jeudi 27 janvier 2011

“Il n’y a aucune raison de s’interdire, surtout lorsqu’on est architecte, d’étudier la construction des pyramides, sous prétexte que l’on n’a pas le badge ‘égyptologue certifié’ “ (Jean-Pierre Houdin)


Il y eut le 30 mars 2007, une date marquante pour l’architecte-chercheur Jean-Pierre Houdin : il “révélait” publiquement ce jour-là, dans le cadre futuriste de la Géode (Paris - la Villette), ce qu’il est convenu d’appeler sa “théorie” sur la construction de la pyramide de Khéops.
Aujourd’hui, 27 janvier 2011, pour la présentation en avant-première de Kheops Renaissance, toujours le même cadre, le même décor. Mais si les acteurs sont les mêmes (l’”Équipe Khéops”, de Dassault Systèmes, est encore aux manettes), le contenu de la communication a, comme on pouvait s’y attendre, très nettement évolué. Depuis 2007, où il était essentiellement question de rampe interne et de Grande Galerie comme piste pour un gigantesque contrepoids, à l’intérieur de la Grande Pyramide, Jean-Pierre Houdin a poursuivi très loin son inventaire du monument, dans sa structure interne et son environnement topographique.
Les éléments nouveaux de lecture et compréhension de la pyramide, fruits de multiples indices relevés par l’architecte, représentent non seulement une évolution, mais, dans son esprit, une véritable révolution - le mot n’est pas trop fort -, qui risque fort de créer des soubresauts, voire des grincements de dents, dans les (hautes) sphères et l’ensemble des rangs de la pyramidologie. De Kheops Révélé (2007), première formulation de la “théorie” de Jean- Pierre Houdin, à Kheops Renaissance (2011), il y a non seulement quatre années d’écart, mais surtout un changement radical de perspective, déjà sous-jacent dans Kheops Révélé, mais exprimé ici dans sa pleine maturité.
Jean-Pierre Houdin a en effet élargi le champ de ses recherches. Il a sondé plus profondément les entrailles de la Grande Pyramide. Il est allé voir également du côté de la pyramide Rouge et de la Rhomboïdale, gardant toujours dans son objectif une meilleure lecture de celle de Khéops. Et là, la surprise est apparue, à ses yeux, comme une évidence : les points communs entre ces pyramides émanaient d’une même “école” architecturale, au point de faire place à la technique du “copier-coller” pour la configuration des organes principaux des monuments. C’est ce que Jean-Pierre Houdin appelle l’ “Héritage”.

 

D’où apparaissent, à l'intérieur de la Grande Pyramide, des éléments structurels majeurs, étrangement restés dans l’ombre depuis des siècles et des siècles : deux antichambres à la chambre du Roi, une seconde (en fait : la vraie) entrée de cette même chambre, un second couloir d’accès à la Chambre de la Reine, un second couloir ascendant partant de l’entrée (en forme de T) du monument, auquel fait suite un second couloir horizontal menant aux antichambres, un puits d’évacuation pour la fin du chantier, reliant l’espace supérieur de l’entrée de la pyramide à la rampe interne... tous ces éléments représentant un “Circuit Noble” réservé aux funérailles du pharaon. Quant aux autres éléments structurels connus (couloirs descendant et ascendant, Grande Galerie, chambre des herses, puits de service...), ils n’ont eu, selon l’analyse de Jean-Pierre Houdin, qu’un rôle fonctionnel, sans aucune utilité à partir de la fin du chantier de construction de la Chambre du Roi. Pyramidales reviendra en détail sur les résultats de ce complément substantiel d’inventaire. En préambule, voici une interview exclusive que Jean-Pierre Houdin nous a accordée, au cours de laquelle il revient sur sa méthode de travail et sur les acquis essentiels de ses quelque douze années de recherches à l’ombre de ce monument qu’il ne cesse de considérer comme un chef-d’oeuvre absolu de l’architecture : la pyramide de Khéops.
Ci-dessous la première partie de l’interview.


Pyramidales : Jean-Pierre Houdin, vous avez déjà eu l'amabilité de répondre à mes questions, pour les lecteurs de Pyramidales. Lors de cet entretien, vous nous aviez annoncé une importante suite à vos recherches sur votre reconstitution du chantier de construction de la Grande Pyramide de Guizeh.
L'heure est venue de la publication du résultat de ces nouvelles recherches, auquel vous donnez l'appellation d'Épisode 2.
Cela signifie-t-il que l'Épisode n° 1 était à vos yeux incomplet, en dépit de la très grande audience que ces premiers travaux ont rencontrée, autant auprès du grand public que des chercheurs avertis, de nombreux pays ?


“Une tactique en deux temps”
Jean-Pierre Houdin : “Je dirai d’emblée que dès l’été 2003, donc il y a maintenant près de huit ans, mes travaux sur la pyramide de Kheops avaient atteint un degré d’explication de ce chantier bien plus exhaustif que celui actuellement connu.
En juin 2005, lors de ma première rencontre avec mes amis de Dassault Systèmes, Mehdi Tayoubi et Richard Breitner, j’avais bien sûr décidé de les informer sur l’ensemble de ces travaux ; l’ampleur de la théorie et le côté “bouleversement de la Pensée Unique” de ce que je venais de leur révéler leur a paru à la fois trop important et surtout trop explosif pour être mis sur la place publique d’un seul coup. On s’est donc accordé sur une tactique en deux temps : Épisode 1 reprendrait toute la partie de la théorie consacrée à la construction de la pyramide et Épisode 2, tout ce qui concerne l’architecture des appartements funéraires. L’intention était de présenter, en visant la plus grande audience possible, la théorie de la manière la plus scientifique et la plus crédible possible, par la validation virtuelle grâce aux logiciels de Dassault Systèmes, ceci afin de gagner une crédibilité inattaquable sur ce point.
Une fois la théorie établie, nous pensions pouvoir la mettre rapidement à l’épreuve de la vérité réelle en obtenant les autorisations d’effectuer une mission de recherche sur place au moyen de techniques non-destructives. Le grand avantage de la théorie tient au fait qu’elle est irréfutable : la découverte de la rampe intérieure clôturerait le débat sur la question de la construction du monument.
La présentation Kheops Révélé à la Géode le 30 mars 2007 a eu un écho considérable partout dans le monde et, en une matinée, la théorie a été reconnue comme la plus plausible à ce sujet. Malheureusement, par la suite, pour ce qui concerne la validation réelle, les choses ne se sont pas passées comme prévu ; un dossier pour une mission scientifique n'a jamais pu être déposé malgré plusieurs rencontres au plus haut niveau. Finalement, ce délai supplémentaire qui nous a été “accordé” s’est, au fil du temps, transformé en une véritable aubaine ; Épisode 2 version 2011 a pris beaucoup de poids par rapport à Épisode 2 imaginé en 2005, et la collecte d’indices sur le terrain a été très fructueuse.”

Pyramidales : Avant d'en venir au contenu proprement dit de vos nouveaux développements sur la pyramide de Kheops, pouvez-nous nous donner un aperçu de votre méthode de recherche ? Au vu de vos précédentes publications et communications, je crois discerner dans votre approche de la "chose" égyptologique au moins trois principaux axes complémentaires de travail : une observation minutieuse du terrain, une logique de bâtisseur (nous n'oublions pas que vous êtes architecte), vous permettant de "dialoguer", par-delà le temps, avec les bâtisseurs égyptiens, et une mise en relation des techniques de construction propres à plusieurs pyramides de diverses époques.
Vous reconnaissez-vous dans cette présentation ? Si nécessaire, comment la complétez-vous ?


Avec le support technique de Dassault Systèmes (au 1er plan : Richard Breitner)
“Plus de 5.000 heures à modéliser en 3D mes idées”

J.-P. Houdin : “Avant tout, il y a eu un événement “fondateur” qui m’a conduit à consacrer plus de douze années de ma vie, à temps plein, sur Kheops et, par extension, sur toutes les grandes pyramides lisses. C’’est l’intuition que mon père a eue le 2 janvier 1999 et que j’aime à rappeler : “Si j’avais à construire la pyramide de Kheops, me confiait-il, je la construirais de l’intérieur.” En une seule phrase, la “Pensée Unique” avait explosé ! À l’époque, j’approchais de la cinquantaine et Bulle, mon épouse, avait fini par me convaincre que la vie n’était pas éternelle, que la routine était l’ennemie de la passion et donc, j’étais à la recherche d’une “idée” qui vaille la peine de m’y consacrer. Kheops m’est “tombé dessus” ! L’architecte en moi s’est tout simplement dit que c’était là mon chemin. La pyramide de Kheops le valait bien !
À partir de cette intuition, j’ai lentement et sûrement déroulé le fil de la pelote que personne n’arrivait à découvrir, car n’ayant pas le bon code pour en trouver une extrémité.
Et puis, après avoir baigné toute mon enfance dans le bâtiment et le génie civil, être devenu architecte DPLG et avoir exercé en profession libérale pendant plus de vingt ans, être rompu à la conception assistée sur ordinateur, j’avais les “qualifications requises” pour me permettre de mener à bien une réflexion sérieuse et approfondie sur le “pourquoi” et le “comment” des pyramides, puis d’émettre des propositions en ce domaine.
Entre 1999 et 2005 (avant ma rencontre avec Dassault Systèmes), j’ai ainsi passé plus de 5.000 heures à modéliser en 3D mes idées, avec cet avantage unique de pouvoir visualiser, pratiquement en temps réel, ce qui me venait à l’esprit. Avec également la possibilité de connaître précisément les rapports dans l’espace des différents éléments que l’on a en face de soi sur l’écran de l’ordinateur.
Dès le départ, j’ai compris qu’il fallait que je pense en “Égyptien d’époque” et non pas comme constructeur d’aujourd’hui. J’ai donc fait beaucoup de recherches sur le sujet, à la fois dans les livres et sur Internet (ayant séjourné un an à New York en 1996/97, et pour l’avoir vécu en direct, j’avais compris l’immense révolution que cet outil allait apporter), pour connaître les techniques, matériaux, outils et savoir-faire des anciens Égyptiens. Cela m’a permis de m’apercevoir au passage que la littérature sur les pyramides était plutôt maigre, remplie de reprises d’auteurs en auteurs, sans analyses personnelles et surtout très souvent hors-sujet. Enfin, à partir de 2004, grâce à l’aide de mécènes, j’ai pu me rendre régulièrement en Égypte et faire mes propres recherches sur place ; à chaque fois, je trouvais un indice qui venait corroborer mes propositions.”


Pyramidales : Parmi vos outils de travail, la 3D tient désormais une place essentielle, grâce aux compétences et à la proximité intellectuelle que vous avez trouvées chez vos amis de Dassault Systèmes. Quel est le bonus qu'apporte à vos travaux cette mise en forme virtuelle ?

De g. à d. : J.-P. Houdin, Mehdi Tayoubi, Richard Breitner

J.-P. Houdin : “Comme je vous l’ai dit précédemment, la 3D tient une place essentielle dans mes recherches. Ma rencontre avec les ingénieurs de Dassault Systèmes a été extraordinaire : on parlait le même langage et eux me proposaient la Rolls-Royce dans le domaine de la conception assistée sur ordinateur. Mes travaux ont d’un seul coup fait des pas de géant, les simulations scientifiques venant soutenir la modélisation virtuelle. Par exemple, les simulations effectuées par l’Équipe Kheops au sujet des craquements des poutres de la Chambre du Roi ont apporté la réponse exacte qui permet d’affirmer que les Égyptiens contrôlèrent très bien la situation au moment des désordres et qu’ils n’ont pas abandonné cette pièce en cours de construction. La meilleure preuve : 45 siècles après, les désordres n’ont pas évolué.”

Pyramidales : Il est inutile de se voiler la face ! La logistique qui a été mise en place autour de vos travaux, avec l'impact médiatique que l'on sait, a fait et fera encore des envieux. Il semble que, malheureusement, le microcosme de l'égyptologie cultive, à l'instar sans doute d'autres secteurs de la recherche scientifique, comme un sens inné de la polémique. Comment expliquez-vous ce constat ?

“Il a fallu que je prenne mon bâton de pèlerin”


J.-P. Houdin : “La recherche n’est pas l’apanage de castes ; la liberté de réflexion est fondamentale et il n’y a aucune raison de s’interdire, surtout lorsqu’on est architecte, d’étudier la construction des pyramides, sous prétexte que l’on n’a pas le badge ‘égyptologue certifié’.
Les pyramides ont été conçues et construites par des hommes comme Hemiounou ou Ankh-haef, les Vizirs de Tous les Travaux Royaux de Kheops, titre que l’on peut assimiler de nos jours à ceux d’architecte ou ingénieur.
L’égyptologie est née avec la Campagne d’Égypte de Bonaparte et s’est, dès le début, orientée vers l’archéologie de relevés, de fouilles et de collecte de vestiges. Les études en université en ce domaine sont principalement basées sur la compréhension des hiéroglyphes, les textes, l’histoire et la religion ; elles ne forment pas particulièrement à la compréhension des techniques de construction. Le résultat : aucune théorie proposée par les égyptologues ne tient l’analyse, et ce dès les premières lignes. Je considère que ma qualité d’architecte m’autorise à me pencher sur le problème de la construction des pyramides, autant, sinon plus qu’un égyptologue.

Photo extraite du film Khéops Révélé (Gédéon Programmes)

Maintenant, ma situation d’”outsider” me ferme la porte à beaucoup de facilités : n’étant pas du sérail, il était hors de question pour moi d’être soutenu par les organismes publics. Il a fallu que je prenne mon bâton de pèlerin et que j’aille convaincre des mécènes en France et en Égypte (parce que j’en ai aussi là-bas). L’engagement de Dassault Systèmes, dans le cadre d’un programme de mécénat (Passion for Innovation), est exemplaire. Le mécénat est surtout tourné vers le sport et les arts ; dans mon cas, il est au service de la recherche sur notre passé, sur une civilisation admirable qui a encore beaucoup à nous apprendre. Que le mécène médiatise cette action, rien de plus normal. Que ceux qui sont envieux comprennent cela : ma percée dans le monde de l’égyptologie n’est pas un “overnight success” et le seul fruit de cette médiatisation, mais le résultat de beaucoup d’efforts, de privations, de passion et de conviction de la part de mes interlocuteurs.
J’estime ne pas avoir de leçon à recevoir de personnes (très peu au demeurant) qui ont été incapables de faire une critique objective et étayée de mes travaux.”


Pyramidales : Pour en venir maintenant au vif du sujet, à savoir au contenu d'Épisode 2, quels sont les points principaux, quelles sont les structures ou composantes de la pyramide de Kheops qui ont fait l'objet de vos analyses et interprétations complémentaires ? En d'autres termes : qu'avez-vous observé de ce qui, jusqu'à présent, était resté muet ou secret du fantastique "langage de la pierre" que propose la pyramide à qui sait la déchiffrer ?

“J’ai pu constater, analyser et comprendre les relations spatiales
entre les différents ouvrages intérieurs”

J.-P. Houdin : “J’appellerais le contenu d’Episode 2 “l’Héritage de Kheops”, c’est-à-dire la véritable architecture funéraire de la Grande Pyramide, suite logique de la tradition sépulcrale et de l’expérience dans la construction accumulée par les Égyptiens pendant plus d’un siècle, particulièrement sous le règne du père de Kheops, Snefrou.
Dès 2003, soit après avoir déjà passé quatre années d’études et de recherches sur la pyramide de Kheops, et sur les autres grandes pyramides lisses des 3ème et 4ème Dynasties, j’étais arrivé à la conclusion qu’il y avait quelque chose qui ne “collait” pas dans l’architecture intérieure de ce monument funéraire. J’emploie ce mot “funéraire” car il est essentiel de revenir sur le pourquoi des pyramides royales : être, pour les rois et leurs proches, des tombeaux pour l’éternité dans la croyance d’une vie dans l’au-delà. Celle-ci impliquait de disposer d’un véritable appartement avec, si j’ose dire, salon, salle à manger et chambre à coucher. Aussi, les Égyptiens étaient beaucoup plus attentifs à la construction de leur demeure d’éternité qu’à celle de leur vie terrestre, cette dernière n’étant qu’un bref passage.
Grâce à mes milliers d’heures de modélisation 3D, pénétrant littéralement dans le volume avec toutes les possibilités qui m’étaient offertes par cette technologie, j’ai pu constater, analyser et comprendre les relations spatiales entre les différents ouvrages intérieurs : chambres (et leurs conduits), couloirs et Grande Galerie. Pour cette dernière, j’avais déjà entériné dans mon esprit qu’elle ne pouvait qu’avoir été un élément technique lié à la construction et qu’il était vain d’essayer de lui donner une fonction funéraire. De plus, certaines explications liant les trois chambres (la souterraine, celle dite de la Reine et celle du Roi) pour les faire « rentrer » dans la tradition funéraire me paraissaient erronées, sinon fantaisistes.


Les deux antichambres de la Chambre du Roi, calquées sur celles de la pyramide Rouge

J’avais déjà trop “fréquenté” mes confrères architectes de l’époque pour comprendre que ce que nous connaissons actuellement de cette pyramide était incomplet. Je n’y retrouvai pas leur logique constructive et la simplicité de leur démarche sur la configuration des appartements funéraires. La présence, dans la pyramide de Kheops, de deux antichambres calquées sur celles de la pyramide Rouge de Dahchour, construite par le même « collège d’architectes » pour Snefrou, le père de Kheops, était pour moi une évidence conceptuelle. Le langage de la pierre a fait le reste, la modélisation 3D apportant une matérialisation visuelle « au-delà du visible » extraordinaire.”

Pyramidales : Pour étayer, voire corroborer, vos observations, avez-vous pu bénéficier d'études, expertises ou expériences plus ou moins révélées au grand jour, ou bien, au contraire, plus ou moins cachées sous le boisseau... parce que trop dérangeantes pour ce que vous appelez la "pensée unique" ?


J.-P. Houdin : “Pendant toutes ces années de recherche, je me suis rendu compte que finalement, on pouvait trouver de nombreux indices rien qu’en allant à la “pêche” dans les missions déjà effectuées ou dans des études publiées au fil des années. Lors de la campagne de microgravimétrie effectuée sous l’égide de la Fondation EDF en 1986/87, les résultats n’ont pas été ceux espérés à l’époque, à savoir la détection d'une chambre inconnue, ce qui prouve que nombreux sont ceux qui ne sont pas satisfaits du statut quo actuel. L’anomalie de sous-densité en spirale serait restée au fond d’un tiroir si ma curiosité ne m’avait pas poussé à m’intéresser de plus près à ces résultats. La “pêche” avait été excellente, car la probabilité de trouver, a posteriori, cette spirale correspondant parfaitement à celle de la théorie, était quasi nulle dans mon esprit. Cette anomalie ne peut avoir qu’une seule explication rationnelle et toute tentative de détourner sa signification vers d’autres explications constructives est vouée à l’échec car elle oublie alors le sujet fondamental : comment la pyramide a-t-elle été construite ? Et là, il faut détailler rationnellement ce qui n’a pas été fait depuis la nuit des temps.
De plus, durant cette mission, d’autres résultats, tombés aussi dans le tiroir concernant d’autres anomalies, confortent mes dernières propositions : la microgravimétrie avait également détecté des sous-densités et des surdensités exactement aux endroits que j’imagine.



J’avais aussi appris qu’à la même époque, sous la direction d’un égyptologue très réputé, le Professeur Yoshimura, l’université de Waseda au Japon avait effectué deux missions radar dans la pyramide peu de temps après la mission française. Une très importante détection, obtenue à chacune des deux missions, mettait en évidence un couloir d’une trentaine de mètres de longueur, parallèle au couloir horizontal menant à la Chambre de la Reine, et débouchant dans le coin nord/ouest du mur nord de la chambre. Cette découverte avait fait l’objet d’une publication officielle, mais à l’époque, le sérail égyptologique l'avait méprisée. La concurrence entre les équipes d’égyptologues semble être féroce avec pour conséquence une multitude d’informations qui passent à la trappe pour une simple question d’ego. Pour moi, la science ne peut pas et ne doit pas être entravée par les querelles de clans ; mais cet exemple prouve que la réalité est tout autre.
Quant à la « pensée unique » dont je parle souvent, je la résumerai d’une phrase de l’historien grec Thucydide : “Au lieu de se donner la peine de rechercher la vérité, on préfère généralement adopter les idées toutes faites.”

Pyramidales : Complétant vos précédentes recherches, vos nouvelles observations vous ont amené, afin de peaufiner votre reconstitution du chantier de construction de la Grande Pyramide, à porter en premier lieu votre attention sur les abords du monument, à savoir sur la Chaussée Monumentale destinée au transport des blocs de pierre. Quels sont la configuration et le tracé de cette chaussée ?

“Une tranchée dans le socle rocheux
pour servir de glissière à un second contrepoids”

J.-P. Houdin : “Je dis souvent qu’en ayant eu, en 1999, ce déclic “La pyramide a été construite de l’intérieur”, mon père avait finalement trouvé un des deux bouts du fil de la pelote de laine que représentait l’énigme de la construction de la pyramide. Les tenants de la « pensée unique », selon lesquels la pyramide est construite de l’extérieur, faisaient tourner cette pelote, tout en tournant eux-mêmes en rond, n’ayant aucun élément (un bout du fil) pour établir une théorie plausible. Depuis le début, j’avais cet élément et je tirais le fil petit à petit, la pelote diminuant d’autant.
Pour le Plateau de Gizeh, c’est la réflexion d’un lecteur qui m’a poussé à m’y intéresser de plus près. Ce lecteur me faisait remarquer que je n’expliquais pas comment je transportais les poutres de granit du port à la base de la grande rampe extérieure ; et il avait raison de me le faire remarquer. C'est aussi grâce à ce type de remarques que les choses avancent.

Le chantier était organisé autour de ces deux grands axes (en rouge) :
les deux pyramides de Khephren et Mykerinos n'existaient évidemment pas à l'époque

Et comme par un curieux hasard (?), j’ai vu le lendemain sur Talking Pyramids, le blog de Vincent Brown, une photo du début du 20ème siècle prise depuis un ballon par Spelterini. Ç'a été comme un déclic : pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? La Chaussée Monumentale de Khephren a été bâtie sur une rampe datant du chantier de Kheops ! Les Égyptiens pensaient toujours simplicité et économie dans l’organisation de leurs chantiers : construire d’abord la pyramide dans une première carrière, approvisionner les matériaux au plus court possible, avoir le maximum sous la main si je puis dire.

Illustration Dassault Systèmes

Ils avaient quand même deux matériaux qui venaient d’autres régions d’Égypte : du calcaire de Tourah pour les façades, et du granit d’Assouan pour les murs et poutres de la Chambre du Roi. Il leur fallait un canal et un port de déchargement au plus près ; le port actuel devant le Temple de la Vallée de Khephren et du Sphinx était l’endroit idéal. De là, les blocs de Tourah pouvaient suivre une pente naturelle admissible de 8 à 9% pour être livrés à la base de la pyramide, à l’entrée de la rampe intérieure. Par contre, les poutres devant être livrées au niveau de la base de la Chambre du Roi, le trajet devait être plus long pour garder une pente identique. L’hypoténuse du triangle n’étant plus adaptée, les deux côtés du triangle devenaient logiques. La Chaussée Monumentale de Khephren croisait ma rampe extérieure. En déplaçant légèrement celle-ci vers l’ouest, sa longueur raccourcissait, en bénéficiant d’une plus grande élévation du Plateau dans cette zone (15m plus haut que la base de la pyramide), d’une centaine de mètres et son point de départ se retrouvait naturellement dans le prolongement de la Chaussée et pratiquement à angle droit de celle-ci. La différence de niveau entre le port et la base de la Chambre du Roi étant d’environ 83m, deux tiers (55m) étaient franchis sur cette rampe du Plateau, le dernier tiers (28m) grâce à la rampe extérieure (axe bleu ci-dessous). Au passage, je remarquais la présence de plusieurs carrières tout le long du parcours de la rampe du Plateau (axe rouge ci-dessous). Celles-ci devaient avoir été exploitées au fur et à mesure des besoins et étaient directement raccordées.


Cette rampe, qui fait près de 24m de large, était bien trop importante pour être la seule fondation de la Chaussée Monumentale de Khephren (9,50m), d’autant plus que les autres chaussées du Plateau ont leur fondation ne dépassant pas leur maçonnerie (10m pour Kheops et 8,50m pour Mykerinos).
Elle résolvait le trajet des matériaux, mais n’expliquait pas la montée des poutres du port jusqu’à la base de la rampe extérieure de Kheops.
Dans ma théorie, je dis que les poutres ont été tractées de la base de la pyramide au niveau +43m grâce à un contrepoids circulant dans la Grande Galerie (trait vert, ci-dessus, en haut). La logique voudrait donc que les Égyptiens aient installé un premier contrepoids en bout de la rampe du Plateau pour amener les monolithes à la base de la seconde rampe. Pour ce faire, ils ont dû creuser une tranchée dans le socle rocheux pour servir de glissière à ce second contrepoids ; et c’est ce qu’ils ont fait ! Dans l’axe exact de la rampe du Plateau, et au-delà du point de départ de la rampe extérieure de la pyramide de Kheops, ils ont creusé cette fosse et on en a un indice inespéré. Bien que cette tranchée ait disparu sous la pyramide de Khephren (trait vert, ci-dessus, à gauche), un détail est remarquable : alors que tous les appartements funéraires et couloirs sont creusés dans le socle rocheux, le couloir reliant l’entrée à la chambre sépulcrale, dont le sol est à plus de 10m sous le niveau du Plateau, a bien été creusé lui aussi mais, tout d’un coup, il est maçonné, sol, murs et plafond, sur une dizaine de mètres dans l’axe exact de la rampe du Plateau. Et cette tranchée a eu un grande influence sur l’implantation des ouvrages intérieurs ; elle a obligé les concepteurs à décaler ceux-ci d’une douzaine de mètres vers l’est pour éviter d’avoir un vide trop important à combler sous la partie maçonnée du couloir.”


Le plateau et la pyramide parvenue à la hauteur de 43 m (illustration Dassault Systèmes)

A lire également :

- Dassault Systèmes ou l'art de conjuguer la Grande Pyramide au futur antérieur
- Em Hotep : le blog - en  anglais - de Keith Payne
- Traduction en anglais de cette première partie 

                                                                    

mercredi 26 janvier 2011

Les pyramides “donnent l’impression d’une indescriptible grandeur” (J.O. Noyes - XIXe s.)

En consultant leur revue The Young men’s magazine, vol. 1, 1858, les jeunes Américains du XIXe siècle étaient à bonne école !
Avec cette livraison de leur publication (favorite ?), ils avaient la possibilité de lire les propos de James O. Noyes, sous le titre “The Origin and the Design of the Pyramids”, autrement dit de s’initier à la culture égyptienne.
Dans cet article en deux parties, l’auteur propose une revue de détail de diverses théories relatives à la fonction des pyramides, dont les auteurs, par-delà les frontières du temps, ne devaient pas être déçus du voyage !
Hérodote ? Des écrits indignes de l’histoire ! Diodore et Strabon ? Même école, donc même sanction ! Platon ? De la pure spéculation ! Les “greniers de Joseph” ? Incohérent ! Les auteurs arabes ? La “saveur de la fiction orientale” ! Diderot ? Des discours de “savant” annihilés par les découvertes ultérieures sur les hiéroglyphes ! Jomard ? Des propos “profondément stupides” !
Et l’on en vient finalement à un certain de Persiogny qui, lui, semble être digne d’un regard infiniment plus bienveillant : les pyramides n’ont-elles pas été les “meilleures barrières possibles” contre la progression du désert ?
Au terme de ce parcours, James O. Noyes se livre enfin lui-même pour reconnaître dans les pyramides des oeuvres de science et de génie. Ouf ! Il était temps...



Photo extraite de "Tulipe Noire" (FlickR),

 avec autorisation de l'auteur du site

“The secret of the origin and design of the Pyramids appears to have been sacredly guarded by the sacerdotal caste of Egypt, even down to the time of its extinction, which happened soon after the close of the dynasty of the Logidae. Not the least marvelous circumstance connected with the history of the Pyramids is that the object for which they were constructed was kept secret, not only from foreigners but also from the great mass of the Egyptians themselves. (...)
It is affirmed that [Herodotus] was initiated into the sacred order of priests, but his youth must have stood in the way of his passing beyond the first degree. His account of the Pyramids, whether derived from the testimony of the priests of Heliopolis and Memphis, or being, as is most probable, merely a reflection of the popular belief, is singularly vague, and altogether unworthy the dignity of history. (...)
The version of Herodotus, relative to the construction of the Pyramids for tombs, is precisely the same as that given four centuries later by Diodorus Siculus and the geographer Strabo, who, doubtless, derived their information from the same source. But the former of these more modern authors remarks, that "neither the historians nor the Egyptians themselves were of accord upon the subject of the Pyramids". (...)
The hypothesis of Plato, that the Pyramids were astronomical observatories, is merely a flight of speculative philosophy. The three largest of the Ghizeh group at least were originally cased with polished stone, rendering their ascent impracticable, as is now the case, to a certain extent, with the second pyramid. Moreover, for astronomical purposes they would not have been erected within a few hundred feet of each other, while a more elevated situation, such as the Mokattam ridge, on the opposite side of the Nile, would doubtless have been selected.
Equally absurd were the ancient ideas that the Pyramids of Ghizeh were the granaries of Joseph, or the treasuries of the kings by whom they had been built. The inference is, that the treasures of the latter were exhausted at the completion of these stupendous monuments, and moreover, the borders of the Libyan desert - the home of marauding tribes, as nomadic as its sands - would hardly have been chosen for the site of the royal treasuries.
The accounts given by the Arab authors relative to the Pyramids savor of eastern fiction. (...) These are a few of the thousand and one allusions to the Pyramids in the Arab authors, based doubtless upon the traditions of the ancient Egyptians, and varying but little during a period of several centuries. They do not, of course, assume the dignity of history, nor have they the sublime audacity of the conceptions of the ancient poets, who described the Pyramids as mountains piled up by the Titans in attempting to scale high Olympus. (...)
Diderot, instead of considering the Pyramids the mementos of the pride and stupidity of the Egyptian kings, regards them as memorials of their wisdom and love of science. He supposes that their erection was antecedent to the invention of letters, but that, having reached a high degree of perfection in the arts and sciences, the ancient Egyptians made use of these immense structures to transmit to posterity the elements of their knowledge. (...) but it is difficult to conceive how the Egyptians could have attained to a degree of culture enabling them to build the Pyramids without a knowledge of letters ; and the arguments of these savans have been annihilated by the discovery of hieroglyphics within the structures themselves.
M. Jomard, however, gave the greatest eclat to the scientific theory of the origin and design of the Pyramids, by bringing forward the idea that the great pyramid presented, in each of its dimensions, an aliquot part of the terrestrial degree in Egypt. But could anything have been more profoundly stupid on the part of the ancient Egyptians than the erection of this immense structure, a labor more Herculean than that of building a city, merely to show the value of the terrestrial degree and the linear measure adopted in Egypt ? This theory, although supported by a long list of illustrious names, does not so well account for the erection of the Pyramids as that hazarded by Jancourt and accepted by Volney, to the effect that the kings constructed tombs, impenetrable and eternal, in accordance with the dogma that the souls of the dead would return, after wandering six thousand years, to reanimate the bodies they had left. (...)
Although F. de Persigny never visited Egypt, he has had the satisfaction of seeing most of his learned contemporaries in France adopt the ingenious theory developed by a careful study of the double question of the pyramids and the desert. (...)
Want of space forbids even an allusion to the reasons for giving the pyramidal form to these cyclopean structures, as also to the pneumatical facts and principles, whereby it can be shown that they were the best possible barriers to interrupt the progress of the desert. Suffice it to say, they answered admirably the purpose for which they were constructed. For centuries they protected the fertile land of Egypt, the domain of Osiris, from the rage of Typhon, and it was not until after many of them were thrown down or greatly mutilated that the desert passed beyond its ancient boundaries. Even in the time of the Romans the province of Ghizeh was so free from sand that the Sphynx could be seen and studied in all its parts. The pyramids suffered greatly under the Caliphs, and the consequences soon became apparent. Macrisi, an Arab historian of the 14th century, relates, that the province of Ghizeh having been overrun by the desert, the inundation of sand was attributed to the mutilation of the Sphynx by a fanatical scheik. But in demolishing the pyramids, in overturning these artificial mountains, they unconsciously destroyed the veritable talismans protecting their territory.
Philosophers and writers have in all ages declaimed against the pyramids. But it is to be remembered that whatever exalts the imagination, whatever carries us beyond ourselves, and exercises a moral utility is not in vain. These Titanian temples were raised by genius ; and even regarded as tombs, as funereal and eternal gateways built upon the confines of eternity, they give the impression of indescribable grandeur. Diodorus says : " All the people of Egypt, regarding the duration of life as very short and of little importance, make much, on the contrary, of the memorial of virtue, which is to be left behind. Hence they call the dwellings of the living inns, where one sojourns but for a day, but give the name of eternal mansions to the tombs of the dead, from which there is no departure."
Thus the kings of Egypt have been indifferent as to the erection of palaces, but have exhausted themselves in the construction of their tombs. What the works of Shakespeare and the songs of Homer are among the productions of the human mind, the pyramids of Egypt are among the monuments erected by the hand of man. But when the Sphynx is compelled to reveal the secret of ages, when we find that the pyramids were works of the greatest public utility, and that both science and the mild genius of religion determined and guided their erection, we can but regard them with increased admiration and regret that the labors of men and the wealth of nations are not always, even in this enlightened age, so judiciously employed.”

mardi 25 janvier 2011

“Les bâtisseurs de pyramides n’avaient ni ennemis, ni rivaux” (William John Loftie - XIXe s.)

Dans son ouvrage A ride in Egypt, from Sioot to Luxor in 1879 : with notes on the present state and ancient history of the Nile Valley, and some account of the various ways of making the voyage out and home (1886), le clergyman et écrivain britannique William John Loftie (1839-1911) expose quelques conseils de bon sens sur l’art et la manière de visiter les pyramides. L’importance et la richesse du site ne peuvent être perçues qu’ “après une inspection répétée”, non par des voyageurs aux idées préconçues, se satisfaisant de connaissances et d’observations superficielles ou trop partielles.
Le seconde partie du texte que j’ai retenu de cet auteur présente une analyse assurément intéressante du contexte socio-politique dans lequel ont été bâties les pyramides de la période memphite : de tels monuments, dont la construction a nécessité la disponibilité d’une très abondante main-d’oeuvre, n’ont pu être érigés qu’en période de paix durable. Ils se distinguent en cela des temples de la Haute-Égypte, outre le fait que les modes constructifs eux-mêmes diffèrent très nettement. Alors que les pyramides ont exclusivement fait appel à l’art de tailler et assembler des blocs de pierre, les temples sont les oeuvres non seulement d’architectes, mais aussi d’artistes sculpteurs et peintres. D’un côté, la “force brute” pour dominer la résistance des matériaux ; de l’autre, les beaux-arts...

“It is only after repeated inspection that an adequate idea is obtained of the so-called Pyramid-field. Familiarity brings the most wonderful sights into their proper perspective. After a third or fourth visit, the bigness of the Pyramid of Shoofoo no longer weighs upon the mind, the height of the Pyramid of Chafra no longer overshadows it; the whole platform begins to assume its true aspect. (...)
The traveller who comes to Egypt with a preformed theory about the Great Pyramid and its purpose, and who canters out from Cairo on a glaring day, is dragged up to the top, hustled through passages of the diameter of a gas-pipe, alternately exposed to the brightest sunshine and the blackest darkness, who is next hurried down across the hot sand to stare at the Sphinx, and finally chased through the dust by a yelling donkey-boy the long seven miles back to Cairo, supposes he has thoroughly “done” the whole thing. He fondly imagines that in all his after-life he will be an authority on Pyramids, and will be capable, in the home circle, if not in a wider sphere, of giving a valuable opinion on the theory of Mr. Taylor and Mr. Smyth. One need not be surprised if he pronounces strongly in its favour. The performance he has gone through is calculated alike to fatigue his body and confuse his mind. His attention has been wholly concentrated on the Great Pyramid. Its height, its rugged stones, the vociferations of the Arab guides, the giddiness which the steep slope or the sun's rays induced when he was on the summit, the broken shin acquired in the exploration of the interior, the temporary blindness after he came out, the grand chorus of backsheesh which signalised his departure, and a thousand other impressions equally vivid, mingle admirably with the ignorance or prejudice he brought out, and conduce to the formation of what he boasts is a cool and unwarped opinion.
He has certainly seen something, superficially, of one Pyramid ; but what did he see of the nine or ten which are near it, of the fifty-nine which are further off ? He has not read, supposing he could read, a single hieroglyph. He has not the vaguest knowledge of early Egyptian history. He is perfectly certain that the world was created B C. 4004, and believes that the odd four years were part of the original revelation. He has probably never heard of Lepsius, certainly never of Lieblein. He is not acquainted with the name of a single Pyramid, and has no more knowledge of the table of Sakkara, or the table of Abydos, than of the Turin papyrus. He considers it best to keep his mind free and unfettered, and is all the more positive as to what he imagines he does know.
The man who, after a personal visit to the cemetery of Gheezeh, can continue in the nurture and admonition of those who believe in the Sacred Cubit, the Time-passage theory, the Meteorological theory, or any other tenet of the sect of which Mr. Smyth is presumably the prophet, must have been convinced on evidence very different from the evidence of the senses. I should be sorry to disturb a faith which is so wholly ethereal that it is independent of facts, and whose votaries are as much beyond the influence of argument as of plain proof. (...)
Historically speaking, the Pyramids, apart from their antiquity, are of the highest interest. They represent a time of profound peace. They point to the existence of a dominant race, and of a population which could be called on for unlimited labour. They tell us little of the finer arts, in sculpture and painting, which even then flourished, but much of skill in engineering, quarrying, building, as distinguished from architecture, and all that could be done by mere multitudes working together and bringing brute force to bear on stubborn materials. Whatever of higher art those early kings lavished on their “fair resting-places,” whatever of portraiture and painting, of gold and jewels, of carving and ornament, of epitaphs and funeral odes they could command, were bestowed on the temple ; the tomb itself was vast, solid, enduring, nor is it at all certain that the actual burial-place of Shoofoo or Chafra has been reached and rifled. (...)

 
In the aftertime, when the kings of the twelfth dynasty fought against the northern strangers, when Aahmes led his people against the Shepherds, when Seti I. subdued the Hittites and his grandson pursued Israel, when fortresses and treasure cities, Pi-Tum and Rameses, had to be built on the border, we no longer hear of such great cairns as the Pyramids. The tombs in the Valley of the Kings at Thebes, great as they are, required rather skilled labour than mere force. No vast multitude was needed to decorate them in beaten gold and glorious red. The peaceful artist and his staff worked quietly in the dark corridors, while the people whose ancestors had heaped up the tombs of the older Pharaohs, now followed the later Pharaohs to the battle-field.
A smaller waste of human life than that by which Bonaparte ruined France would have built him a pyramid greater than Shoofoo's. About half the sum lavished by Ismail Pasha on plastered palaces would have made him a monument more enduring than Chafra's. But the Pyramid-builders had neither enemies abroad nor rivals at home.”

Source : TIMEA

lundi 24 janvier 2011

La Grande Pyramide “miraculeuse” de Joseph Augustus Seiss (XIXe s.)

Le texte ci-dessous tient une place à part dans l’inventaire de ce blog.
Il nous entraîne en effet dans des considérations explorant l’au-delà d’une froide analyse scientifique du langage des pierres.
Il est extrait de l’ouvrage The Great Pyramid, Miracle in stone (1877), du pasteur de l’église luthérienne Joseph Augustus Seiss (1823-1904).
L’articulation de la démonstration, du syllogisme de l’auteur est grosso modo la suivante :
- prémisse : la Grande Pyramide est un chef-d’oeuvre inimité et inimitable, édifié conformément à un plan bien défini. Bref, la perfection pétrifiée.
- or : les bâtisseurs égyptiens ont bien tenté de reproduire ce modèle, mais en vain. La raison ? Laissés à eux-mêmes, ils n’en avaient pas les compétences nécessaires : “Les anciens Égyptiens n’ont jamais été un peuple très scientifique.”
- donc : le projet et la réalisation, jusque dans ses plus infimes détails, de la Grande Pyramide ne peuvent être que le fruit d’une inspiration divine. Si cet édifice “miraculeux” est “en” Égypte, il n’est pas “de” l’Égypte.
Les quelques très brefs éléments de cette démonstration qui suivent ont été choisis parmi tant d’autres, dont la lecture peut être hermétique, voire insupportable, pour les non adeptes d’une telle théorie (*). Le lien inséré en bas de citation permet d’avoir accès à l’intégralité du texte.




J.A. Seiss (Wikimedia commons)
“The arts of man left to himself, never attain perfection at once. At all times and in all countries, there is invariably a series of crude attempts and imperfect beginnings first, and thence a gradual advance from a less perfect to a more complete. Styles of architecture do not spring into existence like Minerva from the brain of Jupiter, full-grown and perfect from the start. But here all ordinary laws are reversed, and the classic dream finds reality. As with the beginning of our race, so with the pyramids, the most perfect is first and what comes after is deteriorate. The Great Pyramid comes upon the scene and maintains its grand superiority forever, without any preceding type of its class whence the idea was evolved. Renan says, "It has no archaic epoch." Osburn says, "It bursts upon us at once in the flower of its highest perfection." It suddenly takes its place in the world in all its matchless magnificence, "without father, without mother," and as clean apart from all evolution as if it had dropped down from the unknown heavens. We can no more account for its appearance in this fashion on ordinary principles than we can account for the being of Adam without a special Divine intervention.
This pyramid once in existence, it is not difficult to account for all the rest. Having been taught how to build it, and with the grand model ever before them, men could easily build more. But how to get the original with its transcendent superiority to all others is the trouble. The theory of Mr. Taylor and Prof. Smyth would admirably solve the riddle; but apart from that, there is no knowledge of man by which it can be solved. People may guess and suppose; but they can tell us nothing.
The evidences also are, that the whole family of Egyptian pyramids, and there are no others, is made up of mere blind and bungling imitations of the Great Pyramid. They take its general form, but they every one miss its intellectuality and take on none of their own. None of them has any upper openings or chambers; and the reason is furnished in what Al Mamoun on making his forced entrance found in the Great Pyramid, to wit, the fact that its upward passage-way was stopped by its builders, filled up, hidden, and then for the first time discovered. These upper openings, though the main features of the Great Pyramid's interior, were wholly unknown to the copyists, and hence were not copied. The downward passage and the subterranean chamber were known, and could be inspected; hence these features appear in all the pyramids. It would be difficult to conceive more conclusive internal evidences of mere imitation, or of the certainty that the Great Pyramid is the real original of all pyramids. All the rest are but vulgar and unmeaning piles of stones in comparison with it.
A building having a square base and its four sides equally sloped inwards to a single point at the top is a pyramid. There may be other and various pyramidal forms, but they are not true pyramids. In stone architecture such a figure requires the edifice to be solid, or mainly so, and can furnish very little internal space for any practical use. It is therefore a style of building which is itself something peculiar and quite unfitted to any of the ordinary purposes for which man erects edifices.
But not all pyramids have the same relative proportions or degree of slope in their sides. In this respect the Great Pyramid stands alone among all other pyramids or buildings on earth. Plato says, that "God perpetually geometrizes," and this pyramid presents a clear and solid geometric figure with all its proportions conformed to each other.  (...)
Viewed as a triangle, if we square its base line, as squared in fact in the Great Pyramid, and add together the lengths of the four sides, we have the exact equal of a circle drawn with the vertical height for a radius. In other words, we have here a figure of the framework of the earth, and that figure possessed of the proportion which is known to mathematicians as the π proportion, thus presenting a practical solution of that puzzling problem which has cracked so many mediæval and modern brains, to wit, the quadrature of the circle. Hence John Taylor says of the builders of the Great Pyramid, that "they imagined the earth to be a sphere, and as they knew that the radius of a circle must bear a certain proportion to its circumference, they built a four-sided pyramid of such a height in proportion to its base, that its perpendicular would be the radius of a sphere equal to the perimeter of the base."
The other pyramids have the same general form copied after this, but these mathematical proportions and signs of high intellectuality appear nowhere but in the Great Pyramid. And when Jomard says, "The pyramids have preserved to us the certain type of the size of the terrestrial globe," he utters a great truth, but what is not true in any definite measure save of the Great Pyramid. (...)
The opinion was given by Lepsius, and from him has been largely accepted as a law in Egyptian pyramid building, that each king, when he came to the throne, began to excavate a subterranean chamber with an inclined passage, which chamber was meant for his tomb ; the first year he covered it with a few squared blocks of stone, the next added more, and so continued till he died, leaving it to his successor to finish and close the edifice. Hence the size of each pyramid would depend upon the accident of the duration of the king's life. Perhaps it was so after pyramids came to be a fashion, though some long-lived kings have only small pyramids. But it is very certain that the Great Pyramid did not grow in this way. Its whole character was calculated and determined beforehand. The drafts of its architects still exist, graven in the rocks (...). There they are in the immediate vicinity of the great building, the projection of whose shape and features, without and within, they still show to every one who wishes to examine them. By them it is proven that the whole structure in its angles and mathematical proportions was contemplated and designed from the start.
Besides, the subterranean chamber of the Great Pyramid which this "law" would require to be finished first is just that part which never was finished at all. It is only half cut out, a mere pit without a bottom. Herodotus also gathered from the Egyptians themselves that ten years were spent in building preparatory works, which are hardly less remarkable and elaborate than the pyramid itself, and that everything was organized on an immense scale, keeping 100,000 men continually at work, relaying them every three months. Furthermore, all the searchings into this pyramid have failed to reveal any signs of the patching of one year's work to that of another, or any arrangements for such a contingency as the possible death of the king before the work was complete. On the contrary, everything argues one continuous and fore-calculated job, evenly carried through from beginning to end, just as a farmer would build his barn or a baker his oven. Hence if there is anything in Lepsius's "law of pyramid building," the Great Pyramid never came under it, but received its being and dimensions from a foregoing plan of the whole, pursued from commencement to completion without interruption or any thought of it. (...)
Could all these things have been mere coincidences ? Is it possible that they just happened so out of blind chance ? Then what is the reason that nothing of the sort has happened in the scores of other Egyptian pyramids ?
And if they were really designed by the builders, whence then came this surprising intelligence, unsurpassed and uncontradictable by the best scientific attainments of modern man ?
Shall we credit it all to old Egypt ? We find it memorialized in Egypt, but could it have been of Egypt ? Not far can we go in such an inquiry till we find the way impassably choked up against any such conclusion. The old Egyptians never were a highly scientific people. Bunsen says, "Their astronomy was strictly provincial, calculated only for the meridian of Egypt" ; and that "the signs of the zodiac were wholly unknown to them till the reign of Trajan". Brugsch says, "It was based on empiricism, and not on that mathematical science which calculates the movements of the stars". Strabo admits that the Egyptians of his day were destitute of scientific astronomical knowledge. Renan asserts, and Edward Everett had said before him, that "Not a reformer, not a great poet, not a great artist, not a savant, not a philosopher, is to be met with in all their history". Never, therefore, was it in their power to understand, much less originate and enunciate, the sublime science found in the Great Pyramid. The other pyramids were of Egypt, but they are totally wanting in all these elements of intellectuality. We look in vain for any traces that the old Egyptians ever understood the mathematical π, much less construct so original a symbol of it. There is no proof that they ever had any appreciation of the pyramid's system of numbers, or knew anything of the sun's distance or the earth's form or weight. There is no sign that they ever used the pyramid inch, or the cubit of twenty-five inches, or any measure founded on intelligent earth commensuration. There is nothing to show that they comprehended the precessional cycle, or ever made use of it. (...)
Many pyramids did Egypt build before the costly fashion went out of vogue ; but even with the great original before them, there was not genius and observation enough in all the land to make so much as a correct copy of it. Of all the enormous mounds of brick or stone which Egypt itself set up, there is not one to tell of aught but vaulting ambition and blundering imitation. From the least unto the greatest there is neither science nor sense in any of them. How then could Egypt have originated this great science-laden forerunner of them all ?
Whence then came this wisdom ? (...)
What have we then in this unrivalled pillar, but a miracle of stone, a petrifaction of wisdom and truth, revealed of God, preserved among his people from the foundation of the world, and thus memorialized by impulse and aid from Him, that it might outlive the apostasies of man, and stand as a witness to the Lord Almighty when he cometh to judge the world, and to fulfil his promise of "the restitution of all things."
Men may combat and scorn a conclusion so sublime. They may utterly reject it, as they also rejected Christ, and still reject his salvation. But it involves nothing impossible—nothing improbable—nothing but what we might reasonably expect in view of what God did in ancient times, and promised to the fathers. It is agreeable to every item of history of which we can avail ourselves. It conforms to the remarkable traditions on the subject, which cannot otherwise be accounted for. Passages and allusions in both Testaments imply, if they do not positively declare, that it is a thing of God. And the great monument itself gives palpable demonstration of what cannot be rationally explained on any other hypothesis.”

Texte intégral : ICI

(*) au gré de mes recherches et lectures, j'ai remarqué que certains chercheurs de confession musulmane se livrent à une analyse similaire, visant à démontrer que la configuration de la Grande Pyramide trouve ses racines dans des versets du Coran.