lundi 13 décembre 2010

Selon Alexandre Lenoir (XVIIIe-XIXe s.), les pyramides égyptiennes étaient des monuments religieux consacrés au Soleil

Alexandre Lenoir (1761-1839) est le créateur du musée des Monuments français.
Dans son ouvrage Nouvelle explication des hiéroglyphes,1809 (extraits ci-dessous), il relie la construction des pyramides au culte du dieu Soleil. Ces monuments étaient, certes, des tombeaux - ou plus précisément, selon les termes employés dans un ouvrage précédent de l'auteur, des “toitures” sur des chambres souterraines destinées à des sépultures. 
Contrairement aux idées habituellement reçues, ils n’étaient pas voués à accueillir la sépulture des rois, mais bien à être les “tombeaux des dieux”.




Portrait d’Alexandre Lenoir, par Jacques Louis David 
“Les trois fameuses pyramides d'Égypte, considérées comme de simples tombeaux, ne seraient-elles pas une image matérielle de la Trinité des Égyptiens ? Les anciens étaient dans l'usage d'élever des tombeaux sacrés à leurs divinités, qu'ils supposaient mourir comme le Soleil qu'elles représentaient, et dont le séjour qu'il faisait dans les signes inférieurs pendant six mois de l'année, était désigné dans les légendes par un supplice quelconque, une agonie, et enfin la mort, pour exprimer l'absence du Soleil sur la terre, au moment où il descend dans l'hémisphère inférieur. Et pourquoi ne verrait-on pas dans ces trois monuments solaires et bien remarquables, les tombeaux mystérieux d'Osiris, d'Isis et d'Horus ? On sait, d'ailleurs, que la déesse Isis avait un tombeau à Memphis, où l’on croyait qu'elle avait été enterrée. La Trinité, suivant Platon, n'est qu'un symbole de la manière dont on concevait l'exercice des trois facultés de l’âme universelle : 1° qui ordonne avec intelligence ; 2° qui vivifie par son pouvoir ;  3° qui conserve par son amour : division qui n'est pourtant qu'une seule et même substance, ce qui est très bien exprimé par la Trinité des Égyptiens.  (...)

Des tombeaux des dieux et non des rois
Pyramide : monument religieux du Sabisme, consacré au Soleil en Égypte. Nous considérons, en conséquence, les trois pyramides d'Égypte comme les tombeaux des dieux, et non comme ceux des rois. La pyramide est l'image du soleil. Je rapporterai un extrait de ce que j'ai dit sur ces monuments religieux dans mon grand ouvrage sur le Musée des monuments français.
La pyramide et l'obélisque sont des monuments solaires que l'on était dans l'usage d'orienter, qui se distinguent en conservant des rapports essentiels dans leur forme, par la dimension, par la construction et par le motif de l'érection. L'obélisque est fait ordinairement d'une seule masse de porphyre, de granit, de marbre ou de pierre ; sa forme est longue et étroite ; il s'élève d'une base carrée, et monte en diminuant pour se terminer en pointe. La pyramide présente une masse de construction solide, beaucoup plus considérable ; elle conserve la même forme, se termine en pointe comme l'obélisque ; mais elle s'élargit vers sa base en raison de sa hauteur, puisque sa hauteur, d'après les mesures prises sur celles d'Égypte par M. Chazelles, de l'Académie des Sciences, qui s'était rendu exprès sur les lieux en 1693, est calculée sur la largeur de l'une des faces de sa base, qui forme un carré complet. La pyramide présente quatre faces orientées sur les quatre points cardinaux du ciel.
L'un et l'autre de ces monuments étaient consacrés au Soleil. L'obélisque s'employait comme décoration dans les places publiques et dans les temples, comme monument du culte dont il était l'objet. Suivant Aristophane, il y avait dans le temple des initiations aux mystères d'Osiris, une colonne sur laquelle était gravés les noms des huit grands Dieux de l'Égypte. En considérant le motif de l'érection de ce monument, je pense que c'était un obélisque, et non pas une colonne. La pyramide était réservée aux tombeaux ; c'était un véritable mausolée, une chambre sépulcrale, puisqu'on y pratiquait, dans l'intérieur, des cabinets, des chambres ou des salons mortuaires, que l'on décorait plus ou moins. (1) Porphyre dit formellement que la figure pyramidale, donnée à l'obélisque, est la forme que prend la flamme lorsqu'elle s'élève : c'est, dit-il, ce qui a fait consacrer au Soleil et au feu ces sortes de monuments. Pline, en parlant des obélisques, dit que ces monuments étaient consacrés au Soleil ; leur figure est une image de cet astre bienfaisant ; et le mot pyre, qui entre dans la composition du mot pyramide, est le nom que les Égyptiens donnaient au dieu Soleil. La majeure partie des savants est d'accord sur l'unique objet des pyramides ; ils prétendent même que la grande pyramide d'Égypte était le Taphos Osiridis, ou un des tombeaux. d'Osiris.
L'architecture égyptienne porte un caractère qui lui est tout particulier ; elle n'a rien d'élégant ; mais elle développe, à l'œil, un style énergique, sévère et imposant, qui inspire la grandeur et rappelle d'immenses souvenirs. Si on examine les ouvrages de nos illustres voyageurs dans cette antique contrée, on verra dans l'architecture égyptienne une conception vaste et l'image d'un grand peuple, soumis à des règles invariables, ainsi qu'à des mystères tellement puissants qu'ils imprimaient sur tous les monuments des arts le cachet de la religion et le pouvoir des prêtres.
On n'aura pas une idée bien avantageuse des Égyptiens, si on juge de leur configuration par les statues qu'ils nous ont laissées ; il est vrai que les arts du dessin n'y furent jamais brillants ; et les entraves, que ceux qui s'y adonnaient éprouvaient de la part des lois civiles et religieuses, contribuèrent singulièrement à en arrêter les progrès. Les hommes et les femmes étaient généralement d'une petite stature. Certains auteurs s'accordent à dire qu'il naissait beaucoup de nains en Égypte, et que ceux qu'on envoyait à Rome se tiraient des environs d'Alexandrie. Le moyen le plus certain de vérifier ce fait, ce serait d'examiner les momies que nous possédons. Les Égyptiens étaient basanés, avaient le nez un peu aplati et les yeux rétrécis sur les côtés, ce qu'on appelle bridés, comme ceux des Chinois. Suivant Aristote, les hommes et les femmes avaient un défaut dans les jambes, qui devait être, selon moi, cette espèce de courbure dans le tibia que l'on remarque dans la jambe des Nègres. Alpin dit que les Égyptiens et les Éthiopiens avaient, comme les orientaux l'ont encore aujourd'hui, un goût particulier pour les femmes grasses ; et Juvénal dit qu'on a vu des femmes dont la gorge était plus forte que la tête de leurs enfants. D'autres ont attribué l'embonpoint des Égyptiennes, ainsi que leur grande fécondité, à l'usage des eaux du Nil. Mais M. de Pauw a victorieusement combattu cette opinion.”

(1) L’auteur apportait quelques nuances à cette définition de la pyramide, dans son autre ouvrage Description historique et chronologique des monuments de sculpture, réunis au misée des Monuments français, 1806 :
“La pyramide était réservée à l'usage des tombeaux. C'était un véritable mausolée, enfin une chambre sépulcrale, puisqu'on y pratiquait des caveaux, des chambres, ou des salons mortuaires que l'on décorait plus ou moins. Il est donc certain que la pyramide est un monument solaire comme l'obélisque, mais dont l'usage est différent, puisqu'elle est faite en maçonnerie, et qu'elle sert, pour ainsi dire, de toiture aux chambres souterraines destinées à des sépultures.” 

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