jeudi 27 janvier 2011

“Il n’y a aucune raison de s’interdire, surtout lorsqu’on est architecte, d’étudier la construction des pyramides, sous prétexte que l’on n’a pas le badge ‘égyptologue certifié’ “ (Jean-Pierre Houdin)

Il y eut le 30 mars 2007, une date marquante pour l’architecte-chercheur Jean-Pierre Houdin : il “révélait” publiquement ce jour-là, dans le cadre futuriste de la Géode (Paris - la Villette), ce qu’il est convenu d’appeler sa “théorie” sur la construction de la pyramide de Khéops.
Aujourd’hui, 27 janvier 2011, pour la présentation en avant-première de Kheops Renaissance, toujours le même cadre, le même décor. Mais si les acteurs sont les mêmes (l’”Équipe Khéops”, de Dassault Systèmes, est encore aux manettes), le contenu de la communication a, comme on pouvait s’y attendre, très nettement évolué. Depuis 2007, où il était essentiellement question de rampe interne et de Grande Galerie comme piste pour un gigantesque contrepoids, à l’intérieur de la Grande Pyramide, Jean-Pierre Houdin a poursuivi très loin son inventaire du monument, dans sa structure interne et son environnement topographique.
Les éléments nouveaux de lecture et compréhension de la pyramide, fruits de multiples indices relevés par l’architecte, représentent non seulement une évolution, mais, dans son esprit, une véritable révolution - le mot n’est pas trop fort -, qui risque fort de créer des soubresauts, voire des grincements de dents, dans les (hautes) sphères et l’ensemble des rangs de la pyramidologie. De Kheops Révélé (2007), première formulation de la “théorie” de Jean- Pierre Houdin, à Kheops Renaissance (2011), il y a non seulement quatre années d’écart, mais surtout un changement radical de perspective, déjà sous-jacent dans Kheops Révélé, mais exprimé ici dans sa pleine maturité.  
Jean-Pierre Houdin a en effet élargi le champ de ses recherches. Il a sondé plus profondément les entrailles de la Grande Pyramide. Il est allé voir également du côté de la pyramide Rouge et de la Rhomboïdale, gardant toujours dans son objectif une meilleure lecture de celle de Khéops. Et là, la surprise est apparue, à ses yeux, comme une évidence : les points communs entre ces pyramides émanaient d’une même “école” architecturale, au point de faire place à la technique du “copier-coller” pour la configuration des organes principaux des monuments. C’est ce que Jean-Pierre Houdin appelle l’ “Héritage”.
 
D’où apparaissent, à l'intérieur de la Grande Pyramide, des éléments structurels majeurs, étrangement restés dans l’ombre depuis des siècles et des siècles : deux antichambres à la chambre du Roi, une seconde (en fait : la vraie) entrée de cette même chambre, un second couloir d’accès à la Chambre de la Reine, un second couloir ascendant partant de l’entrée (en forme de T) du monument, auquel fait suite un second couloir horizontal menant aux antichambres, un puits d’évacuation pour la fin du chantier, reliant l’espace supérieur de l’entrée de la pyramide à la rampe interne... tous ces éléments représentant un “Circuit Noble” réservé aux funérailles du pharaon. Quant aux autres éléments structurels connus (couloirs descendant et ascendant, Grande Galerie, chambre des herses, puits de service...), ils n’ont eu, selon l’analyse de Jean-Pierre Houdin, qu’un rôle fonctionnel, sans aucune utilité à partir de la fin du chantier de construction de la Chambre du Roi.
Pyramidales reviendra en détail sur les résultats de ce complément substantiel d’inventaire. En préambule, voici une interview exclusive que Jean-Pierre Houdin nous a accordée, au cours de laquelle il revient sur sa méthode de travail et sur les acquis essentiels de ses quelque douze années de recherches à l’ombre de ce monument qu’il ne cesse de considérer comme un chef-d’oeuvre absolu de l’architecture : la pyramide de Khéops.
Ci-dessous la première partie de l’interview.


Pyramidales : Jean-Pierre Houdin, vous avez déjà eu l'amabilité de répondre à mes questions, pour les lecteurs de Pyramidales. Lors de cet entretien, vous nous aviez annoncé une importante suite à vos recherches sur votre reconstitution du chantier de construction de la Grande Pyramide de Guizeh.
L'heure est venue de la publication du résultat de ces nouvelles recherches, auquel vous donnez l'appellation d'Épisode 2.
Cela signifie-t-il que l'Épisode n° 1 était à vos yeux incomplet, en dépit de la très grande audience que ces premiers travaux ont rencontrée, autant auprès du grand public que des chercheurs avertis, de nombreux pays ?


“Une tactique en deux temps”
Jean-Pierre Houdin : “Je dirai d’emblée que dès l’été 2003, donc il y a maintenant près de huit ans, mes travaux sur la pyramide de Kheops avaient atteint un degré d’explication de ce chantier bien plus exhaustif que celui actuellement connu.
En juin 2005, lors de ma première rencontre avec mes amis de Dassault Systèmes, Mehdi Tayoubi et Richard Breitner, j’avais bien sûr décidé de les informer sur l’ensemble de ces travaux ; l’ampleur de la théorie et le côté “bouleversement de la Pensée Unique” de ce que je venais de leur révéler leur a paru à la fois trop important et surtout trop explosif pour être mis sur la place publique d’un seul coup. On s’est donc accordé sur une tactique en deux temps : Épisode 1 reprendrait toute la partie de la théorie consacrée à la construction de la pyramide et Épisode 2, tout ce qui concerne l’architecture des appartements funéraires. L’intention était de présenter, en visant la plus grande audience possible, la théorie de la manière la plus scientifique et la plus crédible possible, par la validation virtuelle grâce aux logiciels de Dassault Systèmes, ceci afin de gagner une crédibilité inattaquable sur ce point.
Une fois la théorie établie, nous pensions pouvoir la mettre rapidement à l’épreuve de la vérité réelle en obtenant les autorisations d’effectuer une mission de recherche sur place au moyen de techniques non-destructives. Le grand avantage de la théorie tient au fait qu’elle est irréfutable : la découverte de la rampe intérieure clôturerait le débat sur la question de la construction du monument.
La présentation Kheops Révélé à la Géode le 30 mars 2007 a eu un écho considérable partout dans le monde et, en une matinée, la théorie a été reconnue comme la plus plausible à ce sujet. Malheureusement, par la suite, pour ce qui concerne la validation réelle, les choses ne se sont pas passées comme prévu ; un dossier pour une mission scientifique n'a jamais pu être déposé malgré plusieurs rencontres au plus haut niveau. Finalement, ce délai supplémentaire qui nous a été “accordé” s’est, au fil du temps, transformé en une véritable aubaine ; Épisode 2 version 2011 a pris beaucoup de poids par rapport à Épisode 2 imaginé en 2005, et la collecte d’indices sur le terrain a été très fructueuse.”

Pyramidales : Avant d'en venir au contenu proprement dit de vos nouveaux développements sur la pyramide de Kheops, pouvez-nous nous donner un aperçu de votre méthode de recherche ? Au vu de vos précédentes publications et communications, je crois discerner dans votre approche de la "chose" égyptologique au moins trois principaux axes complémentaires de travail : une observation minutieuse du terrain, une logique de bâtisseur (nous n'oublions pas que vous êtes architecte), vous permettant de "dialoguer", par-delà le temps, avec les bâtisseurs égyptiens, et une mise en relation des techniques de construction propres à plusieurs pyramides de diverses époques.
Vous reconnaissez-vous dans cette présentation ? Si nécessaire, comment la complétez-vous ?


Avec le support technique de Dassault Systèmes (au 1er plan : Richard Breitner)
“Plus de 5.000 heures à modéliser en 3D mes idées”
J.-P. Houdin : “Avant tout, il y a eu un événement “fondateur” qui m’a conduit à consacrer plus de douze années de ma vie, à temps plein, sur Kheops et, par extension, sur toutes les grandes pyramides lisses. C’’est l’intuition que mon père a eue le 2 janvier 1999 et que j’aime à rappeler : “Si j’avais à construire la pyramide de Kheops, me confiait-il, je la construirais de l’intérieur.” En une seule phrase, la “Pensée Unique” avait explosé ! À l’époque, j’approchais de la cinquantaine et Bulle, mon épouse, avait fini par me convaincre que la vie n’était pas éternelle, que la routine était l’ennemie de la passion et donc, j’étais à la recherche d’une “idée” qui vaille la peine de m’y consacrer. Kheops m’est “tombé dessus” ! L’architecte en moi s’est tout simplement dit que c’était là mon chemin. La pyramide de Kheops le valait bien !
À partir de cette intuition, j’ai lentement et sûrement déroulé le fil de la pelote que personne n’arrivait à découvrir, car n’ayant pas le bon code pour en trouver une extrémité.
Et puis, après avoir baigné toute mon enfance dans le bâtiment et le génie civil, être devenu architecte DPLG et avoir exercé en profession libérale pendant plus de vingt ans, être rompu à la conception assistée sur ordinateur, j’avais les “qualifications requises” pour me permettre de mener à bien une réflexion sérieuse et approfondie sur le “pourquoi” et le “comment” des pyramides, puis d’émettre des propositions en ce domaine.
Entre 1999 et 2005 (avant ma rencontre avec Dassault Systèmes), j’ai ainsi passé plus de 5.000 heures à modéliser en 3D mes idées, avec cet avantage unique de pouvoir visualiser, pratiquement en temps réel, ce qui me venait à l’esprit. Avec également la possibilité de connaître précisément les rapports dans l’espace des différents éléments que l’on a en face de soi sur l’écran de l’ordinateur.
Dès le départ, j’ai compris qu’il fallait que je pense en “Égyptien d’époque” et non pas comme constructeur d’aujourd’hui. J’ai donc fait beaucoup de recherches sur le sujet, à la fois dans les livres et sur Internet (ayant séjourné un an à New York en 1996/97, et pour l’avoir vécu en direct, j’avais compris l’immense révolution que cet outil allait apporter), pour connaître les techniques, matériaux, outils et savoir-faire des anciens Égyptiens. Cela m’a permis de m’apercevoir au passage que la littérature sur les pyramides était plutôt maigre, remplie de reprises d’auteurs en auteurs, sans analyses personnelles et surtout très souvent hors-sujet. Enfin, à partir de 2004, grâce à l’aide de mécènes, j’ai pu me rendre régulièrement en Égypte et faire mes propres recherches sur place ; à chaque fois, je trouvais un indice qui venait corroborer mes propositions.”

Pyramidales : Parmi vos outils de travail, la 3D tient désormais une place essentielle, grâce aux compétences et à la proximité intellectuelle que vous avez trouvées chez vos amis de Dassault Systèmes. Quel est le bonus qu'apporte à vos travaux cette mise en forme virtuelle ?

De g. à d. : J.-P. Houdin, Mehdi Tayoubi, Richard Breitner
J.-P. Houdin : “Comme je vous l’ai dit précédemment, la 3D tient une place essentielle dans mes recherches. Ma rencontre avec les ingénieurs de Dassault Systèmes a été extraordinaire : on parlait le même langage et eux me proposaient la Rolls-Royce dans le domaine de la conception assistée sur ordinateur. Mes travaux ont d’un seul coup fait des pas de géant, les simulations scientifiques venant soutenir la modélisation virtuelle. Par exemple, les simulations effectuées par l’Équipe Kheops au sujet des craquements des poutres de la Chambre du Roi ont apporté la réponse exacte qui permet d’affirmer que les Égyptiens contrôlèrent très bien la situation au moment des désordres et qu’ils n’ont pas abandonné cette pièce en cours de construction. La meilleure preuve : 45 siècles après, les désordres n’ont pas évolué.”

Pyramidales : Il est inutile de se voiler la face ! La logistique qui a été mise en place autour de vos travaux, avec l'impact médiatique que l'on sait, a fait et fera encore des envieux. Il semble que, malheureusement, le microcosme de l'égyptologie cultive, à l'instar sans doute d'autres secteurs de la recherche scientifique, comme un sens inné de la polémique. Comment expliquez-vous ce constat ?

“Il a fallu que je prenne mon bâton de pèlerin”
J.-P. Houdin : “La recherche n’est pas l’apanage de castes ; la liberté de réflexion est fondamentale et il n’y a aucune raison de s’interdire, surtout lorsqu’on est architecte, d’étudier la construction des pyramides, sous prétexte que l’on n’a pas le badge ‘égyptologue certifié’.
Les pyramides ont été conçues et construites par des hommes comme Hemiounou ou Ankh-haef, les Vizirs de Tous les Travaux Royaux de Kheops, titre que l’on peut assimiler de nos jours à ceux d’architecte ou ingénieur.
L’égyptologie est née avec la Campagne d’Égypte de Bonaparte et s’est, dès le début, orientée vers l’archéologie de relevés, de fouilles et de collecte de vestiges. Les études en université en ce domaine sont principalement basées sur la compréhension des hiéroglyphes, les textes, l’histoire et la religion ; elles ne forment pas particulièrement à la compréhension des techniques de construction. Le résultat : aucune théorie proposée par les égyptologues ne tient l’analyse, et ce dès les premières lignes. Je considère que ma qualité d’architecte m’autorise à me pencher sur le problème de la construction des pyramides, autant, sinon plus qu’un égyptologue.
Photo extraite du film Khéops Révélé (Gédéon Programmes)
Maintenant, ma situation d’”outsider” me ferme la porte à beaucoup de facilités : n’étant pas du sérail, il était hors de question pour moi d’être soutenu par les organismes publics. Il a fallu que je prenne mon bâton de pèlerin et que j’aille convaincre des mécènes en France et en Égypte (parce que j’en ai aussi là-bas). L’engagement de Dassault Systèmes, dans le cadre d’un programme de mécénat (Passion for Innovation), est exemplaire. Le mécénat est surtout tourné vers le sport et les arts ; dans mon cas, il est au service de la recherche sur notre passé, sur une civilisation admirable qui a encore beaucoup à nous apprendre. Que le mécène médiatise cette action, rien de plus normal. Que ceux qui sont envieux comprennent cela : ma percée dans le monde de l’égyptologie n’est pas un “overnight success” et le seul fruit de cette médiatisation, mais le résultat de beaucoup d’efforts, de privations, de passion et de conviction de la part de mes interlocuteurs.
J’estime ne pas avoir de leçon à recevoir de personnes (très peu au demeurant) qui ont été incapables de faire une critique objective et étayée de mes travaux.”

Pyramidales : Pour en venir maintenant au vif du sujet, à savoir au contenu d'Épisode 2, quels sont les points principaux, quelles sont les structures ou composantes de la pyramide de Kheops qui ont fait l'objet de vos analyses et interprétations complémentaires ? En d'autres termes : qu'avez-vous observé de ce qui, jusqu'à présent, était resté muet ou secret du fantastique "langage de la pierre" que propose la pyramide à qui sait la déchiffrer ?

“J’ai pu constater, analyser et comprendre les relations spatiales
entre les différents ouvrages intérieurs”
J.-P. Houdin : “J’appellerais le contenu d’Episode 2 “l’Héritage de Kheops”, c’est-à-dire la véritable architecture funéraire de la Grande Pyramide, suite logique de la tradition sépulcrale et de l’expérience dans la construction accumulée par les Égyptiens pendant plus d’un siècle, particulièrement sous le règne du père de Kheops, Snefrou.
Dès 2003, soit après avoir déjà passé quatre années d’études et de recherches sur la pyramide de Kheops, et sur les autres grandes pyramides lisses des 3ème et 4ème Dynasties, j’étais arrivé à la conclusion qu’il y avait quelque chose qui ne “collait” pas dans l’architecture intérieure de ce monument funéraire. J’emploie ce mot “funéraire” car il est essentiel de revenir sur le pourquoi des pyramides royales : être, pour les rois et leurs proches, des tombeaux pour l’éternité dans la croyance d’une vie dans l’au-delà. Celle-ci impliquait de disposer d’un véritable appartement avec, si j’ose dire, salon, salle à manger et chambre à coucher. Aussi, les Égyptiens étaient beaucoup plus attentifs à la construction de leur demeure d’éternité qu’à celle de leur vie terrestre, cette dernière n’étant qu’un bref passage.
Grâce à mes milliers d’heures de modélisation 3D, pénétrant littéralement dans le volume avec toutes les possibilités qui m’étaient offertes par cette technologie, j’ai pu constater, analyser et comprendre les relations spatiales entre les différents ouvrages intérieurs : chambres (et leurs conduits), couloirs et Grande Galerie. Pour cette dernière, j’avais déjà entériné dans mon esprit qu’elle ne pouvait qu’avoir été un élément technique lié à la construction et qu’il était vain d’essayer de lui donner une fonction funéraire. De plus, certaines explications liant les trois chambres (la souterraine, celle dite de la Reine et celle du Roi) pour les faire « rentrer » dans la tradition funéraire me paraissaient erronées, sinon fantaisistes.

Les deux antichambres de la Chambre du Roi, calquées sur celles de la pyramide Rouge
J’avais déjà trop “fréquenté” mes confrères architectes de l’époque pour comprendre que ce que nous connaissons actuellement de cette pyramide était incomplet. Je n’y retrouvai pas leur logique constructive et la simplicité de leur démarche sur la configuration des appartements funéraires.
La présence, dans la pyramide de Kheops, de deux antichambres calquées sur celles de la pyramide Rouge de Dahchour, construite par le même « collège d’architectes » pour Snefrou, le père de Kheops, était pour moi une évidence conceptuelle. Le langage de la pierre a fait le reste, la modélisation 3D apportant une matérialisation visuelle « au-delà du visible » extraordinaire.”

Pyramidales : Pour étayer, voire corroborer, vos observations, avez-vous pu bénéficier d'études, expertises ou expériences plus ou moins révélées au grand jour, ou bien, au contraire, plus ou moins cachées sous le boisseau... parce que trop dérangeantes pour ce que vous appelez la "pensée unique" ?
J.-P. Houdin : “Pendant toutes ces années de recherche, je me suis rendu compte que finalement, on pouvait trouver de nombreux indices rien qu’en allant à la “pêche” dans les missions déjà effectuées ou dans des études publiées au fil des années. Lors de la campagne de microgravimétrie effectuée sous l’égide de la Fondation EDF en 1986/87, les résultats n’ont pas été ceux espérés à l’époque, à savoir la détection d'une chambre inconnue, ce qui prouve que nombreux sont ceux qui ne sont pas satisfaits du statut quo actuel. L’anomalie de sous-densité en spirale serait restée au fond d’un tiroir si ma curiosité ne m’avait pas poussé à m’intéresser de plus près à ces résultats. La “pêche” avait été excellente, car la probabilité de trouver, a posteriori, cette spirale correspondant parfaitement à celle de la théorie, était quasi nulle dans mon esprit. Cette anomalie ne peut avoir qu’une seule explication rationnelle et toute tentative de détourner sa signification vers d’autres explications constructives est vouée à l’échec car elle oublie alors le sujet fondamental : comment la pyramide a-t-elle été construite ? Et là, il faut détailler rationnellement ce qui n’a pas été fait depuis la nuit des temps.
De plus, durant cette mission, d’autres résultats, tombés aussi dans le tiroir concernant d’autres anomalies, confortent mes dernières propositions : la microgravimétrie avait également détecté des sous-densités et des surdensités exactement aux endroits que j’imagine.
J’avais aussi appris qu’à la même époque, sous la direction d’un égyptologue très réputé, le Professeur Yoshimura, l’université de Waseda au Japon avait effectué deux missions radar dans la pyramide peu de temps après la mission française. Une très importante détection, obtenue à chacune des deux missions, mettait en évidence un couloir d’une trentaine de mètres de longueur, parallèle au couloir horizontal menant à la Chambre de la Reine, et débouchant dans le coin nord/ouest du mur nord de la chambre. Cette découverte avait fait l’objet d’une publication officielle, mais à l’époque, le sérail égyptologique l'avait méprisée. La concurrence entre les équipes d’égyptologues semble être féroce avec pour conséquence une multitude d’informations qui passent à la trappe pour une simple question d’ego. Pour moi, la science ne peut pas et ne doit pas être entravée par les querelles de clans ; mais cet exemple prouve que la réalité est tout autre.
Quant à la « pensée unique » dont je parle souvent, je la résumerai d’une phrase de l’historien grec Thucydide : “Au lieu de se donner la peine de rechercher la vérité, on préfère généralement adopter les idées toutes faites.”

Pyramidales : Complétant vos précédentes recherches, vos nouvelles observations vous ont amené, afin de peaufiner votre reconstitution du chantier de construction de la Grande Pyramide, à porter en premier lieu votre attention sur les abords du monument, à savoir sur la Chaussée Monumentale destinée au transport des blocs de pierre. Quels sont la configuration et le tracé de cette chaussée ?

“Une tranchée dans le socle rocheux
pour servir de glissière à un second contrepoids”
J.-P. Houdin : “Je dis souvent qu’en ayant eu, en 1999, ce déclic “La pyramide a été construite de l’intérieur”, mon père avait finalement trouvé un des deux bouts du fil de la pelote de laine que représentait l’énigme de la construction de la pyramide. Les tenants de la « pensée unique », selon lesquels la pyramide est construite de l’extérieur, faisaient tourner cette pelote, tout en tournant eux-mêmes en rond, n’ayant aucun élément (un bout du fil) pour établir une théorie plausible. Depuis le début, j’avais cet élément et je tirais le fil petit à petit, la pelote diminuant d’autant.
Pour le Plateau de Gizeh, c’est la réflexion d’un lecteur qui m’a poussé à m’y intéresser de plus près. Ce lecteur me faisait remarquer que je n’expliquais pas comment je transportais les poutres de granit du port à la base de la grande rampe extérieure ; et il avait raison de me le faire remarquer. C'est aussi grâce à ce type de remarques que les choses avancent.
Le chantier était organisé autour de ces deux grands axes (en rouge) :
les deux pyramides de Khephren et Mykerinos n'existaient évidemment pas à l'époque
Et comme par un curieux hasard (?), j’ai vu le lendemain sur Talking Pyramids, le blog de Vincent Brown, une photo du début du 20ème siècle prise depuis un ballon par Spelterini. Ç'a été comme un déclic : pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ? La Chaussée Monumentale de Khephren a été bâtie sur une rampe datant du chantier de Kheops ! Les Égyptiens pensaient toujours simplicité et économie dans l’organisation de leurs chantiers : construire d’abord la pyramide dans une première carrière, approvisionner les matériaux au plus court possible, avoir le maximum sous la main si je puis dire.
Illustration Dassault Systèmes
Ils avaient quand même deux matériaux qui venaient d’autres régions d’Égypte : du calcaire de Tourah pour les façades, et du granit d’Assouan pour les murs et poutres de la Chambre du Roi. Il leur fallait un canal et un port de déchargement au plus près ; le port actuel devant le Temple de la Vallée de Khephren et du Sphinx était l’endroit idéal. De là, les blocs de Tourah pouvaient suivre une pente naturelle admissible de 8 à 9% pour être livrés à la base de la pyramide, à l’entrée de la rampe intérieure. Par contre, les poutres devant être livrées au niveau de la base de la Chambre du Roi, le trajet devait être plus long pour garder une pente identique. L’hypoténuse du triangle n’étant plus adaptée, les deux côtés du triangle devenaient logiques. La Chaussée Monumentale de Khephren croisait ma rampe extérieure. En déplaçant légèrement celle-ci vers l’ouest, sa longueur raccourcissait, en bénéficiant d’une plus grande élévation du Plateau dans cette zone (15m plus haut que la base de la pyramide), d’une centaine de mètres et son point de départ se retrouvait naturellement dans le prolongement de la Chaussée et pratiquement à angle droit de celle-ci. La différence de niveau entre le port et la base de la Chambre du Roi étant d’environ 83m, deux tiers (55m) étaient franchis sur cette rampe du Plateau, le dernier tiers (28m) grâce à la rampe extérieure (axe bleu ci-dessous). Au passage, je remarquais la présence de plusieurs carrières tout le long du parcours de la rampe du Plateau (axe rouge ci-dessous). Celles-ci devaient avoir été exploitées au fur et à mesure des besoins et étaient directement raccordées.
Cette rampe, qui fait près de 24m de large, était bien trop importante pour être la seule fondation de la Chaussée Monumentale de Khephren (9,50m), d’autant plus que les autres chaussées du Plateau ont leur fondation ne dépassant pas leur maçonnerie (10m pour Kheops et 8,50m pour Mykerinos).
Elle résolvait le trajet des matériaux, mais n’expliquait pas la montée des poutres du port jusqu’à la base de la rampe extérieure de Kheops.
Dans ma théorie, je dis que les poutres ont été tractées de la base de la pyramide au niveau +43m grâce à un contrepoids circulant dans la Grande Galerie (trait vert, ci-dessus, en haut). La logique voudrait donc que les Égyptiens aient installé un premier contrepoids en bout de la rampe du Plateau pour amener les monolithes à la base de la seconde rampe. Pour ce faire, ils ont dû creuser une tranchée dans le socle rocheux pour servir de glissière à ce second contrepoids ; et c’est ce qu’ils ont fait ! Dans l’axe exact de la rampe du Plateau, et au-delà du point de départ de la rampe extérieure de la pyramide de Kheops, ils ont creusé cette fosse et on en a un indice inespéré. Bien que cette tranchée ait disparu sous la pyramide de Khephren (trait vert, ci-dessus, à gauche), un détail est remarquable : alors que tous les appartements funéraires et couloirs sont creusés dans le socle rocheux, le couloir reliant l’entrée à la chambre sépulcrale, dont le sol est à plus de 10m sous le niveau du Plateau, a bien été creusé lui aussi mais, tout d’un coup, il est maçonné, sol, murs et plafond, sur une dizaine de mètres dans l’axe exact de la rampe du Plateau. Et cette tranchée a eu un grande influence sur l’implantation des ouvrages intérieurs ; elle a obligé les concepteurs à décaler ceux-ci d’une douzaine de mètres vers l’est pour éviter d’avoir un vide trop important à combler sous la partie maçonnée du couloir.”

Le plateau et la pyramide parvenue à la hauteur de 43 m (illustration Dassault Systèmes)

A lire également :

- Dassault Systèmes ou l'art de conjuguer la Grande Pyramide au futur antérieur
- Em Hotep : le blog - en  anglais - de Keith Payne
- Traduction en anglais de cette première partie 

                                                                    

2 commentaires:

Moreno-Bilger Michèle a dit…

Bonjour Monsieur,
Je viens de regarder votre reportage et suis époustouflée par vos démonstrations et la logique de votre étude de la grande pyramide!
Mon intérêt pour cette civilisation a toujours été la même depuis mon jeune âge; et voilà que vous m'offrez la possibilité de rêver à nouveau aux découvertes futures de ce monde egyptien dont l'histoire ne cesse de revivre grâce à des personnes comme vous même.
Je vous remercie pour ce film passionnant auquel j'ai pu me consacrer aujourd'hui, mon petit fils ayant accompli sa sieste au "bon moment"!
Courage et patience pour la suite...
Bien à vous,
Michèle

Maxime TIGZIRI a dit…

Un Super Travail et Historique ! Merci Mr Houdin !