lundi 7 février 2011

L’ “héritage de Khéops”, selon Jean-Pierre Houdin

Dans sa lecture de la Grande Pyramide, présentée dans Kheops Renaissance (lire l’interview exclusive accordée par l’auteur à Pyramidales), Jean-Pierre Houdin a identifié un “Circuit Noble”, à savoir l’itinéraire rituel suivi, au coeur du monument, lors des funérailles du pharaon. Un étape de ce circuit n’est pas passée inaperçue, et pour cause : deux antichambres à voûte à encorbellement, précédant de quelques mètres l’entrée dans la Chambre du Roi, et destinées à abriter le mobilier et les biens personnels du souverain.

Quelques compléments à l’interview mentionnée ci-dessus sont apportés ici par Jean-Pierre Houdin, à l’intention des lecteurs de Pyramidales.



Jean-Pierre Houdin a été amené à induire l’existence de deux antichambres dans la pyramide de Kheops à partir d’un constat qu’il a fait dès l’été 2003, ayant déjà accumulé, à cette époque, plusieurs milliers d’heures de modélisations 3D sur ordinateur. Une “zone d’ombre” au milieu des ouvrages intérieurs connus revenait de façon récurrente dans ses recherches, zone qu’il pouvait déjà cerner suite à l’analyse de relevés de microgravimétrie, étrangement restés ignorés, mais qu’il avait en sa possession ; une observation comparative des pyramides des IIIe et IVe dynasties apportait en même temps un élément de réponse à cette zone d’ombre.


L’architecte, en effet, ne considère pas la pyramide de Kheops comme un monument isolé, fût-il le plus célèbre de l’Égypte antique. Il le replace dans une lignée, dans une logique architecturale selon laquelle, de la pyramide à degrés de Djoser aux pyramides lisses, chaque concepteur d’une pyramide reprenait les innovations mises en œuvre dans les précédentes, tout en faisant évoluer le concept architectural. C’est ce que Jean-Pierre Houdin résume sous le terme d’ “héritage”’. Et Khéops n’a pas échappé à la règle.

Deux observations
Deux observations ont retenu tout particulièrement l’attention de l’architecte.
Tout d’abord, l’étrange décalage des couloirs et de la Grande Galerie, dans la pyramide de Khéops, par rapport à l’axe nord-sud. Un tel décalage ne pouvait être le fruit du hasard, ni d’un “plantage” de la part des architectes égyptiens : ceux-ci connaissaient à la perfection leur métier, nourri par une tradition bien ancrée. Donc, pas d’erreur possible de leur part, mais un projet, un plan, même s’il n’est pas nécessairement facile à comprendre de prime abord, surtout lorsqu’on est englué dans ce que Jean-Pierre Houdin appelle la “pensée unique”.
Après avoir modélisé en 3D pendant des années de nombreuses solutions potentielles, la lumière est finalement venue - telle fut la deuxième observation, véritable pivot de Kheops Renaissance - d’une autre pyramide : la Rouge, dernière réalisation de Snéfrou, père de Khéops. Or, qu’y constate-t-on ? Cette pyramide, construite juste avant celle de Khéops, renferme deux magnifiques antichambres couvertes en encorbellement, précédant l’entrée dans la chambre funéraire. Elles sont au niveau de la base de la pyramide, alors que la chambre est plus élevée de près de 8m. C’est une évolution dans l’architecture pyramidale : les appartements funéraires prennent de la hauteur.
“Pourquoi d’un seul coup, se demande alors Jean-Pierre Houdin, les architectes de Khéops auraient-ils abandonné ce type d’antichambres ? Ils avaient déjà fort à faire avec la nouvelle technique de couverture de la Chambre du Roi (plafond plat) et n’allaient pas tout changer d’une pyramide à l’autre. Ils se devaient de respecter leur tradition, c'est-à-dire “évoluer”, mais non pas “révolutionner”.

Les 2 antichambres et la chambre funéraire de la pyramide Rouge

Les 2 antichambres et la chambre funéraire de la pyramide de Kheops : le copier-coller est parfait
Jean-Pierre poursuit son raisonnement en ces termes : “Une expérience était à tenter : reprendre les antichambres de la pyramide Rouge du père de Khéops, et les “coller” tout simplement dans la pyramide de son fils, dans une “grille de conception” composée de carrés d’une coudée de côté (52,36 cm). Les appartements funéraires de la pyramide Rouge sont alors apparus comme parfaitement positionnés dans la pyramide de Khéops.”
“Mon enquête progressait très nettement, ajoute l’architecte-chercheur : j’avais un modèle parfait d’antichambres, semblables à celles que l’on peut visiter aujourd’hui dans la pyramide Rouge à Dahchour. Et grâce au logiciel de conception 3D CATIA de Dassault Systèmes, il ne me restait plus qu’à coller ce modèle sur la grille de Khéops en tenant compte des différents éléments déjà connus ou que j'avais trouvés :
- pour la Chambre de la Reine : une deuxième entrée, une section du “Circuit Noble” et un conduit nord très dévié ;
- pour la Chambre du Roi : une deuxième entrée très précisément située et un conduit nord au parcours bizarre.
Et là encore : surprise ! Le modèle s'imbriquait parfaitement. Non seulement l’ensemble des deux antichambres de la pyramide Rouge “rentrait” exactement dans la grille, mais il était centré sur l’axe nord/sud. Les deux antichambres de la pyramide Rouge et le “Couloir Noble” associé s’inséraient parfaitement dans la pyramide de Khéops. L’architecture intérieure de la Grande Pyramide commençait enfin à ressembler à une architecture funéraire de la IVe dynastie égyptienne.”

 


Pyramide Rouge et pyramide de Khéops :
cherchez la ressemblance !
Le dossier de presse, résumant les recherches et conclusions de Jean-Pierre, et remis lors de la présentation officielle de Kheops Renaissance, le 27 janvier 2011, apporte un éclairage complémentaire :
“La pyramide Rouge, y lisons-nous, possède un plan d’une grande pureté. La chambre funéraire est dans l’édifice, précédée de deux antichambres. Le couloir d’accès, les antichambres et la chambre sont parfaitement dans l’axe du monument. Les antichambres servaient à entreposer le mobilier funéraire laissé au défunt. Ce plan très pur, ces antichambres, ont amené Jean-Pierre Houdin à se poser la question de l’héritage de Khéops. Pas d’antichambres dans sa pyramide, des couloirs étrangement décalés ? Pourquoi cette apparente incohérence dans le plan de la Grande Pyramide ? Pourquoi la technique des antichambres à voûte en encorbellement, parfaitement maîtrisée depuis longtemps, n’a-t-elle pas été reconduite ? Khéops n’aurait-il pas eu de mobilier funéraire ? Difficile à envisager pour un roi qui nous a laissé le plus imposant monument qui soit ! “


D’où l’intuition de l’auteur de Kheops Renaissance de superposer les plans des deux pyramides. Poursuivons notre lecture : “Jean-Pierre Houdin remonte le couloir de la pyramide Rouge et les antichambres de manière à ce que celles-ci deviennent celles de la chambre de Khéops. La superposition est parfaite. Mieux, elle explique maintenant le fameux décalage des couloirs descendant et ascendant et de la Grande Galerie. Par contre, l' "ensemble" formé par les deux antichambres est parfaitement orienté selon l'axe nord/sud et le mur ouest de la deuxième est dans le même alignement que le mur ouest de la Chambre du Roi.

Vue de dessus
Alors que les actuels couloirs descendant et ascendant et la Grande Galerie sont généralement considérés comme le circuit par lequel la dépouille de Khéops a été transportée dans sa pyramide, Jean-Pierre Houdin a toujours remis en cause le caractère funéraire de la Grande Galerie. Pour lui, il ne s’agit que d’une glissière destinée à accueillir le système à contrepoids. Par ailleurs, emprunter ce passage pose un problème insoluble pour refermer la Chambre du Roi. En effet, le bloc de granit qui obstruait l’entrée nord-est de la Chambre du Roi (cette entrée n’étant pas à confondre avec l’autre - la vraie - sur le côté ouest du mur nord de la chambre) et qui fut enlevé par Al-Ma’moun, n’a pu être remis en place que de l’intérieur. Et il est impensable d’imaginer que quelques malheureux ouvriers aient été emmurés vivants en compagnie du roi défunt !
Dès lors, le plan de la pyramide s’éclaire sous un jour nouveau. D’une part, une “filiation” architecturale cohérente entre la pyramide Rouge et celle de Khéops est rétablie ; d’autre part, l’étrange décalage de la distribution des couloirs connus jusqu’ici s’explique.”

 
En rouge : les deux antichambres
En jaune : le "Circuit Noble"
En violet : l'entrée "à prise multiple"
La recherche progressant, l’intuition, nourrie par des indices et une étude comparative des pyramides des IIIe et IVe dynasties, est devenue pour Jean-Pierre Houdin une évidence : la Chambre du Roi de la Grande Pyramide, à l’instar de la disposition interne de la pyramide Rouge, et selon la logique de la “filiation” architecturale, était elle-même précédée de deux antichambres à voûte en encorbellement.
Dernière observation : à l'intérieur de la deuxième antichambre de la pyramide Rouge, en hauteur, trois paires de trous circulaires se font face. Le niveau supérieur de ces trous est exactement au même niveau que celui du sol du couloir menant à la chambre funéraire. Selon Jean-Pierre Houdin, ces trous ont servi à l’encastrement des poutres en bois en travers de l’antichambre et, sur ces poutres, les constructeurs égyptiens ont posé une sorte de “piston” fait d’une longue pièce de bois actionnée en contrebas grâce à un système de cordages. Il suffisait de tirer sur celui-ci pour faire avancer le piston dans le couloir menant à la Chambre du Roi. Le piston faisait alors avancer un bloc qui, en glissant sur une très fine couche de sable, finissait par venir buter contre le dallage de la Chambre du Roi et sceller pour toujours son entrée.
Quant à ce bloc de fermeture, il avait tout simplement été stocké dans le mur est du couloir, dans un petit passage perpendiculaire dans lequel son “jumeau” était lui aussi stocké ; un astucieux système, basé sur un bloc-poussoir et dérivé d’une technique de fermeture par herse utilisée dans la pyramide Rhomboïdale à Dahchour, poussait, une fois une cale enlevée, les deux blocs jumeaux d’un cran : le bloc de fermeture se retrouvait dans le couloir prêt à être poussé par le piston et son jumeau prenait sa place dans le mur. Ce système est observable dans la pyramide Rouge.
Le transfert de cette même technique sur la pyramide de Khéops semble, pour Jean-Pierre Houdin, devoir ici encore s’imposer : pourquoi, au nom de quel souci d’originalité, les bâtisseurs de la Grande Pyramide se seraient-ils abstenus de ce qui, dans l’art et la manière de sceller une pyramide, représentait sans nul doute le fruit d’un héritage architectural que rien, au demeurant, ne les autorisait à enfreindre ?



De nombreux siècles de myopie archéologique
Dût-il affronter les foudres des représentants nobiliaires de l’égyptologie ou des chercheurs plus ou moins aguerris dans le vaste et inépuisable domaine de la pyramidologie, Jean-Pierre Houdin ne pouvait plus échapper à ses propres convictions : le vrai tracé de la procession funéraire à l’intérieur de la Grande Pyramide réapparaissait, à ses yeux, au grand jour de l’analyse structurelle du monument.
Ce faisant, sans pour autant prétendre jouer les trouble-fêtes ni, a fortiori, les kamikazes, il s’attend à devoir faire face à de nombreux siècles de myopie archéologique. Mais son nouveau plan de la Grande Pyramide a, selon lui, le mérite de se baser sur l’histoire et un raisonnement cohérent, et, tout en étant géométriquement correct, d’expliquer de nombreuses étrangetés dans le plan de la pyramide.
Il rend surtout au roi Khéops, selon l’architecte, des antichambres pour son mobilier funéraire, constat logique et bien loin des fantasmes des chasseurs de trésor.
Jean-Pierre Houdin aime à reprendre, à propos de ces antichambres (du volume creux), une phrase d’un ami qui lui a écrit pour le féliciter : “Tu as comblé un vide historique avec un trou plusieurs fois millénaire…”.
Cela résume tout…


Les indices de la pyramide Rouge

“La pyramide Rouge à Dahchour comporte deux antichambres. À l'intérieur de la deuxième, en hauteur, trois paires de trous circulaires se font face. Le niveau supérieur de ces trous est exactement au même niveau que le (exactement le même que celui du) sol du couloir menant à la chambre funéraire. J’imaginais que ces trous avaient servi à encastrer des poutres en bois en travers de l’antichambre et que sur ces poutres, les Égyptiens avaient posé une sorte de “piston” fait d’une longue pièce de bois actionnée en contrebas grâce à un système de cordages. Il suffisait de tirer sur celui-ci pour que le piston avance dans le couloir. Il poussait alors le bloc qui, en glissant sur une très fine couche de sable, finissait par venir buter contre le dallage de la Chambre du Roi et sceller pour toujours son entrée.
Ce scénario était parfait, mais il manquait le plus important : comment pousser un bloc qui ne pouvait pas avoir été hissé aussi haut et qui ne pouvait pas avoir été stocké dans le couloir (car il aurait empêché le passage de la procession funéraire). C’était la quadrature du cercle !
J'ai trouvé une partie de la réponse dans une autre pyramide de Snefrou : la Rhomboïdale, construite juste avant la Rouge.” (Jean-Pierre Houdin)


Les indices de la pyramide Rhomboïdale 
“Pour bloquer le passage et interdire l’accès à la chambre funéraire de Snefrou, les architectes avaient installé dans le couloir qui la dessert deux énormes herses qui, avant d’être abaissées, étaient retenues dans des logements très étroits et inaccessibles. La manière dont ces herses étaient libérées pour obturer le passage m'intéressait au plus haut point :
- d’un côté, en position haute, elles étaient maintenues plaquées contre un petit bloc qui empêchait qu’elles restent collées sur place au moment de leur lancement ;
- de l’autre, une simple cale de bois (en rouge) les maintenait dans cette position haute.
Pour fermer le passage, il suffisait aux ouvriers d’enlever la cale et la herse s’abaissait automatiquement.” (Jean-Pierre Houdin)


A lire également :
- Dassault Systèmes ou l'art de conjuguer la Grande Pyramide au futur antérieur
- Em Hotep : un dossier en anglais, par Keith Payne, sur la théorie de Jean-Pierre Houdin

samedi 5 février 2011

“De simples machines, associées à un recours illimité à la force humaine, peuvent avoir réalisé les plus grands ouvrages d’art égyptiens” (Marcius Willson - XIXe s.)

L’Américain Marcius Willson (1813-1905) a publié de nombreux ouvrages à teneur pédagogique, dans les domaines de l’économie, de la politique, de l’architecture, de l’Histoire, des études bibliques...
J’ai retenu de cet auteur des extraits de Outlines of history illustrated by numerous geografical and historical notes and maps, 1854. Il y est évidemment question des pyramides égyptiennes (voir note n° 1), mais également de points d’histoire qui font l’objet, encore aujourd’hui, d’opinions diverses, voire contradictoires : les sources de l’architecture égyptienne (des cavernes aux temples et aux palais) ; la place de l’astronomie (ou astrologie) dans l’édification des pyramides ; les limites des connaissances techniques des bâtisseurs de pyramides. Sur ce dernier point, Marcius Willson est d’avis que les Égyptiens ne connaissaient vraisemblablement pas la poulie. Il laisse toutefois la porte ouverte à d’autres points de vue, dans une très courte note (voir ci-dessous n° 2) où sont citées deux références que je garde sous le coude, pour un éventuel complément d’inventaire.
“From the time of Menes until about the 21st century before-Christ, the period when Abraham is supposed to have visited Egypt, little is known of Egyptian history. It appears, however, from hieroglyphic inscriptions, first interpreted in the present century, and corroborated by traditions and some vague historic records, that the greatest Egyptian pyramids (1) were erected three or four hundred years before the time of Abraham, and eight or nine hundred years before the era of Moses, showing a truly astonishing degree of power and grandeur attained by the Egyptian monarchy more than four thousand years ago. When Abraham visited Egypt he was received with the hospitality and kindness becoming a civilized nation ; and when he left Egypt, to return to his own country, the ruling monarch dismissed him and all his people, "rich in cattle, in silver, and in gold”. (...)

Suphis, Cheops et Shoopho : trois noms pour le même auteur de la Grande Pyramide
The name of the founder of the greatest Egyptian pyramid, and the supposed date of its erection, prior to the time of Abraham, are gathered from a mass of concurring testimony. Manetho attributes the founding of the great pyramid to Suphis ; Herodotus to Cheops, and Eratosthenes to Saophis, or Shoopho, three names, which, in different languages, and in different modes of spelling, are reducible to the same as the Grecian Cheops. Thus far, historically, ancient writers, corroborated by Egyptian traditions, attribute the founding of this great pyramid to the same individual. Again, in the year 1837, the name and the title of this same Cheops or Shoopho were found in hieroglyphics, in the quarrier's marks in a chamber of the great pyramid, evidently placed there while the structure was in process of erection, confirmatory evidence that Shoopho was then ruling monarch of Egypt.


Le roi Khéops (musée du Caire)

The name of Shoopho has also been found among the ruins of Thebes, and on various tablets throughout Egypt, and even in the vicinity of some ancient copper mines in the peninsula of Mount Sinai, showing that, at the era of this monarch's reign, and at the time of the erection of the largest of the pyramids, whenever that may have been, the hieroglyphic system was in common use in Egypt. The exact date of Shoopho's reign has not yet been ascertained, but he is placed by Manetho in the fourth dynasty of Egyptian kings ; and it is conclusive from other testimony that he belonged to a dynasty prior to the sixteenth, and the latter is supposed to have commenced in the twenty-third century before Christ, at least two or three hundred years before the time of Abraham. According to Manetho, some pyramids were erected during the reign of the fourth king of the first dynasty, thus carrying back the antiquity of the greatest of those works of art to a date nearly five thousand years ago. (...)

Des opinions contradictoires sur les origines de l’architecture égyptienne
Of the early inhabitants of Egypt little can be learned either from tradition or history ; and conflicting opinions have been entertained of the origin of Egyptian civilization. By most writers, the arts and sciences known in Egypt have been traced to the upper valley of the Nile, the country anciently called Ethiopia, but now embraced in Nubia and Abyssinia. Meroe (Mer-o-we), the capital of Ethiopia, was an extensive city, which  is supposed to have stood on the eastern bank of the Nile, a little north of the present Shendy, where may still be seen the ruins of a few temples and other edifices. To this city the earliest Egyptian and Ethiopian legends trace the origin of Thebes, and other cities of Upper Egypt ; the ruins of the Ethiopian temples show the Egyptian style of architecture ; the Ethiopians, according to ancient writers, claimed the invention of the arts and philosophy of Egypt ; both nations had the same system of religion ; and Ethiopian princes are known to have occupied the throne of the Pharaohs. (...)


Photo Marc Chartier

Des cavernes, naturelles et artificielles, à l’utilisation du granit “impérissable”
It is supposed that the first inhabitants of Egypt dwelt in rocky caves, found in great numbers in the mountain ranges on both sides of the Nile : that when the natural caverns became insufficient for the growing population, artificial ones were formed in the soft limestone ; and that, as the skill of the workmen increased, harder materials were used for the public edifices, and, finally, the imperishable granite, of which the temples and palaces were constructed. It is believed also, that in this process can be traced the origin and principles of Egyptian architecture. The walls and columns of the public edifices appear to have been built of rude rocks, smoothed only on the surfaces of contact, the pillars, of enormous diameters, resembling the rude supports of the roofs of mines and quarries, or of the dwellings of the people. The walls were worked into shape by one general process, after their erection ; and the column, with all its decorations, was finished after it was set up. The entrances and openings of these buildings were few ; and their interiors were as dark and gloomy as the primitive caverns themselves. The arch, both round and pointed, an invention which, until recently, has been attributed to the Greeks, was certainly known to the Egyptians as early as the fifteenth century before the Christian era. Even the Greek orders of architecture, as they are called, more especially the Doric and Corinthian, can all be traced to Egyptian originals. Doric columns, equalling the finest to be seen in Grecian temples, have been found of a date as early as the reign of Osortasen the first, who is believed to have ruled over Egypt in the twenty-first century of the Christian era, three hundred years before Grecian history had a beginning. The very name of this Egyptian monarch was unknown to history until brought to light by the labors of Champollion and his associates. (...)

Une connaissance des corps célestes à des fins plus astrologiques qu’astronomiques
The astronomical monuments of the Egyptians show that as early as the eighteenth dynasty, perhaps 1600 B. C., they had divided the ecliptic into twelve parts of thirty days each ; and the priests appear to have known, at an early period, nearly the true length of the solar year, although they did not apply it to the popular calendar, which enumerated three hundred and sixty-five days to the year, and omitted the intercalation of one day in four years. The Egyptians recorded eclipses with less astronomical accuracy than the Chaldeans. Whether they were able to calculate their recurrence, or not, is a disputed question. It is known that they made careful observations of the aspect and position of the heavenly bodies ; but it was for astrological rather than astronomical purposes. It is supposed that they were not acquainted with the precession of the equinoxes, which was a discovery of the Greek Hipparchus ; although the obliquity of the ecliptic was known to them. The position of the pyramids, exactly facing the four cardinal points, shows that they had the means of tracing an accurate meridian line, for which, however, little astronomical knowledge is necessary. In the Egyptian paintings and sculptures, no representations of astronomical instruments have been found ; and, on the whole, the Egyptians appear to have made less advance in astronomical science than has generally been attributed to them.

Limites des connaissances des Égyptiens en mécanique
Notwithstanding the erection of those vast structures, the pyramids, and temples, and obelisks, there is no evidence that the Egyptians had made any great attainments in mechanical science, or that they were even acquainted with all the mechanical powers now known. Simple machinery, combined with an unlimited command of human power, might have accomplished the greatest of the works of Egyptian art. Herodotus was informed by the Egyptian priests that the stones of the pyramids were elevated from one layer to the other "by the aid of machines constructed of short pieces of wood", which some suppose to have been the lever, and others the pulley ; but it does not appear certain that any representations of the pulley have been found among the varied pictures of early Egyptian life. Diodorus suggests the probable construction of mounds of sand, up which stones were drawn. This supposition derives some countenance from the known process, which Pliny describes, of elevating the architraves of the temple of Ephesus over bags of earth, which served as an inclined plane.”

(1) The pyramids of Egypt are vast artificial structures, most of them of stone, scattered at irregular intervals along the western valley of the Nile from Meroe (Mer-o-we) in modern Nubia, to the site of ancient Memphis near Cairo. (Ki-ro). The largest, best known, and most celebrated, are the three pyramids of Ghizeh, situated on a platform of rock about 150 feet above the level of the surrounding desert, near the ruins of Memphis, seven or eight miles south-west from Cairo. The largest of these, the famous pyramid of Cheops, is a gigantic structure, the base of which covers a surface of about eleven acres. The sides of the base correspond in direction with the four cardinal points, and each measures, at the foundation, 746 feet. The perpendicular height is about 480 feet, which is 43 feet 9 inches higher than St. Peters at Rome, the loftiest edifice of modern times. This huge fabric consists of two hundred and six layers of vast blocks of stone, rising above each other in the form of steps, the thickness of which diminishes as the height of the pyramid increases, the lower layers being nearly five feet in thickness, and the upper ones about eighteen inches. The summit of the pyramid appears to have been, originally, a level platform, sixteen or eighteen feet square. Within this pyramid several chambers have been discovered, lined with immense slabs of granite, which must have been conveyed thither from a great distance up the Nile. The second pyramid at Ghizeh is coated over with polished stone 140 feet downwards from the summit, thereby removing the inequalities occasioned by the steps, and rendering the surface smooth and uniform. Herodotus states, from information derived from the Egyptian priests, that one hundred thousand men were employed twenty years in constructing the great pyramid of Ghizeh, and that ten years had been spent, previously, in quarrying the stones and conveying them to the place. The remaining pyramids of Egypt correspond, in their general character, with the one described, with the exception that several of them are constructed of sun-burnt brick. No reasonable doubt now exists that the pyramids were designed as the burial places of kings.
(2) "A pulley from an Egyptian tomb is preserved in the Leyden museum, but its age is uncertain." (Kenrick's Egypt, I. 228). Layard's Nineveh, II, 247, Note, referring to the same circumstance, says : "The pulley was known to the Egyptians."

vendredi 4 février 2011

Les “étonnants paliers” de la pyramide de Khéops, par Jean-Pierre Dupeyron

Une note de ce blog-inventaire a déjà été consacrée à Jean-Pierre Dupeyron, un ingénieur électricien aujourd’hui retraité, qui se définit lui-même comme un “égyptologue amateur” ou, plus précisément en empruntant une terminologie selon lui quelque peu péjorative aux yeux des égyptologues du sérail, un “pyramidologue”.
mur ouest, avec les encoches
Pour compléter son ouvrage L’Horizon de Khéops, présenté dans ladite note, cet auteur a réalisé une  vidéo par laquelle il invite les lecteurs de Pyramidales à prendre connaissance de ses récentes recherches sur ce qu’il appelle les “étonnants paliers” de la Grande Pyramide, à savoir le dispositif de fonctionnement et mise en place des herses précédant la chambre funéraire de ce monument et destinées à la protéger de l’intrusion d’éventuels pilleurs.
Jean-Pierre Dupeyron examine tout d’abord les opinions de ses “prédécesseurs” (Lauer, Goyon, Dormion) relatives à la configuration du système dont on peut voir aujourd’hui encore les entailles murales verticales et les berceaux (demi-cercles) sur le côté ouest du dispositif.
Comment les herses, de 2,5 t chacune, ont-elles été suspendues, puis abaissées ? Les rondins de support, complémentaires des cordages de manoeuvre, étaient-ils fixes ou rotatifs ? S’ils reposaient, côté ouest, sur des demi-cercles, quel était leur support côté est ? Est-il opportun et justifié d’introduire la notion (et la réalité) de treuil ?
Illustrant ses recherches à l’aide d’une maquette et les étayant ensuite de tests à plus grande échelle, Jean-Pierre Dupeyron présente ses hypothèses dans la vidéo qui suit (deux parties) :

Première partie :


Deuxième partie :

jeudi 3 février 2011

La thermographie infrarouge révélera-t-elle d’autres secrets de la Grande Pyramide ?

Lors de la présentation en avant-première de Kheops Renaissance, la “théorie” en version améliorée de l’architecte Jean-Pierre Houdin, relative à la construction de la Grande Pyramide de Guizeh, deux personnalités canadiennes étaient présentes dans la salle de la Géode : Xavier Maldague et Matthieu Klein, de l’Université Laval, de Québec. Le premier est professeur titulaire, dans cette université, de la chaire de recherche Multipolar Infrared Vision Infrarouge Multipolaire (VIMIM) ; le second y prépare un doctorat dans ce même domaine des traitements d’images en vision infrarouge. Pour l’un comme pour l’autre, l’éventualité, suite à des contacts pris par Jean-Pierre Houdin et Dassault Systèmes, d’une application de cette technique de recherche à la pyramide de Khéops est une réelle aubaine. Il y a toutefois un “hic”... qui ne surprendra pas quiconque est au fait des réalités de l’égyptologie.


Décidément, la Grande Pyramide en aura vu de toutes les couleurs au cours de sa très longue existence ! On l’aura soumise à maintes intrusions dans son intimité pour l’amener à révéler enfin “sa” vérité : non pas celle des chasseurs de trésors, ou de pyramidologues plus ou moins perspicaces et inventifs, mais la sienne. Et elle fait toujours de la résistance...
Alors ? Sera-t-elle plus docile face à un nouveau traitement qu’on s’apprête à lui administrer ?
Après les gros trous d’al-Ma’moun, les déflagrations causées par Vyse § Co., les p’tits trous encore des p’tits trous de certaines campagnes aux résultats globalement infructueux et les balades tortueuses d’étonnants joujoux robotisés rampant tant bien que mal dans des conduits supposés être d’aération, voici qu’une équipe franco-canadienne s’apprête à prendre la température du plus célèbre des monuments.
C’est on ne peut plus sérieux !
Il y va, entre autres objectifs, de la validation des intuitions, étayées de maints indices, formulées par l’architecte Jean-Pierre Houdin, dans Kheops Révélé, première formulation de sa théorie sur la construction de la Grande Pyramide, puis dans Kheops Renaissance, la seconde et toute récente formulation, revue, améliorée et enrichie, de cette même théorie. En clair : une technique aux résultats scientifiquement probants - la thermographie infrarouge - serait notamment en mesure d’apporter la preuve de l’existence de la rampe intérieure principale, induite par Jean-Pierre Houdin de ses observations et recherches sur la Grande Pyramide.

Thermographie infrarouge : késako ?
De quoi s’agit-il ?
Dès 2008, Dassault Systèmes a effectué des simulations thermiques sur un modèle de pyramide pleine (sans rampe) et un modèle de pyramide avec la rampe interne pour vérifier que la thermographie infrarouge pourrait valider expérimentalement la théorie houdinienne. Résultat de cette expérimentation virtuelle : la simulation a révélé que l’air emprisonné dans la rampe interne provoque une inversion de la température au sommet du monument ; la pyramide serait plus froide au sommet dans ce cas, alors qu’une pyramide pleine verrait son sommet plus chaud. Les différences observées furent, certes, faibles, mais suffisamment encourageantes pour que l’ “équipe Khéops” envisage de creuser la question en allant chercher des compétences complémentaires là où elles sont.
Après le virtuel, le réel !

Fin 2010, Jean-Pierre Houdin a donc, une nouvelle fois, pris son bâton de pèlerin, pour rencontrer l’équipe de la chaire MIVIM de l’Université Laval au Québec. Et la greffe (j’allais dire plus prosaïquement : la mayonnaise) a pris immédiatement. La coopération scientifique franco-canadienne était déjà mise sur les rails. Une nouvelle équipe de travail venait de naître. Il ne lui reste plus qu’à prendre le chemin du plateau de Guizeh.
Au préalable, faisons le point, avec quelques rapides explications empruntées au langage scientifique et au dossier de presse remis par Dassault Systèmes : Pourquoi la thermographie infrarouge ?
Les rayons infrarouges sont des ondes, tout comme la lumière visible, mais de fréquences bien plus faibles. Tout objet ayant une température non nulle émet une certaine quantité de ce rayonnement électromagnétique infrarouge, proportionnellement à sa température. La lumière visible révèle la forme extérieure des objets par réflexion et leur couleur par absorption d’une partie du rayonnement par le matériau dont est constitué l’objet.
Les rayons infrarouges, au contraire, peuvent révéler la structure profonde des objets par leur émission de chaleur. En fonction du matériau et des anomalies sous-surfaciques telles que fissures, cavités, etc., la chaleur renvoyée à la surface est différente, permettant ainsi d’obtenir une image de la structure interne. C’est la thermographie infrarouge.
Les cycles de variations de température extérieure d'une saison à l'autre influencent l'évolution de la température de la surface de la pyramide dans le temps. De manière assez évidente, l'évolution de la température de surface de la pyramide, que l'on appelle dans le jargon la  “réponse thermique”, suit donc presque la même évolution de température que celle des saisons. Mais il y a une nuance : l'évolution de la température à la surface de la pyramide va en réalité dépendre très légèrement de ce qui se trouve sous sa surface et, en particulier, s'il y a un vide sous la surface, comme par exemple une hypothétique rampe. C'est ainsi l'observation non pas directement des températures de surface, mais plutôt de la différence d'évolution des températures d'un point à l'autre à la surface de la pyramide qui pourra donner une indication quant à la présence de rampe interne ou non.
La mesure de température pour le suivi de l'évolution de la réponse thermique est effectuée par caméra infrarouge. Cet outil présenterait l'avantage de pouvoir mesurer la température de surface de la pyramide en tout point, sans le moindre contact, à une distance pouvant atteindre plus de 300 mètres.

Une méthode non intrusive
Les conséquences sont évidentes pour qui veut bien les accepter : aucun dommage ne serait causé à notre chère pyramide, aucun trou, pas le moindre grain de sable déplacé. La méthode est non intrusive, qu’on se le dise ! De surcroît, elle est totalement invisible du public, notamment des touristes, sans besoin même de présence d'opérateurs sur place. Les données seraient recueillies à distance par internet (*) et les traitements des informations réalisés directement au Canada dans le laboratoire MIVIMl, avec la coopération de Dassault Systèmes.
Simple en apparence, mais en apparence seulement, cette technique porte l’appellation d' “évaluation non destructive des matériaux” ou, en des termes plus bizarroïdes, “NDT par thermographie active modulée ou lock-in”.
La méthode de la “thermographie modulée” est appliquée, par exemple, dans l'évaluation des matériaux composites en aéronautique (ailes d’avion). Il y a toutefois une différence de taille, observent nos amis experts canadiens de l’Université Laval : dans le cas de la pyramide de Khéops, la technique sera appliquée à une échelle très nettement supérieure, étant donné l’épaisseur du matériau à sonder, comme cela n'a encore jamais été fait dans le passé. À une telle échelle, il faut plus de temps. Une ou deux années entières de mesures 24h/24h ne seront pas de trop pour observer les très lentes évolutions de températures dans le temps au travers des trois à six mètres d'épaisseur de murs qui couvriraient les rampes. Mais, tient-on à souligner : depuis 4500 ans qu’elles existent, les pyramides sont une majestueuse et exemplaire école de patience.


Laissez-passer de rigueur
Voici donc un bien beau et très enthousiasmant projet ; mais, remarquions-nous en préambule, il y a un “hic”, symbolisé par le point d’interrogation du titre de cette note : il est de taille et son nom est sur toutes les lèvres. Nous le savons : la planète “Égyptologie” ne tourne pas toujours aussi rond que le souhaiteraient ceux qui, de près ou de loin, avec plus ou moins de compétences reconnues, ont des projets d’observation directe des monuments égyptiens, à commencer par le plus célèbre d’entre eux.
Le refrain est tellement connu qu’il est devenu une rengaine. Le grain de sable qui contrarie le mécanisme de la coopération archéologique porte un nom propre, celui d’une éminente personnalité dont le bon vouloir ou les préférences, pas toujours compréhensibles de notre côté de la lorgnette, peuvent faire la pluie et le mauvais temps sur les intentions les plus louables.
Ainsi va la vie sur les rives du Nil.
Au lieu de se hasarder dans la politique du pot de terre contre le pot de fer, sans doute est-il préférable d’adopter la philosophie, non pas de l’autruche, mais du “roseau pensant”...

(*) À noter au passage que cette transmission par internet pourrait rendre la consultation des relevés accessible à tout internaute... à condition évidemment qu’il sache les interpréter. 

A lire également :
- Une interview exclusive de Jean-Pierre Houdin : 1e partie

mercredi 2 février 2011

Les passages et chambres des pyramides : un “inconcevable et laborieux terrier de renard” selon le prince Pückler Muskau (XVIIIe-XIXe s.)

 Illustration extraite de Wikimedia commons
Le prince Hermann Ludwig Heinrich von Pückler-Muskau (1785-1871) était un paysagiste, orientaliste et écrivain allemand.
Lors d’un séjour en Égypte, il acheta au marché des esclaves du Caire une adolescente, qu’il dénomma “Mahbouba” (Bien-Aimée) et avec laquelle il poursuivit son périple en Asie mineure et en Grèce. Souffrant de tuberculose, la jeune fille mourut en Allemagne, en 1840, au terme du voyage.
Dans son ouvrage Egypt under Mehemet Ali, traduit de l’allemand par H. Evans Lloyd (1845) - dont on trouvera quelques extraits ci-dessous -, contrairement à ce qu’il avait pu ressentir face aux “réelles merveilles” de Thèbes, il manifesta peu d’admiration pour ce qu’il vit et découvrit de la Grande Pyramide (une entrée colossale, des chambres sombres et misérables, une visite fatigante, des incertitudes sur l’endroit exact de la pyramide où fut enseveli le roi, pour autant qu’il y ait été inhumé...). À sa décharge, il est vrai, il tint à souligner qu’il n’était pas archéologue, et que son propos était simplement de donner ses “impressions personnelles”, sans plus.
D’où les imprécisions et approximations que l’on pourra détecter dans ce texte, en dépit du fait que l’auteur connaissait personnellement Vyse et qu’il suivait de toute évidence les travaux de Caviglia.

Le prince Pückler Muskau (illustration extraite de Wikimedia commons)
“As soon as we had descended from "the little pyramid," as it is called, for indeed it is still an enormous mass, we proceeded into the bowels of the largest. The rude, but boldly constructed colossal entrance, resembling a work of the Druids, is the only part which produced an effect of grandeur upon me ; for, as I have observed, passages in which you can scarcely turn, except bent like a fiddle-bow, nor penetrate unless by crawling on your chest, and, after all your pains, lead at length into a sanctuary, which consists only of a couple of miserable dark chambers, of the dimensions of a servants' room, the walls of which are covered with dusky slabs of granite, once polished but now quite dull, without a trace of writing, ornament, or sculpture, appeared to me to be as little worthy of admiration as the two plain stone coffins which are here seen, and least of all for one who has beheld the sublime art of the Egyptians and its real wonders in Thebes. The latter, it is true, were at this time unknown to me ; yet, without the comparison, the first impression on me was no other than I now describe ; and as I am no learned archaeologist who looks for discoveries, I endeavour only to give the reader a true and intelligible picture of the whole, conformably to the individual impression which it produced on me, and which is generally wanting in the accounts given by the learned.
With my usual perseverance I went through all that has been opened, and afterwards by means of ladders crept into the holes which have been partly discovered of late, and partly at a time already forgotten (for instance, what is called David's son's [sic] chamber). All this is very fatiguing and heating, but not at all dangerous, except perhaps the descent into the well, 280 feet deep, merely by means of notches cut into the wall, from what is called the hall of the Queen, who perhaps was only a lady of the court, to the lowest passage, which constantly declines, and terminates in a natural cavern in the rock, near the middle of the pyramid, and actually in its very foundation.
On the opposite side, another narrow horizontal passage leads from this cave, still farther towards the centre, and then suddenly terminates. Here perhaps is the key to what is more deep and unknown. At this spot I think active research should be made, for here the king must lie, if indeed there is a king here, in the heart of the rock, formerly surrounded by a canal drawn from the Nile, as the father of history describes it, without indeed having seen it himself, and given us no other security than the questionable authority of the priests.
The air-holes which are found in the wall, in the room called "the hall of the King”, have been followed for above one hundred feet, as we were assured; and Colonel Vyse is of opinion that he has discovered their issue above, but all this is extremely unimportant. (...)
The inside of the second pyramid was opened by Belzoni. The passages are a little more convenient, the chambers more numerous, and some rather larger than in the sister pyramid, equally bare and unornamented, and the object of this laborious fox’s-burrow equally inconceivable. An area, hewn in the living rock, surrounds this monument, and it appears from the stones of the floor, all ready to be broken up, that it was intended to go deeper. On the smoothed, outer walls of the rock of this area, some hieroglyphics of ancient, though more of recent time, are observed, and likewise a cartouche of the great Rameses. Several remains of buildings, near the hollowed places, show cyclopean walls, exactly in the style of the great wall in the Pnyx, at Athens, and quite different from the style of the pyramids themselves. In the ruins of the avenue which led to this pyramid, are the largest blocks employed here, which are inferior only to those of Thebes.
The clear weather enticed me in the evening once more to the summit of the Great Pyramid, as it wore, to take leave ; and on this second visit, I could not help thinking, that a colossus must have stood on the platform at the top, as on the similar monument in the lake Moeris, though Herodotus says nothing of it.
As I was on the point of mounting my horse on the following morning, to proceed on my journey, Colonel Vyse sent me word that he had at that moment discovered a new entrance into the second pyramid, for this indefatigable man is working on all three at the same time. I found this to be correct ; but as this low entrance only joins an inner passage, already known, little is gained by it, and I heartily wish that the worthy colonel may soon obtain a more brilliant result for his industry, his perseverance, and his money.
M. Caviglia, who had discovered, close to the pyramid, a singular labyrinth of apartments and passages, the plan and object of which he had not yet been able to make out, assured me at Cairo, that at a distance of some leagues in the desert, he had discovered the foundations of pyramids, the granite blocks of which were, for the most part, crumbled into dust ; whence he inferred, that if the pyramids built of sand-stone, which are still standing, are 4000 or 5000 years old, those of granite, which are now pulverised, must have been built at least ten times as far back. The little detention before-mentioned hindered me from seeing this remarkable dust with my own eyes.”

mardi 1 février 2011

Le patrimoine culturel égyptien menacé : un appel de l'Unesco

Il n'est pas dans la pratique de ce blog de se faire l'écho d'actualités autres que celles concernant directement les pyramides d'Égypte.
Une exception s'impose toutefois aujourd'hui, du moins de mon point de vue, étant donné la période critique que vivent ces jours-ci les Égyptiens dans leur aspiration à ouvrir une nouvelle page de leur longue et fantastique histoire.
Je me contente ici de reproduire un communiqué de presse, en forme d'appel urgent, de l'Unesco (Organisation des Nations Unies, pour l'éducation, la science et la culture) qui est suffisamment explicite pour n'appeler aucun commentaire particulier de ma part.
Marc


La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a lancé aujourd’hui un appel à la protection du patrimoine culturel et au respect de la liberté d’expression en Égypte.

« Mes pensées vont d’abord aux victimes des troubles et à leurs familles », a déclaré  Irina Bokova qui a déploré la mort d'au moins 190 personnes lors des manifestations.
La Directrice générale a demandé à toutes les parties de protéger le patrimoine culturel égyptien, symbole de l’identité du pays, et de respecter la liberté d’expression, pilier de la démocratie. Bien que la situation évolue rapidement en Égypte, certaines informations concernant ces deux domaines sont profondément inquiétantes, a déclaré la Directrice générale.
« Le patrimoine culturel égyptien, qu’il s’agisse de monuments ou d’objets, est une partie du patrimoine de l’humanité, transmise jusqu’à nous à travers les âges. Les 120 000 pièces du Musée égyptien du Caire sont inestimables. Elles ne le sont pas seulement d’un point de vue scientifique ou financier mais aussi parce qu’elles représentent l’identité culturelle du peuple égyptien. Cela a été parfaitement illustré par les centaines de citoyens qui ont formé spontanément une chaîne humaine autour du musée afin de le protéger. Je demande de façon solennelle que toutes les mesures nécessaires soient prises pour sauvegarder les trésors de l'Égypte, au Caire, à Luxor et sur tous les autres sites culturels ou historiques du pays », a ajouté Irina Bokova.
La Directrice générale a également manifesté ses inquiétudes concernant le libre accès à l’information et la liberté de la presse dans le pays. Internet a été interrompu. Selon de nombreuses sources d’information, des journalistes ont été arrêtés et leurs équipements ont été confisqués. Des reporters couvrant les manifestations ont été pris à partie. De plus, de nombreux médias ont vu leurs autorisations suspendues et leurs transmissions via satellite bloquées.
« Il est crucial que la presse nationale et la presse internationale puissent remplir leur mission d’information objective du public », a souligné Irina Bokova. « Empêcher les médias de faire leur métier ne rétablira ni le calme ni les conditions nécessaires pour un dialogue constructif ».
L'Égypte, en tant qu’un des membres fondateurs de l’UNESCO, a toujours travaillé étroitement avec l’Organisation, en particulier dans les domaines de la culture. L'Égypte compte sept sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Le Centre pour les études nubiennes au Musée nubien d’Aswan et le Musée national de la civilisation égyptienne au Caire ont été créés avec le soutien de l’UNESCO. L’Organisation a également été impliquée dans la renaissance de la célèbre Bibliothèque d’Alexandrie, détruite il a plus de 2000 ans, véritable référence pour la culture, l’éducation et les sciences dans les pays arabes. L'Égypte est membre des E9 (pays les plus peuplés) et a été l’un des premiers états de la région à mettre sur pied un comité national dans le cadre de l’Education pour tous (EPT).

En complément de ce communiqué de presse, voici ce que Zahi Hawass, tout récemment nommé ministre des Antiquités égyptiennes, vient d'affirmer sur son site internet :
"The commanders of the army are now protecting the Egyptian Museum, Cairo, and all of the major sites of Egypt (Luxor, Aswan, Saqqara, and the pyramids of Giza) are safe. The twenty-four museums in Egypt, including the Coptic and Islamic museums in Cairo, are all safe, as well. I would like to say that I am very happy to see that the Egyptian people, young and old, stood as one person against the escaped prisoners to protect monuments all over the country. The monuments are safe because of both the army and the ordinary people.
Some foreigners think Egypt is not interested in protecting our monuments and museums, but that is not true, at all. Egypt has 5,000 years of civilisation, and we love our heritage. I want to send a message to the people of Egypt: all of you are responsible, to ultimately be judged by your own history, to protect your monuments, and should not permit ignorance or outlaws to damage our history – it is the most important thing we own. I am sure the bells from the churches are ringing now, and the voices from the minarets of mosques are calling, to say that Egypt is a safe place to live."

Le chadouf des bâtisseurs égyptiens, selon Thomas Ewbank (XIXe s.)


Dans son ouvrage A descriptive and historical account of hydraulic and other machines for raising water, ancient and modern, with observations on various subjects connected with the mechanic arts, publié en 1842, l’écrivain anglo-américain Thomas Ewbank (1792-1870) s’est intéressé à l’utilisation du chadouf au cours des âges, dans différentes civilisations : Chine, Inde, Égypte..., et même dans des usines anglaises.

Généralisé (jusqu’à nos jours) dans les campagnes égyptiennes pour les travaux d’irrigation, cet outil semble avoir trouvé une autre utilisation toute naturelle pour l’élévation des matériaux de construction, d’une assise à l’autre, sur le chantier des pyramides. Ce fut, on le sait, la théorie retenue par Hérodote. Thomas Ewbank y souscrit sans hésitation, tant lui semble évident et constant ce savoir-faire des Égyptiens. Pourquoi se seraient-ils ingéniés à chercher une autre technique de construction, alors qu’elle leur était transmise de génération en génération et qu’elle n’avait plus besoin de donner des preuves à la fois de sa simplicité et de son efficacité ?

Aussi logique soit-elle, cette analyse ne fait pas, est-il besoin de le souligner ?, l’unanimité. Elle a toutefois retenu l’attention de nombreuses générations de chercheurs et a toujours ses adeptes. À ce titre, elle a sa place dans notre inventaire.



“Of machines for raising water, the Swape has been more extensively used in all ages, and by all nations, than any other. Like most implements for the same purpose, its application is confined within certain limits ; but these are such as to render it of general utility. (...)
In Egypt, this machine is named the Shadoof, and in no country has it been more extensively employed. In modern days, more persons are there engaged in raising water by it (...), than are to be found in any other class of Egyptian laborers. They raise the liquid at each lift about seven feet, and where it is required higher, series of swapes are placed at proper distances above each other (...). The lowermost laborer empties his vessel into a cavity or basin formed in the rock, or in soil rendered impervious to water, three or four feet above him, and into which the next one plunges his bucket, who raises it into another, and so on till it reaches the required elevation. M. Jomard says it is not uncommon to see from thirty to fifty shadoofs at one place, raising water one above another. At Esne, he saw twenty-seven Arabs on one tier of stages, working fourteen double swapes, i. e. two on each frame, the bucket of one descending as the other rises. They were relieved every hour, so that fifty-four men were required to keep the machines constantly in motion. The overseer or task-master measured the time by the sun, and sometimes by a simple clepsydra or water-clock.
It is impossible to pass up the Nile in certain states of the river, without being surprised at the myriads of these levers, and at their unceasing movements ; for by relays of men, they are often worked without intermission, both night and day. In Upper Egypt especially, where from the elevation of the banks they are more necessary, and of course more numerous, the spectacle is animating in a high degree, and cannot but recall to reflecting minds similar scenes in the very same places in past ages, when the population was greatly more dense than at present, and the country furnished grain for surrounding nations. In some parts, the banks appear alive with men raising water by swapes and the effect is rendered still more impressive by the songs and measured chantings of the laborers, and the incessant groans and creakings of the machines themselves.(...)
The Arabs have a tradition that the shadoof was used in the times of the Pharaohs, and a proof that such was the fact, has recently been furnished by Mr. Wilkinson, who found the remains of one in an ancient tomb at Thebes ; in addition to which they are represented in sculptures which date from 1532 to 1550 B. C. a period extending beyond the Exodus. (...)


The swape is one of the ancient and modern implements of China, where it is used, as in Egypt and India, for the irrigation of land. It is frequently made to turn in a socket (or the post itself moves round), in addition to the ordinary vibratory motion. In several situations, this is a decided improvement, as the vessel of water when raised above the edge of a tank or river, can, if desirable, be swung round to any part of the circle which it describes. (...) When thus constructed, it is according to Goguet (*) identical with the engines mentioned by Herodotus (...) as employed in the erection of the Egyptian pyramids ; these, he supposes were portable swapes, or levers of the first order, with a rotary movement like those of the Chinese. A number of these being placed on the lowest tier of stones which formed the basis of the pyramids, were used to raise those which form the second tier ; after which, other swapes were placed on the latter and materials raised by them for the third range, and in like manner to the top. This was the process which Herodotus says was adopted. M. Goguet, supposes that two swapes were employed in raising every stone, one at each end, and that the levers were depressed by a number of men laying hold of short ropes attached to them for that purpose. This mode appears to accord with the meagre description of the machines used in the erection of the pyramids, which the father of history has given.”

(*) Sur cet auteur, consulter la note qui lui a été consacrée dans Pyramidales : ICI