jeudi 10 décembre 2009

"L'érection de ces énormes masses a eu un but plus noble que celui de perpétuer la mémoire d'un roi mort" (T.R. Jolliffe, XIXe s., à propos des pyramides de Guizeh)

Thomas Robert Jolliffe (1780-1872) fut membre de la House of Commons.
Le texte ci-dessous est extrait de ses Lettres sur la Palestine, la Syrie et l'Égypte, ou Voyage en Galilée et en Judée, 1820, traduit de l'anglais par François Jean Philibert Aubert de Vitry.
Les notes 1 à 4 sont de l'auteur.

Les illustrations sont extraites de l'ouvrage.
À souligner en particulier :
- la mention d'un "caveau" découvert par Davidson et (Lady ?) Wortley Montague ;
- le sarcophage de la Chambre du Roi décrit comme une "citerne" ou un "vaisseau" : je n'ai malheureusement pas pu mettre la main sur le texte anglais pour vérifier à quels mots anglais correspond cette traduction. Le Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert) nous rappelle que le mot "vaisseau" est issu du bas latin vascellum, signifiant "petit vase", "vaisselle", "urne funéraire" ;
- une critique en règle des relations antérieures, concernant la destination des pyramides : même l'incontournable Hérodote n'échappe pas aux piques de l'auteur, pour avoir été trop crédule.


Les abords de la capitale de l'Égypte se font remarquer par des symptômes nombreux d'une grandeur sans égale. L'œil du spectateur se repose sur la vaste nappe des eaux du Nil, dont la largeur est ici d'une demi-lieue. De sa côte occidentale, on voit dans l'éloignement s'élever majestueusement les pyramides, consacrées par une antiquité vénérable de quatre mille ans.
(...)
À mesure que nous avancions vers ces étonnantes constructions, nous perdions insensiblement beaucoup de l'idée de leur grandeur. Vues à distance, elles s'élèvent du sein des brumes d'un horizon éloigné. Comme aucune limite apparente ne circonscrit l'action de l'imagination, elle les revêt d'une imposante majesté, qui ne se fait plus sentir tout d'un coup, quand on les aperçoit de plus près. Elles s'élèvent du milieu d'une solitude désolée, sans aucun autre objet qui les accompagne, et qui puisse servir d'échelle comparative pour aider l'observateur. Un ciel sans nuage brille au-dessus de leurs sommets. Un désert monotone s'étend autour de leurs fondements. Le premier aspect des pyramides, lorsque j'en fus tout près, ne produisit pas sur moi, je dois l'avouer, cette impression accablante d'étonnement, que les éloquentes descriptions des voyageurs qui m'ont précédé, me faisaient attendre. (...)
Je désire certainement ne point m'écarter de la déférence due à une autorité aussi respectable. Mais, si mon intelligence n'est point en défaut, il me semble que le plan incliné de ces énormes masses, au lieu de présenter à l'œil une élévation qui l'accable, lui fournit plutôt des points de repos ; et je ne puis m'empêcher de croire qu'on est beaucoup plus près du sentiment d'une terreur sublime, si du haut d'une éminence à pic on porte tout à coup la vue en bas, ou si l'on s'efforce d'atteindre de l'œil de la base au sommet, qu'en suivant des yeux cette élévation graduelle qui constitue la forme pyramidale. Dans le premier cas, il est presque impossible de s'affranchir de l'idée d'un péril. Dans le second, au contraire, l'esprit reste calme, et se livre à la jouissance paisible d'une contemplation que rien ne trouble.
Notre première opération fut de monter sur la plus haute de ces merveilleuses fabriques ; tâche, au surplus, peu difficile, car le temps, ou quelque autre cause, a rendu raboteux le revêtement extérieur jadis uni, et les pierres qui sont rentrées ou se sont projetées en dehors, ont formé à la longue une espèce d'escalier raide, mais que l'on monte assez facilement. L'esquisse, que vous trouverez dans cette lettre, a été crayonnée à une légère distance de la grande pyramide ; quoique imparfaite sous les autres rapports, elle pourra servir à vous donner une idée de son état actuel, et de la position relative des deux autres.
(...)
Nous descendîmes pour examiner l'intérieur, ce qui est moins aisé que de monter au sommet. On entre dans ce vaste édifice par une porte qui n'est nullement proportionnée à sa grandeur ; l'arceau n'a que trois pieds de large, et quatre pieds et demi de haut. Un corridor assez rapide, et qui n'a juste que ce qu'il faut d'ouverture pour le corps d'un homme, conduit par une descente assez longue à une grande chambre : rien n'y annonce à quel usage on la destinait ; c'est un carré oblong, avec un plafond uni comme les murs, où l'on ne voit ni réduits, ni niches, ni inscriptions hiéroglyphiques, ni rien de gravé. À l'un des angles est une ouverture étroite et basse ; mais on n'a rien découvert jusqu'à présent qui puisse indiquer où elle conduit. Le passage est maintenant bouché : mais, comme on avait eu sans doute un but en la pratiquant, quelque curieux trouvera peut-être un jour à l'extrémité d'autres chambres semblables à celle d'où elle part.
Au-dessus de cette chambre en est une autre à peu près pareille ; seulement le plafond, terminé en pointe, ressemble au grand Delta de l'alphabet grec. On n'y trouve non plus rien de remarquable. Nos guides, qui paraissaient très intelligents et à qui tous les détours de ce labyrinthe semblaient familiers, nous menèrent au caveau découvert par le capitaine Davidson (*) et la célèbre Lady (**) Wortley Montague. L'accès en est extrêmement difficile. Un homme maigre peut approcher sans beaucoup de peine des premiers caveaux en se tenant sur les pieds et sur les mains ; mais, pour peu qu'on ait de corpulence, il faut se résoudre à ramper comme un serpent. Ici l'accès offre des difficultés d'un tout autre genre.
Un plan incliné d'environ trois pieds de large et si raide, si rapide qu'il est presque vertical, est la première route qui se présente. Après l'avoir grimpé, nous trouvâmes un passage tout-à-fait perpendiculaire. L'arabe, qui me précédait tint sa torche contre les pans du mur pour indiquer quelques petites entailles qu'on y a faites, comme une espèce d'escalier, pour poser les pieds ; mais, comme ma sandale s'était tout-à-fait relâchée, je ne pouvais parvenir à la faire tenir ferme sur des supports aussi étroits. Je fus donc réduit à m'aider uniquement de mes bras. Nous avançâmes de cette manière l'espace de quelques toises, sans être autrement troublés que par quelques oiseaux qui nous frisèrent en faisant lever une nuée de poussière : heureusement qu'elle ne tomba pas de manière à éteindre nos flambeaux, et nous continuions d'avancer, lorsqu'à quelque distance au-dessous de moi, j'entendis une violente exclamation de mon compagnon. Un des gens de notre suite effrayé d'une montée aussi roide, avait commencé à éclater en plaintes comme un désespéré, et mon ami qui savait combien une alarme est contagieuse, quoique étranger à toute impression de crainte pour lui-même, le pressait d'avancer, moitié grondant, moitié l'encourageant. Contents de ce qu'il n'était arrivé aucun accident, le guide et moi, nous poursuivîmes nos efforts, et nous atteignîmes un endroit tout juste assez large pour que nous pussions nous y tenir debout : nous y attendîmes nos compagnons. Nous avions fait les deux tiers du chemin ; mais le plus difficile restait à faire : ce fut ici que j'eus à craindre un moment de me précipiter du haut en bas. Mon pied malade était devenu si incapable de service qu'en essayant de l'insérer dans une de ces petites cavités latérales au mur dont j'ai parlé, je ne pus y parvenir. La place à laquelle je m'étais accroché avec la main ne m'offrant aucune prise solide, la position de moment en moment devenait moins tenable. Dans l'intervalle ceux qui montaient au-dessous de moi, gagnaient de plus en plus du terrain ; et j'étais convaincu que si un effort de ma part pour monter ne réussissait pas, j'entraînais dans ma chute tous ceux qui me suivaient. Nous aurions certainement été précipités tous ensemble.
Un puissant effort me fit triompher de l'obstacle, et je parvins enfin, sans autre difficulté, sur un sol uni. Ici une galerie très bien construite conduit à une chambre de trente-cinq ou trente-six pieds de long, et de vingt ou vingt-quatre de large (1). On n'y trouvait pas plus que dans les autres aucune indication de sa destination. Dans le haut bout est une citerne de granit, que l'on a souvent dépeinte comme un sarcophage, dans la supposition que les pyramides étaient des tombeaux. (...) le vaisseau en question, à quelque usage qu'il ait été destiné, est en très bon état ; le bord seul en a été très légèrement endommagé (2).
La seconde pyramide a une couverture extérieure à son sommet, laquelle se prolonge en descendant, à près de cinquante pieds, sur toute la surface. Il est donc presque impossible d'en atteindre la pointe sans le secours d'échelles de siège. Du centre aux fondements, la maçonnerie est brisée en beaucoup d'endroits, peut-être par les efforts infructueux qu'on a faits pour forcer l'entrée de l'édifice. Il était entouré d'une aire d'une étendue proportionnée. Le côté occidental est celui qui se trouve en meilleur état. On y remarque plusieurs caveaux dont les voûtes ont été taillées dans le roc. On dirait d'un groupe de colonnes. Derrière, sur une éminence, à une petite distance, est une suite de caveaux, formant une espèce de galerie droite. On y remarque plusieurs figures hiéroglyphiques ; elles ne sont pas gravées, mais en saillie sur la surface, comme des bas-reliefs. Quelques-unes ont résisté au temps, presque sans être endommagées. Les couleurs se sont, en général, bien conservées ; mais des mains malfaisantes ont dégradé, en partie, les plus heureux efforts du ciseau. Ce sont pour la plupart, des figures d'oiseaux et d'animaux, ou d'autres emblèmes du culte populaire ; mais peu ont spécialement rapport au labourage, et à la culture de la vigne.
On n'a pas pu jusqu'à présent aborder la troisième pyramide : elle n'est guère qu'une miniature des deux autres. Notre janissaire nous entraîna vers ce qu'on appelle la montagne ; c'est un monceau de sable durci, à environ cinquante toises de la base de la première pyramide. Rien ici n'est digne d'attention que quelques petits cailloux empreints de figures de plantes et de poissons. Il serait inutile de répéter ce qu'on a dit à cet égard.
(...)
Presque tous les voyageurs qui, les uns après les autres, ont visité les pyramides, semblent avoir eu l'intention de renverser, au moins, en partie, les conjectures de ceux qui les avaient précédés, pour y substituer leurs propres systèmes. Avec une connaissance imparfaite de l'antiquité, et à l'aide d'analogies arbitraires dans les noms, ou de traditions incertaines, on a fait de vains efforts pour percer l'obscurité qui enveloppe l'origine de ces monuments : les recherches des savants modernes, après des observations longues et assidues, ont plutôt multiplié qu'aidé à écarter les difficultés (3). Le but de leur construction n'a peut-être jamais été complètement ni généralement connu. On se borna, sans doute, à le révéler à quelques préposés choisis, dont l'assistance était indispensable pour diriger le mécanisme mystérieux nécessaire aux rites à la célébration desquels ces édifices étaient ostensiblement destinés. Ainsi l'inscription, qui, au dire de Plutarque, était gravée sur le piédestal de la statue de Minerve ou Isis, à Sais, était loin d'être une vaine forfanterie ; car l'obscurité de son sanctuaire reste toujours impénétrable. Que la construction de ces édifices ait eu un objet relatif au culte national, c'est ce qu'à mon avis on ne peut mettre en doute : qu'on les ait aussi destinés à renfermer les tombeaux de morts illustres, c'est ce qui est encore assez probable. Mais que le plus vaste des trois ait jamais été élevé uniquement pour servir de mausolée à un seul homme, c'est une hypothèse que n'admettra sans doute jamais quiconque en aura examiné avec attention l'intérieur, avec tous ses corridors tortueux et ses inexplicables détours.
(...)
L'auteur passe ensuite en revue, pour les critiquer sans détour, les relations de Pline, Hérodote (trop crédule face aux "contes extravagants" des prêtres égyptiens), Diodore... Dans son développement consacré à Hérodote, il écrit en maniant au besoin l'humour :

Comme il s'est formé une masse considérable de sables amoncelés, il est maintenant tout-à-fait impossible d'apprécier l'étendue horizontale des fondements ; mais nous estimons celle de l'espace qu'occupe la grande pyramide, égale à la place de Lincoln's-lnn. Maintenant, en prenant une grande partie de cette aire pour les fondations d'un rocher de 700 pieds de haut, et d'une largeur relative, faudrait-il tout le temps et le travail dont nous parle gravement Hérodote pour produire le quadrilatère formant cette montagne, et diminuant graduellement jusqu'au point où sa plus grande élévation était de cent toises. Il y a plusieurs raisons de croire que la masse entière n'est point l'ouvrage de l'art (4), et peut-être la disposition irrégulière des diverses avenues est-elle moins le résultat d'un plan qu'une conformité nécessaire à la direction du stratum.
L'historien a certainement réuni plusieurs circonstances qui pouvaient donner du crédit à son récit. Il cite une inscription qu'il a vue sur là grande pyramide (mais dont aucun voyageur, à ce que je crois, n'a fait mention après lui). Cette inscription indiquait, en caractères égyptiens, à combien se montait la dépense en oignons, raves et aulx pour les ouvriers. La somme totale montait à 1600 talents d'argent. Cette inscription lui fut expliquée par les prêtres ; mais, voulant arranger leurs inventions, pour y donner cours, ils savaient sûrement "fabriquer l'endossement aussi bien que le billet". On peut ajouter cependant, pour suivre la comparaison, que, cette fois, ils n'ont pas compromis leur crédit en offrant de trop grandes sûretés.
(...)
Ce que rapportent Strabon et Pline ne peut se concilier avec ce que l'on voit aujourd'hui : la description du puits par ce dernier auteur, les dimensions ridiculement exagérées, qu'il donne au sphinx, suffisent pour ôter tout crédit à son témoignage.
L'objet de ces constructions a également échappé aux recherches de l'antiquité. Pline croit que les rois d'Égypte n'eurent pas d'autre but que de satisfaire leur vanité, ou qu'ils virent dans ces entreprises un moyen d'employer et de nourrir une population surabondante. Ces explications sont assurément peu satisfaisantes. Le grand travail qu'on remarque dans la disposition de l'intérieur, la combinaison du mécanisme qui a présidé à la distribution des communications, indiquent suffisamment que l'érection de ces monuments avait rapport à quelque solennité mystérieuse.
(...)
Un voyageur des plus modernes, et dont la réputation est honorable, a hasardé la conjecture qu'on avait construit la grande pyramide pour servir de mausolée au patriarche Joseph. Mais sans recourir à d'autres arguments qui repoussent cette idée, l'auteur du Pentateuque qui a décrit avec un soin si minutieux les événements extraordinaires de la vie du ministre de Pharaon, aurait-il omis un fait matériel relatif aux honneurs qui lui furent accordés à sa mort ? Le silence complet des Écritures au sujet des pyramides semble prouver en effet qu'elles sont postérieures au temps de Moïse. Comment concevoir que ces immenses créations de l'industrie humaine, l'admiration de tous les siècles suivants, eussent été tout-à-fait dédaignées d'un homme si bien en état d'en apprécier le mérite, et que les circonstances de son éducation mettaient si bien à même d'en connaître le but ? Plusieurs motifs concoururent sans doute à l'érection de ces monuments, et peut-être les travaux de l'astronomie y entrèrent-ils pour quelque chose. Mais leurs sommets terminés en pointe ne permettent pas de croire qu'on ait jamais voulu en faire des observatoires. Rien, dans leur situation, n'indique cette intention. On a remarqué qu'à l'entrée du soleil, dans la ligne équinoxiale, si l'on s'incline à la porte de la pyramide dans l'attitude de l'adoration, on croit voir son disque au-dessus de la pointe ; à moins que ce phénomène ne soit l'effet du hasard, n'est-il pas un motif de plus pour être convaincu que l'érection de ces énormes masses a eu un but plus noble que celui de perpétuer la mémoire d'un roi mort ? N'en conclura-t-on pas plutôt qu'ils étaient consacrés au culte mystérieux de l'architecte Tout-Puissant, et que la divinité "dont la forme extérieure de l'édifice offrait l'emblème", avait, dans l'intérieur, des autels pour la célébration des cérémonies solennelles de son culte ?

(*) il faut lire : Davison.
(**) il est probable, comme le suggère une rature sur le texte numérisé par Google Books, qu'il ne s'agisse pas de "lady" Montagu(e), mais de son mari, Edward Wortley Montagu(e), qui fut associé à Davison lors de la visite de la première chambre de décharge de la Chambre du Roi. 

(1) Les dimensions de cette chambre, telles que les donne Volney, sont certainement inexactes.
(2) "La caisse carrée de marbre granit, placée dans la chambre supérieure de la grande pyramide, a été probablement plutôt destinée à quelque usage religieux qu'à servir de cercueil au roi Chéops. À un si grand intervalle de temps, dans une religion toute en symboles, il est une foule de coutumes dont nous ne pouvons découvrir les traces dans l'histoire. Mais on peut croire que cette caisse servait à quelque cérémonie du culte mystérieux d'Osiris, ou qu'elle était du nombre des coffres sacrés, où l'on conservait soit les images des divinités, soit leurs vêtements, soit enfin les vases sacrés pour les cérémonies.
Peut-être aussi était-ce une favissa ou citerne, qui contenait l'eau lustrale (eau bénite) : la longueur de ce coffre, qui excède de quelque peu six pieds, favorise l'opinion reçue qui en fait un cercueil. Mais sa hauteur et sa largeur, chacune d'environ trois pieds, excède de beaucoup les dimensions, peut-être constamment en usage en Égypte pour cette destination : les cercueils de pierre que j'ai vus dans ce pays (et je crois pouvoir juger des autres par ceux-là) étaient tous d'une forme tout-à-fait différente du prétendu cercueil de Chéops. Tous étaient chargés d'inscriptions hiéroglyphiques, et faits comme les caisses de momies, précisément de la capacité nécessaire pour contenir un corps, au lieu que celui dont je parle est un carré oblong, qui ne se termine pas comme les caisses de momies, en forme de piédestal, support sur lequel on les avait sans doute dressées. Il n'est orné d'aucune inscription en caractères sacrés, pratique qu'on n'a jamais trouvé négligée sur aucun cercueil égyptien , et que vu la généralité de l'usage, on regardait comme un acte obligatoire de bienséance, et de piété envers le défunt.
De même, la manière dont cette caisse est placée est tout-à-fait différente de l'usage suivi par les Égyptiens pour déposer leurs morts : car les momies sont toutes droites, quand elles n'ont point été dérangées par le temps ou par quelque accident. Cette caisse au contraire repose à plat sur le plancher. Elle n'a donc point, dans sa position, cette dignité dont on sait que cette nation célèbre par sa sagesse était jalouse , et dont ils se seraient fait scrupule de dépouiller le corps humain. Maintenant, si cette caisse n'a point été faite pour servir de cercueil (et, en effet, Hérodote nous apprend que le tombeau de Chéops était dans des caveaux souterrains), c'est un argument très fort en faveur de l'opinion qui veut que la pyramide n'ait point reçu son nom de ce tombeau. De plus, en supposant que Chéops et d'autres rois aient été inhumés dans l'enceinte de cette pyramide ou d'une autre, cela s'était fait aussi dans d'autres temples, sans changer leur principale destination. En effet, je suis porté à croire que, pour peu qu'on examine avec attention la forme extérieure de ces monuments, la structure et la place de plusieurs appartements dans l'intérieur du plus grand, des dispositions très étendues que l'on avait faites de chaque côté de celui-ci pour y recevoir les prêtres, ainsi qu'on peut le supposer, on conclura que les Égyptiens le considéraient comme l'un des lieux consacrés aux objets de leur dévotion et de leur culte.
On remarquera encore que cette caisse est attachée si fortement au plancher que plusieurs personnes ne pourraient pas l'enlever, qu'enfin elle est placée, peut-être avec une intention mystérieuse, dans la même direction que l'entrée de la pyramide, c'est-à-dire qu'elle est exposée directement au nord, la même exposition que celle des portes de tous les autres édifices égyptiens. C'était dans cette exposition qu'était aussi placée la Table dans le tabernacle. Exode XI, 22, 23." (voyages de Shaw).
(3) Un auteur arabe fixe la date de leur construction à 300 ans avant le déluge. Mais cette assertion est tellement mêlée de fables qu'on ne peut y prendre aucune confiance.
(4) En avançant par un passage étroit, le docteur Shaw a découvert en deux endroits le roc naturel sur lequel repose l'édifice auquel il sert de support. La chambre inférieure, aussi bien que le puits, dont l'ouverture est de niveau avec cette chambre, lui ont paru être de la même matière.

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