mardi 30 juin 2009

Deux poids, deux mesures ?

Quelques mois à peine après avoir donné naissance à ce blog, j'ai encore tout à découvrir de l'égyptologie et de ses arcanes.
En plusieurs occasions, j'ai toutefois déjà constaté - il n'est nul besoin d'être grand clerc pour ce faire - que la recherche de "la" vérité sur la construction des pyramides d'Égypte, pour autant que l'on puisse quelque jour y avoir accès, s'accompagne parfois de restrictions, de frontières, voire d'humeurs pour le moins peu ouvertes à la diversité des points de vue et à leur légitimité.
Un exemple très révélateur nous vient de haut : de l'autorité suprême en matière d'antiquités égyptiennes. Pour quelle(s) raison(s) tel ou tel chercheur, inspiré de toute évidence par d'authentiques motivations scientifiques, se voit refuser par qui de droit l'accès à une expérimentation in situ ? Est-il indispensable de faire partie du sérail pour être en mesure de confronter une "théorie" à la "réalité du terrain" ? Des justifications autres qu'académiques viennent-elles donc se greffer sur la "Vérité en deçà des Pyramides, erreur au delà" ?
En parallèle à ce constat, maintes fois relevé par des observateurs mieux autorisés et plus aguerris que moi-même, je viens de prendre connaissance d'une note toute récente, sous le titre "Mark and Me", où le Secrétaire général du Conseil suprême des antiquités égyptiennes fait un éloge très appuyé, et assurément très sincère, de son "grand ami Mark Lehner", "l'un des Égyptologues les plus respectés au monde". Les études de cet archéologue américain (sur le Sphinx et le Village des ouvriers au pied des pyramides) constituent, il est vrai, des références incontournables. De surcroît, le Dr Zahi Hawass a fait appel à ses compétences et à son expérience pour lui confier la tâche de former les nouvelles générations d'archéologues égyptiens. Mais faut-il pour autant "ne prêter qu'aux riches" ?
Simple question en passant, sans acrimonie aucune...
Voir la note du Dr Zahi Hawass sur son blog : ICI

lundi 29 juin 2009

Selon A. Dufeu, la Grande Pyramide n'a jamais eu de pyramidion, ni de revêtement extérieur


Dans son ouvrage Découverte de l'âge et de la véritable destination des quatre pyramides de Gizeh, principalement de la Grande Pyramide (Paris,  Morel et Cie, 1873), A. Dufeu, membre de l'Institut égyptien et de la Société des études historiques de Paris, propose des repères chronologiques et scientifiques pour fixer la date de la construction des pyramides, déterminer l'époque de la fondation de la monarchie des Pharaons, constater les connaissances des anciens Égyptiens en astronomie, en géodésie, en hydraulique, en géographie, en géologie...
Concernant les caractéristiques techniques de la Grande Pyramide, il écrit :
"La terminaison en pointe du monument, par cela seul qu'elle était probable, a été considérée comme positive et on l'a généralement admise ; mais ce n'est-là, nous le répétons, qu'une simple conjecture.
(...)
Nous n'hésitons pas à affirmer que la Grande Pyramide n'a pas été terminée en pointe et n'a eu pour son extrême cime qu'un cippe ou un apex imaginaire et que le nombre de ses assises n'a jamais dépassé celui de 302 qui existent encore aujourd'hui grâce à deux assises ruinées miraculeusement conservées au centre de la plate-forme supérieure ; que par conséquent elle n'a jamais eu une élévation verticale plus grande que celle qu'elle a de nos jours ; toutes les assertions contraires des auteurs sont complètement erronées.
Sans le hasard providentiel qui a voulu que les deux assises dont nous venons de parler, ruinées mais encore debout, aient échappé au vandalisme des touristes, une preuve éclatante de la troncation volontaire et systématique du monument n'aurait pu être fournie et dès lors nous n'aurions pu constater que la Grande Pyramide renfermait dans le nombre de ses assises ou gradins et par suite dans sa hauteur verticale, un double et précieux point de repère chronologique et historique pour établir à quelle époque et sous quel roi avait été construit le monument.
Les preuves en faveur de cette opinion toute nouvelle, à savoir que la Grande Pyramide n'a jamais été terminée en pointe et qu'on l'avait laissée volontairement tronquée, abondent et nous n'avons que l'embarras du choix :
En effet, nous avons vu [précédemment] que la Grande Pyramide, ainsi que les deuxième, troisième et quatrième, avait entre autres destinations, celle de servir de point de repère chronologique pour fixer tout à la fois la date de l'avènement de son fondateur et l'époque précise de sa construction, et que Souphis Ier qui l'érigea, étant monté sur le trône 808 ans après l'avènement de Ménès, on avait formé la hauteur verticale de la pyramide par la superposition de 202 degrés ou assises, pour fixer ainsi le quart de la hauteur chronologique de Souphis Ier, de sorte qu'en multipliant les 202 assises par 4, on obtenait 808, représentant la date précise de l'avènement de ce roi qui l'avait construite.
D'autre part, nous avons vu aussi (...) qu'il existait une corrélation manifeste, non seulement entre le nombre d'assises, mais encore entre la hauteur verticale et la date de la construction de ce monument et que, dans ce but, les architectes avaient donné à cette construction une élévation de262 coudées nilométriques pour hauteur verticale; que, déduisant de ces 262 coudées les 60 coudées (ou années) nilométriques qui séparaient le début de la période sothiaque antérieure à l'avènement de Ménès de cet avènement, pour faire concorder ces deux époques, il restait 202 coudées représentant aussi le quart de la hauteur chronologique, soit la date de l'avènement de Souphis ler.
S'il fallait démontrer que le chiffre 808, représentant exactement le nombre d'années écoulées depuis l'avènement de Ménès à celui de Souphis Ier était nécessaire et avait été adopté par les architectes pour fixer la date de la construction du monument, nous rappellerions au lecteur qu'un nouveau témoignage à cet égard a été consigné dans la hauteur donnée à la chambre dite du roi ou du sarcophage qui est de 808 noctas ou années nilométriques, multipliés par 5, ou bien de 4040 noctas divisés par 5, ainsi que nous l'avons établi [précédemment].
Cette triple démonstration, ces trois preuves réunies ne constatent-elles pas avec la dernière évidence que ta hauteur verticale primitive du monument n'a jamais été autre que celle qu'elle présente de nos jours ? La hauteur des chambres des trois autres pyramides qui, par des procédés différents, représente aussi la hauteur chronologique des rois fondateurs et constructeurs, c'est-à-dire la date de chacune de ces constructions, ne vient-elle pas encore à l'appui de ce que nous avançons ? Donner un moindre ou un plus grand nombre d'assises et diminuer ou augmenter la hauteur verticale du monument, n'eût-ce pas été se priver de points de repères chronologiques et historiques d'autant plus précieux à une époque si reculée où les monuments écrits étaient si rares et si sujets au dépérissement ? N'était-ce pas là une raison sérieuse et suffisante pour leur faire multiplier, comme ils l'ont fait, les moyens de perpétuer la date de la fondation de ces monuments grandioses dans les lignes desquels se trouvaient maçonnées pour l'éternité les données scientifiques de leurs grandes découvertes et de leurs surprenantes connaissances ?
(...)
Quant à nous, nous ne croyons nullement à ce revêtement de la Grande Pyramide et nous donnerons à l'appui de notre opinion des raisons qui nous paraissent péremptoires.
(...)
Malgré le rapport d'Hérodote, des historiens de l'antiquité, et l'opinion de M. Joùard, la Grande Pyramide n'a jamais dû être revêtue.
M. Jomard, en effet, a constaté lui-même que Diodore de Sicile affirmait ce qu'il n'avait pas vu par lui-même en ce qui concerne la Grande Pyramide et il en fournit même la preuve ; Hérodote de son côté se bornait la plupart du temps à raconter ce qui lui avait été dit ; le témoignage ou plutôt le récit des historiens de l'antiquité ne peut nous inspirer qu'une confiance bien médiocre, quand nous voyons qu'ils ne tombent pas même d'accord entre eux pour des mesures matérielles que chacun d'eux a prises avec une extrême négligence sur les monuments, ce qui nous autorise à croire qu'ils ont donné ces mesures d'après les indications diverses qui leur en ont été fournies; d'après cela comment les auteurs arabes pourraient-ils obtenir la moindre créance ? Pour achever de démontrer combien étaient mal fondées les probabilités de M. Jomard à l'égard du revêtement de la Grande Pyramide, nous leur opposerons des faits matériels tirés du monument lui-même :
D'abord la Grande Pyramide ayant reçu la dimension en hauteur verticale de 262 coudées pour servir de point de repère chronologique et représenter par cette hauteur (262 - 60), comme par ses 202 gradins ou degrés, le quart de la hauteur chronologique de Souphis Ier, sous le règne duquel sa construction fut commencée, ce but important eût été évidemment manqué, si elle eût été terminée avec une plus grande dimension en hauteur verticale, et surtout si elle eût été revêtue, car cela aurait évidemment détruit ce double point de repère chronologique. D'ailleurs en supposant même qu'elle eût été couverte d'un revêtement, il est plus que vraisemblable qu'on n'aurait jamais entrepris de la démanteler pour en détacher les blocs formant ce revêtement par la raison qu'il eût été beaucoup plus dispendieux et surtout plus difficile d'obtenir des pierres de construction de cette manière, que d'en extraire des carrières situées dans le voisinage de Memphis et du Caire ; il tombe d'ailleurs sous les sens qu'on aurait entamé de préférence les matériaux des petites pyramides qui se trouvent plus près de la vallée et plus faciles à détacher ; or, on voit qu'ils sont demeurés intacts. Nous ne parlerons pas du nombre considérable d'hommes et de bestiaux nécessaires pour transporter ces énormes blocs de revêtement après les avoir détachés de la Grande Pyramide, ce qui aurait occasionné des dépenses colossales ; et comme les blocs de revêtement étaient prismatiques, il est à croire que les ouvriers employés à leur taille, après les avoir précipités dans la plaine, les auraient, avant leur transport, et pour rendre celui-ci moins dispendieux, façonnés sur les lieux pour leur donner la forme voulue pour pouvoir servir aux constructions auxquelles ils étaient destinés ; or, on n'aperçoit pas la moindre indication, la moindre trace de débris de nature à révéler un pareil travail. Cinq millions de pieds cubes et même près de six millions de pieds cubes de revêtement, selon Perring, auraient laissé au moins le tiers de leur volume en débris résultant de la taille de ces blocs sur les quatre côtés de la Pyramide ; mais rien de cela ne s'aperçoit. Donc la Grande Pyramide n'a jamais été revêtue.
Quant aux décombres que l'on remarque sur les quatre faces de la Pyramide, ils proviennent des débris qui se détachent du monument à la suite des orages, des pluies, des vents et môme des gelées bien moins rares en Égypte qu'on ne le croit en Europe. À ces débris vient s'ajouter une certaine quantité de sable et de cailloux que dans leur violence les vents accumulent au pied de la Pyramide. En général la hauteur des décombres est en proportion de l'édifice qui les a fournis. La face Sud et la face Sud-Ouest du monument paraissent avoir plus souffert que les deux autres, car elles sont exposées aux vents terribles du désert."

Source du texte numérisé : Archive.org

dimanche 28 juin 2009

Les sciences mathématiques et la Grande Pyramide

Je ne connaissais pas la revue trimestrielle L'Égypte, terre d'histoire et de mystères, éditée par la fondation Horus (*). Je viens de découvrir en kiosque le n° 15 (juin 2009) de cette publication et reste quelque peu sceptique à la fois sur son contenu et sur l'opportunité d'en faire état dans ce blog.
Je me suis, certes, fixé comme ligne éditoriale de présenter un maximum de théories relatives à la construction des pyramides d'Égypte, dont en tout premier celles du plateau de Guizeh, d'un point de vue strictement analytique. Avec toutefois une restriction délibérée : celle de me tenir à l'écart des théories dites "ésotériques" qui évoluent en dehors des contraintes les plus élémentaires de l'archéologie académique et de l'égyptologie scientifique.
Mon passé journalistique m'a mis durant de nombreuses années au contact d'un milieu professionnel pour lequel la vérité se juge non pas à l'aune des pures élucubrations, voire des bonnes intentions, mais "au pied du mur". Telle est la ligne de conduite que j'entends poursuivre dans le contenu de ce blog et j'ose espérer que, comme tel, il puisse trouver une certaine utilité, mieux : une réelle crédibilité aux yeux des passionnés d'Égypte.
Ces précautions étant rappelées et pour revenir à la publication référencée ci-dessus, j'en extrais plus particulièrement un dossier consacré aux "Observations mathématiques de la Grande Pyramide - Relevés réels et imaginaires", sous la signature de P. Blampain. Cette étude dresse un inventaire des théories "basées sur les sciences mathématiques" : John Taylor, Charles Piazzi Smyth, Robert Menzies, Flinders Petrie, Gilles Dormion, etc... Si l'auteur de l'article précise à juste titre que "la Grande Pyramide demeure une énigme", il n'en met pas moins en relief le "Nombre d'or", cher aux bâtisseurs de tous temps, présenté ici comme "un nombre magique", celui de "l'harmonie universelle". Entre la "performance technique" que représente l'édification de la pyramide de Khéops et ses "incroyables vertus", dont par priorité celle de "donner un sens à la réalité" ("le message essentiel qu'apporte aux hommes la pyramide de Khéops depuis près de 5.000 ans"), l'auteur établit une relation qualifiée de "possible".
Au sein de toutes les théories qu'elle a suscitées depuis Hérodote, la Grande Pyramide serait-elle donc aussi porteuse d'un "message" pour l'avenir ? L'auteur est fortement enclin à le penser et se risque même à donner forme à ce message : la "pulsion de la Vie".

(*) L'éditeur de la revue annonce qu'il sera possible de retrouver toutes les informations sur ce magazine, à partir de juillet 2009, sur le site Internet http://www.lesgrandsmysteres.com/

jeudi 18 juin 2009

Quand la recherche universitaire apporte sa pierre au débat

AcaDemon.fr est un site Internet d'échange (en formule ventes-achats) de documents (dissertations, travaux de recherche, thèses...) entre étudiants du monde entier.
"En raison du fait que nous vérifions méticuleusement la qualité de l'ensemble des documents qui nous sont proposés, précisent les gestionnaires du site à l'attention du "client" potentiel, vous pourrez être totalement assuré que le texte que vous aurez sélectionnésera d'une excellente qualité, d'un niveau universitaire et ceci à un prix défiant toute concurrence."
La construction des pyramides d'Égypte a, comme on pouvait s'y attendre, fait l'objet d'un exposé (12 pages). Celui-ci présente globalement "deux grandes méthodes" utilisées par les bâtisseurs égyptiens : celle "consistant à monter la pyramide pierres par pierres" (théorie qualifiée d'"invraisemblable") et celle "consistant à mouler des blocs" ( la méthode "scientifique").
On aura évidemment reconnu dans cette seconde méthode la théorie proposée par le professeur Joseph Davidovits.
Exposé sur la construction des pyramides (coût : 9,95 euros)

mercredi 17 juin 2009

Le "treuil espagnol" d'Osvaldo Falesiedi

 
Osvaldo Falesiedi a donné, de la célèbre "machine" d'Hérodote, une nouvelle interprétation. Selon cet inventeur italien, le traîneau, sur lequel étaient posés les blocs de pierre à monter sur un plan incliné (par exemple, le long de la Grande Galerie), était relié par des cordages à un point d'ancrage. La torsion, à l'aide d'un axe en bois, des cordages reliant la partie fixe et la partie mobile du système entraînait un raccourcissement de la longueur de ces cordages et donc un déplacement de la partie mobile.
Osvaldo Falesiedi appelle cette technique "argano spagnolo", que je traduis par "treuil espagnol", sans avoir pu, à ce jour, trouver trace de cette appellation. Tout complément d'information sera évidemment le bienvenu...
D'après les calculs de l'inventeur, et en conclusion d'une expérience menée à l'Institut Polytechnique de Turin (Italie), avec la collaboration du professeur Giorgio Faraggiana, cette technique permettait à seulement trois ou quatre hommes de déplacer des blocs de 45 tonnes !
Osvaldo Falesiedi développe également une autre théorie relative au levage des blocs de pierre. Les Égyptiens, pense-t-il, utilisaient la "bascule" ("dondolo") qui, par des oscillations successives, permettait de hisser progressivement le bloc solidement attaché en dessous (et non au dessus comme on l'admet habituellement).
Pour suivre les différentes phases de cette manœuvre pour le moins complexe, on pourra consulter le site Archaeogate - Archeologia sperimentale.


Détail de la position des cordes (photo Osvaldo Falesiedi)

dimanche 14 juin 2009

Un détour par l'île Maurice

 
Illustration Rémy de Saint Simon
Suite à la note que j'ai publiée au lendemain d'un court périple en Bulgarie (Sur la trace des Thraces), le photographe Rémy de Saint Simon attire mon (notre) attention sur les similitudes que les tombeaux thraces présentent avec une structure ronde identifiée dans le périmètre d'un complexe de sept pyramides sur l'île Maurice.
"Ces sept pyramides à terrasses, précisent les auteurs des recherches, sont en vérité très sophistiquées. Non seulement elles sont toutes constituées de pierres volcaniques avec un parement de grosses pierres taillées en biseau vers l’intérieur pour mieux s’insérer, entre 20cm et 30cm de côté, et de pierres plus petites de comblement, sans aucun mortier avec des arêtes agencées géométriquement à la perfection, ce qui fait qu’elles sont visibles depuis des vues satellites avec une très grande précision, et toutes construites sur un sol de rochers aplanis en plateforme.
(...) la précision des arêtes de ces monuments vue depuis l’espace ne peut tromper par sa grande précision et ne pourrait en aucun cas être l’oeuvre d’esclaves débarrassant les champs de pierres inutiles en les entassant même artistiquement. La précision des angles, des bases, les compensations du terrain vallonné parfois, demandent des calculs et une réalisation par des architectes chevronnés."
Plus de précisions sur l'état des recherches : Giza for Humanity
Merci à Rémy de Saint Simon pour son message.

jeudi 11 juin 2009

Selon le Duc de Persigny (XIXe siècle), les pyramides furent construites comme un rempart contre l'ensablement du Nil



Illustration extraite de Wikipédia
Jean-Gilbert Victor Fialin, duc de Persigny (1808-1872) était un homme d'État du Second Empire. Ayant fait, en 1835, la connaissance de Louis Napoléon Bonaparte, il participa à ses tentatives de coup d’État en 1836 et 1840, ce qui lui valut d'être condamné à vingt ans de détention par la Cour des Pairs et incarcéré à Doullens. C'est dans les murs de la prison qu'il rédigea son mémoire De la destination et de l'utilité permanente des Pyramides d'Égypte et de Nubie contre les irruptions sablonneuses du désert, publié en 1845, dans lequel il affirme que la fonction des pyramides est de prévenir l'ensablement du Nil.

"Depuis quatre mille ans, les pyramides ne sont comptées que pour des tombeaux ; mais cette croyance même révèle l'existence d'un grand secret et accuse le génie mystérieux des collèges sacrés de l'ancienne Égypte d'avoir dérobé au monde la véritable destination de ces montagnes factices. Des tombeaux qui, d'après le calcul d'un célèbre membre de l'Institut d'Égypte, supposent
chacun presque autant de matériaux, et peut-être autant de travail et de dépense que la construction des plus grandes villes modernes, sont en effet le plus inconcevable mystère de l'histoire. Aussi la raison politique ou religieuse de l'Égypte à faire une question d'État du sépulcre de ses souverains, n'a-t-elle été pénétrée ni par les anciens, ni par les modernes. On a fait mille suppositions pour expliquer ce prodigieux effort de la volonté humaine ; mais, en cela, la science est restée toute conjecturale, et par conséquent on ne sait rien de ce grand secret historique. D'ailleurs, si la plupart des savants et des philosophes se sont contentés de ce banal argument : « Les pyramides renferment des sépultures; donc les pyramides sont des tombeaux, » d'autres savants illustres, Diderot, Bailly, M. Jomard, et presque tous les membres de l'Institut d'Égypte, n'ont vu dans l'usage funéraire des vides intérieurs des pyramides qu'une destination tout à fait accessoire ; et plusieurs d'entre eux ont émis l'opinion que ces monuments cachent un mystère ou scientifique ou religieux.
Ainsi l'hypothèse de la destination des pyramides contre le désert, dégagée de toute considération scientifique, me paraissait déjà plus satisfaisante pour la raison que tous les systèmes dont ces constructions merveilleuses ont été l'objet. Il me sembla que le moment était venu de pénétrer ce grand mystère, et que le sphinx placé au pied des pyramides pour défier la postérité d'en découvrir le secret, allait être enfin confondu.
(...)
Assises sur de si énormes bases et élevées jusqu'aux cieux, les pyramides ne pouvaient être, en effet, de simples barrages ; elles n'avaient été construites massives que pour être éternelles, et peut-être parce que l'art des voûtes n'était pas suffisamment connu des anciens Égyptiens. Mais ces masses prodigieuses cachaient un grand problème de mécanique ; c'étaient d'immenses surfaces
présentées aux vents du désert ; elles avaient pour objet d'opposer au fluide atmosphérique une résistance égale à l'excès de vitesse capable d'entraîner les sables, et devaient être enfin considérées comme de grandes machines aérostatiques, de puissants agents modificateurs des causes météorologiques du fléau."

mardi 9 juin 2009

André Thevet : une visite aux Pyramides, "par manière de récréation"


L'explorateur français André Thevet (vers 1502- 1590) effectua en 1552-1554 un voyage à Constantinople, en Égypte et en Palestine, dont il fit le récit dans son ouvrage Cosmographie du Levant, publié en 1554.
Il écrit :

"Après avoir vù le Caire, nous allames voir par maniere de recreacion les Pyramides, desquelles plusieurs auteurs escrivent, & les nombrent entre les sept miracles du Monde : à cause dequoy Demetrius Simiceus fut induit & esmu d’aller en cette contree, qui est entre le Caire & le Delta, pour les voir : Ces Pyramides sont faites en pointe de Diamant, eslevees comme Tours, & surmontant toute hauteur de montagne : Et pource qu’en bas elles sont fort larges & tousjours en montant viennent à diminuer, les Geometriens les apelent Pyramides, du nom du feu, dit en Grec, Pyr. De trouver & connoitre la mesure de sesdites Pyramides, & semblables choses tant hautes, n’estoit possible devant Thales Milesien, nombré entre les sept Sages de Grece, qui premier trouva le moyen de savoir la quantité, & hauteur de ces choses. Les Rois d’Egypte faisoient faire ces Pyramides, pour laisser memoire particuliere d’eus : ce que n’a jamais loué Pline, homme de grande doctrine & de bon jugement : ains apele ces monceaus de pierre vanitez, & ostentacions des Rois d’Egypte, ocieuses & temeraires. Les autres disent, que les Princes faisoient ces grans despens, à fin que le peuple ne fust ocieux : ou bien qu’ils ne donnassent ocasion de pourchasser leur mort, à ceus qui devoient apres eus succeder. En ce lieu là, estoit anciennement Babylone, autrement nommee Bagadet. Herodote nomme plusieurs Pyramides, comme celle de Cheopes, laquelle demeura vint ans à estre parfaite : Elle estoit de forme carree, ayant en chacun front huit cens piez de largeur, & autant de hauteur : chaque pierre ordinairement estoit de trente piez, fort bien ouvree, taillee, & gravee, avec figures de diverses bestes. Les autres sont de Cephis, de Micerine, ou bié d’Asychis, combien que vray on ne scet qui les ha faites, pource que les Egypciens portans mauvais vouloir à ces Rois, ne les daignoient seulement nommer, & disoient que ses Pyramides avoient esté baties par un Berger. La cause du mauvais vouloir, estoit pourautant, que leur affliccion dura cent six ans, & par si long trait de tems, les temples furent cloz sans les ouvrir. Les Juifs m’ont dit plusieursfois, qu’ils trouvoient en leurs Croniques, que ces Pyramides estoient les appuis des greniers de Pharaon : ce que n’est vraysemblable. Je croy plustot ce qu’aucuns disent : que c’estoient les Sepultures des Rois, comme il apert par Herodote : & de ce j’ay fait l’experience : car j’ay vù dens une Pyramide, une grand pierre de marbre, taillee en façon de Sepulcre."

Source : Musagora 

lundi 8 juin 2009

Jehan Thenaud (XVIe s.) : un édifice "pas seulement digne d'être nommé merveille, mais incrédible"

 
(couverture de l'ouvrage de J. Thenaud,
réédité en 2002 par BookSurge Publishing)
Dans le récit qu'il fit de son "Voyage d'Outremer", Jean Thenaud, gardien du couvent des Cordeliers d'Angoulême, protégé de Louise de Savoie et de son fils François d'Angoulême, écrit :

"Nous veismes hors du Cayre deux choses dignes de mémoire, c’est assavoir les anciennes sépultures des roys d’Égipte que on nommait pyramides qui sont delà le Nil, en Lybie, à deux lieues du Cayre, qui sont nombrées entre les merveilles du monde et non sans cause ; car celle de Champnis ou Chéopis qui est la plus haulte et grosse mais la moins sumptueuse à l’accomplissement de laquelle (selon que récitent nos hystoriens), besognèrent diligemment II cens mille hommes, XXII ans ; et y sont tant de pierres si grosses, pollies et bien assises que je croy que en deux citez comme Paris n’en auroit tant ; et toutes les choses les plus sumptueuses du Caire comme pontz, arceault ont esté faictz de la pierre que l’on a ostée pour touver l’entrée d’une qui estoit ouvrée. Je fuz à la syme d’icelle et au dedans avecque Monsieur de Soubran, Maistre Françoys de Bon Jehan et plusieurs aultres, mais quant tout fut visité, dismes que l’édifice n’estoit pas seulement digne d’estre nommé merveille, mais incrédible. Les deux aultres, dont l’une fut édifiée par le fils du dict Champnis ou Chéopis et l’autre par Rhodopée, ne sont ouvertes. Près icelle fut faites la statue de Isis (*) qui se monstroit plus haute que les tours Nostre Dame de Paris, dont le chief paroist encores. Aultres sépultures se monstrent à sept lieues de là en allant et montant le Nil, èsquelles ne fusmes pas."

Le Voyage d'Outremer : Égypte, Mont Sinay, Palestine, suivi de la Relation de l'ambassade de Domenico Trevisan auprès du soudan d'Égypte, 1512, p. 53-54, publié et annoté par Ch.Schefer, Ernest Leroux éditeur, Paris, 1884.
(*) Il s’agit du sphinx, ensablé quand Jehan Thenaud l’a vu.
Source : Musagora

dimanche 7 juin 2009

Quand l'Égypte ancienne inspire le Neuvième Art

 
Que les spécialistes en archéologie et en égyptologie qui me font l'honneur de consulter ce blog ne m'en veuillent pas, mais j'ai la faiblesse de penser que même sur les sujets les plus sérieux, la BD peut jouer un rôle d'information.
Un récent album des Voyages d'Alix consacré aux temples et sanctuaires de l'Égypte (*) m'apporte la preuve que certaines connaissances dûment structurées peuvent être relayées par le Neuvième Art, à l'écart, certes, des subtilités d'une démonstration savamment élaborée, mais également sans que pour autant soit dénaturé l'essentiel du cheminement scientifique.
Dans son introduction à l'album, Jacques Martin écrit :"Le mode de construction [de la pyramide de Khéops] n'est toujours pas défini, deux écoles s'affrontant à ce sujet, celle des archéologues égyptiens qui croient en des rampes entourant le bâtiment et celle de certaines écoles occidentales qui croient en une longue rampe continue. Pour ce qui me concerne, je pense que cette dernière solution paraît très hypothétique étant donné la longueur ahurissante de plusieurs kilomètres qu'il aurait fallu pour achever la grande pyramide de [Khéops], cela sans en trouver aucune trace de nos jours."
Dans la dizaine de pages illustrant le site de Guizeh, les auteurs apportent quelques commentaires supplémentaires :"Aujourd'hui encore, les questions restent ouvertes quant à la méthode utilisée par les bâtisseurs pour entasser les quelque 2 millions de blocs de la pyramide, dont les grosses pierres de calcaire local du centre du monument, celles de calcaire fin du parement et les énormes monolithes de granit des chambres funéraires et de décharge. Il semble acquis que le système des rampes (ou de la rampe unique) a été utilisé pour hâler les pierres à leur emplacement, mais quelle forme avait-elle, la question reste posée. Il semble toutefois que l'hypothèse de la rampe unique et axiale a la faveur de nombreux spécialistes, et récemment encore, l'hypothèse d'une rampe intérieure est apparue."
Puis, "faute de preuves concrètes", est proposée une planche d'illustrations présentant plusieurs formes de rampe (frontale, enveloppante, tournante, en lacets, intérieure), laissant le lecteur à son propre choix... même si d'autres illustrations privilégient l'hypothèse de la rampe enveloppante.
Compte tenu des inévitables raccourcis ou approximations propres à la BD (c'est la première fois que je vois mis face à face les archéologues égyptiens et les égyptologues occidentaux dans leurs positions si étrangement contrastées), on ne peut passer sous silence un tel support de vulgarisation des connaissances "scientifiques", reflet à sa manière des divergences et hésitations que les spécialistes sont les premiers à admettre dans leurs propres rangs.
(*) Les Voyages d'Alix - L'Égypte (3), par J. Martin, R. Morales et L. Palmisano, Casterman, 2009, 58 pages

samedi 6 juin 2009

Bulgarie : sur la trace des... Thraces

 
Un récent périple en Bulgarie ne m'a pas tellement éloigné de l'Égypte. La civilisation des Thraces dont, à ma grande honte, j'ignorais tout et que j'ai simplement entraperçue lors de mon voyage, me semble présenter quelque similitude avec la civilisation égyptienne. Un sujet à creuser pour les longues soirées d'hiver, à la lumière de ce qu'écrivait Hérodote (toujours lui !) : "La nation des Thraces est, avec celle des Indiens, la plus importante du monde. S'ils avaient un seul roi et s'ils pouvaient s'entendre entre eux, ils seraient invincibles, et d'après moi, beaucoup plus puissants que toutes les nations."
Les tombeaux thraces, où les corps des défunts étaient "accompagnés" de leurs biens les plus précieux, ont notamment une configuration qui rappelle les mastabas, comme j'ai pu le constater sur le site archéologique de Sveshtari où le tholos, en appareillage massif, comporte un étroit corridor et une chambre funéraire ronde, décorés de peintures murales.