mercredi 7 octobre 2009

Apothème : une question... et l'interprétation de Jean-Pierre Houdin


Cette note fait suite à celle précédemment mise en ligne sur le même thème: voir ICI
Suite à la question, concernant le creusement des faces de la Grande Pyramide, que j'ai posée à Jean-Pierre Houdin, j'ai reçu la réponse suivante :

Pourquoi cette concavité très nette ?
 
Ci-dessus, la structure de Khéops telle que l'on peut la déduire de nos connaissances :
- 1ère ceinture extérieure (gris foncé) : blocs de parement en Tourah ;
- 2ème ceinture (gris moyen) : blocs de calcaire local, relativement bien calibrés;
- remplissage (gris clair) : blocs de calcaire local, bruts de carrière + éclats + mortier dans certains cas.
- au centre, le long de l'axe N/S, une presqu'île en blocs de calcaire local relativement bien calibrés, qui sert de fondation à tous les ouvrages intérieurs.
Les Égyptiens ont tout construit sur cette presqu'île pour ne pas être obligés de faire des fondations partout.
Les Égyptiens rationalisaient. La micro-chirurgie des conduits, leur parcours (avec des dévoiements curieux) montrent bien qu'ils voulaient rester dans le "cadre "de leur épure.
Et le remplissage du corps (80% du volume, au moins) était la clé de la rapidité et n'avait aucune influence sur la réussite géométrique de la pyramide puisqu'il n'y avait aucune référence chantier dans cette partie.
Les Égyptiens travaillaient à partir des axes N/S et E/O, des diagonales et des façades. Ils pouvaient donc tout contrôler pendant la construction de la pyramide assise après assise.
Ils travaillaient aussi à partir d'une grille simple d'une coudée par une coudée (pour construire les ouvrages intérieurs) et un multiple de cette grille de 20c x 20c pour la construction du volume.

Ci-dessus : la grille générale de 22 x 20c pour chaque base, soit 11 x 20c de part et d'autre de chaque axe.

Ci-dessus : la grille fine de 1c x 1c qui ne sert uniquement qu'à dessiner et construire les ouvrages intérieurs.
Cette grille est très étroite (env 40c) et court sur un peu plus de la demi-longueur de l'axe N/S.
On notera que dans la réalité la précision est bien plus grande le long de cet axe N/S, car cet axe de référence constructif est tout proche du lieu d'exécution.
À la conception, il y a avait donc ces axes théoriques. Mais à la réalisation, il fallait bien matérialiser ces axes.
La première chose à faire était donc de déterminer l'axe N/S (astronomie et solaire en complément) et de tracer l'axe E/O par jeu de 1/4 de cercle sur l'axe N/S à égale distance de part et d'autre d'un centre sélectionné.
Pour dessiner la base de la pyramide, les géomètres ont transmis les ordres :
Base Est à 11 longueurs de 20c à l'Est de l'axe N/S
Base Ouest à 11 longueurs de 20c à l'Ouest de l'axe N/S
Base Nord à 11 longueurs de 20c au Nord de l'axe E/O
Base Sud à 11 longueurs de 20c au Sud de l'axe E/O
Et c'est TOUT... Ils avaient ainsi le carré de base de la pyramide (il est à noter qu'il y a un léger décalage angulaire dans les coins N/O et S/E qui pourrait être lié aux reports depuis les axes).
À partir de l'apothème (là où il a concavité), il pouvaient appliquer un seked de 14/11 pour avoir la pente.
Pour construire tous les ouvrages intérieurs, et cela en permanence pendant la construction, il matérialisaient les axes N/S et E/O avec des cordeaux, tout simplement.

La précision vient de cette référence permanente.
Pour ne pas avoir à recalculer les axes en permanence, ils les reportaient d'assise en assise. Comme les façades étaient "pré-fabriquées" à la carrière, la solution la plus simple était d'épaissir les blocs de façade plus on se rapprochait de l'axe de chaque façade, cela permettant déjà un repérage "global" de la matérialisation des axes. Il ne restait plus qu'à tracer la ligne d'axe sur chacun des blocs centraux des façades. Lors de la réalisation d'une façade d'assise, les Égyptiens positionnaient en premier les blocs d'angle et le bloc axial, celui-ci étant parfaitement positionné par rapport au bloc axial inférieur. Les cordeaux pouvaient alors être déplacés d'une assise en hauteur. Il n'y avait pas besoin de retracer les axes puisque que ceux-ci montaient avec la pyramide.
Cet approfondissement des blocs de façade vers le centre a eu pour conséquence de repousser les blocs de 2ème rang vers l'intérieur de la pyramide ; enlevez les blocs de 1er rang...il vous reste l'empreinte négative de la présence de ces blocs.
L'épaississement des blocs de façade vers le centre pouvait peut-être traduire un sentiment de renforcement de la peau (parement) en relation avec la longueur des façades. On ne retrouvera pas cette indentation ensuite. Comme il ne semble pas y avoir de chambre en hauteur dans Khéphren, la matérialisation des axes devenait moins nécessaire. L'épaississement n'a pas dû également être considéré nécessaire.
La matérialisation des axes a été maintenue jusqu'au sommet car elle apportait la précision dans la réalisation.
On voit donc, conclut Jean-Pierre Houdin, que dans le principe qui guide la mise en place des blocs de parement, il y a 3 points précis : les 2 angles (arrêtes) et l'axe. Ensuite, entre ces angles et l'axe, les Égyptiens devaient positionner précisément des blocs intermédiaires et ensuite combler les espaces entre chaque "ilôt". L'intérêt principal était d'avoir en permanence plusieurs équipes de maçons qui réalisaient les façades et qui se rejoignaient d'ilôt en ilôt (il vaut mieux 12 équipes qui posent des blocs de part et d'autre de chaque ilôt plutôt que 2 équipes qui partent des angles pour se rejoindre au milieu).
Et pour "combler" à la jonction de 2 équipes, il suffit de mettre des blocs de liaison taillés sur place (ou tout simplement ajustés sur place) en leur donnant parfois une forme adéquate (biseau ou fruit). C'est ce que l'on peut observer dans toutes les pyramides lisses de la IVème dynastie.

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