samedi 29 août 2009

Récit de l'ascension de la Grande Pyramide, par Paul Lucas (XVIIe s.)


Dans le Voyage au Levant qu'il effectua de juin 1699 à juillet 1703, le voyageur et écrivain français Paul Lucas (1664-1737), "antiquaire du Roi", fit une halte au Caire. Dans le récit qu'il fit de ce voyage, il raconta sa découverte du site des pyramides de Guizeh en ces termes :

Quand nous fûmes sortis [de l'intérieur de la Grande Pyramide], nous nous rafraîchîmes un peu et nous nous dinâmes ; après quoi, je demandai si quelqu'un me voulait suivre pour monter tout au haut de la pyramide. Il y en eut deux de la compagnie qui furent assez hardis pour m'accompagner. Il est assez difficile d'y monter ; les degrés n'en sont pas réguliers, et ils sont pour le moins de trois pieds de haut chacun, et n'ont guère qu'un pied de large. Nous faisions du mieux que nous pouvions pour grimper, et nous avions assez de peine. De temps en temps nous trouvions des marches presque toutes rompues ; et un certain ciment qui est sur les autres embarrasse assez ceux qui montent. Quand nous fûmes vers le milieu, nous trouvâmes une grande brèche où il paraît manquer beaucoup de pierres ; il semble même qu'il n'y en ait jamais eu. Nous entrâmes dans la brèche pour nous rafraîchir d'un peu d'eau douce que nous avions, et nous y reposer du grand travail que nous venions de faire. Nous reprîmes donc courage en cet endroit et nous nous remîmes à monter.
Il est dangereux de regarder derrière soi en montant, de crainte des étourdissements qui pourraient bien faire faire la culbute jusqu'en bas. Après avoir eu beaucoup de peine, nous nous trouvâmes au haut. Ce qui paraît d'en bas fort pointu est une plate-forme qui a plus de 10 pieds en carré, et plus de 50 hommes pourraient être dessus. Cinq pierres couvrent cette grande place, et par là on doit juger de leur grandeur. Il y a un endroit où il semble qu'une pierre manque, et même qu'elle n'y a jamais été : si elle y était, elle serait la sixième qui couvrirait toute la plate-forme.
(...)
Nous descendîmes ensuite ; et il est vrai que j'eus beaucoup plus de peur en descendant qu'en montant. Comme il est dangereux de s'étourdir, je fus obligé de descendre à reculons, et je n'étais pas encore à moitié que j'aurais bien voulu être en bas, où nous arrivâmes enfin. Je comptai en descendant deux cent quarante-trois degrés qui étant hauts de plus de 3 pieds chaque, on peut dire que la pyramide a plus de 719 pieds de hauteur en ligne droite, sans compter ce que l'on descend par dedans où il y a encore plus de 40 pieds de profondeur.

Aucun commentaire: