mercredi 11 février 2009

La construction de la pyramide de Khéops : un chantier (presque) parfait selon l'archéologue W. M. Flinders Petrie



L'archéologue anglais William Matthew Flinders Petrie (1853-1942) fut le premier titulaire de la chaire d'égyptologie à l'University College de Londres (1893). «Il est considéré, précise un article de Wikipédia, comme le père de l'égyptologie moderne, étant le premier à utiliser des méthodes de fouilles scientifiques en Égypte comme la stratigraphie, qui consiste à relever les objets couche par couche, ce qui permet d'effectuer des datations plus précises.»
Le texte intégral de son ouvrage The Pyramids and Temples of Gizeh, publié en 1883, peut être consulté sur Internet aux deux adresses suivantes : www.touregypt.net/ et www.ronaldbirdsall.com/
Dans cet ouvrage, l'auteur y reprend notamment les données de la relation d'Hérodote sur le nombre des ouvriers du chantier de la pyramide de Khéops (100.000 hommes), la durée du chantier (20 ans) et la machine utilisée pour hisser les blocs de pierre.
W. M. Flinders Petrie apporte toutefois des détails qui découlent à la fois de cette relation et d'observations sur le terrain. Selon lui, les maçons spécialisés travaillant toute l'année à la construction proprement dite de la pyramide pour le façonnage et la mise en place des blocs transportés des carrières d'Assouan durant la période de crues du Nil devaient être au nombre de 3.600 à 4.000 hommes. Telle était en effet la capacité d'accueil du campement dont on a retrouvé les vestiges derrière la deuxième pyramide de Guizeh. Puis d'ajouter que, sur la base d'une moyenne de 120.000 blocs mis en place chaque année (sur 20 ans), il fallait un mois à une équipe de quatre maçons pour installer un seul bloc de pierre.
Petrie relève par ailleurs certains imperfections techniques dans le déroulement du chantier.
Dans la chambre du Roi, par exemple, les travaux de maçonnerie ont été très bien exécutés... si ce n'est que les bâtisseurs ne sont trompés dans leurs mesures de niveau : la chambre est légèrement plus élevée (de 2 ¼ pouces), côté Nord-Est, une différence beaucoup plus grande que celle observée sur la base de la pyramide. Une erreur comme celle-là est « étonnante », poursuit Petrie, et il lui semble difficile de l'imputer aux architectes ou aux maçons opérant sur place. Elle serait plutôt due, selon lui, aux tailleurs de pierre qui ont façonné les blocs de granit bien avant la construction de la chambre du Roi, ces travaux de taille ayant été exécutés à la hâte et ayant fait l'objet de moins de soins... à moins que cette imperfection ne soit imputable à la mort du chef de chantier qui devait superviser les travaux de taille !
Signes de "négligence", erreurs de calcul, travaux inachevés ? Selon Petrie, une observation attentive des entrailles de la pyramide débouche sur le constat que, parfois, non seulement le travail a été quelque peu bâclé, mais que certaines parties n'ont jamais été achevées. La configuration tortueuse des shafts (interprétés souvent comme des trous d'aération), par exemple, prouve ou bien que leur construction n'a pas été envisagée dans un premier temps, ou bien qu'elle a été oubliée en cours de construction. Erreurs de calcul ou dans l'exécution des travaux, pierres laissées à l'état brut... le chantier de la Grande Pyramide révèle quand même quelques imperfections !
Concernant la fameuse "machine" faite de petits morceaux de bois, telle que décrite sommairement par Hérodote, Petrie se risque à lui donner une forme.
Les moyens employés, remarque-t-il, pour soulever les blocs de pierre intégrés dans la structure de Khéops n'ont fait l'objet d'aucune description exacte. Il n'en émet pas moins la théorie suivante : pour les blocs "ordinaires", de quelques tonnes chacun, il a dû être très possible d'employer la méthode consistant à les poser sur deux piles de dalles en bois, puis à les basculer d'un côté et de l'autre, d'une pile à l'autre, à l'aide d'un longeron placé sous les blocs, pour augmenter, par adjonction de dalles supplémentaires, la hauteur des piles à tour de rôle et ainsi élever les blocs de pierre. Cette méthode a dû également être applicable aux plus gros blocs de pierre, les 56 poutres de la toiture de la chambre du Roi et des espaces au-dessus. Le système de bascule joint à l'utilisation de grandes mâchoires métalliques a dû permettre aux maçons de soulever et guider de telles masses pour les hisser à leur emplacement définitif.


 Illustration extraite de Wikipédia
Je relève enfin cette réflexion de W. M. Flinders Petrie, qui lui a sans doute servi de philosophie dans ses nombreuses recherches archéologiques : « It is better to omit some things that may be true, than it is to include a number of dubious theories which are not supported by a system of coincidences in different parts of the structure. »

2 commentaires:

Christian a dit…

Bonjour,

Je vous invite à découvrir la théorie de Jean-Pierre Houdin, mise en oeuvre par les ingénieurs de Dassault Systèmes : http://www.3ds.com/introduction/fr/

Cordialement,
Christian Blanvillain.

Marc Chartier a dit…

Merci pour ce commentaire, Christian.
Je précise que ce blog s'est très largement fait l'écho de la théorie de Jean-Pierre Houdin, dont une interview exclusive lors de la présentation officielle de "Kheops Renaissance".
Cliquer sur le libellé "Houdin".