jeudi 8 septembre 2011

Grande Pyramide de Guizeh : mise en place des blocs bouchons dans le couloir ascendant, selon Michel Michel

Pyramidales a déjà ouvert à plusieurs reprises ses pages aux recherches de Michel Michel, alias Khoufou (pseudonyme pour les forums), sur les pyramides égyptiennes, notamment celle de Khéops.
Sur l’un de ces forums précisément - ddchampo -, Michel vient d’ouvrir un nouveau “topic” sur le thème des blocs bouchons obturant le couloir ascendant de la Grande Pyramide de Guizeh.
Il m’a autorisé à reproduire ici la présentation de ce “topic”, dont on pourra suivre l’évolution sur le forum (inscription - rapide ! - obligatoire).

Les trois blocs bouchons situés en bas du couloir ascendant - cliché Jon Bodsworth (Wikimedia)
“J'ai longtemps adhéré à la version officielle qui suggère que les blocs bouchons étaient stockés dans la Grande Galerie, puis qu’ils ont été acheminés jusqu'à leur emplacement actuel en empruntant le couloir descendant.
J'ai commencé à avoir des doutes à propos du déplacement des bouchons dans le couloir descendant, en observant attentivement une photographie de ce couloir prise entre 1957 et 1972 par Adam Rutherford.
On observe, en effet, que le sol y est assez chaotique et que des excroissances rocheuses à la base des murs latéraux limitent la largeur praticable au sol (flèches rouges), excroissances qui ont toutes été arasées depuis.
Toutefois, faute de mesures comparatives fiables, il m'était impossible de calculer la largeur de l'espace disponible au sol.

En relisant attentivement le texte relatif aux travaux d'aménagement effectués par Émile Baraize en 1920 (us.archive.org/), page 172, je constatais que la largeur du plancher en bois était clairement spécifiée : 50 cm (2 x 25 cm).
Voici l'extrait du texte :

“Tandis que ces travaux de dégagement extérieur s'effectuaient, des forgerons préparaient les mains courantes, les traverses, les crampons, etc.
Les menuisiers, de leur côté, exécutaient le plancher. Ce dernier est composé d'une série de planches en bois du Nord , épaisses de 0 m.025 mill. et larges de 0 m. 25 cent., accouplées deux à deux, donnant ainsi au plancher une largeur de 0 m. 50 cent. Elles sont réunies à l'aide de traverses en fer fortement vissées. Sur ces planches furent fixées des barres de bois présentant une saillie de 0 m. 06 cent., espacées entre elles de 0 m. 35 cent., et garnies de bandes de tôle pour les protéger contre une usure trop rapide.”

Nous disposons ainsi d'un gabarit pour estimer la largeur disponible au sol.
J'ai donc travaillé sur l'image en y incorporant quelques lignes pour me permettre d'effectuer mes calculs. (Ces lignes sont très fines pour limiter les risques d'erreur)

2 lignes vertes de part et d'autre du plancher en bois. Elles sont donc distantes de 50 cm et se rejoigne au loin en F (point de fuite).
2 lignes rouges qui matérialisent l'espace disponible au sol en évitant les excroissances latérales (flèches rouges)
1 ligne verte horizontale (entre C/C' et D/D') qui va me permettre d'effectuer mes calculs.

Les différentes lettres majuscules signalent des intersections entre les différentes lignes.
AB = largeur du plancher en bois (50 cm)
CD = largeur disponible au sol
Pour faire mes calculs, il m’a été nécessaire de relever la position X (en pixels) de chaque intersection :
A = 142
B = 303
C = 60
D = 347
Donc AB = 303 - 142 = 161 = 50 cm
CD = 347 - 60 = 287 = (50 cm : 161) x 287 = 89,13 cm
La largeur disponible au sol est donc d'environ 90 cm, alors que les bouchons ont une largeur de 97 cm.
Il manque donc au minimum 7 cm pour que les bouchons puissent circuler dans ce couloir.

Pour que cela soit possible, il faudrait que les bouchons circulent entre la ligne bleue de gauche et la ligne rouge de droite (C'D) ou entre la ligne rouge de gauche et la ligne bleue de droite (CD'). Or, dans les deux cas, les bouchons butteraient largement contre les excroissances.


Puisque le déplacement des blocs bouchons dans le couloir est impossible selon de tels paramètres, il faut trouver une autre solution.

1°) André Pochan suggérait de les stocker provisoirement dans une logette latérale située dans la paroi Ouest, un peu en amont des bouchons. Cette logette serait aujourd'hui occultée par la terminaison de la trouée d'Al-Mamoun. Il a été maintes fois démontré que l'espace disponible est très insuffisant.
2°) On pourrait imaginer que la trouée d'Al-Mamoun ait pu servir à l'acheminement des blocs. Mais là encore, la hauteur disponible au niveau de la liaison avec le couloir ascendant est très insuffisante.
3°) Autre solution : depuis le couloir descendant, en déplaçant les bouchons de bas en haut comme le montre l'animation ci-dessous :

Mes arguments pour suspecter que c'est cette troisième solution qui a été utilisée sont les suivants :
1°) L'animation montre clairement que la découpe du plafond en arc de cercle était indispensable. Cette découpe théorique est parfaitement conforme à celle observée.
2°) Sur cette animation (réalisée à partir de deux photographies des frères Edgar en 1910), on observe des traces sombres qui suivent la courbe du plafond en haut des parois latérales. Si les bouchons ont été insérés de la façon que je suspecte, ils laisseraient assurément des traces de frottement en tout point similaires à celles observées.
3°) Ces traces sont distantes des parois latérales du bouchon d'environ 1,5 cm de chaque côté, ce qui laisse supposer l'existence d'un jeu latéral total d'environ 3 cm.
4°) On discerne un joint plâtré (?) de part et d'autre du bouchon.
5°) L’arête inférieure du bouchon est très ébréchée. C'est inévitable si des leviers ont été utilisés pour procéder au déplacement du bouchon.




J'ai bien conscience que le procédé que je préconise est illogique et presque irréalisable compte tenu de la faible marge de manœuvre des opérateurs, mais c'est la seule qui me parait envisageable.



Complément illustré :
mile Baraize précise que les traverses de bois sont espacées de 35 cm. On peut donc considérer que la distance comprise entre 6 traverses (5 intervalles) correspond grosso modo à la longueur du plus long bloc (1,67 m) puisque 5 x 35 cm = 175 cm.
J'ai donc zoomé sur la zone la plus intéressante d'une image précédente et y ai incorporé :
1°) Une zone rouge qui correspond à la surface occupée au sol par un bloc-bouchon (97 cm x 167 cm à un poil près) ;
2°) Deux zones bleues qui correspondent aux excroissances gênantes.
Il est clair que les zones bleues empiètent sur la zone rouge, ce qui interdit, en l'état, le passage des bouchons. J'ai précisé plus haut que ces excroissances auraient pu être facilement éliminées si les blocs devaient passer par là. Au pire, ça représente une heure de travail, mais cela n'a pas été fait.
J'en déduit donc que les bouchons ne sont pas passé par là."





Autres commentaires et suivi de cette publication sur le forum ddchampo.

mercredi 7 septembre 2011

“Il y a assez d’espace dans la Grande Pyramide pour contenir 3.700 pièces de la taille de la Chambre du Roi” (The Religious Tract Society)

Édité par The Religious Tract Society, une maison d’édition londonienne d’inspiration chrétienne fondée en 1799, et révisé par Daniel Parish Kidder, l’ouvrage Ancient Egypt, its monuments and history, comporte un bref passage consacré aux pyramides égyptiennes. L’auteur se contente de signaler que “diverses conjectures” ont vu le jour pour tenter d’en expliquer la “solide maçonnerie”. Sans se hasarder dans le dédale des théories, il penche toutefois pour celle d’Hérodote, même si ce dernier n’est pas cité nommément, tout en interprétant à sa façon les fameuses “machines” de l’historien grec, qu’il imagine être un échafaudage (scaffolding).


“Ten miles south-west of Cairo, on the western side of the Nile, and about five miles from the river, lie the ever-memorable pyramids of Gizeh, or Jizeh. They are built on a bed of rock, one hundred and fifty feet above the level of the surrounding desert, being a projection of the Libyan chain of mountains. This elevation, their immense size, and the clearness of the atmosphere, render them visible at a great distance.
The purpose of such massive piles of almost solid masonry is scarcely yet satisfactorily discovered, it being difficult to conceive of them only as the burying-places of the kings. Many various conjectures have been entertained respecting them, but this is after all the only one supported by evidence.
The principal pyramids are three in number, that of Cheops, or Suphis, being the largest. The ascent of this on the eastern side is easy, and there is a space at the top of thirty-two feet. The stones that formed the apex have been removed, and also the outer casing of the pyramid, in order to build the numerous mosques of Cairo. (...)
A hundred thousand men are said to have been employed for twenty years in the erection, and it is reckoned to have required six million of tons of stone. The pyramids are built due north and south, and were erected in steps and terraces for the convenience of the builders, who advanced from stage to stage by scaffolding, and smoothed the face with an outside casing as they descended. For the most part, the pyramids are solid masonry.
Caliph Mamoon, A.d. 820, first opened the great pyramid. The entrance is on the sixteenth step on the northern side, and, to deceive the seeker, it is placed twenty-eight feet from the centre. The caliph expected to find treasure, and for fear of disappointing and exasperating his workmen when no gold was found, sufficient was taken into the pyramid to cover the expenses of opening, and was then reported to be found in it. The Arabs tell a story of a statue being found in a sarcophagus, and with the statue a body, having a breastplate of gold and jewels, and an inscription in characters which no one could decipher.
There are passages and small chambers inside the pyramid, and in one of the latter the sarcophagus yet remains. When struck, it emits a sound like a bell, and from the fragments broken off by Europeans, it will very soon become transported piecemeal to Europe. It is found in one of the chambers called the king's chamber. No hieroglyphics have been discovered on it, but colonel Vyse found the name of the king from whom this pyramid is called in the stones of the upper chamber. There is space enough in the pyramid for 3,700 rooms of the size of the king's chamber, leaving the contents of every second chamber solid by way of separation.
The second pyramid, that of Cephrenes, is very similar to the first. It was opened by Belzoni, in 1816, and a sarcophagus was found sunk in the floor, containing the bones of an ox. Both pyramids, however, had probably been long ago visited by the Arabs, and despoiled of any contents which might appear valuable.
The third pyramid was opened by colonel Vyse. It contains a chamber, with a pointed roof, in which was a stone sarcophagus, which was lost at sea by the wreck of the vessel which transported it. The wooden coffin, with the name of the king inscribed on it, is one of the most valuable antiquities deposited in the British Museum. The name of the king is Mykerinus. Although this pyramid was only about half the size of the other two, yet it was the most beautiful, as its outer casing was of granite.
Besides these three pyramids, there are several others in the same neighbourhood, of inferior dimensions, and also many tombs. In one of these tombs, probably as old as the great pyramid, are representations of persons engaged in various trades, carpenters, boatmakers, etc., and persons eating, drinking, and dancing. (...)
The fourth dynasty is one in which we begin to emerge into the light afforded by existing monuments. It is remarkable for the number of the princes of which it is composed, and for the length of their reigns. The first three kings of this dynasty were the builders of the pyramids of Gizeh, and around these stupendous structures, which served as their own tombs, are to be found the burying-places of their descendants and companions. The names of the builders, in harmony with Manetho's list, have been discovered on the three pyramids by colonel Vyse. At this early age of the world's history, the arts of building and of design seem to have been as fully understood and as skilfully practised as in later ages.”

mardi 6 septembre 2011

“L’Égypte est fascinée par le mystère de la mort, et tout son art est funéraire” (Lucie Félix-Faure Goyau - XIXe-XXe s.)

Lucie Félix-Faure Goyau (1866-1913), fille du président Félix Faure et épouse de l’écrivain Georges Goyau, est la fondatrice de la Ligue fraternelle des enfants de France. Femme de lettres elle-même, elle publie quelques ouvrages, dont Méditerranée : l'Égypte, la Terre Sainte, l'Italie (1903).
Plus que de porter attention aux techniques de construction des pyramides, elle s’intéresse, secondée par un réel talent littéraire, à la signification et à la symbolique des monuments. Ses réflexions l’amènent ainsi à identifier l’histoire de l’Égypte ancienne à une longue et perpétuelle confrontation avec le “mystère de la mort”, dont le plateau de Guizeh serait en quelque sorte un raccourci : “La Pyramide, le sphinx et le désert, c’est-à-dire la mort, le passé, la solitude : voilà bien un digne symbole de la vieille Égypte.”

Auteur inconnu (1923)
“L’Égypte elle-même est fascinée par le mystère de la mort : son effort consiste à tâcher de se survivre, et tout son art est funéraire. Les tombeaux des défunts étaient plus grands et plus somptueux que les maisons des vivants, les tombeaux restant les demeures éternelles du “Double”, pendant que le “Bai” s’envolait au dehors, que le “Khou” victorieux se joignait aux dieux de lumière.  Et le “Double” rêvait sa vie passée que lui représentait, peinte sur les murs ou gravée dans la pierre, l’image de ses occupations journalières.
En laissant le Caire, on suit une belle route ombragée d’arbres, animée par un perpétuel passage de fellahs, d’ânes et de chameaux. Cette route longe un certain temps le Nil, puis elle change de direction. Enfin la forme des Pyramides se détache sur le bleu du ciel, immense, énigmatique, inquiétante, avec un je ne sais quoi d'inattendu, et cependant de très connu déjà, avec quelque chose d’écrasant et d’impitoyable comme l’orgueil de ces Pharaons qui les élevèrent jadis au mépris de tant de vies humaines ! Elles se dressent sur une sorte de plateau parmi l’Océan des sables. (...)
Elles sont un peu effrayantes, ces formidables montagnes de pierres, que leur symétrie - on l’a bien dit - désigne suffisamment comme l’oeuvre d’une pensée humaine, et si la grandeur de Khéops me laisse froide, je songe, avec un élan de pitié, aux misérables foules anonymes qu’elles dévorèrent. (...) Il est possible que Khéops n’ait pas reposé dans sa gloire : d’après les vieux récits, le peuple révolté brisa son sarcophage et mit son corps en pièces. (...) Joli symbole du néant de nos vanités. (...)
Ici passèrent des générations d’hommes, ici des multitudes sont mortes, et des multitudes ont vécu ; sans doute, l’Égypte est bien la vraie Terre des Morts ; ce paysage funèbre et désolé n’appartient qu’à elle seule, et les Pyramides le marquent d’un indestructible cachet. Mais elles sont si vieilles qu’elles s’identifient avec la nature qui les encadre et que la forme de terreur subtilement notée par Edgar Poë semblerait devoir les envelopper, sans l’affluence répétée des nombreux touristes. À Gizèh, on en voit trois grandes et trois petites, sans compter la nécropole des “mastaba”, tombes de moindre importance.

“Le seul luxe est la beauté des matériaux employés”
Une des petites Pyramides fut élevée en l’honneur de la princesse Hontsen, fille de Khéops ou Khoufou.
Le temple dit de “granit”, curieux avec ses chambres, ses salles, ses piliers, ses corridors, est un édifice sans toiture, construit en blocs énormes d’albâtre et de granit. Son origine se perd dans la nuit des temps. Sa destination reste incertaine. Nulle inscription. Le seul luxe est la beauté des matériaux employés : le granit vert et rose, l’albâtre transparent. Cette simplicité est-elle l’apanage de la période architecturale inconnue aujourd’hui que représente ce temple, ou bien du rite particulier auquel il était voué ? D’après maintes opinions, il appartenait au culte du Sphinx qui se trouve dans son voisinage immédiat, et qui semble figurer Har-em-Khou, “Horus dans le soleil brillant”, dont les Grecs ont fait Harmakhis. En tout cas, les pierres lisses et nues gardent jalousement leur secret. Au dieu énigmatique convient ce mystérieux sanctuaire.
Et enfin le voici, le grand sphinx accroupi, tendant son visage mutilé vers l’horizon du désert, et regardant toujours de ses yeux abîmés le même point, invariable depuis un nombre incalculable de siècles. Vu de dos, il affecte la forme d’un gigantesque champignon. (...)
Immense, immobile et muet, il regarde... Dans la mutilation de son visage, il conserve une formidable intensité d’expression. On y lit tour à tour la sérénité, le dédain, l’impassibilité, le sarcasme, comme si l’âme humaine s’amusait à projeter ses reflets sur le colosse inerte. Son regard passe sur nous pour aller vers l’au-delà... (...).
Le sphinx, énorme, taillé dans un bloc de rocher, se trouve, quand on le regarde de face, exactement dans l’axe de la Pyramide, et ce fond lui convient mieux que tout autre ; la Pyramide, le sphinx et le désert, c’est-à-dire la mort, le passé, la solitude : voilà bien un digne symbole de la vieille Égypte.”

Source : Gallica

lundi 5 septembre 2011

“Dans toutes les pyramides, une grande ingéniosité a été mise en oeuvre pour cacher la chambre sépulcrale” (R.G. Murison - XXe s.)

L’Histoire de l’Égypte (History of Egypt, 1900) de Ross George Murison, enseignant en langues orientales à l’University College de Toronto, se contente d’un bref développement consacré aux pyramides, basé sur les relations d’Hérodote et de Petrie. Rien que de très banal en somme, si ce n’est que l’auteur ne manque pas de relever un détail sur la technique de construction des monuments (par degrés, avant que les façades ne soient nivelées, puis “polies”).
Quant à la qualité de la “maçonnerie”, elle est présentée comme “insurpassable” dans la Chambre de la Reine, alors que, contrairement à une logique plutôt consensuelle, la Chambre du Roi est privée des honneurs de la première place au tableau d’honneur du travail accompli.
Je ne sais qui a inspiré à Ross George Murison cet étrange classement. Rien n’indique en tout cas qu’il ait été établi suite à des observations personnelles.

Chambre de la Reine - photo Edgar Brothers
“The pyramids are rightly considered one of the wonders of the world, and taking into account
the purpose for which they were built they might almost be regarded as the greatest. The largest, that of Khufu, is at the present time 451 feet in height, with 568 feet as the length of the sloping face, and each base 750 feet in length. Originally the measurements were somewhat greater, as it now lacks the outer layer.
It covers about thirteen acres of ground, and is calculated to contain 6,800,000 tons of stone,

probably more stone than has ever been put into any one other building. The limestone of which it is composed came from the quarries on the opposite side of the river, and the granite with
which it was finished came from Aswan five hundred miles up the Nile. Herodotus was informed that a million men were employed three months annually for twenty years in erecting it, and Petrie thinks this number working for the three months of the inundation when other work could not be done would be sufficient, if there was besides them a large permanent corps of stone-cutters.
The people of later times execrated the memory of the pyramid builders because of their cruel oppression : a tradition in which there is likely too much truth.
The pyramids were first built in steps, then levelled off by great blocks of dressed stone, after which the whole pyramid was carefully polished. On the great pyramid none of this facing now remains, so that it is easy of ascent by means of the steps. The workmanship in this pyramid varies greatly in quality. In the queen's chamber the jointing of the granite blocks which line it is "an unsurpassable marvel of skilful masonry". The work is so well done that the joints can scarcely be distinguished, "neither hair nor needle can be inserted", an old Arab writer says. How such exact stone-cutting could be done at that time is as yet unknown, though it has been suggested that they used drills fitted with jewel points.
In the king's chamber above, which is reached by the Great Hall, the work is very much inferior.
The measurements of
the second pyramid are : height 450 feet, slope 566 ¾ feet, and base 694 ½ feet, and of the third, height 204 feet, slope 263 ¾ feet, base 356 ½ feet. Each side of the pyramid is carefully placed facing one of the four cardinal points of the compass.
In all the pyramids, of which there are about seventy, great ingenuity was displayed in hiding the sepulchral chamber, which was generally underground. The passage was closed with great stones, and numerous false passages were built to deceive and discourage any who might seek to rob the dead.
The pyramids and
the Sphinx are closely associated in the popular mind as the two great wonders of Egypt. The Sphinx is a knoll of rock running out to a promontory from the pyramid plateau. This headland has been in some age carved to resemble the human head, and the rock behind it has been given the semblance of a recumbent lion. It may be that a natural likeness suggested this figure. The head is now much mutilated, but it is still very impressive, not only from its gigantic proportions, but from its air of "impassive dignity".
By some the Sphinx is regarded as pre-historic, but this is improbable. It belongs to some time
later than the fourth dynasty and earlier than the eighteenth. From a fancied resemblance some
conclude that it was made by Amenemhat of the Twelfth. Near the Sphinx is the granite temple,
sometimes wrongly called the Temple of the Sphinx, one of the finest examples of Egyptian
masonry.”
Source :
archive.org

samedi 3 septembre 2011

“La relation d’Hérodote est probablement exacte” (W.L.Balls - XIXe-XXe s., à propos des pyramides égyptiennes)

William Lawrence Balls (1882-1960) était un botaniste britannique, spécialisé dans la production du coton. De 1904 à 1910, il fut engagé, à ce titre, au Caire par la Khedivial Agricultural Society of Egypt.
Dans son ouvrage Egypt of the Egyptians, édité en 1920, il ne consacra qu’une courte page aux pyramides égyptiennes, dont on trouvera le texte ci-dessous. Et tant qu’à être bref, il ne pensait pas mieux faire que d’orienter ses lecteurs vers la prétendue incontournable référence du “Père de l’Histoire”.

“The technical skill displayed, in addition to the artistic ability, was amazing. Bowls of hard diorite and alabaster were worked down to translucent thinness ; rock-crystal, ebony inlaid with ivory, copper and gold, were all employed for ornaments and furniture. The houses and temples of Menes' time were of wood and wattle, with enclosures and gardens, but the whole art of building developed most rapidly. This can be most easily realised by the evolution of the Pyramids from the pre-dynastic burial pits.  
The simple burial pit was first floored with granite, then built solidly with bricks, and later, in the Third Dynasty, with limestone. The sarcophagus containing the body was lowered down a shaft left vertically in the structure, which was sealed with great slabs, while chapel-like chambers were made elsewhere in the solid masonry.
These wide flat rectangular tombs were next enlarged by the addition of superincumbent layers of stone, so that a kind of pyramid of several steps was produced. From this, by elimination of the steps, there developed the true pyramid, of which the greatest is that of Cheops at Giza.
Mere figures convey little of the significance of this, the sole survivor of the classic wonders of the world. It is 480 ft. high, and the base is over 750 ft. long. The average error of its sides from their strict geometrical form is less than one ten-thousandth part of the side in equality, squareness, and level.
The statement of Herodotus is probably correct, that it required the labours of a city of 100,000 men during twenty years. All the stone came from the opposite side of the Nile valley 10 miles away, from the quarries in the cliffs facing those on which the pyramid stands, and in spite of the colossal scale of the work, we find that in many places the blocks of stone, weighing several tons, are so finely finished that the finest needle cannot find a way between the stones for foot after foot of jointing.
Covered on the outside with a smooth limestone casing, it was not only the largest, but also the simplest mass of masonry ever put together by human hands. Yet it failed to protect the body of the king, entombed in its polished granite chamber in the heart of the mountainous mass ; robbers ultimately found the sealed entrance and rifled the sarcophagus. The whole of this revolution, from the simple pit in the sand to the Great Pyramid, was effected in five centuries.”

Source : archive.org

vendredi 2 septembre 2011

D’après Gabriel Dallet (XIXe s.), la “disposition particulière” des faces des pyramides de Guizeh est due à une “coïncidence bizarre”

“L'astronomie n'est pas, comme on est fort tenté de le croire, une science aride et ingrate, dont les spéculations dépassent la portée de l'intelligence ; loin de là, son étude recèle un charme profond qui est, pour ses adeptes, une source de plaisirs calmes et tranquilles.
L'ouvrage que nous présentons au public n'est pas écrit pour les savants ; il a été fait spécialement pour les amateurs de science, c'est-à-dire pour tous ceux qui, n'ayant pas une connaissance approfondie des lois mathématiques, n'en ont pas moins un grand désir de s'initier à l'étude des étoiles, aux curiosités du ciel, aux merveilles de l'infini.”
C’est en ces termes que Gabriel Dallet (*) introduit son ouvrage Astronomie pratique : le soleil, les étoiles, édité en 1890, dont le texte ci-dessous est extrait.
Le choix, par les architectes égyptiens, de l’orientation des pyramides en fonction d’indications fournies par une observation scientifique des corps célestes a fait l’objet de maintes publications. Gabriel Dallet ajoute ici sa pierre à l’édifice des constatations et hypothèses allant dans le sens d’une réelle logique constructive, ignorant toute “circonstance fortuite”. Une certaine “coïncidence bizarre” lui permet même d’induire des considérations, selon lui plausibles, sur l’âge des pyramides.
(*) Internet, même trituré et scruté dans ses derniers recoins, ne m’a livré aucune information sur cet auteur.


“À trois lieues environ du Caire, qui s'élève sur l'emplacement de l'antique Memphis, vers l'est, on aperçoit de nombreux monuments qui affectent la forme de pyramides à base carrée. Ce sont les pyramides de Giseh (qui s'écrit aussi Jeseh, Ghiseh, Dscheezeh).
Parmi ces colosses de pierre, trois se distinguent par leurs proportions gigantesques : ce sont les pyramides de Chéops, de Chéphren, son frère, et de Mycérinus, fils de Chéops.
La pyramide de Chéops, qu'on connaît généralement sous le nom de Grande Pyramide, a une hauteur évaluée à 149 mètres au-dessus du sol, c'est-à-dire qu'elle est aussi élevée que la flèche de la cathédrale de Rouen, ou deux fois plus haute que le Panthéon de Paris, ou bien encore environ cinq fois et demi plus élevée que l'Observatoire de Paris.


Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'orientation des pyramides : leurs quatre faces regardent les points cardinaux, et ce n'a pas été une circonstance fortuite qui les a disposées ainsi, car tous les monuments de cette sorte qui se rencontrent dans la plaine de Giseh se trouvent placés comme celui dont nous parlons, et la constance de cette orientation est une preuve de la volonté bien arrêtée de ceux qui les ont fait édifier.
La disposition particulière des faces de ces pyramides a fait croire que ces monuments pourraient donner des indications précieuses sur l'astronomie des Égyptiens. À la suite de l'astronome Piazzi Smyth, on a mesuré les pyramides dans tous les sens, et des rapports trouvés entre ces diverses valeurs on a conclu que les Égyptiens connaissaient le rapport du cercle à la circonférence, l'obliquité de l'écliptique, la distance du Soleil à la Terre, etc.
Il semble raisonnable de penser que ces résultats sont dus à une coïncidence bizarre, qui ne doit pas manquer de se produire lorsqu'on torture, d'un esprit prévenu, une quantité considérable de chiffres. Il y a cependant certaines constatations fort heureuses qui paraissent rationnelles et
qui présentent un réel intérêt.
On a tenté de déterminer l'âge de la Grande Pyramide à l'aide des travaux des archéologues, en se basant sur certains fragments de Manéthon, sur les papyrus de Turin, etc. On est arrivé à fixer la dynastie de Chéops trente-quatre ou trente-cinq siècles avant l'ère chrétienne.
Au point de vue astronomique, les constatations suivantes ont pu être faites. Si l'on considère l'inclinaison moyenne des faces des pyramides, on trouve une valeur moyenne de 52°. De plus, quand la plus brillante étoile, Sirius, passe au méridien du lieu, le rayon qu'elle envoie tombe sur la face méridionale de la Grande Pyramide sous une inclinaison de 5° et demi environ.
Il n'en a pas toujours été ainsi, la précession des équinoxes faisant varier la situation apparente des étoiles si l'on tient compte de ce mouvement pour Sirius, on trouve que, 3.003 ans avant Jésus-Christ, sa hauteur était telle que, lorsqu'elle passait au méridien, ses rayons venaient frapper perpendiculairement les faces de la Grande Pyramide.
Continuons nos recherches. On pensait bien que ce n'était pas sans raison que les Égyptiens avaient bâti ces énormes édifices et qu'ils devaient avoir une destination particulière.
Sur les neuf pyramides que l'on voit à Giseh, six ont leur entrée tournée vers le nord. Ce point élucidé, on découvrit heureusement que la Grande Pyramide avait été un tombeau. L'entrée était restée introuvable, et ce n'est que dans le siècle dernier que l'on découvrit la fameuse galerie inclinée qui débouche au milieu de la face nord. Cette inclinaison de 26° 27' avec l'horizontale attira l'attention, parce qu'il n'y avait aucune raison de ne pas faire horizontal un couloir qui conduisait simplement au centre de la Pyramide, à la Chambre du roi (1).
Lorsqu'on se trouve au fond du couloir et qu'on regarde l'entrée du tunnel, on découvre une partie du ciel ; or la partie de ciel que l'on aperçoit correspond à la position qu'occupait, il y a 3.910 ans, l'étoile du Dragon, qui était polaire à cette époque.”

(1) On l'a ainsi nommée, parce que c'est là que l'on a découvert un sarcophage qui contenait probablement la dépouille du souverain.

Source : Gallica

jeudi 1 septembre 2011

“La science de construction que révèlent les pyramides est immense, et n'a jamais été surpassée” (François Lenormant - XIXe s.)

L’archéologue français François Lenormant (1837-1883) (fils de Charles Lenormant, cité dans ce blog ICI) fut professeur d'archéologie à la Bibliothèque nationale de France. Avec la collaboration de l’archéologue belge Jean de Witte, il fonda la Gazette archéologique : recueil de Monuments pour servir à la connaissance et à l'histoire de l'art antique.
En 1869, il visita l'Égypte et se familiarisa avec les antiquités de ce pays.
Spécialiste d’assyriologie, il était convaincu de l’origine asiatique de la civilisation égyptienne. Selon lui, pour ne citer que ce seul exemple, l’aspect des pyramides était, d'une manière indubitable, importé de la civilisation des bords de l'Euphrate. Toutefois, les monuments gigantesques de Saqqarah, et surtout de Guizeh, étaient révélateurs d’une “science de la construction”, de la part des architectes égyptiens, inimitée et inimitable, malgré les “progrès des sciences”.

“Il subsiste (...) en Égypte, au moins un monument antérieur à la première dynastie, un monument, remontant à ces âges où la civilisation des bords du Nil essayait ses premières forces et commençait à vivre. C'est le temple situé à côté du grand Sphinx et déblayé il y a une vingtaine d'années par M. Mariette aux frais du duc de Luynes. Construit en blocs énormes de granit de Syene et d'albâtre oriental, soutenu par des piliers carrés monolithes, ce temple est prodigieux, même à côté des Pyramides. Il n'offre ni une moulure, ni un ornement, ni un hiéroglyphe ; c'est la transition entre les monuments mégalithiques et l'architecture proprement dite.

Dans une inscription conservée au musée de Boulaq, le roi Chéops en parle comme d'un édifice dont l'origine se perdait dans la nuit des temps, qui avait été trouvé fortuitement, sous son règne, enfoui par le sable du désert, sous lequel il était oublié depuis de longues générations. De semblables indications d'antiquité sont de nature à épouvanter l'imagination. L'Égypte, et à plus forte raison le reste du monde, ne possède pas un seul monument construit de la main des hommes, et vraiment digne de ce nom, qui puisse y être comparé comme antiquité.
Mais le Sphinx lui-même n'est peut-être pas beaucoup moins ancien. D'après l'inscription à laquelle je viens de faire allusion, il serait antérieur de plusieurs siècles aux grandes Pyramides, dont il semble le gardien mystérieux, et du temps de Chéops il aurait eu déjà besoin de réparations. On sait que c'est un rocher naturel, que l'on a taillé plus ou moins grossièrement en forme de lion, et auquel on a ajouté une tête humaine, construite par assises de pierres énormes. Le Sphinx de Gizeh était l'image du dieu Harmachou, le soleil couché, le soleil infernal qui luit dans la demeure des morts. (...)
La IIe dynastie régna 302 ans ; elle était, elle aussi, originaire de Thinis et sans doute apparentée à la première, dont on ne l'a pas toujours distinguée. Un témoignage formel de Manéthon nous apprend que la grande pyramide à degrés que l'on voit encore à Saqqarah, et que tout indique comme plus ancienne que celles de Giseh, fut bâtie par le second roi de cette dynastie, nommé Kékéou, le Céchoüs de Manéthon, celui même par qui fut établi, dit-on, le culte des animaux sacrés, entre autres celui du bœuf Apis, considéré comme une manifestation vivante du dieu Phthah et adoré à Memphis. Il paraît l'avoir bâtie pour la sépulture des Apis morts, car la bannière royale du taureau divin est répétée à plusieurs reprises sur la porte basse et étroite, au linteau de calcaire blanc chargé d'hiéroglyphes, aux jambages décorés, d'après un système d'ornementation sans autres exemples, par une alternance de pierres calcaires de petit appareil et de cubes de terre émaillée verte, qui donnait entrée dans les souterrains de cette pyramide; Elle a été enlevée par M. Lepsius, et se trouve maintenant à Berlin. (...)

Avec la IVe dynastie, memphite comme la IIIe, l'histoire s'éclaircit, et les monuments se multiplient. C'est l'âge de la construction des trois plus grandes pyramides, celles de Giseh, élevées par les trois rois Khoufou (Chéops), Schafra (Chéphren) et Menkéra (Mycérinus). Chéops fut un roi guerrier ; les bas-reliefs du Sinaï célèbrent ses victoires sur les Bédouins qui harcelaient les colonies d'ouvriers égyptiens établies dans cette contrée pour l'exploitation des mines de cuivre. Mais c'est à sa pyramide qu'il doit d'avoir vu son nom traverser les siècles, assuré de l'immortalité tant qu'il y aura des hommes. Cent mille ouvriers qui se relayaient tous les trois mois furent, dit-on, employés pendant trente ans à construire ce gigantesque monument, dont son orgueil lui avait fait concevoir le plan pour abriter sa dépouille, et qui est demeuré la plus prodigieuse des œuvres humaines, au moins par sa masse. Les travaux étaient d'autant plus difficiles que les Égyptiens, n'ayant à leur disposition que des câbles et des rouleaux, et ne connaissant pas les machines, on devait traîner à force de bras les pierres sur des levées en plan incliné, pour les conduire à la hauteur où l'on voulait les monter. Celle qui servait à mener des carrières de Tourah, sur l'autre rive du Nil, au sommet du plateau des pyramides, les blocs gigantesques du revêtement extérieur, subsiste encore de nos jours ; elle avait été conservée comme formant à elle seule un monument digne de l'admiration des générations futures. Les fosses où l'on brassait le mortier sont aussi demeurées béantes et étonnent par leurs proportions.
Les efforts ne durent pas être beaucoup moins grands pour élever les pyramides de Schafra et de Menkéra.
La science de construction que révèlent les pyramides est immense, et n'a jamais été surpassée. Avec tous les progrès des sciences, ce serait, même de nos jours, un problème bien difficile à résoudre que d'arriver, comme les architectes égyptiens de la IVe dynastie, à construire, dans une masse telle que celle des pyramides, des chambres et des couloirs intérieurs qui, malgré les millions de kilogrammes qui pèsent sur eux, conservent, au bout de soixante siècles, toute leur régularité première et n'ont fléchi sur aucun point.”
(texte extrait de Les premières civilisations : études d'histoire et d'archéologie. Chaldée et Assyrie. Phénicie, 1874)
Source : Gallica