mardi 8 septembre 2009

Selon une encyclopédie du XIXe siècle, la construction des pyramides d'Égypte a dû respecter une économie de moyens, de matériaux et de main-d'œuvre


Source : Wikimedia commons



L'Encyclopédie méthodique, au volume consacré à l'Architecture, sous la plume d'Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy (1825), décrit la construction des pyramides dans un style qui apparaît aujourd'hui comme quelque peu tortueux. La signification globale du développement n'en est pas moins évidente :

"On ne répétera point ici ce qui a déjà été dit, sur cet objet, à l'article de l'Architecture égyptienne. Nous bornerons celui-ci à quelques notions générales qui, en faisant connaître les moyens de construction mis en œuvre par les Égyptiens, diminuent un peu le merveilleux que, de tout temps, on s'est exagéré, à la vue ou sur l'idée de ces énormes masses de matériaux.

Et d'abord il paraît bien prouvé, comme on l'a déjà fait voir, qu'il faut décompter trois points fort importants dans l'évaluation des matériaux de construction, dont se composent ces masses.

Premièrement ce que l'on doit en appeler la base, qui fut l'ouvrage de la seule nature. On sait que tous les grands édifices exigent, pour la solidité de leur élévation, de très grands travaux, et une dépense considérable de matières, qu'on enfouit dans la terre, sous le nom de fondations. Les grandes pyramides de Guizeh n'eurent point besoin de cette dépense. Élevées sur un plateau formé de la même pierre que celle qui servit à leur bâtisse, elles trouvèrent, sans peine et sans frais, un fondement inébranlable ; ce qui a, plus qu'on ne pense, contribué à leur conservation. Tous les voyageurs conviennent que le plateau qui semble leur servir de piédestal fut aplani par l'art.

Secondement, en parlant de l'origine probable des pyramides, que nous avons cru voir dans l'usage des tumuli, ou l'emploi des buttes de terre naturelles, creusées pour recevoir les corps, nous aurions pu nous appuyer de l'autorité même de leurs imitateurs, c'est-à-dire des pyramides bâties, qui toutes nous offrent, plus ou moins, l'idée et la réalité même d'une montagne revêtue. Certainement la pyramide, ainsi considérée, perd beaucoup du merveilleux de sa dépense et de sa difficulté ; mais on est obligé de convenir qu'il eût été insensé de créer à grands frais une masse énorme de construction perdue pour les yeux, et qui n'eût offert qu'un noyau moins solide, et une vaine dépense. Il paraît donc constant que le premier soin des constructeurs fut de se procurer ce noyau naturel, d'y pratiquer les conduits, les puits, les galeries, les chambres auxquelles elles conduisaient, et dont les issues devaient disparaître par les revêtissements successifs de la masse. Voilà donc deux économies de matière et de main-d'œuvre, celle des fondations et [celle] du noyau.

Troisièmement, la dégradation de plusieurs de ces monuments a mis à découvert un autre moyen économique dans leur construction. On a vu que les pyramides de Guizeh furent construites tout près des carrières, ou des montagnes d'où furent extraites les pierres qu'on employa dans leur bâtisse. La taille de ces pierres apportées sur le chantier, où on les travailla, dut procurer une énorme quantité de recoupes. Ce sont ces mêmes recoupes qui servirent à former, avec le mortier qu'on y mêla, le second noyau, ou pour mieux dire l'enveloppe du premier noyau dont on vient de parler. Ce moyen de construction fort économique devint en même temps fort commode au constructeur, pour régulariser définitivement la forme de la masse générale. Il put dès lors procéder à mettre dans la pente de ses quatre faces une précision géométrique. Il put donner à cette masse de blocage toute l'épaisseur qu'il jugea nécessaire, et il n'y a dans tout cela, comme on va le voir, qu'une simple maçonnerie, qui n'exigea ni art, ni difficulté d'échafaudage, ni main-d'œuvre fort recherchée, ni la moindre dépense de matériaux. Du temps et des manœuvres, voilà tout.

Quelques-unes des pyramides de Saqqarah ont mis à découvert le procédé fort naturel par lequel on put parvenir, sans aucun autre échafaudage que la masse elle-même de maçonnerie, à la porter au degré d'élévation et d'épaisseur qu'on voulut lui donner.

Les pyramides dont on parle sont effectivement, ou du moins semblent être composées d'étages, et plus d'un voyageur les avait crues conformées ainsi, pour rester telles qu'on les voit. Pocorke les appelait pyramides à degrés. Cependant les observations des nouveaux voyageurs rendent de cette conformation une bien meilleure raison. Selon eux, ces pyramides ne furent point terminées, et elles nous sont parvenues dans l'état d'une construction incomplète. Mais cette imperfection donne l'explication du procédé employé par les constructeurs.

Lorsque le premier noyau dont on a parlé, formé d'un monticule réel, ou plus ou moins artificiel, était terminé, il s'agissait de l'envelopper d'une maçonnerie de blocage. On y procédait en établissant, à partir d'en bas, et selon l'épaisseur convenue, des espèces de terre-pleins, allant en spirale, et formant, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, des terrasses qui tenaient lieu d'échafaudage, et présentaient aux ouvriers des chemins par lesquels ils pouvaient aller et venir dans des sens divers. En répétant, ou pour mieux dire en continuant d'élever ainsi ces sortes de chemins ou terrasses, toujours diminuant d'épaisseur, selon la pente des angles, la maçonnerie, sans embarras et sans aucune difficulté, arrivait jusqu'au sommet.

Lorsque cette construction était parvenue à ce point, on voit combien il fut facile, par une opération rétrograde, de procéder à remplir, avec la même maçonnerie de blocage, les intervalles d'une terrasse à l'autre, en partant de l'angle de la terrasse supérieure jusqu'à l'angle de celle qui lui était subordonnée.

En suivant ce même procédé du haut jusqu'en bas, la pyramide se trouvait très régulièrement conformée en talus, dans ses quatre faces, sans qu'il ait été besoin d'employer le moindre échafaudage ; car c'est là le point de vue qui devait guider les constructeurs, dans un pays qui manquait généralement de bois. Ajoutons que, pour une telle construction, l'échafaudage eût exigé de fort grandes difficultés, et des dépenses considérables.

Maintenant, comme on voit, s'expliquent les pyramides de Saqqarah, qui offrent de ces étages, ou terrasses en retraite les unes au-dessus des autres, et rien ne peut rendre un meilleur compte du procédé de bâtir, simple à la fois, commode et peu dispendieux, qui servit à élever, dans la proportion déterminée, la masse générale de la pyramide.

Nous voici donc arrivés au point où commence l'opération de l'enveloppe en pierres de taille, qui va cacher la masse de maçonnerie en blocage, dont on vient d'indiquer la construction. Nous parlons surtout des pyramides de Guizeh.

Loin qu'on doive les considérer comme des masses toutes d'une seule matière, il faut les regarder comme ces fruits que la nature a revêtus d'un grand nombre d'enveloppes. Nous en avons déjà distingué deux, nous arrivons à la troisième.

Elle se composait d'assises faites d'une pierre de taille peu dure à la vérité, si on en croit les voyageurs, mais d'une consistance assez grande pour se laisser tailler en blocs de toute étendue. Il est difficile d'évaluer avec certitude la dépense et le temps que demanda cette enveloppe de pierres. Nous ignorons effectivement jusqu'à quelle profondeur de la masse totale elle s'étend, c'est-à-dire s'il y a plusieurs de ces rangs ou assises de pierres disposées les unes en avant des autres. Mais les indications dont on parlera dans la suite doivent faire croire que le parement en pierres ne se composa que d'une seule couche de pierres. Quoi qu'il en soit, nous savons, et par les notions d'Hérodote, et par le fait de l'ascension facile jusqu'au sommet de la grande pyramide, que ces assises formaient des degrés en retraite l'un sur l'autre. C'est en montant, comme on l'a vu plus haut, tous ces degrés, que l'on est parvenu, par la mesure de chacun en hauteur, à connaître très précisément celle de la masse totale, en ligne perpendiculaire.
(...)
Hérodote nous avait déjà appris que la grande pyramide avait été ainsi formée d'assises de pierres disposées en degrés, qui depuis ont servi d'escalier aux curieux pour monter au sommet, mais qui, dans l'intention des constructeurs, devaient servir de moyen fort naturel pour l'ascension des pierres. (...) On peut donc se former une idée fort juste de tout ce système et de tous ces procédés de construction. Sans doute, et surtout si l'on multiplie indéfiniment les rangs d'assises dans l'épaisseur de la pyramide, il y a lieu de s'étonner de la longueur du travail. Mais si l'on suppose qu'il n'y eut par dessus la manœuvre du blocage qu'un seul et unique rang d'assises de pierres en épaisseur, et lorsqu'on voit que chaque assise n'était formée que de pierres de deux à trois pieds d'épaisseur, de longueurs diverses et simplement équarries, on voit que tout ce travail pourrait s'évaluer par un simple toisé, et que pour en connaître la dépense, il ne s'agirait que de connaître le prix de la journée des ouvriers que l'on y employa.

Nous avons appliqué à la construction même des assises par degrés le procédé d'ascension des pierres que le texte d'Hérodote n'applique, dans le fait, qu'aux pierres du revêtement dont il nous reste à parler. Il faut remarquer effectivement que, selon ses paroles, on les avait posées à partir du sommet, ce qui ne peut avoir lieu ainsi que pour la dernière enveloppe. Les assises par degrés ne purent être établies, au contraire, qu'en procédant de bas en haut, et les mêmes machines furent nécessaires à l'érection de ces degrés.

La pyramide reçut donc, pour son achèvement, un dernier mode de construction, qui en devint le parement. Ce parement dut faire de ces quatre côtés quatre surfaces unies, et présenter autant de talus lisses et glissants. Ainsi fut-elle vue par Hérodote (...). Pline nous le donne également à entendre, lorsqu'il dit que, de son temps , il y avait des gens assez adroits pour monter jusqu'au sommet de la grande pyramide, ce qui n'aurait eu rien d'extraordinaire, si le revêtement n'eût pas été lisse, et ce qui devenait toutefois possible, vu la grande inclinaison des angles.

Hérodote, les récits tant des anciens que des nouveaux voyageurs, et les débris qu'on recueille encore au bas de la grande pyramide, attestent qu'elle fut revêtue d'une pierre plus précieuse qu'on donne pour du marbre blanc. Cette matière, rare en Égypte, se trouvait, à ce qu'il paraît, assez abondamment sur les bords de la mer Rouge, et pouvait en trois jours être transportée en Égypte. Cette pierre qu'on appelait arabique, quoique moins blanche que les marbres blancs qu'on exploite aujourd'hui, donnait un fort beau poli et des blocs d'une assez grande étendue ; ceux qu'on employa au revêtement de la grande pyramide avaient trente pieds de longueur, au dire d'Hérodote.

Si maintenant on se figure la pyramide bâtie en degrés de pierre ordinaire, avant le revêtement qui devait donner à ses quatre faces une superficie toute lisse, on ne peut s'expliquer que de deux façons la manière dont on procéda à cette dernière construction. Ou ce fut en pierres taillées carrément sur chaque assise des degrés, ou ce fut par des pierres taillées en forme de prismes, remplissant l'angle rentrant, formé par deux de ces degrés. Dans le premier cas, il est facile de voir que ces pierres taillées carrément et posées de haut en bas sur chaque degré, auraient produit un degré de plus en saillie sur toute la longueur de la ligne inclinée des quatre faces rampantes.

On n'aurait pu, dans cette hypothèse, se procurer la superficie lisse des quatre faces rampantes, qu'en retranchant après coup, c'est-à-dire après la pose, l'excédent de matière formé par la saillie de chaque degré, ce qui eût occasionné une perte considérable de temps et de matière, en exigeant un travail difficultueux à faire en place ou ce qu'on appelle sur le tas. Il paraît donc certain que le revêtissement de marbre fut formé de morceaux taillés en triangle à la mesure des degrés différents de hauteur, dont il fallait remplir l'intervalle d'angle en angle. Il suffisait alors de tailler des blocs quadrangulaires et de les scier en deux, d'angle en angle. De-là économie de matière, de main-d'œuvre, de temps et de peine. C'est à monter de tels morceaux que le texte d'Hérodote nous apprend que servaient les machines dont il parle."


(Pour une meilleure compréhension et pour faciliter le référencement, j'ai rétabli pour certains mots ou noms propres l'orthographe actuelle)

lundi 7 septembre 2009

Déjà en 1868, on s'apostrophait !


Dans Les Mensonges de la science et le Musée rétrospectif de Saint-Germain, Paris, 1868, Jules Richard Denizet prenait à partie les "savants" qui échafaudaient, sur la base de pseudo-arguments, des théories sur la construction des pyramides :

On écrirait un volume de toutes les saugrenuités qui aussi ont été affirmées comme ultima ratio de la construction des pyramides. Voici la dernière, éditée en 1862 par Mahmoud-Bey [el-Falaki], astronome du vice-roi d'Égypte : "3300 ans avant Jésus-Christ, l'étoile Syrius passait au méridien de Guizeh. Les Égyptiens en furent si ravis qu'ils construisirent immédiatement d'immenses pyramides pour célébrer et consacrer à jamais cet heureux événement. »
En bonne conscience, sérieusement, est-il admissible, si amoureux qu'il soit d'astronomie, qu'un peuple, un tout petit peuple alors, resserré sur un tout petit espace de deux lieues à peine en largeur, ait eu seulement l'idée de travaux si colossaux pour consacrer une date qui n'intéressait en rien ni ce peuple ni les autres peuples de la terre ?

Un autre système non moins ridicule, mais peut-être plus ingénieux, a été établi par M. Smith, astronome royal d'Écosse. Ce savant, après un séjour de quatre mois, en 18S4, à la Grande Pyramide, a rapporté trois gros volumes de 500 pages chacun, pour démontrer (Risum teneatis, amici) :
1° Que la Grande Pyramide a été construite dans le dessein de fixer un système de poids et mesures pour servir à tout le genre humain. (Nous, une règle d'un mètre nous suffit.)
2° Que l'unité linéaire de la Grande Pyramide est fondée sur la longueur du demi grand axe de rotation de la terre, dont elle est la dix millionième partie (système décimal).
3° Que ladite Grande Pyramide donne en même temps le pouce et la longueur du côté d'un are. (Elle donnerait bien d'autres choses si l'on voulait.)
4° Qu'on y trouve la longueur d'une coudée qui répond à l'ancienne aune de Prusse. (Qu'est-ce que la Prusse vient faire là ?)
5° Que l'unité de poids et de capacité de la Grande Pyramide est établie sur l'unité linéaire précédente combinée avec la densité de la terre.
6° Que l'unité de chaleur de la Grande Pyramide est la température moyenne de toute la surface de la terre.
7° Que l'unité de temps et la division de la semaine en sept jours s'y trouvent aussi représentées.
8° Enfin, que la Grande Pyramide était l'œuvre des Hébreux appartenant à une période inspirée et à l'époque des anciens patriarches.

C'est de l'hallucination à haute pression et pyramidale !
(...)
Hélas! toute la science que l'on professe — sauf la partie qui a nom "sciences exactes" —, tout est entaché d'erreurs, de fables et de fantaisies de ce calibre, qui font plus d'honneur à l'imaginative de messieurs les savants qu'à leur sens commun, à leur intellect. Toute l'ancienne science est à remanier. Elle ne pouvait en effet procéder que des suppositions, mais il est à remarquer qu'elle a eu la main assez malheureuse pour toujours n'adopter que celles qui s'éloignaient le plus de la logique et même des probabilités.
Les savants ont deux torts immenses : le premier, de vouloir toujours échafauder sur la Genèse, ce porte-à-faux qui ne permet de rien établir de solide et de vrai ; le second, de se quatremurer [claquemurer] dans leur cabinet de travail, au lieu de parcourir le monde.

La construction de la Grande Pyramide, selon Michel Sabater


Retraité, 63 ans, ancien magasinier vendeur dans une société de négoce de matériaux de construction, Michel Sabater se décrit lui-même comme un "amateur", qui n'a jamais vu une pyramide égyptienne (il ne connaît que les pyramides du Mexique, découvertes lors d'un voyage organisé par la société où il travaillait).
La théorie, relative à la construction de la pyramide de Khéops, qu'il a élaborée intègre, me semble-t-il, certains acquis de ce qu'il juge être les "meilleures propositions", à savoir celles développées par Jean-Pierre Houdin (rampe intérieure) et Manuel Minguez (recours à l'eau du Nil pour le transport des blocs de pierre) :"Les prêtres [égyptiens], précise-t-il, étaient très instruits ; il est donc impensable qu’ils ignoraient toutes les ressources que l’eau pouvait leur apporter pour faciliter la construction."
Concernant la théorie de Jean-Pierre Houdin, il apporte cette restriction :"Pour les blocs de pierre, pourquoi pas, mais le pyramidion de 40 t., comment le tirer dans une étroite galerie montante ? Il faut une galerie d’au moins 6 m. de large dans les angles pour pouvoir faire tourner le pyramidion (de 4,44 m. de côté) et continuer l’ascension." Puis il poursuit :"Il est évident que jusqu'au niveau de la chambre initiale de Khéops, [la pyramide] a été construite en acheminant les blocs de pierre par une galerie (sans doute comblée par la suite) qui était dans le prolongement de la pente extérieure ; en somme, il faut s’imaginer au centre de la pyramide et tout autour de nous, il n'y a que des rangs de blocs de pierre (à un certain moment, nous avons l’ impression d’être dans un cirque romain). (...) La raison de cette affirmation est que pour obtenir deux "gaines de ventilation" rectilignes, il est incontestable que les blocs de pierre [utilisés] pour les réaliser ont été taillés et ajustés sur place, à ciel ouvert."
Quant au pyramidion, il a été posé sur un radeau, "poussé à la verticale" et mis en place à partir de la Chambre du Roi qui, totalement étanche et remplie d'eau à partir des gaines dites de "ventilation", jouait le rôle d'ascenseur. "Les ouvriers, placés sur les côtés de la pyramide, remplissaient d'eau la chambre initiale, par les gaines ; la vidange s'effectuait en ouvrant une trappe où ils accédaient par la grande galerie. L'eau s'évacuait dans le puits perdu ou à l'extérieur ; redescendu, le radeau était rechargé à nouveau pour une nouvelle opération. (...) D'autres petites chambres situées plus haut (et comblées par la suite ?) auraient permis de pousser le pyramidion jusqu'au sommet."
Michel Sabater apporte à "sa" théorie un "élément complémentaire dont personne ne parle" :"Le Nil était l'une des sources de l'inspiration des prêtres architectes. (...) Il serait aberrant qu'ils n'aient pas découvert, puis songé à combiner les éléments eau/air pour une meilleure utilisation de la poussée de Khéops, afin d'obtenir une efficacité maximale : d'où une économie d' eau, donc des opérations plus rapides pour pousser à la verticale le radeau. Je n'en démordrai pas, c'est un raisonnement logique. J'ai la conviction que l'air a joué un rôle complémentaire très important ! Qui, un jour, n'a pas (en faisant la vaisselle) découvert l'efficacité du verre renversé ?" Il complète son raisonnement par une référence implicite à la théorie de Manuel Minguez :"[D'ailleurs, les Égyptiens avaient recours à ce procédé lorsqu'ils] transportaient les blocs de pierre sous les barques sur le Nil, pour que ces dernières ne chavirent pas. Je pense qu'ils ont eu l'idée d'évider des troncs d'arbre, assemblés et attachés les uns aux autres [pour emprisonner] l'air, positionnés le plus bas possible sous le radeau pour obtenir une poussée plus forte.
Plus d'informations sur le site de Michel Sabater

dimanche 6 septembre 2009

Aubin Louis Millin (XIXe s.) : "Il ne fallait pas plus de connaissances pour la construction d'une pyramide que pour celle d'un bon mur"

 Ascension de la grande pyramide par un touriste, par Félix Bonfils, 1875. Source : Wikimedia Commons
Dans le Dictionnaire des Beaux-Arts, tome III, 1806, Aubin Louis Millin, membre de l'Institut, Conservateur des Médailles, des Antiques et des Pierres gravées de la Bibliothèque impériale, Professeur d'antiquités, etc., écrit : 
Les anciens auteurs ont débité beaucoup de choses fabuleuses sur les pyramides, sur les souterrains, les canaux qui les entouraient sous terre, sur leur disposition mystérieuse, et enfin sur toute leur construction. Ce qu'Hérodote raconte de la construction de la pyramide de Chéops contient beaucoup de choses singulières. Il dit « qu'on construit d'abord une chaussée ou digue en pente, par où on traînait les pierres sur la colline où la pyramide devait être bâtie. Cette chaussée avait de chaque côté un mur construit en pierres lisses et ornées d'hiéroglyphes ; elle avait cinq stades de long sur quarante coudées (dix orgyies) de large , et trente-deux coudées (huit orgyies) de haut dans sa plus grande hauteur. On passa dix années à construire cette chaussée, et elle coûta presque autant de peine que la pyramide même ». Cependant il paraît que cette chaussée devait être absolument inutile pour la construction d'une pyramide, parce qu'on pouvait aussi bien traîner les pierres sur la pente de la colline où la pyramide devait être placée. Mais quand même on aurait été obligé de faire une pareille chaussée, et si on l'avait construite au lieu d'un échafaudage en bois, que le défaut de bois ne permettait point aux Égyptiens de construire, on ne conçoit point pourquoi on n'aurait pas plutôt élevé une chaussée en terre, qui n'aurait demandé ni autant de temps ni autant de travail. Peut-être que cette chaussée avait une destination tout-à-fait différente, et que les prêtres n'assuraient à Hérodote et aux autres étrangers qu'on s'en était servi pour la construction des pyramides, que pour en augmenter encore le merveilleux. Après que la chaussée fut achevée (continue Hérodote ), on rendit égale la colline où la pyramide devait être construite ; on bâtit les souterrains et les canaux, et on y employa encore dix années. Mais ni Hérodote ni aucun des voyageurs modernes n'ont vu ces souterrains, et ce que les prêtres égyptiens en ont raconté ne parait être qu'une fable. Ce ne fut qu'après tous ces préparatifs qu'on commença à construire la pyramide. Il fallut pour cela vingt ans.
Selon Hérodote, les pierres qui ont servi à la construction des pyramides ont été tirées des carrières des montagnes orientales, aux frontières de l'Arabie. Cela est absolument contraire aux observations des voyageurs modernes, qui ont trouvé que les pyramides sont faites de la même pierre calcaire qu'on retire de la place où elles sont construites. Les récits des autres auteurs anciens, qui ont emprunté d'Hérodote la plus grande partie de ce qu'ils ont dit, ne sont pas moins exagérés. Beaucoup d'auteurs modernes ont encore enchéri sur les récits fabuleux des anciens, et ont regardé la construction des pyramides comme une entreprise si grande et si difficile qu'ils ne sauraient concevoir comment ces anciens peuples, qui n'avaient pas encore de connaissances profondes dans la mécanique, ont pu construire de pareil édifices, et soulever des pierres d'une grosseur aussi énorme que celles qu'on y a employées.
Quant à la destination qu'avaient les pyramides, les opinions sont très partagées à cet égard. Tantôt on les a prises pour des tombeaux ; cette opinion est celle de presque tous les auteurs anciens, tels qu'Hérodote, Diodore, Strabon, etc. ; tantôt pour des observatoires astronomiques, et cette opinion se trouve dans le Commentaire de Proclus sur le Timaeus de Platon ; tantôt pour des gnomons, tantôt pour des magasins de blé, tantôt pour des lieux où les prêtres égyptiens étudiaient ; tantôt pour des trésoreries, et enfin pour des endroits où se célébraient des cérémonies mystérieuses. D'autres ont supposé à ces édifices un but symbolique et mystique, et ils y ont trouvé l'image de la grande unité éternelle, de l'univers, ou une représentation symbolique de l'immortalité, ou un symbole du séjour des ombres et de l'état de l'homme après la mort. Enfin,dans les dernières années M. Witte, professeur à Rostock, qui est tout étonné que jusqu'à présent on ait cru que les pyramides fussent un ouvrage de l'art humain, s'est efforcé de prouver, dans un Mémoire inséré dans le Magasin Encyclopédique (...) qu'ils sont un ouvrage de la nature, et qu'ils doivent leur origine aux volcans. Cette idée singulière a été réfutée victorieusement, quoiqu'en peu de mots, par Niebuhr, dans une dissertation insérée dans le nouveau Muséum allemand de 1790 (...). À cause de leur antiquité, de leur forme et de leur distribution intérieure, les pyramides sont des édifices remarquables, qui ont dû coûter beaucoup de peine et de travail. Cependant il ne fallait pas plus de connaissances pour la construction d'une pyramide que pour celle d'un bon mur ; les temples spacieux que les Égyptiens avaient déjà construits étaient des ouvrages plus difficiles, et l'érection des obélisques et des grandes colonnes, l'élévation des pierres énormes dont on couvrait les édifices, ou de celles qu'on posait sur une rangée de colonnes, demandaient plus de connaissances dans les arts que la construction d'une pyramide qui ne devait pas présenter de très grandes difficultés. La manière de bâtir les pyramides a sans doute été fort simple. D'abord il fallait égaliser le terrain, remplir les cavités en ôtant les collines, jusqu'à ce qu'on pût enfin poser une rangée de pierres horizontales. On trouvait ces pierres dans le voisinage, car toute la contrée consiste en pierres calcaires. Peut-être qu'on employa quelquefois un rocher pour noyau d'une pyramide, comme le grand sphinx est taillé dans le roc ; mais il n'est pas vraisemblable qu'on ait fait par ce moyen des pyramides entières, comme le pense Bruce. Dès qu'on avait égalisé le terrain sur lequel on voulait bâtir une pyramide, on construisait d'abord les différentes chambres et galeries pour y pénétrer, ensuite on remplissait la place qui les entourait de pierres liées ensemble quelquefois par un mortier, comme on le voit par une des pyramides qui sont près de Saqqarah ; après cela on y ajoutait le revêtement de la pyramide. Quant aux grandes pierres de taille qui ne sont pas toutes d'une grandeur égale, on les plaçait les unes au-dessus des autres, par degré, ce qui se pratiquait sans doute ainsi pour que la construction pût se faire plus aisément, et qu'on pût élever les pierres de degré en degré, soit par le moyen d'un levier, soit par celui de coins. Enfin, on revêtit les côtés extérieurs de la pyramide pour leur donner une surface unie, et ce revêtement se faisait de haut en bas. Au moyen des degrés on montait facilement jusqu'au sommet des pyramides, et on commençait à remplir d'abord les angles qu'on avait laissés pour les degrés, et on y appliquait ensuite le revêtement extérieur. De là on passait insensiblement jusqu'au pied de la pyramide, ce qui devient fort vraisemblable par les degrés qu'on voit encore sur quelques pyramides, où sans doute, par la longueur du temps, le revêtement extérieur est tombé. Mais il est aussi possible qu'on ait égalisé les côtés de la pyramide en taillant et ôtant du haut en bas les angles saillants qui formaient les degrés. Le dernier travail dans la construction des pyramides était, selon Niebuhr dans le mémoire qu'on vient de citer, de faire autour de la pyramide un chemin uni. On voit ce chemin, que Pococke appelle un fossé, de la manière la plus distincte à la seconde pyramide près de Guizeh. Dans l'intérieur des pyramides se trouvent différentes chambres et galeries. Dans la plus grande pyramide prés de Guizeh, qui a été visitée surtout par les voyageurs, on a découvert jusqu'à présent cinq galeries qui conduisent dans la même direction vers le sud, tantôt en montant, tantôt en descendant, et trois chambres différentes, dont la plus grande est dans le milieu de la pyramide ; mais il se peut qu'il y ait encore d'autres chambres et d'autres galeries qu'on n'a pas encore trouvées. (...) Vraisemblablement les autres grandes pyramides ont à peu près une pareille distribution. Dans une pyramide près de Saqqarah, on trouve deux chambres l'une à côté de l'autre.
Comme on ne doit rien chercher d'extraordinaire dans la construction des pyramides, de même on ne doit pas penser qu'elles aient été destinées à un but mystérieux. C'étaient sans doute des tombeaux ou des monuments à la mémoire des rois ou des personnes les plus considérées du royaume. Cette opinion est, du reste, celle de la plupart des anciens auteurs grecs, et elle acquiert encore plus de vraisemblance par le sarcophage qu'on a trouvé dans la grande chambre de la pyramide près de Guizeh, qu'on a ouverte, et par la coutume de tous les peuples anciens de placer sur les tombeaux des tas de pierres. Du reste, la circonstance qu'on n'a point trouvé de cadavre dans le sarcophage ne prouve pas que ce n'étaient point des monuments funèbres ; peut-être on n'a aperçu les difficultés qu'après, et on cessa d'y déposer en effet les corps. Les prêtres égyptiens en auraient sûrement parlé à Hérodote, si on avait eu un but symbolique dans la construction des pyramides, et ils lui auraient raconté des choses aussi mystérieuses et merveilleuses que celles relatives à leur construction.


(Dans la reproduction de ce texte et pour la facilité du référencement, j'ai rétabli, quand le cas se présentait, l'orthographe actuelle)

samedi 5 septembre 2009

Hemiounou, architecte de la Grande Pyramide

Vizir de Khéops et membre de la famille royale, Hemiounou est présenté comme l'architecte de la Grande Pyramide.
Il s'est fait construire un mastaba proche de la pyramide, dans le cimetière ouest de la nécropole de Guizeh. C'est dans ce mastaba qu'a été trouvée sa statue lors des fouilles dirigées par l'égyptologue allemand Hermann Josef Bartholomäus Junker, au début du XXe siècle dans le cadre d'une expédition austro-allemande.
La statue est actuellement au Roemer-and Pelizaeusmuseum, Hildesheim (Allemagne).
La photo ci-dessous (auteur : Einsamer Schütze) est sous licence Creative Commons (Wikipédia)

vendredi 4 septembre 2009

Edme-François Jomard :"Dans le domaine des conjectures, il est prudent de s'arrêter"

Source : Wikipédia

Dans la Description de l'Égypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (1829, tome V), éditée par Charles Louis Fleury Panckoucke, de la Commission des sciences et arts d'Égypte, Edme-François Jomard, membre de l'expédition française en Égypte de 1798, aborde la construction des pyramides avec une circonspection exemplaire.

"La construction de la pyramide, savoir : l'exécution du massif qui en fait le noyau, celle du revêtement, et celle de ses distributions intérieures fournirait le sujet à elle seule d'une section tout entière. (...) Ici se présentent deux questions qui se rattachent à cette partie de la présente description, même à défaut de faits observés, savoir : 1°. la pyramide est-elle tout entière bâtie, ou a-t-on seulement construit une enveloppe autour d'un noyau formé par la montagne ? 2°. la pyramide, supposée construite en son entier, est-elle massive et pleine, ou bien y a-t-on laissé des vides plus ou moins considérables, pareils à ceux que nous connaissons ? Nous n'avons pas, il faut l'avouer, le moyen de répondre aucunement à la seconde question, ni complètement à la première. On découvrira sans doute quelques issues au fond du puits et peut-être ailleurs dans les canaux subsistants, et il est raisonnable d'admettre que l'espace enveloppé par la superficie de la pyramide n'est pas un solide plein et massif dans sa totalité, ce qui doit, pour le dire en passant, réduire un peu les calculs qu'on a faits sur le cube de pierre qu'elle contient.
À l'égard de la première question, jamais peut-être on ne pourra la résoudre ; quand même on trouverait, en pratiquant des fouilles intérieures, des parties qui bien évidemment ne fussent point des assises bâties, et qui appartinsent au rocher, qu'en pourrait-on conclure pour l'étendue totale du noyau primitif ? Entre les deux hypothèses on peut, je crois avec fondement, incliner pour la première, savoir que toute la pyramide a été bâtie. En effet, comment expliquerait-on dans la seconde la disparition d'un rocher de deux à trois cents pieds de haut tout autour des pyramides de Gyzeh [Il n'y a point de piton, de montagne saillante, isolée, sur cette partie de la chaîne] ? Comment la concilier avec ce fait que le sol sur lequel elles sont assises est le niveau le plus élevé de la montagne, fort loin aux environs ? Ce serait admettre qu'on ait fait un ouvrage plus étonnant lui-même que la construction de la pyramide entière en pierres taillées, en assises réglées. Je pourrais développer ces considérations, et même appeler l'histoire au secours des hypothèses ; mais les faits manquent, et c'est ici le domaine des conjectures, il est prudent de s'arrêter.
(...)
L'aspect et le poli brillant de la portion supérieure [de la pyramide de Khéphren] font deviner le bel effet que devait produire jadis la pyramide entière et l'ensemble des deux monuments, car il n'y a nul doute que la première [Khéops] comme la seconde ne fût ornée d'un revêtement poli. Toutefois, si l'on a commis une erreur en niant que les grandes pyramides fussent revêtues, on en a commis une plus forte en soutenant qu'elles l'ont été avec du marbre. La pierre qu'on a employée à cet usage est un calcaire gris, compact, plus dur et plus homogène que la pierre des assises et susceptible d'une sorte de poli, qui aujourd'hui, et vu de près, semble mat ; le temps l'a rendu plus brillant, et c'est surtout de loin qu'il produit l'effet d'un beau poli. On trouve dans cette pierre des bélemnites, et comme dans celle du noyau, des numismales.
On aperçoit de loin de grandes taches sur le revêtement, c'est l'origine de l'opinion vulgaire sur l'existence de ce prétendu marbre ; mais les unes ne sont autre chose que des ordures d'oiseaux ; les autres, qui sont rougeâtres, proviennent d'un lichen, comme je m'en suis assuré par moi-même lorsque j'y suis monté à mon second voyage. Cependant je suis très porté à penser que la seconde pyramide a été revêtue de granit, à la partie inférieure seulement : au pied des marches, j'ai vu beaucoup de blocs de granit taillés en biseau, surtout vers le sud, et même j'ai remarqué une dalle de granit en biseau, ou prisme à face oblique ; elle paraissait en place, quoique éloignée de 2m4 de l'angle sud-ouest de la pyramide, dans la direction du nord au sud ; il est possible qu'elle ait été un peu écartée de sa place primitive."

Traces de sel dans la Chambre de la Reine

 
Chambre de la Reine - photo Jon Bodsworth (source Wikipédia)

Dans la Description de l'Égypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (1829, tome V), éditée par Charles Louis Fleury Panckoucke, de la Commission des sciences et arts d'Égypte, Edme-François Jomard note l'observation suivante sans donner une quelconque explication : 

"(...) la chambre de la reine (...) est bâtie en granit comme la première [la chambre du roi], et le travail de l'appareil n'est pas moins soigné : son plafond est en forme de toît; la hauteur jusqu'à la naissance du toit est de 4m114 et la hauteur au sommet, de 6m308 ; c'est plus que celle de la chambre du roi. Une partie des pierres du plafond est en saillie sur l'autre. La salle est pleine de décombres ; quelquefois l'air y est si infect qu'on ne pourrait y rester cinq minutes sans y être asphyxié. À la gauche , il y a un trou forcé. Le canal est tapissé de sel ; ce sel se forme aussi sur les parois des autres canaux, on l'enlève par plaques de 2 lignes d'épaisseur (1)
(1) On a trouvé dans les catacombes
des Pyramides des croûtes de sel qui ont jusqu'à 2 pouces d'épaisseur : ce qui m'a paru assez important pour être consigné."

Source : Google Livres

jeudi 3 septembre 2009

Bref, mais efficace !

L'Alphabet des merveilles de l'univers, édité par Le Bailly en 1877, ne s'embarrasse pas de fioritures dans son très bref chapitre consacré aux pyramides d'Égypte. On y lit :


"Les fameuses Pyramides d'Égypte sont à peu de distance du Caire. Les plus anciennes sont celles connues par la victoire que Bonaparte remporta non loin d'elles. On ne sait ni par qui, ni pour qu'elle destination elles ont été construites. La plus grande est bâtie sur un rocher qui s'élève à 94 pieds au-dessus de la plaine ; sa base est ensevelie dans le sable. Elle est bâtie avec des pierres aussi tendres que la craie."

Depuis, l'archéologie a quand même fait quelques progrès...


mercredi 2 septembre 2009

La Septième Merveille du monde, telle qu'enseignée aux enfants au début du XIXe siècle

Dans l'Abrégé de toutes les sciences et géographie à l'usage des enfants, D. L. F. 1802, le chapitre consacré aux Pyramides d'Égypte est rédigé en ces termes :



P. Par qui les Pyramides d'Égypte furent-belles élevées?
R. Par les Pharaons, rois de ce pays.

P. À quelle distance sont-elles du Caire ?
R. À une lieue à peu près.

P. D'où commence-t-on à les voir ?
R. Dès qu'on est sorti de la petite ville de Dezize.

P. De combien en est-elle éloignée ?
R. De deux lieues.

P. Combien y a-t-il de Pyramides ?
R. Il y en a trois grosses.

P. Sont-elles éloignées l'une de l'autre ?
R. D'environ deux cents pas.

D. Peut-on entrer dans ces Pyramides ?
R. On ne peut entrer que dans la plus grande, qui est du côté du nord.

D. Est-elle fort grande ?
R. Son élévation est si prodigieuse qu'on dit qu'elle a 600 pieds de hauteur et 700 de largeur en carré.

D. Quand dit-on qu'elle fut bâtie ?
R. Quelques-uns disent qu'elle fut bâtie il y a plus de 3000 ans, par un roi d'Égypte appelé Coph ; d'autres croient par Chemmis ou Chéops.

P. Sait-on d'où on a tiré ces grosses pierres, et en si grande quantité ?
R. On croit que c'est de la Thébaïde ou de la Haute-Égypte.

P. Combien de temps employa-t-on à les élever ?
R. Vingt-trois années, dit-on.

P. Combien employa-t-on d'ouvriers à ce travail ?
R. Trois cent soixante mille.

P. Combien y dépensa-t-on ?
R. Pline dit qu'il y fut dépensé seize cents talents, seulement en raves et en oignons, les anciens Égyptiens étant grands mangeurs de légumes ; ce qui fait en argent de France environ sept millions de francs.

P. Quelle est l'entrée de la grande Pyramide ?
R. L'ouverture de cette fameuse Pyramide l'on peut entrer est un trou presque carré d'un peu plus de trois pieds de haut. On dit qu'autrefois il y avait auprès de l'entrée une grosse pierre qu'on avait taillée exprès pour boucher cette ouverture. 

P. Quelle est sa forme ?
R. Elle est carrée, et en sortant de terre elle a 2,800 pieds, ou 466 toises de circuit : son volume total passe 400.000 toises cubes. 

P. Quelle est la hauteur des pierres ?
R. Les pierres qui la composent ont trois pieds de haut.

P. Quelle est leur longueur ?
R. Cinq ou six pieds, et les côtés qui paraissent en dehors sont tout droits, sans être taillés en talut : chaque rang se retire en dedans de neuf ou dix pouces, afin de venir se terminer en pointe à la cime ; et c'est sur ces avances que l'on grimpe pour aller jusqu'au sommet.

P. Les deux autres Pyramides sont-elles de même ?
R. Non ; elles ne sont ni si hautes ni si grosses que la première.
 
P. À quoi étaient destinées ces Pyramides ? 
R. Les anciennes traditions portent à croire qu'elles furent construites pour servir de tombeaux à la famille des Pharaons ; que dans la plus grande on posait après leur mort les corps des monarques, dans les autres celui des reines et de leurs enfants.