lundi 22 octobre 2012

“L'architecture égyptienne est en tous points une architecture originale” (comte du Barry de Merval - XIXe s.)

Cliché de J. Pascal Sébah
Qui était le comte du Barry de Merval, auteur des Études sur l’architecture égyptienne (1873), dont on trouvera ci-dessous de larges extraits ?
Je n’ai pu trouver aucune information, si ce n’est que, dans la préface de son ouvrage, il se présente comme un “simple touriste”, et non pas un archéologue.
Pour le contenu même de cet ouvrage, voici la présentation qu’en faisait Gaston Maspero, dans la Revue critique d’histoire et de littérature, septième année, deuxième semestre (1873). On appréciera les propos pour le moins nuancés : “M. du Barry de Merval explique dans l'avant-propos de son livre qu'il n'est pas archéologue mais touriste de profession et s'adresse aux simples touristes. (...)
Je m'entends trop peu en architecture pour me permettre de critiquer les parties techniques du livre de M. de Merval. Un architecte de mes amis qui a longtemps été attaché à la conservation des monuments égyptiens du Louvre m'affirme que les idées de l'auteur sont généralement saines, bien qu'un peu superficielles. Je n'y contredis point : je me bornerai à faire observer qu'en se plaignant du manque absolu de documents M. de Merval a marqué une certaine exagération. Sans parler des Mémoires contenus dans la Description de l'Egypte et du travail de Quatremère de Quincy, M. de Merval aurait trouvé dans les Lettres écrites d'Egypte par Lepsius et Brugsch, dans le grand ouvrage de Rosellini, dans Denon, dans Gau, la plupart des renseignements dont il avait besoin. Je lui signalerai d'une manière spéciale deux mémoires de Lepsius Sur l’ordre des colonnes piliers en Egypte et ses rapports avec le second ordre égyptien et la colonne grecque, avec deux planches, Rome, 1858 (Extrait du vol. IX des Annales de l'Institut de correspondance archéologique) et Ueber einige agyptisclie Kunstformen und ihre Entwickelung, Berlin, 1871 (aus den Abhandlungen der kœnigl. Akademie der Wissenschaften zu Berlin 1871). M. Lepsius n'est pas seulement un des fondateurs de la philologie égyptienne, c'est un archéologue de premier ordre dont l'œuvre aurait fourni quantité de matériaux à M. de Merval.
Comme on devait s'y attendre, la partie purement égyptologique du livre est celle qui offre le plus à redire. Depuis bientôt cinquante ans que notre science existe, elle a émis et corrigé successivement bien des erreurs dont la trace subsiste dans une multitude de livres et de mémoires. Aujourd'hui encore, il ne se passe guère d'année où plusieurs des faits historiques ou philologiques que l'on croyait le mieux établis ne soient reconnus faux. Un égyptologue qui aurait cessé de travailler il y a vingt ans et reparaîtrait aujourd'hui avec son bagage d'idées et de formes vieillies sur la matière, serait entièrement dépaysé au milieu de nous.
Aussi ne faut-il pas s'étonner si un simple curieux comme M. de Merval se trompe et ne sait pas distinguer entre ses sources. M. de Merval a emprunté de nombreux passages aux Lettres de Champollion, et pour bien des choses, il ne pouvait s'adresser à meilleure autorité. Mais sur mille et mille détails, nous n'avons plus les opinions de Champollion et de ses contemporains. Certaines lectures qu'il préposait ont été démontrées fausses et remplacées par d'autres lectures qui ont cours dans les travaux modernes. (...)
Ce sont là après tout imperfections légères et que M. de Merval devra corriger à la prochaine édition de son œuvre. Je ne doute pas que tout égyptologue ne se prête de fort bonne grâce à lui indiquer les détails de ce genre qu'il est nécessaire de modifier : le livre ainsi corrigé et débarrassé de certaines expressions un peu emphatiques, restera un des bons livres de vulgarisation que l'on ait faits sur certains points de l'archéologie égyptienne.” 



Photo Marc Chartier

“À strictement parler, on ne rencontre dans la nature aucune ligne droite : on ne devait en retrouver aucune dans les monuments. La courbe invisible des lignes des temples grecs est le secret, longtemps ignoré de nos archéologues, de leur extrême légèreté.
Les Égyptiens n'eurent jamais recours à cet ingénieux procédé : les lignes horizontales de leurs monuments sont complètement droites : elles leur donnent plus de lourdeur, mais accentuent en même temps davantage leur caractère de solidité. (...)
L'architecture égyptienne est en tous points une architecture originale. Elle semble avoir surgi de la vallée du Nil dans tout l'éclat de sa perfection. L'état arriéré des autres peuples avec lesquels l'Égypte devait plus tard avoir de nombreuses relations la réduisit à ses propres ressources. Elle ne pouvait emprunter des règles d'architecture à des peuples qui n'avaient point encore de monuments. Elle aurait pu du moins leur emprunter les matériaux qui lui semblaient utiles. Elle aurait pu tirer du Liban les arbres que son sol ne nourrissait pas, pour former des charpentes. Elle préféra tirer tout de son sein. Les arbres lui manquaient pour couvrir d'un plafond les salles
de ses temples : elle sut s'en dispenser en tirant de ses carrières de larges dalles qu'elle parvint à soutenir en multipliant les colonnes. (...)

Les notions de l’immortalité
On conçoit du reste qu'un peuple qui semble avoir compris mieux que tout autre les notions de l'immortalité, qui, comparant la vie d'un homme à la durée du monde, en arrivait à regarder sa demeure sur cette terre comme une habitation passagère, indigne d'un grand travail, on conçoit qu'un semblable peuple, lorsqu'il venait à bâtir, construisit pour l'éternité. Ses édifices étaient des tombes ou des temples : les tombes devaient durer assez longtemps pour abriter les momies durant les pérégrinations de l'âme dans les régions inférieures, pour les conserver
intactes jusqu'à la résurrection du corps qui ne devait avoir lieu qu'après de longues séries de siècles.
Les temples devaient rester debout tant qu'il y aurait des hommes sur la terre pour célébrer la puissance de Dieu. La dureté de la pierre employée était une garantie de la durée de la construction. L'infériorité du calcaire et du grès sur le granit découle d'une manière naturelle de ces considérations. Le granit devait être forcément la pierre par excellence. Aussi, pour les pyramides, emploie-t-on, pour les recouvrir d'un revêtement qui fera disparaître leurs gradins,
des blocs de granit; on en tapisse les parois de la chambre sépulcrale, ainsi que les couloirs et les galeries qui y donnent accès. Un sarcophage de granit recouvrira enfin le sarcophage de bois qui contiendra la momie. (...)

Taille et assemblage des blocs
Aucun peuple n'a été plus que le peuple égyptien prodigue d'inscriptions. On en mettait sur les blocs détachés : le nom de Chéops, que l'on a pu lire dans les chambres supérieures de la grande pyramide de Gizeh, semble avoir été tracé dans la carrière.



Photo Marc Chartier

C'est là que le bloc était dégrossi, et recevait une forme régulière. Nous en avons la preuve dans l'obélisque à moitié taillé, qui se voit encore à Syène. Les blocs présentaient le plus souvent la forme rectangulaire. La forme trapézoïde se rencontre pourtant quelquefois dans les mastabas de l'ancien empire, mais les joints horizontaux sont toujours de niveau. Les assises n'ont pas toujours la même hauteur ; parfois, deux assises peu élevées continuent la ligne d'une assise plus haute.
Quant aux faces intérieures, elles ne sont pas toujours dressées sur toute leur surface : le tour l'est simplement sur une largeur de quelques centimètres. Les fondations reposaient généralement sur le roc naturel : elles n'étaient donc pas bâties ; lorsqu'elles l'étaient, elles n'offraient qu'un épatement peu saillant. Parfois pour donner plus de fixité à la première assise, le rocher sur lequel elle reposait était entaillé, et présentait, comme aux pyramides, une sorte de
rainure verticale de 6 à 7 pouces de profondeur. Quant au pavage, il était formé de dalles peu épaisses quand la surface égalisée du rocher ne pouvait en tenir lieu.
Quelle que fût la forme des blocs, ils étaient appareillés avec tant d'art que le joint est à peine apparent, l'épaisseur du mortier est à peine calculable. Le mortier n'était pas jugé suffisant pour assurer l'adhérence des blocs entre eux : dans la plupart des pierres contiguës, on voit deux entailles correspondantes en forme de queue d'aronde, destinées à recevoir des tenons, qui s'emboîtaient dans les deux pierres comme une large agrafe. Ces tenons étaient-ils en métal ? il
n'est pas à supposer qu'ils le fussent, car on n'en a trouvé aucun de cette sorte : ceux qu'on a mis au jour étaient en bois de sycomore ; la sécheresse des pierres, et l'absence de tout souffle d'air, rendaient le bois incorruptible. (...) S'ils eussent été en métal, ils n'eussent été qu'en cuivre : le fer était regardé par les Égyptiens comme un métal impur. (...)
Les Égyptiens possédaient sur la construction des connaissances avancées : ils savaient calculer la pesée des pierres et leur résistance, équilibrer l'une avec l'autre et éviter les tassements. Ils connaissaient tous les genres de voûte ; nous avons cité plus haut des monuments où se rencontrent des voûtes à voussoirs. Dans la grande pyramide, nous trouvons un exemple de la voûte arc-boutée : deux dalles inclinées se rapprochent dans leur partie supérieure et s'appuient mutuellement l'une sur l'autre. (...)

Multiplication des forces individuelles
Les œuvres immenses entreprises par les Égyptiens ont été exécutées entièrement à mains d'hommes. C'est par un surcroît d'ouvriers qu'ils ont pu suppléer aux machines : c'est en multipliant les forces individuelles par elles-mêmes qu'ils ont pu obtenir une force collective assez considérable pour l'érection de leurs monuments. Ils n'employaient des bœufs comme
animaux de trait que pour le transport de blocs de petites dimensions. S'agissait-il de transporter une pierre d'un grand volume de la carrière d'où elle était tirée, au bord du fleuve, où un radeau la recevait pour la porter jusqu'à la rive la plus proche de sa destination ? Des hommes s'attelaient au traîneau sur lequel elle était posée. S'il fallait la hisser à une certaine hauteur, on construisait un plan incliné sur lequel des hommes encore la tiraient. Une seule précaution tendait à rendre le travail moins dur : c'était l'apposition sous le traîneau d'une substance destinée à adoucir le frottement. (...)
Faute des notions les plus élémentaires de la mécanique, les Égyptiens ne devaient obtenir par un effort donné qu'une partie de la force qu'il était capable de produire. La traction pure et simple par une corde semble sous les premières dynasties avoir été seule en usage. Les peintures des tombeaux représentant le transport de colosses d'un poids considérable n'indiquent point d'autre procédé. Quelques poulies ont été retrouvées dans des tombes, mais recueillies avant que l'âge de celles-ci n'ait été constaté. Nous ignorons donc à quelle époque elles appartiennent : nous pouvons simplement affirmer qu'elles ne sauraient remonter au-delà du commencement du moyen empire, puisque l'usage de déposer dans les tombeaux des objets de toute sorte ne date que de la onzième dynastie.
D'ailleurs, si les Égyptiens avaient connu quelque appareil pour simplifier le travail, nous le trouverions mentionné dans Hérodote, qui nous a laissé sur la construction des pyramides d'intéressants détails. On n'avait recours pour hisser les blocs de pierre qu'à un plan incliné que l'on obtenait par un appareil de bois qui faisait disparaître, lorsqu'il était en place, les gradins formés par les assises, comme le revêtement de granit devait le faire définitivement plus tard.
Le récit d'Hérodote ne saurait laisser de doute à cet égard. (...)
Supposons le récit d'Hérodote inexact sur quelques points ; admettons qu'il n'a pu à une si grande distance se rendre un compte précis des instruments employés : regardons comme exagéré le chiffre de cent mille hommes qui auraient d'après lui travaillé pendant dix ans pour faire un chemin pour voiturer les pierres de la grande pyramide et creuser les chambres
ménagées dans le sol, et la durée de vingt années pour l'érection du monument ; nous ne pouvons nier que le chiffre des ouvriers employés à ces immenses constructions n'ait été très considérable. (...)

Un art avancé
À l'exception du sphinx de Gizeh, les monuments de cette époque (ancien Empire) sont des édifices funéraires : les pyramides et les mastabas. (...)

Photo Marc Chartier

Leur construction dénote un art avancé : les quartiers de pierre qui en forment les assises, sont appareillés avec le plus grand soin. Souvent ils ne sont pas placés sur leur lit, mais le revêtement qui les recouvrait remédiait à l'inconvénient que présentait cette pose défectueuse. Les blocs de granit qui garnissent les couloirs intérieurs, et forment les parois des chambres sépulcrales, sont taillés avec une précision que l'on ne saurait dépasser. Leurs surfaces se touchent de si près, que les joints sont presque invisibles.
On a peine à concevoir qu'un peu de mortier ait pu se glisser entre elles. Les chambres sont couvertes de dalles immenses, posées à plat ou arc-boutées deux à deux. Malgré la pression excessive qu'elles supportent, elles n'ont pas fléchi. (...)
Aucun plan uniforme n'a été adopté pour la disposition intérieure des pyramides. Celle de Chéops, à Gizeh, contient un certain nombre de chambres superposées dans l'axe même de la pyramide. Les cinq petites chambres que l'on a ménagées dans une hauteur de 17 mètres
au-dessus de la chambre sépulcrale n'ont d'autre objet apparent que d'alléger la pression de la maçonnerie supérieure sur le caveau royal. Dans la pyramide de Chéphren, la chambre du sarcophage est la seule qui soit rapprochée de l'axe ; les autres se trouvent le long des faces, au-dessous du niveau du sol. Enfin, dans la grande pyramide de Saqqarah, à sa partie centrale,
est une sorte de large puits qui descend très avant dans le sol ; de nombreux couloirs, formant un véritable labyrinthe, débouchent dans ce puits.

Précautions prises pour empêcher la violation de la tombe royale

Cliché John et Edgar Morton

Quoique l'entrée de la pyramide fût dissimulée par un revêtement de pierre apposé après le dépôt de la momie royale dans le sarcophage, les Égyptiens ne trouvaient pas que la dépouille de leurs rois fût suffisamment à l'abri. La grande pyramide de Gizeh nous offre un curieux exemple des précautions prises pour empêcher la violation de la tombe royale. Un bloc de granit, de la largeur du corridor d'entrée, empêchait de le suivre au delà du point où cesse la pente. L'orifice d'une galerie, qui semblait être la continuation de la partie inclinée du corridor d'entrée, restait ouverte : on était disposé à la suivre ; on arrivait dans une salle restée inachevée, et creusée au niveau du Nil.
Si les travaux en eussent été terminés, l'eau du fleuve l'aurait peut-être envahie. Il semble que ce fut dans le plan du constructeur, puisque Hérodote, supposant sans doute l'œuvre achevée, nous parle d'un conduit souterrain amenant l'eau du Nil. Les violateurs de la tombe pouvaient trouver la mort dans ce réservoir dont ils ne devaient pas soupçonner l'existence ; ils devaient en tout cas renoncer à leurs idées spoliatrices en pensant que le sarcophage était couvert d'une épaisse nappe d'eau. Si ce petit stratagème du constructeur était déjoué, si les spoliateurs, prévoyant l'existence d'une autre galerie, parvenaient à en découvrir l'entrée, il trouvaient un second obstacle à franchir qui avait pour but, comme le premier, de leur faire prendre une fausse direction dans leurs recherches.
L'extrémité de la grande galerie ascendante où nous les supposons parvenus aboutit à un petit vestibule qui la sépare de la chambre du sarcophage. Quatre plaques de granit glissant dans des rainures en masquaient l'entrée. La petite galerie conduisant aux chambres supérieures, et dont l'entrée restait libre, devait attirer nos voleurs dans la partie supérieure de la pyramide ; ils en avaient ainsi exploré la base et le haut : bien des chances étaient contre eux pour qu'ils ne parvinssent pas à pénétrer dans la chambre sépulcrale.
Cette désignation est celle que l'on donne à la pièce qui contenait la momie royale. Mais ne pourrait-on point l'appliquer avec justesse aux autres ? Dans la pyramide de Chéops, dont nous venons de parler, au dessous de la pièce du sarcophage, s'en trouve une plus petite, appelée communément “chambre de la reine”. Sa dénomination est trop récente pour que nous
puissions y trouver un argument de la plus légère valeur. On pourrait être porté à croire qu'elle était destinée à recevoir une momie princière par la disposition de son entrée et par les blocs de granit qui en forment les parois, ainsi que la galerie qui y donne accès.

La pierre par excellence : le granit, seule roche digne de former les parois de la chambre sépulcrale

Cliché John et Edgar Morton

C'est un corridor horizontal venant se greffer dans la galerie principale, derrière le bloc de granit dont il a été question. L'entrée en était donc protégée par ce premier obstacle. Si cette chambre n'avait dû recevoir un dépôt sacré, tel que la momie d'une reine ou d'une personne de sang royal, on ne saurait s'expliquer pour quels motifs l'entrée en était si soigneusement dissimulée.
Notons enfin que la pyramide de Chéops, comme la plupart des autres, est bâtie en calcaire. Les pyramides en briques crues, telles que deux de celles qui se voient à Dachour, sont en petit
nombre. La pierre était considérée par les Égyptiens comme des matériaux de qualité inférieure. Pour ceux qui construisaient des édifices qui devaient se tenir debout des milliers d'années, et qui cherchaient dans les conditions d'une solidité inébranlable les règles de leur architecture, le calcaire ne présentait pas des garanties suffisantes de durée. La pierre par excellence était pour eux le granit rose, qu'il fallait tirer des vastes carrières de Syène. Quelque difficulté qu'ils dussent éprouver à en transporter les blocs dont les dimensions nous étonnent, c'est avec cette roche qu'ils construisaient la cella du temple, la cella qui était en quelque sorte le point le plus sacré, et qui équivalait pour eux au saint des saints de la synagogue juive. Cette roche était seule digne de former les parois de la chambre sépulcrale. Son emploi était en Égypte un luxe, et, comme tel, il convenait à une demeure funéraire. La momie étendue dans son cercueil devait èlre en effet entourée d'un luxe proportionné à celui dont avait joui la personne qu'elle représentait. Tout, sur le passage de la momie royale, devait s'en ressentir : les longues galeries qu'elle devait traverser devaient, elles aussi, être garnies de granit. Ce luxe, on s'en dispensait parfois pour les chambres et les galeries secondaires, comme nous en avons un exemple dans la pyramide de Chéphren. Pourquoi ne s'en serait-on point dispensé pour la chambre dite de la reine et pour le corridor qui lui donne accès, si cette chambre ne devait contenir, elle aussi, une momie digne de ce luxe ? (...)
L'intérieur de la pyramide ne contenait point d'inscriptions ; si l'on a trouvé dans celle de Chéops, dans une des chambres d'allégement, le nom du fondateur, il faut y voir une marque d'extraction de la carrière plutôt qu'une inscription. Les anciens Égyptiens aimaient à tracer ces marques
partout où ils travaillaient. Il n'en élait pas de même du sarcophage qui contenait sur ses parois le nom du roi dont il renfermait la momie. (...)

La construction commençait par le centre, et se développait extérieurement
La construction d'une masse de maçonnerie aussi considérable, devait demander de longues années : la pyramide devait pourtant être achevée, ou sur le point de l'être, à la mort du pharaon auquel elle servait de tombeau. M. Lepsius a reconnu la méthode suivie par les constructeurs pour arriver à ce résultat. Par l'étude qu'il a faite de l'ensemble des pyramides, il a pu constater que leur construction commençait par le centre, et se développait extérieurement, de telle sorte qu'autour d'une pyramide de moyenne grandeur, formant comme un noyau central, on ajoutait
successivement une ou plusieurs couches extérieures.
Chaque couche augmentait ainsi graduellement la grosseur et l'élévation de la pyramide. Un examen attentif de la grande pyramide de Saqqarah, permet au simple observateur de se rendre compte de ce procédé : sur plusieurs points de ses gigantesques gradins, la dernière couche extérieure est tombée : on aperçoit la surface égale et. polie de la seconde, qui aurait dû rester la surface extérieure, si le roi qui l'érigeait n'avait pas eu le temps, avant sa mort, d'en appliquer une autre. Une pyramide de grandes dimensions suppose un règne fort long. Aussi a-t-on supposé que le nouveau pharaon faisait commencer les travaux de sa pyramide dès son avènement au trône. La proportion de sa pyramide serait en rapport avec la durée de son règne. (...)
Quand la pyramide avait atteint le développement qu'on voulait lui donner, on faisait disparaître les gradins que formaient des assises en retraite les unes sur les autres, par un revêtement de granit.
On a retrouvé plusieurs blocs provenant du parement de la grande pyramide. Ils ont la
forme trapézoïdale (...). Comme le remarque M. Letronne, les blocs retrouvés attestent que les assises du revêtement se superposaient, et n'entraient pas, comme l’avait supposé M. Girard, dans une mortaise pratiquée à l'assise inférieure, répondant à l'encastrement ménagé dans le roc vif sur lequel reposait la première assise.
Soit que les blocs eussent présenté, lors de leur pose, des angles droits de tous côtés, qu'on aurait ensuite abattus, soit que l’on se soit borné à les retoucher après les avoir mis en place, le travail a dû commencer par le haut. Le passage d'Hérodote dans lequel il est dit a que l'on termina la pyramide en commençant par le haut, et de proche en proche jusqu'en bas, ne saurait s'entendre différemment.”
Source : Open Library