vendredi 6 février 2009

La "machine" d'Hérodote, encore et toujours...

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Copie d'un portrait posthume d'Hérodote 
datant du IVe siècle av. J.-C., palais Massimo alle Terme

Un inventaire des théories sur la construction des pyramides débute bien sûr par la relation d'Hérodote dont je rappelle ci-dessous le texte (extrait du site mediterranees.net)

Les prêtres ajoutèrent que, jusqu'à Rhampsinite, on avait vu fleurir la justice et régner l'abondance dans toute l'Égypte ; mais qu'il n'y eut point de méchanceté où ne se portât Chéops, son successeur. Il ferma d'abord tous les temples, et interdit les sacrifices aux Égyptiens ; ils les fit après cela travailler tous pour lui. Les uns furent occupés à fouiller les carrières de la montagne d'Arabie, à traîner de là jusqu'au Nil les pierres qu'on en tirait, et à passer ces pierres sur des bateaux de l'autre côté du fleuve ; d'autres les recevaient, et les traînaient jusqu'à la montagne de Libye. On employait tous les trois mois cent mille hommes à ce travail. Quant au temps pendant lequel le peuple fut ainsi tourmenté, on passa dix années à construire la chaussée par où on devait traîner les pierres. Cette chaussée est un ouvrage qui n'est guère moins considérable, à mon avis, que la pyramide même ; car elle a cinq stades de long sur dix orgyies de large, et huit orgyies de haut dans sa plus grande hauteur ; elle est de pierres polies et ornées de figures d'animaux. On passa dix ans à travailler à cette chaussée, sans compter le temps qu'on employa aux ouvrages de la colline sur laquelle sont élevées les pyramides, et aux édifices souterrains qu'il fit faire, pour lui servir de sépulture, dans une île formée par les eaux du Nil, qu'il y introduisit par un canal. La pyramide même coûta vingt années de travail : elle est carrée ; chacune de ses faces a huit plèthres de largeur sur autant de hauteur ; elle est en grande partie de pierres polies, parfaitement bien jointes ensemble, et dont il n'y en a pas une qui ait moins de trente pieds.
Cette pyramide fut bâtie en forme de degrés ; quelques-uns s'appellent crosses, quelques autres bomides. Quand on eut commencé à la construire de cette manière, on éleva de terre les autres pierres, et, à l'aide de machines faites de courtes pièces de bois, on les monta sur le premier rang d'assises. Quand une pierre y était parvenue, on la mettait dans une autre machine qui était sur cette première assise ; de là on la montait par le moyen d'une autre machine, car il y en avait autant que d'assises : peut-être aussi n'avaient-ils qu'une seule et même machine, facile à transporter d'une assise à l'autre toutes les fois qu'on en avait ôté la pierre. Je rapporte la chose des deux façons, comme je l'ai ouï dire. On commença donc par revêtir et perfectionner le haut de la pyramide ; de là on descendit aux parties voisines, et enfin on passa aux inférieures, et à celles qui touchent la terre. 

À partir d'un "examen approfondi" de ce texte d'Hérodote et de sa "seule réflexion", Philippe Tixier a établi la faisabilité de la machine "faite de courtes pièces de bois" et de son fonctionnement pour l'élévation des blocs "courants" (n'excédant pas 2,5 tonnes), les blocs "exceptionnels" (dont le poids cumulé ne dépasse pas 3.000 tonnes, soit moins du millième du poids cumulé des blocs "courants") ayant été "probablement tirés sur une rampe conduisant au niveau + 42 mètres, puis mis en place avec des systèmes de leviers".
Sur cette base, Philippe Tixier a construit, en mars 2007, une maquette de la machine d'Hérodote (en fait : une "chaîne de balanciers") à l'échelle du dixième en dimension, donc au millième en volume et en masses. Cette maquette a fait l'objet d'un dépôt à l'Institut National de la Propriété Industrielle (INPI), en avril 2007. Puis d'en proposer une démonstration sur son site Internet : http://www.machine-herodote.com/ (vidéo incluse).



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Commentaire par Philippe Tixier, l'auteur de cette illustration extraite du site machineherodote.fr : "Le bloc (pavé de deux kilos et demi sur ce démonstrateur) représente la réduction à l’échelle du dixième (en dimensions) et donc à l'échelle du millième (en volume et en masse) d’un bloc de deux tonnes et demi dans la réalité. L’équipe nécessaire pour le faire monter est dans ce cas de trente cinq hommes environ. Le poids unitaire moyen des hommes est supposé égal à soixante dix kilos; un poids moyen plus faible appellerait plus de servants, mais ils auraient alors une corpulence plus réduite."

 

Les conclusions de l'auteur sont les suivantes: « Le démonstrateur (maquette) réalisé montre qu'un bloc courant est hissé d'un étage à l'autre en dix à vingt secondes, et que les blocs peuvent se succéder en continu sur la chaîne. Ainsi plus de mille blocs peuvent être hissés chaque jour par une seule chaîne de balanciers jusqu'à l'étage en construction. À ce rythme, un calcul simple montre que trois mille hommes auraient suffi pendant une durée de deux mille jours pour hisser les deux millions de blocs courants de Khéops.
Cette solution de balanciers n'utilise aucun cordage pour le "hissage". Elle ne sollicite pas la force des bras mais seulement celle les jambes des ouvriers dans un effort très naturel, celui de gravir une pente douce et régulière.
La transposition en vraie grandeur de ce démonstrateur est possible, et l’analyse du système ne fait apparaître aucun élément de nature à faire douter du bon fonctionnement en vraie grandeur. Cependant la réalisation d’une machine en vraie grandeur dépasse les moyens propres de l’auteur, à commencer par la manutention d'un bloc de deux tonnes et demi ! »

J'ai reçu de Philippe Tixier le message suivant :
" Bravo pour votre site. Une telle compilation des théories existantes manquait, voilà cette lacune comblée. Espérons que ce site permettra (enfin) de vrais débats « scientifiques ».
La machine présentée sur le site « machineherodote.fr » a été améliorée en version 2, à la suite de commentaires très pertinents par plusieurs visiteurs.
Dans cette version 2, le bloc glisse d’un balancier au balancier supérieur sans nécessiter aucun effort de traction par des servants."

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