vendredi 4 décembre 2009

"C'est avec le nombre et la force des bras que tout a été fait" (A.B. Clot - XIXe s.)

Antoine Barthélémy Clot, dit Clot-Bey (1793-1868), docteur en médecine et en chirurgie, fut inspecteur général du service médical civil et militaire d'Égypte. Dans son Aperçu général sur l'Égypte, tome 2, 1840, il consacre un bref développement aux pyramides, citant essentiellement Hérodote. Deux paragraphes sont néanmoins de son cru. Les voici.
Pour "guider" la lecture, c'est moi qui ai mis en gras les groupes de mots.


A.-B. Clot-Bey
Illustration extraite du site internet
du Muséum d'histoire naturelle de Grenoble

On rencontre en Égypte un grand nombre de pyramides ; les plus importantes sont celles de Giseh et de Sakkarah. Nous indiquerons, en remontant le Nil, celles que l'on trouve dans le désert à peu de distance du fleuve. On a formé sur ces monuments beaucoup de conjectures. Les masses de ceux de Giseh sont tellement colossales qu'on a été jusqu'à croire qu'ils ne sortaient pas de la main de l'homme. Sans nous arrêter à cette absurde opinion, nous rappellerons qu'il y a eu beaucoup de controverses sur la destination des pyramides ; quelques-uns ont cru qu'elles étaient des observatoires astronomiques, et ils croyaient trouver un argument en faveur de leur opinion dans l'exactitude avec laquelle leurs quatre faces sont tournées vers les quatre points cardinaux. D'autres ont pensé que c'étaient des temples d'une espèce différente où les prêtres cachaient les mystères les plus profonds de leurs initiations. Un écrivain a prétendu que la grande pyramide n'était qu'un immense réservoir pour les eaux du Nil. Ces hypothèses sont toutes plus ou moins invraisemblables ; mais la plus généralement répandue est celle qui veut que les pyramides n'aient été que des tombeaux. On a trouvé, dans quelques-unes de ces pyramides, des sarcophages. La forme pyramidale a été adoptée parce que c'est la plus solide. Elles sont construites en général en assises de pierre calcaire, et quelques-unes en briques. L'extérieur en était couvert d'un revêtement plus ou moins poli. On a cru que les Égyptiens ont dû, pour élever à de si grandes hauteurs des masses aussi énormes de pierre, posséder des moyens mécaniques qui nous sont demeurés inconnus ; mais il n'en est rien. C'est avec le nombre et la force des bras que tout a été fait. Nous voyons dans les peintures et dans les sculptures des temples que les monolithes étaient transportés sur des traîneaux auxquels étaient attelés une immense quantité d'hommes. Il est probable que, pour porter ces pierres sur le haut des monuments, ils formaient des monticules en plans inclinés sur lesquels ils les faisaient glisser.
Voici comment Hérodote raconte la manière dont fut opéré le revêtement de la plus grande pyramide :
"D'après le procédé employé dans la construction de la pyramide, ses faces représentaient d'abord un escalier en forme de gradins. Quand elle eut été achevée sur ce plan et qu'il fut question de la revêtir, on employa, pour élever successivement les pierres qui devaient servir à ce revêtement, des machines faites en bois et d'une petite dimension. Une de ces machines enlevait la pierre du sol même et la transportait sur le premier rang de gradins. Lorsqu'elle y était parvenue, une autre la portait sur le second, et ainsi de suite, soit qu'il y eût autant de machines que de rangs de gradins, soit que ce fût la même machine qui, facile à déplacer, servit au transport de toutes les pierres ; comme l'un et l'autre m'ont été dit, je dois les rapporter. De cette manière, on commença par le revêtement de la partie supérieure, et l'on continua de travailler en descendant pour finir à la partie inférieure qui louche le terrain."
Lorsqu'on songe à l'origine des pyramides, aux moyens oppresseurs qui ont été employés pour ériger ces monuments de luxe, on ne peut se défendre d'un sentiment d'horreur et de dégoût qui est bien juste, si le récit suivant d'Hérodote est véridique.
"Chéops fit d'abord fermer les temples et prohiba toute espèce de sacrifices ; ensuite il condamna les Égyptiens indistinctement à des travaux publics. Les uns furent contraints à tailler des pierres dans les carrières de la chaîne Arabique, et à les traîner jusqu'au Nil ; d'autres, à recevoir ces pierres, qui traversaient le fleuve sur des barques, et à les conduire, dans la montagne, du côté de la Libye. Cent mille hommes, relevés tous les trois mois, étaient continuellement occupés à ces travaux ; et dix années, pendant lesquelles le peuple ne cessa d'être accablé de fatigues de tout genre, furent employées à faire seulement un chemin pour voiturer les pierres, ouvrage qui ne paraît pas inférieur même à l'élévation d'une pyramide. La longueur de cette chaussée était de 5 stades (256 toises). sa largeur de 10 orgyes (56 à 57 pieds), et sa hauteur, dans la position où elle est le plus relevée, de huit orgyes (45 pieds et demi). Elle était recouverte en pierres polies ornées de divers dessins sculptés. Dix années furent donc employées à cette construction et à celle de plusieurs chambres souterraines, ménagées dans la colline où sont élevées les pyramides. Ces souterrains étaient destinés par ce roi à sa sépulture, qu'il avait placée dans une île formée par un canal tiré du fleuve. La construction de la pyramide qui porte son nom coûta vingt autres années de travaux.
Chéops, pour subvenir à ces dépenses, en vint à de tels excès qu'il exigea que sa fille se prostituât et qu'elle lui procurât de cette manière autant d'argent qu'elle le pourrait. On ne m'a pas dit quelle somme elle amassa par ce moyen d'après les ordres de son père ; mais on m'a assuré que, ayant formé le projet de laisser après elle un monument sous son propre nom, elle avait exigé que chacun de ceux avec qui elle avait eu commerce lui fît don d'une pierre propre à être employée dans les ouvrages qui s'exécutaient alors, et qu'elle avait fait élever avec ces pierres la pyramide qui se trouve au milieu des trois, en face de la grande. Les côtés de cette petite pyramide ont chacun un plètre et demi de long."

L'illustration de cette note a pu être reproduite grâce à l'aimable autorisation du Muséum d'histoire naturelle de la Ville de Grenoble.

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