jeudi 20 mai 2010

Rendons à Djéser ou Imhotep ce qui est à Tosorthrus, présenté comme l'inventeur de la construction en pierres en Égypte

"Djéser (ou Djoser) est un roi de la IIIe dynastie (Ancien Empire). Il succède à Senakht. Manéthon l’appelle Tosorthros (Sesorthos) et lui compte vingt-neuf ans de règne alors que le papyrus de Turin lui en compte dix-neuf ans et un mois, ce qui est contradictoire avec d'autres documents égyptiens dont la stèle de la famine découverte à Assouan. On situe son règne aux alentours de -2630 à -2611."
Voilà ce que propose Wikipédia.
Djéser, Djoser, Tcheser, Tosorthrus, Tosorthros, Esculape égyptien, "le saint" : plusieurs noms pour une même personne ? Le constat est courant en égyptologie. Aux spécialistes de nous éclairer sur le cas présent. Pour l'heure, sous réserve de démonstrations complémentaires, nous retiendrons ici l'assimilation entre Tosorthrus et Djéser (Djoser).
Mais on le sait : qui dit Djéser dit aussi Imhotep, le vizir et architecte attitré du roi, présenté également comme médecin et philosophe.
Nous voici donc face à un duo bâtisseur dont il semble difficile a priori de distinguer à qui appartient singulièrement l'invention de la construction en pierres sur un chantier de pyramide. Quant aux textes que j'ai retenus ci-dessous, ils ont fait leur choix, dans la foulée de Manéthon : priorité à Thosorthrus/Djéser !
Qu'on me permette une anecdote personnelle : lors de mes "humanités", j'ai appris ou étais censé apprendre le latin. Eh oui ! Ça existe encore ce genre de dinosaure ! Et je me souviens toujours de la fameuse phrase "Caesar pontem fecit" que notre éminent professeur se plaisait à commenter. Sincèrement, vous voyez l'empereur romain en train de tailler lui-même et d'appareiller les pierres de son pont ?
Alors, si César s'est vu attribuer des lauriers parce qu'il avait "fait", autrement dit "fait faire" un pont, pourquoi n'en serait-il pas de même avec Djéser à qui l'on décerne les mérites d'une invention qui aurait mûri dans un cerveau autre que le sien ? On pourrait donc plus globalement retenir que la construction en pierres a vu le jour "sous son règne".
Veuillez excuser ce raisonnement à la sauvette. Mais je pense qu'il ne doit pas être loin de la vérité... Toute démonstration contraire sera évidemment la bienvenue.


Statue de Djéser - musée du Caire (Wikimedia commons)
"Les Égyptiens sont de tous les peuples connus ceux qui paraissent avoir fait les premiers usage du granite pour élever des temples et des monuments qui, par la solidité de leur construction et la dureté de la matière, ont résisté, depuis plusieurs milliers d'années, à toutes les intempéries de l'air, et aux dévastations des différents peuples qui ont successivement fait la conquête de l'Égypte.
C'est probablement au désir de perpétuer la mémoire de quelques grands évènements, ou de quelques hommes célèbres , qu'il faut attribuer l'art de travailler une matière aussi dure que le granite, dans un pays où les habitations ordinaires n'étaient qu'en terre couverte de roseaux ou de paille.
En consultant ce qui nous reste des annales des anciens Égyptiens, on trouve que les premiers essais de cet art sont dus à un des rois de Memphis, nommé Tosorthrus, qui vivait plus de douze mille ans avant l'ère vulgaire, d'après le calcul d'Hérodote, et près de quinze mille ans d'après celui de Diodore de Sicile, c'est-à-dire plus de seize mille ans avant le règne de Napoléon Ier.
Les anciennes carrières de granite se trouvent depuis Syène ou Assouan jusqu'aux cataractes du Nil ; elles sont situées sur le flanc des montagnes. On y voit encore des blocs ébauchés d'une très grande longueur, qui paraissent avoir été préparés pour des obélisques et des colonnes. Cette espèce de roche qui n'a point de lits, se trouve par masses d'une très grande dimension, dont on peut tirer des morceaux d'une grandeur considérable. Ces ébauches font voir comment les anciens Égyptiens s'y prenaient pour trancher dans la masse des blocs assez grands pour former des obélisques, des colonnes et même des édifices d'une seule pierre.
Ils commençaient à tailler dans la masse le devant et le dessus de la pierre dont ils avaient besoin ; ils faisaient ensuite avec des outils minces des tranchées d'environ un décimètre ou trois pouces de largeur, et des trous plus profonds espacés d'environ un mètre pour y enfoncer des coins de bois sec, qu'ils mouillaient pour les faire renfler et détacher la pierre. Il est bon de remarquer que c'est, à très peu de chose près, la manière dont on exploite encore, dans les carrières, les pierres qui n'ont pas de lits, c'est-à-dire qui ne se trouvent pas par bancs ou couches."
(Jean-Baptiste Rondelet, Traité théorique et pratique de l'art de bâtir, vol. 1, 1812)


Imhotep, statue exposée au département des Antiquités égyptiennes du Louvre 
photo de Hu Totya (Wikimedia commons)
"On attribue à Menès, 22e. roi ou vice-roi de la Basse-Égypte, la fondation de Memphis; mais ce ne fut que sous son successeur, Tosorthrus, que les Égyptiens commencèrent à tailler la pierre, et deux siècles environ après son règne fut bâtie la plus grande des pyramides."
(J de Saint-Martin, Histoire civile, politique et religieuse de tous les peuples, 1825)

"(…) la civilisation égyptienne a pu, comme on l'a dit si souvent, venir de l'Éthiopie, et cependant être d'origine asiatique et non point africaine. Cette première dérivation est infiniment plus probable, car l'histoire ne nous montre aucune civilisation sur le sol africain qui soit émanée de la race noire, tandis que nous trouvons dans le sud de l'Asie les grands centres de l'Inde et de la Chaldée avec lesquels le littoral de la Nubie se trouvait facilement en rapport. On sait que le trajet est si facile d'un rivage à l'autre du détroit de Bab-el-Mandeb, qu'il peut être accompli sur de simples radeaux, et que, suivant une locution proverbiale des Arabes, "on se reconnaît d'un bord à l'autre".
Nous trouvons dans l'histoire des pyramides d'Égypte des circonstances qui viennent à l'appui de cette opinion sur l'origine de la civilisation égyptienne. Les plus importantes comme les plus connues de ces pyramides sont celles de Gizeh, et on a l'habitude de les considérer comme le type universel et immuable des pyramides égyptiennes, mais cela n'est pas exact. Il existe en Égypte des pyramides qui ont une forme très différente, comme, par exemple, celle d'El-Meydouneh, composée de deux parties dont la supérieure même est tronquée, et forme esplanade, ou bien comme la plus grande des pyramides de Sakkarah, dont la partie supérieure est une sorte de pyramidion, dont les faces ont une autre inclinaison que la base, enfin comme la pyramide d'Abou-Sir, qui est composée de huit degrés.
Au lieu de la pierre employée dans la construction des pyramides de Gizeh, on trouve souvent aussi la brique crue, comme dans les pyramides du Fayoum, dans celle d'El-Lahoun, dans celle de Dashour. Il y a donc entre les pyramides d'Égypte et les pyramides en terrasses des bords de l'Euphrate des analogies très réelles, bien qu'elles n'aient pas été généralement marquées. Cette observation est d'autant plus importante que, si la pyramide n'était pas en Égypte d'origine étrangère, on aurait peine à s'expliquer comment la brique a pu être employée à sa construction alors que la pierre abondait sur le sol même ou on les élevait. Il faut encore ajouter que les pyramides construites en briques, et qui rappellent la forme en terrasse, sont plus anciennes que celles de Gizeh construites en pierre et qui présentent la forme rigoureuse de la pyramide géométrique. Bien que les pyramides de Gizeh remontent à la quatrième dynastie, c'est-à-dire à plus de 4000 ans avant notre ère, elles paraissent avoir été précédées par les pyramides du Fayoum et de Dashour, et par celle de Sakkarah dans laquelle le système graphique semble ne pas être encore complètement développé.
La substitution graduelle de la pierre à la brique que nous observons dans les pyramides égyptiennes s'accorde parfaitement avec ce que nous apprend Manéthon de l'invention de la coupe des pierres chez les Égyptiens, invention qu'il attribue à Tosorthrus, deuxième roi de la troisième dynastie.
Il y a donc tout lieu de penser que l'emploi de la brique, si peu naturel à l'Égypte pour les grandes constructions, y avait été apporté de la Mésopotamie avec la forme même de la pyramide babylonienne, forme qui fut remplacée plus tard par la forme égyptienne pure, de même que la brique fut elle-même remplacée par la pierre et le granit."
(M. Lenormant, présentant l'ouvrage de Victor Schoelcher, L'Égypte en 1845, in revue de l'Institut, Journal universel des sciences et des sociétés savantes, en France et à l'étranger, 2e section, tome 11, 1846)



Necropolis of Saqqara, photo taken by Hajor, december 2002. 
Released under cc-by-sa and/or GFDL. (Wikimedia commons)

"The oldest existing monuments in the world are the Pyramids and the tombs about them, which date as far back as the 4th, and perhaps 3rd, dynasty, and show at what a remote period sculpture and the use of squared stone in horizontal courses were practised in Egypt. The employment of squared granite blocks, and the beauty of the masonry in the interior of the Pyramids (which has not been surpassed, if even equalled, at any subsequent age), also prove the degree of skill the Egyptians had reached at a time long anterior to the building of the walls of Tiryns, and, consequently, to the rudest attempts in masonry in Italy or Greece. How long they took to arrive at that perfection it is difficult to determine ; but the period between the builders of the Pyramids and the reign of Tosorthrus, the second king of the 3rd dynasty, said by Manetho to have first used squared stone, is evidently much too short; and we may conclude that it was known to them, as well as the engineering skill required for changing the course of the Nile, even before the reign of Menes."
(Sir John Gardner Wilkinson, A popular account of the ancient Egyptians, 1854)

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