vendredi 4 septembre 2009

Edme-François Jomard :"Dans le domaine des conjectures, il est prudent de s'arrêter"

Source : Wikipédia


Dans la Description de l'Égypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (1829, tome V), éditée par Charles Louis Fleury Panckoucke, de la Commission des sciences et arts d'Égypte, Edme-François Jomard, membre de l'expédition française en Égypte de 1798, aborde la construction des pyramides avec une circonspection exemplaire.

"La construction de la pyramide, savoir : l'exécution du massif qui en fait le noyau, celle du revêtement, et celle de ses distributions intérieures fournirait le sujet à elle seule d'une section tout entière. (...)  Ici se présentent deux questions qui se rattachent à cette partie de la présente description, même à défaut de faits observés, savoir : 1°. la pyramide est-elle tout entière bâtie, ou a-t-on seulement construit une enveloppe autour d'un noyau formé par la montagne ? 2°. la pyramide, supposée construite en son entier, est-elle massive et pleine, ou bien y a-t-on laissé des vides plus ou moins considérables, pareils à ceux que nous connaissons ? Nous n'avons pas, il faut l'avouer, le moyen de répondre aucunement à la seconde question, ni complètement à la première. On découvrira sans doute quelques issues au fond du puits et peut-être ailleurs dans les canaux subsistants, et il est raisonnable d'admettre que l'espace enveloppé par la superficie de la pyramide n'est pas un solide plein et massif dans sa totalité, ce qui doit, pour le dire en passant, réduire un peu les calculs qu'on a faits sur le cube de pierre qu'elle contient.
À l'égard de la première question, jamais peut-être on ne pourra la résoudre ; quand même on trouverait, en pratiquant des fouilles intérieures, des parties qui bien évidemment ne fussent point des assises bâties, et qui appartinsent au rocher, qu'en pourrait-on conclure pour l'étendue totale du noyau primitif ? Entre les deux hypothèses on peut, je crois avec fondement, incliner pour la première, savoir que toute la pyramide a été bâtie. En effet, comment expliquerait-on dans la seconde la disparition d'un rocher de deux à trois cents pieds de haut tout autour des pyramides de Gyzeh [Il n'y a point de piton, de montagne saillante, isolée, sur cette partie de la chaîne] ? Comment la concilier avec ce fait que le sol sur lequel elles sont assises est le niveau le plus élevé de la montagne, fort loin aux environs ? Ce serait admettre qu'on ait fait un ouvrage plus étonnant lui-même que la construction de la pyramide entière en pierres taillées, en assises réglées. Je pourrais développer ces considérations, et même appeler l'histoire au secours des hypothèses ; mais les faits manquent, et c'est ici le domaine des conjectures, il est prudent de s'arrêter.
(...)
L'aspect et le poli brillant de la portion supérieure [de la pyramide de Khéphren] font deviner le bel effet que devait produire jadis la pyramide entière et l'ensemble des deux monuments, car il n'y a nul doute que la première [Khéops] comme la seconde ne fût ornée d'un revêtement poli. Toutefois, si l'on a commis une erreur en niant que les grandes pyramides fussent revêtues, on en a commis une plus forte en soutenant qu'elles l'ont été avec du marbre. La pierre qu'on a employée à cet usage est un calcaire gris, compact, plus dur et plus homogène que la pierre des assises et susceptible d'une sorte de poli, qui aujourd'hui, et vu de près, semble mat ; le temps l'a rendu plus brillant, et c'est surtout de loin qu'il produit l'effet d'un beau poli. On trouve dans cette pierre des bélemnites, et comme dans celle du noyau, des numismales.
On aperçoit de loin de grandes taches sur le revêtement, c'est l'origine de l'opinion vulgaire sur l'existence de ce prétendu marbre ; mais les unes ne sont autre chose que des ordures d'oiseaux ; les autres, qui sont rougeâtres, proviennent d'un lichen, comme je m'en suis assuré par moi-même lorsque j'y suis monté à mon second voyage. Cependant je suis très porté à penser que la seconde pyramide a été revêtue de granit, à la partie inférieure seulement : au pied des marches, j'ai vu beaucoup de blocs de granit taillés en biseau, surtout vers le sud, et même j'ai remarqué une dalle de granit en biseau, ou prisme à face oblique ; elle paraissait en place, quoique éloignée de 2m4 de l'angle sud-ouest de la pyramide, dans la direction du nord au sud ; il est possible qu'elle ait été un peu écartée de sa place primitive."

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