seul morceau) qui peut peser de 30 à 63 t. C'est donc un monolithe. Une fois la poutre déchargée de la plateforme qui a permis son transport (à l'opposé du contrepoids), il suffit de charger cette plateforme avec une dizaine de petits blocs de 2,5 t facilement transportables par les rampes de construction. Cette plateforme "devient" un contrepoids pour le contrepoids...

- La présence de zones à moindre densité ne peuvent-elles pas s'expliquer par d'autres impératifs architecturaux ?
Réponse : Non, la sous-densité est très bien déterminée par la microgravimétrie. Le calcaire a une densité de 2,1 à 2,5 (Tourah). La forme en spirale ascendante a une densité inférieure à 1,85... Un mauvais appareillage ne pourrait pas donner cet écart. Pourquoi faire des "finesses architecturales" sans raison ? Il ne faut pas oublier que tout cela se trouve noyé sous le manteau en pierre de calcaire de Tourah des façades.  Il n'y a donc rien à voir. Il faut une raison technique pour faire quelque chose ayant cette forme.
La microgravimétrie est l'étude de la densité des choses. Une spirale aussi marquée et en sous-densité ne peut que montrer un déficit de matière (vides). La largeur de la spirale verte [présentée dans le film] est due au fait que la microgravimétrie montre une "moyenne" de densité dans une certaine zone. Une rampe intérieure de 2 m de largeur abaisse la densité normale de la zone et le résultat est une moyenne. Une moyenne inférieure à 1,85 montre qu'il doit il y avoir "zéro" sur 2 m et 2,2 sur 20 m.

- Une contradiction apparaît dans l'hypothèse de la rampe interne : elle explique comment on pouvait faire tourner les blocs au virage des "coins" de la rampe, mais elle ne donne pas de solution pour savoir comment l'équipage pouvait tourner ces "coins" en tirant des tonnes. Pouvait-on tirer des tonnes avec le frottement à 90 °, même sur une surface lubrifiée ? Un essai a-t-il été fait ?
Même question pour l'hypothèse géniale de la rampe avec contrepoids, au centre de la pyramide (frottement à 360 °).


Réponse : Dans le documentaire "Khéops révélé", tout est dit en ce qui concerne la rotation des blocs (qui ne pèsent pas plus de 2 t lorsque la rampe intérieure devient la seule en service). Les simulations techniques ont bien sûr été faites : les équipages sont composés d'un "quinzaine" d'hommes au grand maxi (par paires, soit 14/16).
Pour la Grande Galerie, il n'y a jamais de frottements à 360°. Il n'y a que 2 types de cordages qui font un "demi-tour" : ceux du tendeur du "train de rouleaux" (qui passe sur un rouleau sur le quai haut de la Grande Galerie) et ceux pour le réarmement du contrepoids : ils sont ancrés dans la chambre des herses, passent à l'avant du chariot contrepoids (sur un rouleau en cèdre tournant dans des gorges graissées taillées dans les montants latéraux du chariot) et sortent en partie haute de la Grande Galerie. Les équipes de réarmement tirent sur l'autre extrémité des cordages, ce qui diminue par 2 la force nécessaire (principe du palan, mais là, sans axe puisque le rouleau, à l'avant du chariot, est un axe en lui-même). Il faut en contrepartie des cordages 2 fois plus longs.
Le même principe est adopté à l'opposé de la Grande Galerie pour la plateforme de transport des poutres de granit et de calcaire. Il y a aussi un train de rouleaux et un ancrage pour les cordages des tractions.
Pour le réarmement du contrepoids lors de la construction des plafonds, une fois la poutre déchargée, la plateforme est chargée de petits blocs facilement transportables par les rampes de construction. La plateforme devient contrepoids du contrepoids.
Quant aux frottements, il y en a, évidement, mais on les a calculés et on en a tenu compte.



(*) Il est évident que la version DailyMotion, en trois parties, du film de Florence Tran (proposée en liens sur le mur vidéo de ce blog et sur la barre d'outils spéciale Pyramidales) n'a pas le même "rendu" que la version du DVD d'origine.
En outre, le coffret de ce DVD comporte un supplément qui séduira tous les adeptes d'égyptologie, grands et moins grands : un DVD interactif et 3D relief "pour passer de l'autre côté de l'écran et voyager librement sur le plateau de Guizeh" tel qu'il était il y a 4500 ans de cela !
Enfin, le coffret "Khéops révélé" propose un livret de 24 pages permettant de mémoriser la théorie développée par Jean-Pierre Houdin.
Pour acheter ce coffret : bacboutique.com (série documentaire-histoire-civilisations)

lundi 16 novembre 2009

"Une petite pyramide à degrés (revêtue) de manteaux de pierres" (Heinrich Karl Brugsch - XIXe s.)

L'égyptologue allemand Heinrich Karl Brusch (1827-1894) est connu pour avoir fondé en 1863 le Zeitschrift für Äegyptische Sprache und Altertumskunde (Magazine pour la langue et l'archéologie égyptiennes).
Il a apporté sa collaboration à Auguste Mariette dans des travaux de fouilles à Guizeh, Saqqarah... En 1870, il fut nommé directeur de l'École d'égyptologie au Caire.
Il est l'auteur d'une Grammaire hiéroglyphique (1872), ainsi que d'une Histoire d'Égypte dès les premiers temps de son existence jusqu'à nos jours (1859).
Dans ce second ouvrage, il écrit, en se référant notamment à Hérodote :



H.K. Brugsch (Wikimedia commons)

"Pas un de ceux qui mettront le pied sur le sol de l'Égypte, ne le [quittera] sans avoir admiré les trois grandes pyramides de Gizeh, village situé vis-à-vis du Vieux Caire. Bâties sur le plateau élevé du désert, qui s'approche à quelques centaines de pas de la lisière des terres cultivées, elles ressemblent de loin à d'énormes cristaux que la montagne libyque a enfantés, et qui s'élèvent jusqu'à l'atmosphère pur et bleu du ciel égyptien. Voilà donc ces fameux tombeaux que trois pharaons de la quatrième dynastie ont élevés à frais inouïs, ces miracles qui ont étonné l'antiquité aussi bien que le monde moderne, et auxquels on n'a rien trouvé encore digne de leur être comparé. Les pyramides dont nous parlons ne sont pas construites sur la même échelle. La première à 746 pieds anglais de large, et 450 p. 9" de haut; la seconde 690 p. 9" de large, et 447 1/2, p. de haut ; la troisième enfin 354 1/2 p. de large, sur 203 p. de haut. Elles sont parfaitement bien orientées, et construites de manière que le roi qui voulait construire son tombeau futur faisait élever une petite pyramide à étages. Peu à peu il revêtait ce tronc de manteaux de pierres, superposés les uns sur les autres, de sorte qu'après un certain nombre d'années, la pyramide devait avoir atteint une hauteur et une largeur très considérables. Alors on achevait la construction en revêtant la pyramide de pierres dures et polies, et en fermant très soigneusement l'ouverture, qui conduisait à la chambre sépulcrale de l'intérieur.
On admet aujourd'hui que l'auteur de la première pyramide est ce roi que les monuments, et surtout les inscriptions tracées à l'encre rouge sur quelques pierres de l'intérieur de la pyramide, appellent Choufou ou Snoum-Choufou ; que la deuxième a pour auteur le roi Safra, et la troisième le roi Menkâourà. Le nom de la première était Our, littéralement "la grande" ; celui de la deuxième Chou, "la splendide" ; quant à celui de la troisième, il est inconnu.
(...) Ce pharaon (le roi Choufou) dont le nom hiéroglyphique se rencontre bien souvent sculpté sur les parois des tombeaux de ses enfants et de ses sujets autour des pyramides, n'eut pas de cœur pour les Égyptiens. Animé de mauvaises intentions, il ferma les sanctuaires des dieux et empêcha le peuple d'adresser ses offrandes aux divinités du pays. Après ces offenses, il força les Égyptiens de travailler à la corvée ; cent mille hommes, renouvelés tous les trois mois, furent employés pendant dix ans. Là où l'on tire encore aujourd'hui les pierres calcaires des carrières de la montagne du Mokattam, du côté droit du fleuve vis-à-vis de Memphis, il fit travailler les uns à transporter des blocs énormes jusqu'au fleuve ; puis les autres traversant le Nil, traînèrent des pierres colossales sur une digue artificielle, que le roi fit construire des bords du fleuve jusqu'au plateau de sa pyramide. Les restes de cette immense digue en pierres sont encore visibles aujourd'hui. Le voyageur qui gravit le chemin conduisant à la première pyramide du côté du Nord-Est la reconnaîtra de prime abord, en arrivant à la hauteur du plateau.Après dix ans de travail à toutes ces constructions, y compris l'arrangement de la base et des chambres souterraines, Choufou commença l'érection de la grande pyramide. On l'éleva (...) en se servant de machines pour faire monter d'estrade en estrade les grands blocs de pierre dont la pyramide est composée. Vingt ans s'écoulèrent avant l'achèvement de ce travail. La pyramide étant terminée, on y sculpta des inscriptions qu'Hérodote prétend avoir vues. Aujourd'hui il n'en reste plus rien."

dimanche 15 novembre 2009

Extraits du "Manuel pour voyageurs en Égypte" de Sir John Gardner Wilkinson (XIXe s.)

Dans son Hand-book for travellers in Egypt, 1847, l'égyptologue britannique, considéré comme le "père de l'égyptologie britannique", Sir John Gardner Wilkinson (1797-1875), décrit  tout ce que bon "touriste" doit savoir des pyramides : leur histoire, la manière de les aborder, leurs caractéristiques extérieures (dimensions...), leurs aménagements intérieurs. Je n'ai rien noté dans cette description qui mérite une particulière mention. Je relève simplement deux extraits dans lesquels l'auteur aborde la question du canal amenant les eaux du Nil jusqu'au cœur de la Grande Pyramide, puis celle des chaussées d'accès aux trois pyramides.
À ces questions, l'auteur apporte les réponses suivantes :
- il est impossible d'admettre qu'une chambre quelconque de la Grande Pyramide ait pu être entourée d'eau ;
- la configuration des chaussées a changé au temps des Califes et des Mamelouks : elles ont été restaurées et réorientées en direction du Caire pour le transport des matériaux de construction arrachés au revêtement des pyramides.



Sir John Gardner Wilkinson (Wikimedia commons)

"Pline mentionne un puits, dans la Grande Pyramide, de 129 pieds de profondeur, par lequel, supposait-on, l'eau du Nil était admise. Mais il est possible qu'il n'en ait eu connaissance que par un récit. Cela ne prouve donc pas que la pyramide était ouverte de son temps. La même remarque s'applique au bloc de pierre qui, selon Strabon, bouchait l'entrée du passage.
Concernant l'admission de l'eau du Nil, mentionnée par Hérodote, le plus bas niveau du fleuve rend totalement impossible l'introduction de l'eau par un canal à l'intérieur de la pyramide dont la base est, même maintenant, plus de 100 pieds au-dessus du niveau de la plus haute inondation. (...)
Qu'un puits dans la pyramide puisse avoir été assez profond pour atteindre l'eau, c'est certain ; mais cette eau ne pouvait pas s'élever au point d'atteindre les chambres les plus basses que l'on voit maintenant au fond du passage. À moins que d'autres chambres n'existent, à une profondeur de 20 à 30 pieds sous le niveau de [celles que nous connaissons], l'eau ne pouvait pas les avoir entourées, même si le Nil avait atteint le niveau qu'il a maintenant. (...) En tout cas, un canal à partir du Nil est hors de question et nullement nécessaire. Étant donné que les Égyptiens devaient savoir qu'en creusant à une certaine profondeur, l'eau s'infiltre toujours à travers le sol et l'argile qui forme la base des rochers, et s'ils voulaient construire des chambres entourées d'eau, ils avaient simplement à les construire à un certain niveau sous le sol pour obtenir ce résultat.
Pline fait allusion au récit où est mentionné ce puits. Mais bien qu'il dise, à proprement parler, que le Nil est plus bas que les pyramides, il n'exprime aucune opinion concernant la possibilité que l'eau soit admise autour de la chambre souterraine. Le "puits" dont il parle n'est pas ce qui porte aujourd'hui ce nom, mais probablement celui situé dans la chambre au bout du passage inférieur (...). L'usage du puits actuel, reliant les deux passages, était réservé (...) à la sortie des ouvriers."

L'auteur mentionne ensuite la chaussée sud de la Grande Pyramide, qui "semble avoir été prévue pour le transport des blocs de pierre de la plaine au sommet de la colline, à partir du fleuve" et qui était vraisemblablement construite avec de nombreuses pierres basaltiques, de telles roches de couleur noire ayant été trouvées au sud de la chaussée et au centre de la face est de la pyramide. Il constate tout d'abord que la chaussée a été rompue pour créer, selon lui, un passage d'évacuation lors des crues du Nil. Quant à sa longueur, elle devait être, conformément à la description d'Hérodote, de 3.050 pieds (correspondant aux 1.000 yards de Pococke), même si les vestiges qu'on peut en observer ne mesurent pas plus de 1.424 pieds, le restant ayant été enseveli sous les dépôts alluvionnaires du Nil au cours des inondations saisonnières.
La largeur de la chaussée est évaluée par John Gardner Wilkinson à seulement 32 pieds, pour une hauteur comprise entre 80 et 85 pieds. Cette hauteur, qui dépasse celle donnée par Hérodote, serait due au fait que la chaussée a vraisemblablement été restaurée par les Califes et les Mamelouks pour le transport des blocs de pierre arrachés aux pyramides pour la construction des beaux bâtiments du Caire.
Par ailleurs, selon l'auteur, il ne semble pas que l'on puisse faire mention d'une chaussée exclusivement liée à la seconde pyramide, sauf à supposer qu'elle ait été démolie lorsqu'elle fut devenue inutile et que ses pierres furent utilisées ailleurs. "Et ne serait-ce que pour la présence de la chaussée de la troisième pyramide, nous pourrions attribuer celle du nord aux califes et expliquer ainsi la relation d'Hérodote : selon lui, à cause de la base sablonneuse sur laquelle la chaussée a été construite, elle avait totalement disparu de son temps."
John Gardner Wilkinson observe enfin l'orientation de la "grande chaussée", qui interfère avec l'implantation des tombes construites à proximité de la pyramide de Khéops :"la direction de l'actuelle chaussée, au lieu d'être celle de l'endroit précis [où les blocs de pierre devaient être déposés en cours de construction de la pyramide, à savoir le coin ou le centre de la pyramide], est en droite ligne vers le Caire. Cela semble indiquer son origine arabe."

samedi 14 novembre 2009

Apothème : suite...

J'ai déjà, dans ce blog, inséré un lien vers le forum du site Numerus, et plus particulièrement vers le topic relatif au phénomène de l'apothème (creusement des faces de la Grande Pyramide).
Depuis le 30 septembre 2009, date de lancement du topic, celui-ci a reçu de nombreuses contributions, notamment de Numerus et Khoufou, respectivement auteurs des sites Numerus et Mystérieuses Pyramides.
Un détail, qui est loin d'être secondaire, l'évolution de ce topic a amené ses deux principaux intervenants à l'illustrer de graphismes et d'animations facilitant la lecture et l'interprétation de données pour le moins complexes.
Voici par exemple comment Khoufou interprète l'évolution du "phénomène de l'éclair" sur la grande pyramide:


Illustration © Michel Michel

Le topic est loin d'être clos.
Je vous invite à le consulter et - pourquoi pas ? - à y participer, après une inscription qui n'est qu'une simple formalité très rapide.

Des "masses, quelque grandes et quelque régulières qu'elles soient, (qui) ne suffisent pas pour émouvoir" (R.J.-B. de Verninac Saint-Maur - XIXe s.)

Dans son  récit Voyage du Luxor en Égypte, entrepris par ordre du Roi, pour transporter, de Thèbes à Paris, l'un des obélisques de Sésostris, édité en 1835, Raymond Jean-Baptiste de Verninac Saint-Maur (1794-1873), capitaine de corvette, commandant de l'expédition, témoigne de sa perplexité face aux "merveilles du monde" que sont les pyramides. Il ressent, certes, une admiration froide, fruit de la réflexion plutôt que d'une quelconque émotion.
Mais, quoique faisant partie des "pauvres marins" qui sont "inhabiles à juger, selon certaines règles routinières, de l'architecture, de la sculpture et de la peinture", il émet quand même quelque avis non pas sur la finalité des pyramides (il s'agit bien de tombeaux), mais sur certains détails de leur construction, du genre :"le nom des rois qui élevèrent les pyramides est aussi incertain que la date et la durée de leur construction". Et de se demander même : les pyramides ne seraient-elles pas antérieures à l'apparition de l'écriture ? On notera également une intéressante comparaison entre l'architecture grecque et celle des Égyptiens.



L'obélisque descendu de sa base et embarqué pour la France
(Wikimedia commons)

La construction de ces monuments [les pyramides de Guizeh], destinés à la sépulture de Chéops, de son frère et de sa fille, coûta, selon Hérodote, cent ans de misère à l'Égypte. S'il entrait dans notre plan de critiquer cet historien, nous observerions qu'il n'est pas croyable que Chéphren, qui ne monta sur le trône qu'à la mort de son frère Chéops, dont le règne avait été de cinquante ans, en ait lui-même régné cinquante-six, et que l'invraisemblance de ce premier point jette beaucoup de doute sur tout le reste. Diodore de Sicile diffère d'Hérodote, et est lui-même contredit par d'autres auteurs. De ces opinions diverses il faut conclure que le nom des rois qui élevèrent les pyramides est aussi incertain que la date et la durée de leur construction. Il n'en est pas de même de leur usage ; toute l'antiquité est d'accord qu'elles furent bâties par l'orgueil pour servir de tombeaux. Ce n'est que dans les temps modernes qu'il a pu venir dans l'esprit de quelques philosophes, plus raisonneurs que judicieux, de leur donner un autre but.
La disposition intérieure de celle qui est ouverte, le grand sarcophage qu'elle renferme, ne permettent pas de douter un instant de leur destination. Mais quoi qu'il en soit de leur usage et de leur origine, l'aspect de ces monuments, dont la masse inébranlable a défié le temps et les
hommes, que l'antiquité plaça au nombre des merveilles du monde, devant qui tant de voyageurs ont été saisis d'un frisson involontaire, ne nous toucha que faiblement. On peut même dire que leur effet diminue à mesure qu'on en approche, et qu'il est bien moindre à huit pas qu'à trois lieues de distance. Mais si l'on parcourt la série des siècles et des peuples qu'ils ont vus disparaître ; si, dans ces jalons des plus vieilles époques, on aperçoit les témoins et les produits d'une civilisation antérieure à toute histoire connue ; si dans les plaines qui les environnent, on voit les lieux où l'imagination riante des Grecs plaça les Champs-Élysées, et dans les canaux qui les entourent, le fleuve qu'il fallait traverser pour arriver au séjour du repos éternel, l'esprit s'ébranle au souvenir de tant de générations éteintes, et l'âme, émue de retrouver le berceau des idées religieuses de la Grèce, s'afflige que cette fable consolante ne soit pas une réalité. C'est donc à la réflexion que les pyramides doivent leur effet prodigieux, et non à cet immense volume de pierres dont l'entassement ayant exigé, dans une longue suite d'années, le concours de toute une nation, n'inspire que du mépris pour des monuments ruineux et inutiles au bonheur des peuples.
La plus élevée des pyramides a environ six cents pieds au-dessus de sa base. On pénètre dans son intérieur par un canal, ouvert à cent pieds du sol,
mais qui dans des temps plus reculés, lorsque le sable ne s'était point encore amoncelé contre les faces de la pyramide, pouvait être au tiers de la hauteur totale. Ce conduit tortueux, qui descend d'abord pour remonter ensuite, mène à deux salles d'inégale grandeur : dans la plus vaste est un beau sarcophage dont le couvercle a été brisé. Ni les parois de la salle, ni le sarcophage ne portent d'inscription ; ce qui est d'autant plus étonnant que les Égyptiens, jaloux de faire passer leur histoire à la postérité, en ont couvert tous leurs autres monuments, particulièrement les tombeaux. Cette observation ferait croire que les pyramides datent d'une époque antérieure à l'écriture ; car, comment allier autrement l'orgueil qui les bâtit, et la modestie qui renonce à y graver son nom ?
Dans la salle la plus petite on trouve l'entrée d'un conduit, rempli de décombres, qui sans doute devait aboutir à d'autres chambres, contenant peut-être d'autres cercueils. S'il en était ainsi, les pyramides ne seraient pas le mausolée d'un seul, mais de vastes nécropoles de rois et de princes, où les corps, à l'abri des injures de l'homme, attendaient une seconde vie. En reprenant le canal par lequel on est venu, on marche quelques instants sur les bords d'un puits très profond, et on sort de la pyramide. Les yeux sont éblouis de retrouver la lumière, et les poumons, fatigués de l'air méphitique de l'intérieur, se dilatent et reçoivent avec délices un air plus propre à la vie.
Au-dessus du niveau actuel du terrain, plus de deux cents assises de grandes pierres constituent la pyramide. Placées en retraite les unes sur les autres, elles forment autant d'énormes gradins qu'il faut escalader pour arriver au sommet. Ce sommet, qu'on croirait de loin se terminer en pointe aiguë, offre une surface de neuf cents pieds carrés. De là, la vue, franchissant des campagnes fertiles, s'étend sur le désert d'Arabie, plonge au nord dans le Delta, mesure au sud, par les pyramides de Sakkarah et de Daschour, la distance qui la sépare du Faioum, et se perd à l'ouest dans les déserts de la Libye, séjour des mauvais génies et de la mort.
(...) De tous les voyageurs qui ont parcouru l'Égypte et visité ses monuments, il en est peu dont l'opinion donne à l'architecture grecque la prééminence sur celle des Égyptiens. On ne peut refuser à la première le goût, l'élégance et la légèreté ; mais on n'y trouve pas cette majesté, cette solidité rassurante, cette grandeur merveilleuse, que le peuple d'Égypte imprima à tous ses ouvrages, et que n'a pu atteindre aucune autre nation. Malgré cet accord unanime de ceux qui ont vu, pourquoi encore tant de doutes défavorables aux constructions égyptiennes ? On vous dit : Inhabiles à juger des formes, vous vous êtes laissé séduire, écraser par les masses, seul mérite des Égyptiens. S'il en était ainsi, pourquoi nous, pauvres marins, qui, en effet, sommes inhabiles à juger, selon certaines règles routinières, de l'architecture, de la sculpture et de la peinture, n'avons-nous pas été écrasés par les masses qui s'élèvent aux plaines de Gizèh ? Pourquoi les pyramides nous ont-elles laissés froids ? Pourquoi n'avons-nous eu pour ces montagnes de fabrique humaine qu'un méprisant dédain ? Pourquoi avons-nous conservé devant leur orgueilleuse cime l'esprit assez sain pour n'y voir que l'immense piédestal sur lequel est assis le génie du despotisme, qui depuis soixante siècles étend ses ailes dévorantes sur l'Égypte ? Pourquoi même, parmi les monuments anciens de l'Italie et de la Grèce, nous est-il resté assez de calme pour analyser le plaisir porté à l'esprit par les yeux, tandis qu'à la vue du temple de Denderah, un trouble inconnu s'est emparé de nous, a renversé notre imagination, et saisi si fortement notre âme, qu'il a fallu sortir du temple et en détourner les regards, pour retrouver la faculté de penser, anéantie comme en un cauchemar?

C'est que les masses, quelque grandes et quelque régulières qu'elles soient, ne suffisent pas pour émouvoir. Dans celles de la nature, il faut, comme aux Alpes, des pitons élancés, des roches suspendues, des abîmes sans fond, pour toucher le spectateur, et le ravir à lui-même par un jeu d'accidents qui ne manquent jamais leur effet. Dans celles qu'a bâties l'homme, il faut qu'à la grandeur, à la régularité, se joigne aussi le jeu des accidents d'une autre espèce : c'est ce jeu que les Égyptiens seuls ont connu. Combinant l'effet de l'architecture, de la sculpture et de la peinture dans une idée morale, celle d'agir sur l'esprit des peuples, déjà préparés par l'éducation aux impressions profondes, ils avaient plus qu'atteint leur but ; aussi pendant quatre mille ans rien ne change dans leurs coutumes civiles et religieuses, et ils seraient encore ce que les avaient faits leurs prêtres, s'ils avaient su demeurer inconnus au reste de la terre, et éviter la conquête et la persécution. En visitant les monuments d'Athènes et de Rome, on ne peut s'empêcher de s'écrier : C'est beau ! C'est admirable ! Mais en pénétrant jusqu'à ceux de l'Égypte, le premier sentiment est de ne pouvoir parler.



vendredi 13 novembre 2009

Les pyramides sous tous les angles


Dans le dédale de toutes les théories qui ont vu le jour pour tenter de comprendre comment les géniaux bâtisseurs égyptiens ont bien pu concevoir et édifier leurs pyramides, à commencer par les trois stars du plateau de Guizeh, il est bon de s'accorder de temps à autre une petite pause. Une pause artistique par exemple.
C'est ce que nous proposent Alain D'Hooghe et Marie-Cécile Bruwier dans leur album Les Trois Grandes Égyptiennes - Les pyramides de Gizeh à travers l'histoire de la photographie (Marval, 1996, 188 p.).
Photographiées de près ou de loin, sur fond de désert ou dans les reflets des eaux du Nil, en blanc et noir ou en tons pastel, hier ou avant-hier, en premier plan ou en "décor" de scène d'un autre scenario, dans leur matérialité brute ou dans un clair-obscur aux contours fuyants, Khéops, Khéphren et Mykérinos nous apparaissent dans toute leur splendeur architecturale, à la fois familière et toujours plus mystérieuse.
Nous suivons ici le regard affûté et inspiré de nombreux grands noms de la photographie. Ils proposent à notre propre regard non pas ces clichés clic-clac vite-fait-bien-fait, mais le fruit d'une contemplation, d'une complicité et d'une "relation amoureuse" qui, par delà le temps, nous "parlent" toujours avec la même intensité. Sont là au rendez-vous d'une histoire inscrite dans la grande Histoire les Ashton, Béchard, Bonfils, Cartier-Bresson, Rodger, Thorne-Thomsen, etc., pour donner à l'éternité les traits, parfois les couleurs, de l'instantané.
Certes, les techniciens et faiseurs de théories ne trouveront pas dans cet album de quoi satisfaire leur légitime curiosité. De surcroît, affront bien involontaire à la géométrie euclidienne, les artistes de l' "écriture avec la lumière" se sont ingéniés à dénicher dans leur lecture des pyramides certains "angles" que l'œil scientifique ne perçoit pas.
L'introduction de Marie-Cécile Bruwier ne rappelle que quelques données historiques et passe rapidement sur les "théories fumeuses" auxquelles les pyramides ont ouvert le champ, mais son propos est surtout de donner un cadre à cette sublime balade inspirée par la seule Photographie (avec majuscule SVP !). Pour l'heure, nous sommes invités à cesser momentanément toute réflexion, puis à admirer et écouter le langage de la pierre. Tout simplement. Sans attendre d'autres lumières que celles du sentiment intérieur, voire de l'émotion.

jeudi 12 novembre 2009

Quel temps fera-t-il sur les pyramides ?


Lithographie de David Roberts (1796-1864)
Source : Wikimedia commons

Quels seront les conséquences de l'érosion, vent, eau et sable confondus, sur le site du plateau de Guizeh ? Quels effets ces facteurs environnementaux ont-ils eus et risquent-ils d'avoir sur la configuration des monuments majeurs du site : pyramides et Sphinx ?
La 3D a cherché, une fois encore, non seulement à reconstituer le passé, mais à anticiper l'avenir. C'est à cette tâche que se sont attelés Ashraf Hussein et Hisham El-Shishiny (IBM Center for Advanced Studies, Le Caire). Ces deux chercheurs égyptiens ont mis au point une batterie de simulations visant à préfigurer ce qu'il adviendra du plateau de Guizeh, à plus ou moins long terme, à moins que les campagnes de maintenance et restauration du site ne parviennent à maîtriser les "éléments".
"L'humanité redoute le temps mais le temps redoute les pyramides", a-t-on écrit. Mais aussi éloquente soit-elle, cette formule n'a rien d'une incantation...
L'étude de Ashraf Hussein et Hisham El-Shishiny peut être téléchargée (coût : US $ 19.95) à l'adresse suivante : Science Direct.
Résumé :
Wind influences are important environmental factors that cause deterioration of historical heritage sites. This work presents a computational framework for investigating the influences of the wind flow over such sites. The wind flow is considered to be fully turbulent, isothermal and incompressible. The present framework employs three-dimensional Reynolds Averaged Navier–Stokes (RANS) equations along with multi-block approach and non-conformal meshes to perform wind flow simulations over such sites with complex geometry. As a case study, the influences of wind flow over the “Giza Plateau”, one of the most important Egyptian historical heritage sites, were studied for the Northwest wind (at average wind speed over the year) and the Southwest windstorms. The study addresses the less understood, yet important, influences of the wind flow structure on the site and its famous monuments: the Pyramids and the Great Sphinx. Qualitative and quantitative treatments of the results are carried out for estimating the wind loading on the different monuments within the plateau. Particular attention was paid to the Great Sphinx to investigate its most vulnerable parts to the wind, as one of the critical environmental factors that cause erosion of this colossal statue.
Merci à Vincent Brown d'avoir attiré mon attention sur cette information.

La "malédiction éternelle" des pharaons, tempérée par l'architecture "étonnamment avancée" des bâtisseurs égyptiens (Jules Barthélémy-Saint-Hilaire - XIXe s.)

Dans ses Lettres sur l'Égypte (1855), le philosophe, journaliste et homme d'État français Jules Barthélémy-Saint-Hilaire (1805-1895) exprime l'admiration et l'émotion que lui inspirent les pyramides, au point d'être "foudroyé".
Après s'être rallié globalement au "récit exact" d'Hérodote, il affirme sa conviction que la Grande Pyramide était revêtue de pierres polies qui furent enlevées par des "mains sacrilèges".
Sur le plan technique de la construction du monument, il lui semble "indubitable" que les constructeurs eurent recours à des "plans inclinés immenses" dont les vestiges furent par la suite effacés.
L'auteur poursuit en se risquant à quelques propositions concernant la découverte probable d'autres chambres, dans la Grande Pyramide, que celles du roi et de la reine, puis à propos du canal souterrain amenant les eaux du Nil au pied de la pyramide.
Il termine son propos par un éloge dithyrambique de l'art des bâtisseurs égyptiens et une indignation non moins appuyée face à la cruauté et à la stupidité des "rois orgueilleux et barbares" qui firent bâtir des édifices aussi prestigieux que les pyramides, simplement destinés à la sépulture de  cadavres voués à la pourriture. Mais, on le remarquera, cela ne l'a pas empêché de... sabler le champagne à la mémoire des pharaons !




Jules Barthélémy-Saint-Hilaire (Wikimedia commons)

Je ne voudrais pas cependant quitter l'Égypte sans vous dire quelque chose des monuments que nous venons d'admirer. Il me semble qu'un voyageur qui aurait vu ces merveilles sans leur consacrer un souvenir serait assez ridicule. Il faudrait qu'il fût bien insensible pour n'en avoir pas été ému ; et, s'il a ressenti en les contemplant quelques impressions profondes, je ne vois pas pourquoi il ne transmettrait pas ces impressions, quelles qu'elles soient, aux gens moins heureux que lui qui n'ont pu les avoir sur les lieux. Les monuments de l'Égypte, d'ailleurs, ne sont pas seulement une gloire pour le peuple qui les a élevés. Ils font partie de l'histoire de l'art par leur originalité, par leur grandeur, quelquefois même aussi par leur perfection ; et les passer sous silence, c'est déchirer une page des annales de l'esprit humain. Quelques-uns de ces monuments ont quatre mille ans et plus. Je vous le demande : il y a quatre mille ans, qu'est-ce que c'était que l'Europe entière, y compris la Grèce elle-même ? Qu'est-ce que c'était que le monde, et même les peuples les plus civilisés de ces temps à demi fabuleux, à côté de l'Égypte pharaonique?

(...) Les monuments que nous avons visités ne sont pas très nombreux. Le but de notre voyage était spécial (...). Cependant nous n'avons pas voulu passer, comme des barbares, à côté de ces splendeurs de l'architecture pharaonique sans y jeter un coup d'œil ; et voici à peu près tous les monuments que nous avons vus sur les bords du Nil : les pyramides de Ghizeh, le temple de Dendérah, les palais et les temples de Thèbes sur les deux rives du fleuve, Esneh, Edfou, et l'île de Philae.
(...) Pour se rendre aux grandes pyramides, qu'on aperçoit sur sa droite quand on les regarde du haut de la citadelle du Caire, il faut passer le Nil, et prendre par le village de Ghizeh, aujourd'hui bien délabré, et dont Léon l'Africain, au commencement du seizième siècle, fait une ville très florissante. Comme l'inondation était encore très haute, et qu'elle couvrait la campagne, il nous a fallu suivre la levée de terre qui, par de longs détours, conduit en serpentant à l'entrée du désert Libyque, où gisent ces gigantesques constructions. De loin, et à mesure qu'on s'en rapproche, elles produisent assez peu d'effet ; et l'on serait presque tenté de se dire : "Comment ! ce n'est que cela !" Mais, lorsqu'on a quitté la levée, et qu'au delà de l'inondation on s'avance à pied vers ces masses, faisant un kilomètre à peu près dans le sable sans que le regard s'en détache d'une seconde, elles grandissent tout à coup à des proportions colossales ; et quand on arrive enfin à leur base, on est comme atterré et anéanti d'étonnement.
Cette sensation tient évidemment à ce que ces monuments étranges sont d'un bloc, et que l'effet qu'ils produisent est en quelque sorte concentré.

Les plus vastes palais, ceux de Karnak, par exemple, ou ceux de Médinet-Habou, tout immenses qu'ils sont, ne vous écrasent pas comme les Pyramides. On sait s'orienter dans leurs diverses parties, qu'on analyse et qu'on peut détailler une à une. Ici le coup est unique, et l'on est foudroyé. La surprise ne diminue pas même lorsque l'on monte sur ces assises de pierres magnifiques, dont quelques-unes ont trois et quatre pieds de haut pour chaque pas, ou gradin d'escalier.(...)
Au sommet, à 500 pieds au-dessus du sol, avec le Caire en vue, sa citadelle, le Mokattan qui le surplombe, le Nil et l'inondation, les pyramides de Sakkarah à l'horizon avec Memphis et le désert Libyque, et tout autour de soi les trois ou quatre pyramides qui escortent la grande, le Sphynx et les ruines de plusieurs palais et d'une foule de tombeaux, l'effet ne diminue pas ; et tout à coup vous voilà transporté comme dans un monde surhumain.
Cependant la contemplation cesse, sans que l'étonnement doive cesser de sitôt ; et l'on redescend la grande pyramide plus vite qu'on ne l'avait escaladée.(...) Nous déjeunâmes au pied de la grande pyramide, à son ombre ; et nous y bûmes, ô renversement des choses humaines ! du champagne, à la mémoire des Pharaons.

Bien d'autres visiteurs, dont nous avons suivi l'exemple, y ont repris leurs forces avant nous ; et parmi les plus anciens dont le témoignage nous est parvenu, on peut citer Hérodote, cinq cents ans avant l'ère chrétienne ; Diodore de Sicile, Strabon, peu de temps avant cette même ère ; Pline, et tant d'autres, qui, depuis 2.400 ans, ont foulé ce sol que foulèrent aussi les soldats de la République française, quand ils dispersèrent la tourbe des Mamelouks indisciplinés.
Il paraît indubitable, d'après le récit exact d'Hérodote, témoin oculaire, que la grande pyramide était de son temps revêtue de pierres polies, dont la plus petite, dit-il, avait 30 pieds de long. Comme j'ai mesuré moi-même à Médinet Habou des pierres qui en avaient 35, je ne récuse pas cette assertion. Mais il est certain qu'aujourd'hui et depuis bien longtemps il n'y a pas trace de ce revêtement. Selon toute apparence, ces magnifiques pierres auront été enlevées par des mains sacrilèges, qui les auront destinées à d'autres usages, et en auront fait la parure facile de quelques autres monuments élevés à peu de frais.
La seconde pyramide, plus petite que la grande, a encore, vers son sommet, son revêtement particulier, qui est de granit, tandis que l'autre devait être de marbre, à ce qu'on suppose. Mais, comme ce revêtement est au sommet surtout, c'est-à-dire à 250 pieds tout au moins du sol, suspendu et retenu sur la pente, il faut bien que ce qui manque ait été enlevé de la main de spoliateurs peu habiles : car c'est précisément ce qui manque qui aurait dû demeurer intact par sa position même, s'il n'avait eu à craindre que les atteintes du temps. Si la seconde pyramide a été dépouillée jusqu'à la moitié de sa hauteur, on ne voit pas pourquoi la grande n'aurait pas jadis été recouverte tout entière, et dépouillée par des voleurs plus hardis et plus laborieux.

Il est donc bien probable que personne, même en voyant les Pyramides, ne peut se faire une juste idée de ce qu'elles étaient, quand leur surface resplendissait, unie et absolument lisse, au soleil, qui les frappait sans cesse sous ce ciel sans nuages.
(...) Qui a fait ces œuvres énormes ? À quelle époque les a-t-on faites ? Comment a-t-on pu les construire ? Qu'ont-elles coûté ? Voilà les questions, avec tant d'autres, que l'on se pose à l'aspect de ces prodiges. À quoi servaient-elles ? Quel orgueil les a dressées ? Quelles misères, quels efforts mortels ne supposent-elles pas ?
(...) S'il est un fait certain, quoique fort extraordinaire, c'est que les Pyramides n'ont pu être construites qu'à l'aide de plans inclinés immenses, sur lesquels on roulait successivement les pierres, absolument comme nous avons vu, en 1856, l'obélisque de Louqsor glisser sur le plan incliné qu'on lui avait préparé, et se dresser de là, triomphant après bien des efforts, sur son piédestal de la place de la Concorde. Seulement, les chaussées égyptiennes par lesquelles on amenait les pierres pour les hisser, au lieu d'avoir 3 ou 400 pieds de long, avaient 1 kilomètre et plus.


Cliché : Jon Bodsworth

Hérodote, narrateur fort exact, et Diodore de Sicile parlent de ces chaussées auxiliaires, et l'on en trouve des traces encore visibles sur le sol. M. Wilkinson a reconnu celle de la grande pyramide sur plus de 1.424 pieds en ligne droite ; et l'on ne peut guère lui attribuer, suivant lui, moins de 85 pieds de haut. Celle de la troisième pyramide est actuellement la plus apparente. Mais il semble bien qu'après l'achèvement de l'œuvre principale on effaçait les vestiges des œuvres secondaires qui avaient servi à pouvoir la former. Diodore avait déjà fait cette remarque ; et comme il le dit dans un langage assez métaphorique, il semble que ce soit un Dieu qui les ait construites et qui les ait mises en place par sa toute-puissance ; car on ne voit pas par quels moyens la main des hommes a pu les élever.

Ces chaussées, toutes surérogatoires qu'elles étaient, devaient être pour leur part des œuvres considérables. Celle de la grande pyramide avait exigé dix ans de travaux à elle seule. Elle était revêtue également de pierres polies sur lesquelles étaient sculptées "des figures d'animaux", comprenez des hiéroglyphes. La chaussée de la pyramide d'Abourosh avait, à ce que l'on croit, 5.000 pieds de long. Ce n'était que le tiers du plan incliné de la grande pyramide, à laquelle je reviens.
Selon la tradition dont Hérodote s'est fait l'écho, et après lui Diodore, Pline et tant d'autres, il paraît que Chéops mit près de 50 ans à la construire, et que c'est par centaines de mille qu'il faut compter les ouvriers qu'elle occupa à la fois, et qui se relayaient tous les trois mois par immenses escouades. Il n'y a rien d'incroyable dans cette assertion ; et si l'on joint aux travaux sur place ceux des carrières, fort éloignées pour le granit, si ce n'est pour le calcaire, on ne récusera pas la tradition de l'historien grec. Il va plus loin ; et, d'après une inscription hiéroglyphique qu'il se sera fait expliquer, la nourriture seule des ouvriers, en oignons et en légumes, avait dû représenter une somme équivalente à cinq millions de notre monnaie. On ne vit pas de légumes et d'oignons seuls, même en Égypte, surtout quand on charrie des pierres comme celles des Pyramides ; et l'on peut juger par ce seul article ce que devait faire l'ensemble de tous les autres.

L'ingénieur anglais qui était avec nous, l'habile M. Mac Clean, s'était amusé à calculer le cube des pierres qui forment la masse entière ; et il affirmait qu'on pourrait aujourd'hui, avec les moyens dont on dispose, en construire une aussi considérable pour 25 millions de francs. Je ne conteste pas des calculs dont je n'ai pas les éléments assez présents pour les pouvoir vérifier. Mais, dans un temps où la mécanique savante devait être si peu avancée, et où tout se faisait à bras d'homme, le prix a dû être bien plus élevé, quoique la main-d'œuvre fût pour rien, comme elle l'est encore aujourd'hui en Égypte. Ce serait d'ailleurs un calcul assez simple à faire. Le seul élément hypothétique serait celui du transport. Si le calcaire venait du Mokattan, le granit, le porphyre, le marbre, la syénite, venaient de deux cents lieues de là, de Silsileh dans la Haute-Égypte, ou du Sinaï ; et il serait assez difficile de supputer même approximativement ce qu'un tel transport a pu coûter.

On ne peut guère douter, d'après toutes les traditions et les découvertes récentes du colonel H. Vyse, que ces monuments grandioses ne fussent des tombeaux pour les rois. On a fait sur leur destination une foule d'hypothèses plus ou moins ingénieuses, et il y en a quelques-unes de bien étranges. Celle-là est de beaucoup la plus vraisemblable ; et comme depuis que le colonel H. Vyse et Belzoni ont retrouvé l'ouverture, on peut descendre dans les chambres intérieures où devaient être placés les sarcophages, soit dans la grande pyramide, soit dans les autres ; comme on a découvert plusieurs de ces sarcophages avec des inscriptions suffisamment précises, il n'est plus permis de douter. Les Pyramides ne sont que des sépulcres. Mais il faut être des Pharaons pour avoir des sépulcres de cette taille. Le mot même de pyramides en grec ne veut dire que tombeau, par allusion à la coutume qu'avaient les Grecs de brûler leurs morts.

(...) Ainsi, les Pyramides supposent autant de labeurs sous terre qu'elles en montrent à la surface du sol, et le prodige se trouve doublé. Aussi, ai-je la conviction que les deux chambres que le colonel Vyse a si heureusement découvertes dans la grande pyramide ne sont pas les seules ; et je ne serais pas étonné que d'autres recherches n'en fissent découvrir de nouvelles. Il me semble très probable que les tombeaux de la reine et du roi n'étaient pas isolés, et qu'on leur donnait pour compagnons les tombeaux de parents ou de grands personnages, qu'attendaient des niches semblables à celles dont je viens de parler.
J'ajoute une autre conjecture à celle-là. Hérodote prétend que l'eau du Nil était amenée par un aqueduc souterrain jusqu'à la tombe royale, et qu'elle l'entourait. C'était sans doute pour la protéger, par cet obstacle imprévu, contre des tentatives sacrilèges et violatrices. Il est vrai qu'on n'a rien trouvé jusqu'à présent qui puisse confirmer le rapport d'Hérodote ; et, par exemple, il n'y a pas trace dans toutes les fouilles qu'on a faites du canal souterrain par où les eaux devaient venir. Mais il n'est pas impossible, ce semble, que ce second carré, séparé du premier par un fossé, ne fût précisément destiné à les recevoir ; et cette hypothèse, rapprochée du fait traditionnel que nous a conservé l'historien grec, me fait bien l'effet d'équivaloir à une certitude.
Mais je fais trêve aux conjectures, et je poursuis.
(...) je me borne, pour me résumer sur les Pyramides, à quelques réflexions très générales.

Il est démontré par les Pyramides elles-mêmes, telles qu'elles sont encore aujourd'hui, que l'architecture était fort avancée au moment où elles ont été construites. Les moyens pouvaient être imparfaits, et les plans inclinés l'attestent assez ; mais l'art ne l'était pas. La construction en elle-même, avec ses lignes si régulières, avec ses matériaux si solidement joints, ses travaux intérieurs et ses travaux du dehors, ne laisse rien à désirer ; et si, de nos jours, il prenait fantaisie à quelque potentat de faire élever des monuments de ce genre, il est avéré qu'il ne pourrait faire mieux, si même il pouvait faire aussi bien.
Il n'y a pas d'architecte de nos jours, quelles que soient ses justes prétentions, qui ne doive en convenir. Dans ces temps, si reculés qu'ils en sont presque fabuleux, la mécanique savante pouvait être peu avancée ; l'architecture l'était étonnamment. Or ce n'est pas très rapidement que l'art se forme ; et il avait fallu bien des essais et bien des tâtonnements, avant qu'il parvînt à ce degré éminent. À quelle époque incalculable ne se trouvent point reportés, rien que par ce seul fait, les débuts de la civilisation égyptienne ? Et à quel temps presque antédiluvien n'a-t-on pas dû commencer à tailler des pierre et à construire des édifices, pour arriver, deux mille ans avant l'ère chrétienne, à en construire de si parfaits !
Voilà pour l'admiration. Mais à un autre point de vue, que de douleur et que de juste indignation ne doivent pas exciter de pareils monuments ! Quel orgueil ! Quel faste stupide et cruel ! Que de milliers d'hommes sacrifiés en pure perte pour faire à un cadavre, qui doit périr sans qu'il en reste trace un jour, une sépulture qui brave les siècles, sans le préserver de la pourriture qui l'attend, ou de la violation sacrilège dont la cupidité le menace ! Ô grandeur! Ô vanité des choses humaines ! Pline éprouvait aussi les sentiments que j'exprime ici quand il se réjouissait, il y a dix-huit siècles, que le nom de ces rois orgueilleux et barbares fût dès lors inconnu, et qu'ils n'eussent pas même la gloire pour récompense de leur détestable vanité. Nous sommes aujourd'hui plus savants que Pline, et nous connaissons les noms des fondateurs, ou du moins de quelques-uns d'entre eux. Mais je ne pense pas que nous devions avoir moins de mépris pour leur triste mémoire, et moins de pitié pour les peuples que leur joug écrasa. La pauvre Égypte n'a jamais pu être une terre de liberté, malgré toutes ses lumières et toute sa puissance. Il ne paraît même pas qu'elle se soit beaucoup plainte de sa misère et de sa servitude. Un souvenir cependant s'est conservé parmi les Arabes et les Fellahs, qui atteste bien la haine implacable des générations qui ont tant souffert. Quand un Fellah veut dire à quelqu'un une injure atroce et lui faire la dernière des insultes, il l'appelle : Fils de Pharaon, Ebn Faraoun. C'est l'épitaphe concise, mais expressive, de tous les monarques égyptiens, et comme leur

mercredi 11 novembre 2009

Le "chevalet" de Michel Legros-Collard

"Vous allez penser que l'auteur va vous présenter une énième hypothèse sur la construction des pyramides. J'affirme que ce que j'avance, c'est vraiment les constructeurs égyptiens qui l'ont imaginé ! Je suis émerveillé par la simplicité de l'équipement utilisé, qui a été transcrit sur un parchemin dont j'ai pris connaissance."
Ainsi s'exprime Michel Legros-Colllard (1923-2008), ancien ingénieur du Génie civil, dans son ouvrage L'homme, ce constructeur de génie, tome 1 (éditions Miroirs du Sud, 2006), dans lequel il retrace l'histoire de l'architecture.
Le parchemin en question, l'auteur l'a découvert (presque) par hasard, en 2003, dans une vitrine abandonnée du musée du Caire. Sur ce support en matière végétale, de 80 cm sur 30 cm, "un dessin représentait l'installation d'engins préfabriqués en rondins de bois, permettant d'empiler les pierres pour la construction des pyramides". (op.cit. p.81) Pressé par le temps et l'horaire de fermeture du musée, Michel Legros-Collard n'a pas eu la possibilité de demander les autorisations nécessaires pour un examen plus approfondi du document. Grâce à son regard d'expert des techniques de construction, il a pu toutefois recopier le contenu du manuscrit sur un carnet de notes, pour l'étudier plus en détail dès son retour en France.
Avant de reproduire la configuration de cet engin, l'auteur distingue deux phases principales dans la construction de la pyramide.


La chèvre de levage

La première était l'édification du noyau central, dit "résistant", de forme carrée : ce "pylône", faisant office de contrefort et assurant la stabilité de tout l'ouvrage, était destiné à répartir les efforts dus aux pierres de remplissage prenant appui sur les quatre faces du noyau. Et l'auteur de noter en passant que "l'implantation de la maçonnerie du noyau central renfermait un réseau de couloirs intérieurs étroits et en pente (20° à 45°) nécessaires pour arriver aux niveaux des chambres prévues pour recevoir les sarcophages".
Au cours de son élévation, le noyau jouait le rôle d'auto-échafaudage : une chèvre de levage, qui y était installée et progressivement déplacée d'assise en assise sur un lit de pierres, permettait de hisser et mettre en place les blocs de pierre. Cette chèvre de levage était construite avec deux cadres de bois ou portiques, l'un étant fixe et triangulé pour répartir les efforts sur la base, l'autre, rectangulaire, étant mobile à l'intérieur du portique précédent et recevant le câble de manutention :"La translation des pierres était réalisée dès qu'elles parvenaient au niveau de la plate-forme. [La] possibilité de basculer [du cadre mobile] permettait ainsi de déposer les blocs à la demande sur toute la surface." (p.89)



Le chevalet

Une fois le noyau résistant terminé, la chèvre de levage n'avait plus aucune utilité. Elle était démontée et remplacée par la "trouvaille" du musée du Caire : un chevalet. La deuxième phase de la construction de la pyramide pouvait alors commencer, pour la mise en place des pierres de remplissage et des blocs de revêtement,
D'emblée, Michel Legros-Collard est convaincu que le chevalet en question "est le seul à pouvoir répondre aux exigences de l'organisation du chantier et à prendre en compte le principe de maçonneries sans échafaudage ne pouvant s'adapter à la pente de 51° des faces du sanctuaire". (p.85)
Cet engin de levage, manœuvré par la force musculaire, avait la forme d'un chevalet triangulé, fabriqué avec des poutres de bois de sections importantes. Il était doté de trois rouleaux pour guider les câbles de levage, ceux-ci étant tressés en fibres végétales de section importante, pour résister aux efforts de tension, et de grande longueur. "Installé sur la plate-forme la plus haute du noyau central, le chevalet équipé de son câble de levage en fibres végétales comportait un contrepoids destiné à soulager les efforts de traction des équipes chargées de son maniement. Une élingue accrochée au câble principal, dont la longueur était déterminée suivant l'emplacement des zones de pose, supportait à son extrémité un système de pinces capables de maintenir les pierres pendant leur transfert." (p.90)
Ultime astuce : le chevalet comportait également une partie mobile, invention "tout simplement géniale pour l'époque". Ce cadre mobile à deux rouleaux, glissant sur le socle fixe du chevalet, augmentait la portée des câbles porteurs.


Cliquer sur l'illustration pour agrandir

L'avantage d'un tel système de levage, Michel Legros-Collard insiste sur ce point, était qu'il permettait non seulement de hisser des blocs de pierre, mais aussi de les poser directement à leur place définitive, sur toute la surface de l'édifice.

Le parchemin auquel fait référence Michel Legros-Collard a (aurait ?) été authentifié par les Grecs en l'an -420.
Je ne suis malheureusement pas en mesure de vérifier cette information, et Michel Legros-Collard n'est plus là pour me la confirmer, ni pour me donner des informations supplémentaires sur sa découverte.
Je sais simplement, par Le Républicain Lorrain du 18/07/2007, que l'ingénieur retraité thionvillais a obtenu un rendez-vous à l'Ambassade d'Égypte à Paris, le 5 septembre de la même année, pour remettre son dossier à la Directrice du Service culturel de l'ambassade et, par cet intermédiaire, à Zahi Hawass, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes.
Mais qu'est-il advenu de cette démarche ? Quelles en ont été les suites ?
Le mystère - un de plus ! - demeure...

Merci aux éditions Miroirs du Sud qui m'ont aimablement autorisé à reproduire les illustrations de cette note, extraites du livre de Michel Legros-Collard.

mardi 10 novembre 2009

Du nouveau sur ce blog




Comme vous pouvez le remarquer au bas de cette page, le blog "Pyramidales" est maintenant doté d'une barre de navigation spécifique.
Elle comporte, de gauche à droite, les éléments suivants :
- un espace recherche, soit sur le blog, soit sur Google (cliquer sur la petite flèche à côté de l'icône "pyramide" pour faire le choix)
- un espace de traduction en différentes langues (je ne garantis pas le résultat, mais ça donne quand même une idée !)
- une liste, avec liens directs, des derniers articles publiés sur le blog
- une liste d'articles pris au hasard
- un onglet pour l'abonnement au flux RSS du blog
- un onglet "Partager"
- un onglet "Communauté"
- un onglet "Messages".

Cette barre de navigation, interne au blog, n'est pas à confondre, bien entendu, avec la barre d'outils, gratuite et téléchargeable ici (ou à partir du widget en haut à droite de cet écran), qui prend place dans votre navigateur.
Merci une nouvelle fois pour votre confiance.
Marc