jeudi 30 juin 2011

“Les pyramides lisses : une autre façon de les construire” : une méthode préconisée par Michel Michel

Les hypothèses de Michel Michel (pseudonyme dans les forums : Khoufou), relatives à la construction des pyramides égyptiennes, ont déjà été présentées à plusieurs reprises dans le contenu de notre inventaire (cliquer sur ce nom dans la liste, à droite de cet écran).
L’auteur, qui se présente lui-même comme “amateur” (autrement dit un “passionné”), revient avec de nouveaux compléments à ses recherches : ils concernent les pyramides dites “lisses”, à savoir celles qui comportent (comportaient) un revêtement en blocs calibrés et biseautés recouvrant une structure interne.
Deux particularités à cette étude :
- sa “modélisation” est adaptée à la pyramide de Mykérinos, dont la structure interne est, on le sait, beaucoup moins complexe que celle de Khéops (mais Michel Michel n’en a pas moins en ligne de mire la plus grande des pyramides de Guizeh) ;
- elle est le fruit d’une réflexion commune, suite à une “demande de collaboration” publiée en mars 2010 sur le forum ddchampo. Cette démarche est pour le moins inhabituelle dans le monde de l’égyptologie, notamment de la pyramidologie, où les relations entre chercheurs tiennent souvent plus de la guerre des tranchées que d’une intelligente et objective courtoisie. Pour cette raison, Michel Michel tient à associer aux résultats de “ses” recherches les apports et suggestions tous ceux qui, à divers titres, ont effectivement apporté leur “collaboration” et ont quelque droit à être cités (sous leur pseudo ou prénom) ici : Ahmosis, Anouket, Bakha, Cis, Ddchampo, Dugt, Greg64, Hemou, Hfo, Hotephermaat, Italexandre, Jean-François, Kheriset, Letmealive, Mandrack, N@n, Natalilou, Nebty, Numerus, Oudjat-paneb, Paul, Sépédette, Sinouhé, Vidalou, Whybee. Il faut d’ailleurs noter que si l’essentiel des résultats de la recherche commune a été publié (et repris ici avec l’aimable autorisation de Michel Michel), la recherche elle-même n’en est pas pour autant close : le forum ddcchampo, sous ce topic, reste ouvert...
Plutôt que de tenter de résumer l’ensemble de ces développements, j’ai préféré, une fois encore, me limiter au rôle d’ “ouvreur de guillemets”. Les illustrations m’ont été fournies par Michel Michel et sont donc publiées sous copyright. Quant aux animations, je les ai empruntées, afin d’en faciliter le transfert sur ce blog, au forum ddchampo.

“La première pyramide égyptienne à degrés fut construite pour Djoser, pharaon de la 3°dynastie, approximativement entre 2691 et 2625 avant J.-C. 

Méthode d'Uvo Hölscher
Pour édifier un tel monument, il fut nécessaire d’acheminer de lourds matériaux jusqu’à son sommet : une technique que l’égyptologue et architecte allemand Uvo Hölscher interprète en préconisant l’utilisation de rampes provisoires en zigzag, édifiées sur la face supérieure de chacun des degrés. Cette façon de disposer les rampes nécessitait en effet beaucoup moins de briques crues ou de matériaux provisoires (débris de taille, pierraille, terre, etc.) qu’une rampe frontale.”


Structure interne des pyramides lisses
“Bien que l’on ne puisse en être absolument certain, il semble que le noyau de toutes les pyramides lisses soit systématiquement constitué d’une pyramide à degrés, une structure interne résultant d’un empilement hétérogène de blocs extraits des carrières locales (A), sans aucun soin particulier.

Modélisation à l'échelle de Mykérinos
Une première enceinte, de faible épaisseur, faite de blocs bien finis et bien appareillés, enserre cet appareillage hétérogène en donnant à la structure l’apparence d’une pyramide à degrés parfaitement finie (une façon de procéder probablement inspirée par des motifs symboliques).
Ce type de structure est parfaitement visible dans la grande brèche qui surplombe l’entrée de la pyramide de Mykérinos (photo N et B ci-dessus). On y constate que la ligne (verte) qui relie les arêtes des degrés est plus pentue que la ligne de pente définitive de la pyramide (rouge) .
On est donc en droit de conclure que ce dispositif est complété par une seconde enceinte faite de blocs locaux calibrés en hauteur (B). Son épaisseur est d’autant plus importante que le degré concerné est proche du sol, pour lui permettre de mieux résister aux charges engendrées par les étages supérieurs.
Des blocs locaux calibrés, appareillés en escalier selon l’angle de pente de la pyramide et destinés à supporter les blocs de revêtement, complètent ce dispositif.
Le revêtement est construit en blocs en calcaire de haute qualité, extraits des carrières de Tourah, parfaitement finis et biseautés selon l’angle de pente de la pyramide.
On serait tenté de croire que la pyramide interne à degrés des pyramides lisses aurait pu être construite selon l’excellent procédé préconisé par Uvo Hölscher. Celui-ci se heurte toutefois à un délicat problème, car la structure, telle que conçue, aurait dû être complétée ensuite par une maçonnerie donnant à l’ensemble la forme d’une pyramide lisse. Or, les rampes auraient encombré la place occupée par cette maçonnerie complémentaire. Il aurait donc été nécessaire d’avoir recours à un autre procédé, après avoir démonté les rampes.
C’est ainsi que de nombreuses autres hypothèses ont vu le jour : rampe droite (J.Ph. Lauer), rampes enveloppantes (G. Goyon), rampes internes (J.P Houdin), blocs moulés (J. Davidovits)…”


Point de départ de la méthode préconisée 
“Puisque le dessus de chaque degré devra recevoir de la maçonnerie, c’est en maçonnerie que je préconise de fabriquer les rampes de la pyramide. On pourrait ensuite déplacer une partie des blocs de la rampe pour la transformer en maçonnerie complémentaire.



En effet, le volume de la rampe est identique au volume de la maçonnerie complémentaire : il est défini par la formule L x l x h / 2.
Puisqu’aucun de ces trois paramètres ne change, le volume reste le même.
Cette idée m’est venue en avril 2010.
Pour rester fidèle à l’image que je me faisais des anciens Égyptiens, j’ai d’abord tenté d’imaginer un mode de déplacement de la maçonnerie excédentaire des rampes qui serait très organisé et méthodique.
N’y parvenant pas, j’ai souhaité la collaboration des participants au forum égyptologique de ddchampo.
Le 1er mars 2010, j’y ai donc entamé un échange de points de vue auquel ont participé de nombreux intervenants.
Leur participation m’a été d’un grand secours aussi bien sur le plan technique que sous l’angle des encouragements reçus. Bien que je sois l’inventeur de l’idée initiale, je considère donc que l’hypothèse à laquelle j’ai abouti est le fruit d’une réflexion collective.
Je qualifie le mode de déplacement de la maçonnerie excédentaire des rampes comme “une méthode à l’arrache”, même si cette expression ne me convient que partiellement. Mais, comme l’écrivait récemment Jean-Jacques, l’un des intervenants sur le forum : “Si tu réussis à démontrer que c'était [la] façon de faire [des Égyptiens], il faudra bien l'accepter, que ça plaise ou non, que ce soit à la mode ou non, que ça dérange (toi le premier) ou non !”


La méthode

“Pour édifier chacun des degrés, qui sont constitués d’une zone hétérogène (A), d’une première enceinte correctement finie (non visible), et d’une seconde enceinte massive calibrée (B), on aura recours à quatre rampes en pierres (C), disposées dos à dos par groupe de deux et qui prennent appui sur deux angles ravalés (D).
La superposition de ces angles permet de contrôler l’alignement des arêtes.
Des petites structures en briques (E) complètent le dispositif pour lisser la pente.
La construction de la structure interne se poursuit ainsi jusqu’au sommet.

On procédera ensuite au déplacement des blocs des rampes qui sont situées en dehors de la ligne de pente définitive de la pyramide.
On commencera par déplacer les blocs calibrés du haut vers le bas en utilisant les éléments de rampes encore en place, puis on déplacera ceux du bas vers le haut en construisant des petites rampes secondaires ou en utilisant un quelconque procédé de levage.
Cela aura pour effet de mettre à découvert les blocs de revêtement, non ravalés - la moitié de la quantité totale nécessaire -, qui avaient été préalablement intégrés à leur place définitive dans la maçonnerie de la rampe.
On acheminera ensuite les blocs de revêtement depuis les rampes inférieures en construisant progressivement des petites rampes secondaires, ou en utilisant un quelconque procédé de levage.
Hérodote évoque ainsi le “hissage” du reste des pierres en utilisant des machines faites avec de courtes pièces de bois.
Enfin, on procédera au ravalement des blocs de revêtement en commençant par le haut, conformément au témoignage d’Hérodote.”


Le déplacement des blocs calibrés 


La mise en place du reste du revêtement et ravalement

“Il n'est pas aussi simple que le suggère l’animation. Celle-ci montre que les blocs excédentaires du 8e niveau sont déplacés vers le 1er, le 7e vers le 2e, etc.Or, souvent, on observe que les assises des niveaux supérieurs sont moins épaisses (dimensions verticales) que celles des niveaux inférieurs. À titre d'exemple, supposons que les épaisseurs des 8e et 1e assises soient respectivement de 0.8 m et 1,2 m. Si l’on déplace un bloc de la 8e assise vers la 1e, il ne sera pas assez épais pour remplir sa fonction.

Pour remédier à ce problème, une première solution consiste à redresser ou à basculer le bloc.
Si sa nouvelle épaisseur est trop grande, le bloc sera scié et l'excédent sera conservé (galette). Si sa nouvelle épaisseur est toujours insuffisante, on le posera sur un autre bloc ou sur une galette et l’excédent sera scié... Ainsi, toutes les faces supérieures d'une même assise seront parfaitement alignées et permettront la pose des blocs de revêtement.
Cette méthode semble compliquée, mais les observations semblent la confirmer. On observe en effet, dans une même assise, des empilements de blocs de différentes épaisseurs, mais dont la hauteur globale n’excède pas celle de l’assise concernée.”


Validation de l’hypothèse
“Si telle est bien la méthode employée par les Égyptiens, il devrait être aisé de la vérifier.
Prenons l'exemple d'un bloc de la 8e assise, dont les dimensions seraient : 0,8 m x 1,4 m x 1,1 m (h/L/l). Du fait que son déplacement vers la 1e assise nécessiterait que sa hauteur soit de 1,2 m, nous allons le redresser (1,4 m) et le retailler à 1,2 m. Ses nouvelles dimensions seront donc : 1,2 m x 1,1 m x 0,8 m (h/L/l).
En fait, tous les blocs déplacés de la 8e vers la 1e assise auront deux dimensions communes : 1,2 m (leur nouvelle hauteur), et surtout 0,8 m (leur hauteur initiale). Cette dernière mesure est très intéressante, car elle va nous permettre de repérer l'assise d'où proviennent les blocs (ici, la 8e, car elle a une hauteur globale de 0,8 m). Cela va nous permettre de reconstituer la hauteur de chaque rampe - et donc celle de chaque degré de la structure interne -, ainsi que leur longueur, leur pente, leur nombre, leur orientation. On l’aura compris : l'usage d'un simple mètre permettrait de valider l’hypothèse et de reconstituer fidèlement la structure interne de toutes les pyramides lisses.”


Particularités de la méthode de construction

“Les rampes sont disposées dos à dos par groupes de deux et prennent appui sur des angles ravalés. Cette disposition est possible à condition de ne construire qu'un angle sur deux. Elle permet de diminuer la pente des rampes en augmentant leur longueur et de disposer simultanément de rampes en zigzag et en colimaçon (dans les deux sens de rotation). En outre, grâce à l'implantation d'axes verticaux en bout de rampe (A), que les cordes de traction pourront contourner, on pourra utiliser toute la longueur de la rampe descendante (à droite de A) pour disposer les haleurs. Pour Khéops, à 60 m de hauteur, le nombre de haleurs pourrait avoisiner deux milliers (la ligne verte simule le cheminement d'une corde).
On peut aussi déplacer les blocs latéralement - y compris les plus lourds -, pour qu'ils puissent repartir à contre-sens (B).
Dans le but de limiter les frottements, il est probable que ces axes verticaux soient lubrifiés, gainés de cuivre ou, pourquoi pas, rotatifs.

Nous sommes ici, par exemple, à 60 m de hauteur sur la pyramide de Khéops. La scène représente le transport des énormes blocs en granit qui couvrent la chambre du roi (A). Les haleurs disposent de toute la surface de la rampe (B) pour tirer les monolithes à l’aide de la corde verte qui contourne les axes verticaux de renvoi d’angle. Cette surface excédant 1.700 m², on peut donc y répartir au moins un millier d’hommes, ce qui est largement suffisant pour accomplir cette tâche.
On peut aussi déplacer les blocs latéralement depuis (C) grâce à la corde rouge, afin de changer de traîneau avant de repartir en sens inverse sur la rampe suivante.
Les rampes Est et Ouest, par exemple, pourraient être enduites de limon et serviraient ainsi au déplacement des traîneaux.
Les rampes Nord et Sud pourraient rester “sèches” pour éviter aux ouvriers de glisser.
Quelques blocs des rampes devront subir des aménagements spécifiques afin que les axes verticaux de renvoi d’angle puissent s’y insérer. Après avoir été déplacés et basculés, ils évoqueraient des voûtes, telles que celles que l’égyptologue Bob Brier a observées dans la cavité qu’il a visitée sur l’arête nord-est de la grande pyramide, à 80 mètres de haut, suite aux recherches de Jean-Pierre Houdin.”


Les blocs de revêtement du dernier niveau


“Nous avons vu précédemment que des blocs de revêtement non ravalés devaient être insérés sous des blocs déjà ravalés, au niveau supérieur de la rampe initiale.
La face supérieure des blocs à insérer devra être légèrement biseautée. Ainsi, les blocs concernés pourront être insérés jusqu’en butée contre l’arête du bloc supérieur (point rouge), à la façon d’un bouchon. Enfin, les blocs seront ravalés.
L’observation d’un aménagement identique ou similaire, sur une pyramide qui a conservé une partie de son revêtement (Khephren), pourrait constituer un élément de preuve.
Une découpe spécifique des blocs à insérer est donc nécessaire.”


Quelques données chiffrées
Les briques :
Pourcentage de matériaux provisoires par rapport au volume total : 1,56%. soit environ 10 fois moins que la proposition de G.Goyon.
Pour Khéops : 40.500 m³ (un cube de 34 m de côté).
Pour Khephren : 34.700 m³ (un cube de 32 m de côté).
Pour Mykérinos : 3.760 m³ (un cube de 16 m de côté).
On élève donc initialement 98,4% de matériaux utiles. À titre de comparaison, l'hypothèse de G.Goyon nécessitait fabrication / hissage / démontage / évacuation / stockage... de 400.000 m³ de briques pour Khéops (un cube de 74 m de côté).

Les rampes :
Pour Khéops : env. 20 m de hauteur / env. 12 m de largeur.
Pour Khephren : env. 20 m de hauteur / env. 12 m de largeur.
Pour Mykérinos : env. 8 m de hauteur / env. 5 m de largeur.

Fresque de Djehoutyhotep
Les pentes :
Le nombre de haleurs par tonne est calculé par rapport aux données de la fresque de Djehoutyhotep (172 haleurs pour 58 T à déplacer sur terrain plat - soit 300 kg par haleur -, une valeur comparable à celle qu’on exerce en poussant une automobile en panne). Les chiffres ci-dessous correspondent donc à un effort horizontal équivalent à celui qu’exerce chacun des haleurs de la fresque, probablement une quinzaine de Kg.
Niveau 1: 7,13°/ 13% / 11 haleurs par tonne
Niveau 2 : 8,42°/ 15% / 12 haleurs par tonne
Niveau 3 : 10,1°/ 18% / 14 haleurs par tonne
Niveau 4 : 12,4°/ 22% / 17 haleurs par tonne
Niveau 5 : 16,2°/ 29% / 21 haleurs par tonne
Niveau 6 : 24,0°/ 45% / 30 haleurs par tonne
Niveau 7 : 24,0°/ 45% / 30 haleurs par tonne (comme le pour 6e niveau).
Pour élever à 60 m (niveau 3) les chevrons qui couvrent la chambre du roi (env. 45T), il faudrait donc au maximum 14 x 45 = 630 haleurs. C'est beaucoup, mais ça tient largement sur les 1.700 m² dont on dispose à ce niveau.

Lien vers la présentation (fichier ppt) : ICI 
Pour télécharger le viewer powerpoint adéquat : ICI