vendredi 16 octobre 2009

"Les impressionnants résultats de l'architecture égyptienne qui repose pourtant sur des technologies souvent très élémentaires" (Dimitri Laboury)


Dans son ouvrage L'Egypte pharaonique, Le Cavalier Bleu, 2001, 128 pages, Dimitri Laboury, chercheur au Fonds National pour la Recherche Scientifique (université de Liège), docteur en histoire de l'art et archéologie de l'Égypte pharaonique, souligne l'"éblouissement exercé par l'Égypte antique" dans "l'univers mental de l'Occident"... mais au détriment parfois (souvent ?) de l'objectivité concernant la civilisation pharaonique. D'où de fréquentes "idées reçues", au besoin alimentées par notre propre système culturel. Sont ainsi passées en revue et à l'épreuve de la critique des assertions telles que : "L'expédition de Bonaparte est à l'origine de la redécouverte de l'Égypte antique", "Les anciens Égyptiens étaient obsédés par la mort", "Les pharaons étaient adorés comme des dieux", "Les artistes égyptiens ignoraient la perspective", etc.
Sous la rubrique "Arts et techniques", un chapitre porte pour titre "La construction des pyramides reste une énigme". Selon l'auteur, les affabulations liées à la construction des pyramides de Guizeh remontent aux anciens Égyptiens ; puis les "légendes" furent reprises par le monde occidental, en premier par Hérodote qui entourait la manière dont fut édifiée la pyramide de Khéops "de mystères, de chambres secrètes, d'innombrables travailleurs opprimés"... Ces idées furent ensuite relayées par Flavius Josèphe, puis par John Greaves et, finalement, par les "fantasmes des pyramidiots"...
Alors ? Comment furent réellement construits les "monuments d'éternité", compte tenu notamment du problème du transport des lourdes charges sur de longues distances ? La réponse de Dimitri Laboury est la suivante :"Dans cette entreprise, le Nil (...) fut fort utile, et, sur terre, [les Égyptiens] eurent recours à une technique largement répandue dans l'histoire de l'architecture - tant en Mésopotamie, qu'en Grèce ou au Mexique - qui consiste à faire glisser lesdites charges sur des rampes afin d'éviter de devoir les soulever."
Puis l'auteur développe les sources d'une telle théorie : des vestiges archéologiques de rampes, une scène de la tombe du Vizir Rekhmiré et un extrait du papyrus Anastasi I. Il poursuit :"(Les rampes) qui subsistent aux abords des monuments inachevés ou des carrières peuvent atteindre une longueur de 10 km et une inclinaison de 12 à 18 degrés. Elles sont constituées de deux murs parallèles, souvent en briques crues, dont l'intervalle était rempli de déchets de construction couverts d'un sol de limon qui, humidifié, permettait de faire glisser facilement de lourdes charges. En fonction de ses dimensions, cette structure pouvait être renforcée par des madriers ou, plus régulièrement, par un système de caissons qui la rigidifiaient. Des vestiges de telles rampes, parfois organisées en véritables réseaux, ont été retrouvés contre plusieurs pyramides, y compris, récemment, contre celle de Khéops. Ils révèlent notamment que les architectes égyptiens n'ont pas toujours utilisé le même type de rampe pour toutes les pyramides et qu'ils ont adapté ce système en fonction de la taille de l'édifice, de sa situation relative par rapport aux carrières, de son type de maçonnerie..." (op.cit. p. 102)
Puis, sans oublier de rappeler que le perfectionnement des techniques mises en œuvre dans la construction de la Grande Pyramide fut tributaire des essais et erreurs sur de chantiers antérieurs - d'où la nécessité de "relativiser le caractère exceptionnel de la sépulture (...) de Khéops" -, Dimitri Laboury souligne "les impressionnants résultats de l'architecture égyptienne qui repose pourtant sur des technologies souvent très élémentaires", grâce à une excellente organisation du travail et de la main-d'œuvre...
Au terme de ces développements, même en passant au travers des mailles des "idées reçues", on peut quand même se demander si la sempiternelle "énigme" de la construction des pyramides a bel et bien trouvé sa solution. Pas certain ! Quant aux rampes de 10 km de longueur... Posons pour le moins un point d'interrogation.

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