lundi 25 mai 2009

Pierre Thomas : "La pyramide de Khéops : le plus gros tas de calcaire à nummulites du monde"

Photo Pierre Thomas
La nature des matériaux ayant été utilisés pour l'édification de la Grande Pyramide a fait et continue de faire l'objet de recherches scientifiques dont les résultats, on le sait, ne recueillent pas toujours l'unanimité des milieux archéologiques "officiels". Voir la note de ce blog consacrée au Pr Joseph Davidovits.
Pierre Thomas, du Laboratoire des Sciences de la Terre/ENS Lyon, ajoute un élément d'information à ce "dossier", à savoir la présence de nummulites dans le calcaire, matériau majoritairement utilisé pour la construction de Khéops.
" La pyramide de Khéops, lit-on dans une note publiée par Olivier Dequincey sur le site Internet www.planet-terre.ens-lyon.fr, est la seule des 7 Merveilles du Monde antique qui existe encore. Des millions de visiteurs l’admirent chaque année. Mais bien peu (même parmi les touristes à sensibilité naturaliste) ont dû remarquer qu’elle (elle et des constructions voisines) était faite en calcaire à nummulites d’âge lutétien, extrait de carrières situées non loin du Caire. (...) Juste à côté des pyramides, des ouvriers faisaient des travaux à proximité d’« antiquités » et utilisaient pour ce faire des calcaires à nummulites très semblables à ceux des pyramides. Des blocs fracturés jonchaient le sol, ce qui m’a permis de prélever des grandes nummulites (Nummulites gischensis, Lutétien supérieur)."
Information et illustration reproduites avec l'aimable autorisation de Pierre Thomas (auteur de la découverte) et Olivier Dequincey ("publieur").

Augé de Lassus :"Aux pyramides, la ruse fut associée à la force"

L'homme de lettres, librettiste de Camille de Saint-Saëns, Lucien Augé de Lassus (1841-1914), fut aussi un passionné de voyages.
Voici quelques extraits du chapitre consacré aux pyramides, de son Voyage aux sept merveilles du monde, publié en 1878 :

"Vues à distance, les grandes pyramides semblent intactes ; on les prendrait pour des montagnes d'une parfaite régularité de forme ; mais l'action des siècles ou plutôt les ravages de l'homme se révèlent dès qu'on approche. L'ignorance brutale et sotte, l'avarice, toujours en quête de richesses imaginaires, se sont acharnées sur ces monuments mystérieux.
Plus ils étaient puissants, plus ils dépassaient la taille ordinaire des choses humaines, et plus on supposait merveilleux les trésors qu'on y disait enfermés. On les viola, on s'ouvrit de vive force accès jusqu'aux chambres intérieures, puis on entreprit d'exploiter ces entassements de pierre, comme une carrière, carrière qui aurait suffi à la construction de plusieurs cités ; c'est ainsi que le revêtement disparut.
Les pyramides, en effet, étaient, de la base au sommet, couvertes de belles pierres polies ; aussi pour en exécuter l'escalade, fallait-il des prodiges d'adresse et d'agilité.
(...)
Lorsque la pieuse Égypte élevait, pour protéger les momies de ses maîtres, ces citadelles inouïes, elle ne faisait pas œuvre si vaine. En quel autre pays, sous quel autre ciel, trouverait-on une tombe royale si longtemps inviolée ? Et qui sait ! A-t-on pénétré tous les mystères ? Sous ces masses puissantes, dans ces flancs énormes, ne reste-t-il plus rien qui soit inexploré ? N'a-t-on pas suivi quelque fausse piste, profané un faux sarcophage ? La mort ne nous dérobe-t-elle pas encore quelque dernier secret ?
L'Égypte, en effet, mettait tout en œuvre pour sauver de l'injure les restes confiés au tombeau. Elle croyait à l'immortalité de l'âme, avec plus de netteté, plus d'énergie qu'aucune autre nation de l'antiquité. Elle admettait de plus que l'âme devait un jour reprendre possession du corps. De là, la nécessité de conserver, en dépit de la mort, ce pauvre corps qui n'avait pas terminé sa tâche, de là les embaumements universellement pratiqués même pour les plus humbles, de là l'usage de placer les nécropoles toujours en dehors du territoire exposé aux inondations du Nil et de préserver ainsi les momies de l'influence redoutable de l'humidité ; de là le secret de certaines tombes ou du moins le secret de l'entrée du caveau funéraire, de là mille stratagèmes singuliers et une sorte de stratégie savante pour dérouter les recherches : labyrinthe compliqué de galeries, portes sans issue, murailles qui dissimulent les véritables portes, couloirs obstrués, sarcophages à dessein laissés vides. Beaucoup des sépultures égyptiennes ne se défendent que par la ruse, et nul doute qu'aux pyramides la ruse fut associée à la force.
Quelques archéologues, doués de plus d'imagination que de science, et surtout certains amateurs improvisés archéologues, ont longuement raisonné ou déraisonné sur l'origine et la destination des pyramides. Les uns ont voulu y voir un rempart destiné à arrêter l'invasion du sable dans la vallée du Nil, d'autres l'étalon de toutes les mesures on usage dans l'ancienne Égypte. Tout cela est beaucoup trop subtil pour être vrai. On ne conteste plus sérieusement aujourd'hui que les pyramides n'ont jamais été que des tombes ; à Gizeh comme à Dachour, comme à Saqqarah, elles forment toujours le centre d'une nécropole.
«Qu'apprends-tu maintenant à l'école ? demandait-on devant moi à une petite fille. - L'histoire antienne. - Eh bien ! dis-nous où sont les pyramides. - Les pyramides ! c'est au commencement.» Ce n'était pas mal répondre. De ces monuments qui furent élevés au temps de la quatrième dynastie, c'est-à-dire, selon la chronologie généralement admise, entre quatre mille deux cent trente-cinq et trois mille neuf cent cinquante avant notre ère, on peut dire justement qu'ils sont au commencement. Et cependant les pyramides prouvent l'existence d'une monarchie puissante. Il fallut bien des richesses et le labeur de bien des hommes pour en mener à terme la construction ; elles prouvent encore une science très avancée. En effet, ce ne sont pas là des monuments de pierres informes, ce ne sont pas, en de plus grandes proportions, quelques tumuli, comme en élevaient au fond des forêts, les Gaulois sur la tombe de leurs chefs ; ce sont des monuments parfaitement orientés et bâtis avec le plus grand soin. Le délicat est là dans l'énorme."

Source du texte numérisé : www.mediterranees.net

dimanche 24 mai 2009

Eugène Poitou (XIXe s.) :"De si grandes choses faites avec des moyens aussi simples"

Dans son ouvrage Hiver en Égypte, Eugène Poitou, conseiller à la Cour impériale d'Angers, relate le voyage qu'il a effectué dans ce pays en 1857. D'Alexandrie à Louqsor et Karnak, il parcourut le pays des pharaons de part en part, avec bien entendu une halte prolongée au Caire. D'où ces réflexions à la suite de sa visite au site de Guizeh :

"Quand on est sur la plate-forme sablonneuse et en face de ces étranges monuments, on s'arrête malgré soi : on se sent comme épouvanté par quelque chose d'immense, d'éternel et d'immuable. Que dire, qui n'ait été dit cent fois, de ces étonnantes constructions que salue depuis tant de siècles l'admiration des hommes ? L'esprit est confondu de la puissance qu'elles attestent, de la civilisation qu'elles supposent, de la grandeur empreinte dans leur simplicité même.
(...)
La pierre paraît avoir été empruntée au rocher même sur lequel les pyramides sont fondées. Mais ici, plus peut-être que devant tout autre monument de l'Égypte, on est amené à se poser cette question : Comment de telles masses ont-elles été construites ? Par quel moyen a-t-on élevé à une telle hauteur des assises si régulières, formées de blocs qui pèsent trente milliers ? Les anciens Égyptiens, quoi qu'on en ait dit, paraissent n'avoir eu aucunes connaissances en mécanique : on en aurait trouvé la trace dans leurs peintures, comme on y a trouvé représentés les procédés de tous leurs arts et de tous leurs métiers ; or pas une machine n'y est figurée. Dans un tableau qui représente le transport d'un colosse, on voit un nombre considérable d'hommes attelés à des cordes, et tirant la statue posée simplement sur des rouleaux. Il est à croire que toute leur mécanique se bornait là : des échafaudages, des plans inclinés, et puis des milliers et des milliers de bras, force qui ne coûtait rien et qu'on n'économisait guère. Il faut ajouter seulement qu'ils faisaient du plan incliné un emploi très habile et très ingénieux. S'il s'agissait d'un temple ou d'un palais, à mesure que la construction s'élevait, ils entassaient des terres de manière à former un talus en pente douce, qui s'exhaussait avec l'édifice, et sur lequel on hissait à force de bras les pierres gigantesques qui composaient les murailles et les plafonds : l'édifice achevé, on déblayait. Pour dresser les obélisques, l'opération était plus difficile, mais le procédé était le même. Le monolithe étant amené en place, et sa partie inférieure étant maintenue immobile, on faisait décrire à sa pointe un quart de cercle, en la faisant glisser, toujours à force de bras, sur un plan incliné qui se développait en spirale, jusqu'à ce que l'énorme bloc, arrivé à la perpendiculaire, vînt s'asseoir de lui-même sur la base qui devait le recevoir. Il faut admirer sûrement que de si grandes choses aient été faites avec des moyens aussi simples. Mais que de misères, que de souffrances de tels travaux n'ont-ils pas imposées aux nations asservies ou captives ! Que de vies humaines ont payé ces grandeurs !
(...)
On se demande, en présence de ces faits, comment tant d'absurdes hypothèses ont été émises sur le caractère et la destination des pyramides. L'antiquité avait eu beau nous affirmer que c'étaient des tombeaux ; les faiseurs de systèmes ont voulu en savoir plus qu'elle. Je ne parle pas des récits légendaires qui en ont fait les greniers de Joseph, ou qui y ont placé de prétendus trésors ; je ne parle que des explications données pour sérieuses. Les uns y ont vu des sanctuaires où se faisaient les initiations et se célébraient les mystères de la religion égyptienne : ce qui est difficile à comprendre, les pyramides étant, sauf quelques caveaux, entièrement compactes. Les autres les ont prises pour des monuments scientifiques, pour des observatoires astronomiques ; et il est vrai, chose assez curieuse, qu'elles sont exactement orientées. Mais on oubliait que le revêtement poli qui les a recouvertes jusqu'au temps de Saladin en rendait l'ascension à peu près impossible ; et quant à leur orientation, il est probable qu'il y avait là une pensée religieuse plutôt que scientifique : beaucoup de monuments funèbres de la même époque sont orientés. D'autres enfin, et tout récemment, ont dépensé beaucoup d'esprit pour prouver que les pyramides avaient été bâties pour arrêter le sable du désert, qui tend toujours à envahir la vallée. Il suffît d'avoir vu les lieux pour reconnaître ce que cette hypothèse a de futile. Les grandes pyramides, éloignées de cinq à six cents pas l'une de l'autre, et celles de Sakkarah, beaucoup plus distantes entre elles, n'ont point arrêté et ne pouvaient arrêter le sable du désert. Le sphinx, qui est situé entre les pyramides et la plaine, a été ensablé jusqu'au cou ; les temples qui l'entouraient ont été enfouis. Enfin on a fait remarquer avec justesse qu'elles auraient plutôt produit un effet opposé à celui qu'on leur attribue, la violence des vents étant naturellement accrue par le rapprochement de deux obstacles, et le sable tendant à s'accumuler dans les gorges.
Ce qui est la vérité, ce qui n'est pas sérieusement contestable, c'est que les pyramides étaient des tombeaux. Tout est venu confirmer à cet égard la tradition ancienne."
Source du texte numérisé : www.mediterranees.net ou books.google.fr

Pierre Belon du Mans (XVIe s.) : la "grandeur" et l'"orgueil" des pyramides

 
Illustration extraite de Wikipédia
Dans son Voyage au Levant, Pierre Belon du Mans (1517 ou 1518–1564) donne cette description des pyramides qu'il visite en 1547 :

"N'en desplaise aux ouvrages et antiquitez Romaines, elles ne tiennent rien de la grandeur & orgueil des Pyramides. Les Egyptiens attendants la resurrection des morts, avoyent couftume de confire les corps, pour les faire durer à l'eternité. Aussi est-ce, ce que nous usons pour le jourd'huy sous le nom de Mumie, ne voulant pas les brusler, comme faisoyent les Latins, ne les enterrer, comme les Grecs : car ils estimoyent que le feu est un animant qui devore & consume toutes choses, & qu'apres s'estre bien saoulé, luymesmes & ce qu'il a devoré perissent. Aussi ne vouloyent-ils point enterrer les corps, de peur que les verms ne les mangeassent. Et pour eviter tous ces inconvenients, ils les confisoyent anciennement avec du Catran & du Nitre : & après qu'ils les avoyent conficts, les mettoyent dedens des sepulchres, enfermez dessous quelque grosse masse de pierre. Et de fait choisissoyent les lieux les plus steriles qu'ils pouvoyent trouver, pour les sepultures. Tellement que le lieu ou sont les Pyramides, est moult desert. Elles sont delà le Nil environ quatre lieues loing du Caire. […]
Les Mores du prochain village nous accompagnerent pour monter dessus les Pyramides, & nous monstrerent le chemin. Elles sont situés moult loing de la mer, mais ne sont qu’à trois jets de pierre de l’eau du Nil. Il semble à voir que les Pyramides que ce soyent montagnes de desmesurée grandeur, Aussi ont esté là assemblées par moult grand travail & labeur des hommes. Le lieu ou elles sont situées, est fort sablonneux & sterile : duquel Pline a escrit, suyvant ce qu'en a dit Herodote, en ceste maniere :
Arena latè pura circùm lentis similitudine.
La plus grande Pyramide pour estre en lieu un peu plus bas que la seconde, apparoit de loing estre plus petite : mais de prés elle se monstre sans comparaison beaucoup plus grande. Veritablement elles sont plus admirables que ne les ont descrites les historiens, desquelles la plus grande est faite à degrez par le dehors. Nous avons mesuré sa baze, qui ha trois cents vingtquatre pas d'un coing à l'autre, lesquels comptasmes, estendants un peu les jambes. Commençants à compter du pied de ladicte Pyramide en montant, trouvasmes environ deux cents cinquante degrez, desquels chacun degré est de la hauteur de cinq semelles d'un soulier à neuf poincts. Estants à la sommité, veoyons bien à cler la ville du Caire delà le Nil, du costé de l'Arabie deserte, & de l'autre costé nous retournants vers le septentrion, veoyons tout le pays d'Egypte comme submergé, semblant quelque grand’mer.
Puis tournants le visage vers le Midy, qui est le costé d'Afrique ne veoyons sinon le sablon sterile. […]
Nous sortimes de la Pyramide, & allasmes voir la seconde. Nous avons descrit ceste grande Pyramide la premiere, comme surpassant toutes autres en grandeur & orgueil, comme aussi c’est elle que tous les autheurs anciens ont entendu estre admirable à la regarder. Le meilleur archer qui seroit à sa summité, & tirast une fleche en l’air, à peine pourroit l’envoyer hors de sa base, qu’elle ne tombast sur les degrez : car, comme avons dict, est de desmesurée largeur."
Source de ce texte numérisé : Musagora

samedi 23 mai 2009

Selon Wieslaw Kozinski, 360.000 personnes ont travaillé à la construction de la Grande Pyramide

 
Lithographie de Louis Haghe (1806-1885)
Source : Wikipédia

Dans The Investment process organization of the Cheops pyramid, une étude publiée à Varsovie en 1969, l'architecte polonais Wieslaw Kozinski s'inspire à la fois d'Hérodote et de Diodore de Sicile pour établir la "planification" de la construction de la Grande Pyramide de Guizeh.
Partant du calcul que 25 ouvriers étaient nécessaires pour tirer un bloc de pierre de 2,5 tonnes sur les rampes de la pyramide, il estime à 300.000 le nombre des personnes employées sur le site de construction, auxquelles il ajoute 60.000 autres personnes hors du site proprement dit.
Paradoxalement, il estime par ailleurs que le nombre d'ouvriers avait dû croître à la fin de la construction (alors que le nombre de blocs à hisser diminuait très sensiblement pour l'édification des assises supérieures !), afin d'en augmenter la vitesse d'exécution...
D'un point de vue technique, Wieslaw Kozinski interprète les "machines faites de courtes pièces de bois" de la relation d'Hérodote comme des échafaudages, ce qui serait, précise Jean-Philippe Lauer, "en contradiction formelle avec tout ce que nous savons de l'art de construire des Égyptiens qui ne disposaient pas de bois locaux bien appropriés et se sont toujours servis de rampes et des plates-formes en briques crues".
L'ensemble de la théorie préconisée par l'architecte polonais a fait l'objet d'une critique très détaillée de la part de Jean-Philippe Lauer dans un article publié en 1973 par le Bulletin de l'Institut français d'Archéologie orientale.

Le "mécanisme secret" de la Grande Pyramide (théorie de Philippe Lheureux) : une nouvelle vidéo

La théorie de Philippe Lheureux a déjà été présentée sur ce blog : voir ICI
Une nouvelle vidéo (voir ci-dessous) illustrant cette théorie vient d'être mise en ligne sur You Tube par l'auteur. Elle est introduite par le texte suivant :
"Et si toutes les parties connues de la grande pyramide de Chéops étaient en fait autre chose qu'un tombeau ? Au terme d'une enquête reprenant point par point toutes les anomalies architecturales constatées, les auteurs du site http://www.kheops.biz démontrent que celles-ci s'expliquent parfaitement dans le cadre d'un mécanisme secret d'ouverture déclenché par la mise en eau d'une cuve étanche prise à tort pour la chambre du roi. Constatation surprenante, les constructeurs semblent s'être servis de la chambre de la reine pour tester les différentes fonctions de leur mécanisme avant de le reproduire à l'étage supérieur. Selon cette nouvelle théorie, même la chambre souterraine non terminée trouve son utilité comme volume de rétention destiné à recevoir l'eau puis le sable du mécanisme. Que se serait-il vraiment passé si les hommes, au lieu d'avoir pénétré par effraction dans cette pyramide, avaient eu l'idée de la remplir d'eau à l'aide d'un des conduits dits " de ventilation " débouchant en façade ? Cette théorie inédite est difficile à prendre en défaut. Si elle se vérifie " in situ", elle aura un retentissement mondial encore plus important que la découverte du tombeau de Toutankhamon."

Isidore de Séville :"Un genre de tombeau carré"

Illustration extraite de Wikipédia



Dans son œuvre majeure Étymologies (Etymologiæ), Isidore de Séville (entre 560 et 570 - 636) écrit :
"Les pyramides sont un genre de tombeau carré ; leur faîte dépasse en hauteur tout ce qu’on peut faire de main d’homme. C’est pourquoi elles n’ont pas d’ombre, dit-on, car elles excèdent la mesure de l’ombre. Leurs constructeurs les ont élevées ainsi : leur base est large, et leur sommet étroit, comme le feu ; le feu en effet se dit « pur ». Elles se situent en Égypte. Car chez les anciens, les puissants étaient enterrés sous des montagnes ou sur des montagnes. Ce qui conduisit à bâtir sur les cadavres des pyramides, ou à y placer des colonnes immenses."
Traduction Sylvie Royo
Source : Musagora

jeudi 21 mai 2009

Un blog (en anglais) à connaître

Je viens de découvrir le blog de Vincent Brown "Talking Pyramids - News and information on the Pyramids of Egypt".
Je vous invite à le consulter, car il suit l'actualité des recherches archéologiques pour l'ensemble des pyramides d'Égypte (et non seulement celles du plateau de Guizeh).
Vincent a mis récemment en ligne un ensemble de notes relatives à la construction des pyramides ("How were the pyramids built"). Leur contenu est évidemment très proche de la "ligne éditoriale" de mon propre blog :
Part 1: The Traditional Theory
Bonne lecture !

Joyce Tyldesley :"Hérodote s'est trompé"

Dans son ouvrage À la découverte des pyramides d'Égypte (éditions du Rocher, 2005), l'archéologue-égyptologue britannique Joyce Ann Tyldesley entend se démarquer d'emblée de la teneur de bon nombre d'ouvrages, consacrés aux seuls aspects techniques de la construction des pyramides, qui risquent d'"[ignorer] des aspects plus larges de la culture de l'Égypte antique". Admettons ! "En remontant aux racines de la société qui avait bâti les pyramides, écrit-elle, je voulais montrer non seulement comment et pourquoi les Égyptiens avaient pu construire leurs pyramides, mais aussi comment les pyramides avaient contribué à l'édification de l'Égypte de l'Ancien Empire." (op. cit. p. 14)
Mon expérience en matière d'égyptologie et d'archéologie est, certes, très limitée. Je crois néanmoins qu'ils ne sont pas aussi rares que cela les "techniciens" de la construction des pyramides dont le propos est également et explicitement "culturel"... Mais restons zen ! Inutile d'ajouter à une polémique une autre polémique !
Joyce Tyldesley situe donc les pyramides d'Égypte dans leur contexte historique et même préhistorique, montrant comment chaque style de construction apporte des compléments aux réalisations précédentes. Même la perfection architecturale atteinte par les bâtisseurs de la Grande Pyramide de Khéops n'est pas à considérer comme une étape ultime : elle a en effet connu des prolongements, sous d'autres formes (aménagements et embellissements apportés aux temples...) :"Les observateurs d'aujourd'hui ont tendance à regarder la Grande Pyramide comme le summum de la construction des pyramides ; tout ce qui vient après est plus petit et de ce fait automatiquement perçu comme inférieur. Ce n'est pas nécessairement ainsi que les Égyptiens voyaient les choses. La grandeur avait indéniablement son importance... (...) Mais la construction d'une pyramide était encore un art en évolution et la pyramide restait un élément d'un complexe funéraire plus vaste." (pp. 200-201)
À propos des techniques de construction qu'il lui faut malgré tout bien aborder, l'auteur cite tout d'abord Hérodote, pour conclure de manière péremptoire :"Hérodote se trompait complètement, mais il n'avait jamais vu de pyramide en construction. Les Égyptiens construisaient leurs pyramides de bas en haut, puis les finissaient de haut en bas, et ils le faisaient à l'aide de rampes et de main-d'œuvre au lieu d'engins de levage compliqués." (p. 177)
Puis elle ajoute :"La question des rampes a suscité d'intenses débats académiques. La ou les rampes de la Grande Pyramide étaient-elles intérieures (très improbable) ou extérieures ? Y avait-il une seule rampe, des rampes aux quatre côtés ou des rampes aux quatre coins ? Était-ce un dispositif droit (improbable dans le cas d'une rampe unique, une rampe droite allant jusqu'au sommet de la Grande Pyramide aurait exigé plus de matériaux que la pyramide elle-même), en zigzag (mais les coudes auraient rendu la manœuvre difficile), enveloppant (la rampe aurait masqué la pyramide), ou une combinaison de ces systèmes ?" (p. 178)
Pour "académique" qu'il soit, on se laisse quand même prendre par ce débat qui garde, quoi qu'on en dise, toute son importance !
Joyce Tyldesley présente enfin une théorie qu'elle qualifie de "la plus récente" (son ouvrage date de 2003), à savoir celle de Craig Smith :"Suivant [cette théorie], une efficacité maximale aurait été obtenue avec une seule rampe droite, construite jusqu'au tiers de la hauteur de la pyramide, puis avec une plus petite rampe enveloppante pour permettre le placement des petits blocs supérieurs. La rampe enveloppante aurait été attachée à la pyramide par ses supports de calcaire qui ont pu être enlevés au moment où la rampe a été démantelée. Ce modèle controversé impliquerait que la partie supérieure du revêtement extérieur ait été ajoutée de haut en bas pour que les supports puissent être retirés au fur et à mesure que l'était la rampe. Des pierres de revêtement non ravalées à la base des pyramides des reines suggèrent que la Grande Pyramide aurait été pourvue de protusions pour permettre la suspension d'une rampe enveloppante, mais nous n'avons jusqu'ici pas de confirmation de cette théorie." (p. 178)
Faut-il conclure sur ce point qui, semble-t-il, n'est que secondaire  pour l'auteur ? Si les théories, y compris les plus récentes, relatives à la construction des pyramides nous laissent sur des points d'interrogation, pourquoi ne pas garder le "débat académique" ouvert, sans en exclure a priori un certain... Hérodote ?

La théorie du "troisième niveau" par Diego Baratono - suite

J'ai reçu de Diego Baratono, chercheur indépendant originaire de Agliè Canavese (Piémont), auteur de la théorie du "troisième niveau" déjà présentée dans le contenu de ce blog, la note suivante que je publie dans sa version originale et dans la traduction française que j'en propose.
Les illustrations m'ont été transmises par Diego Baratono. Je les utilise ici avec son aimable autorisation.



 
Diego Baratono (au centre) et son équipe de chercheurs
(Opération Sphinx 2007)

Dopo aver ricevuto debita autorizzazione dal Professor Paolo Trivero dell'Università "Amedeo Avogadro" di Alessandria e dal Professor Maurizio Gomez del Politecnico di Torino, si porta alla vostra conoscenza quanto segue: da recenti accertamenti "quantitativi" eseguiti presso l'Università "Amedeo Avogadro" di Alessandria dal Professor Trivero in collaborazione con il Professor Gomez del Politecnico di Torino, si può affermare con un certo margine di sicurezza, che il cosiddetto "Terzo livello" da me individuato ed esplorato in occasione di "Operazione Sfingi 2007, I - II", (l'importantissimo sito si trova ad Ovest dell'altipiano di el-Giza, ad un'altezza rispetto al Nilo di circa cento metri) presenta effettivamente una cavità sotterranea. Quella che sembrava essere soltanto una indefinibile percezione sonora, si è rivelata invece essere una concreta e sorprendente realtà. 


Precisamente, il vuoto ipogeo si è rilevato nel cosiddetto "II caposaldo", zona facente parte dei quattro caposaldi da me scoperti ed esplorati, delimitanti un'area posizionata alle spalle della piramide di Chefren, grande esattamente quanto lo scasso della vasca in cui è collocata la "Sfinge" nota e quindi specularmente collocata ad Ovest rispetto alla precedente area indicata. Utilizzando la tecnica di "bosing" ed analizzando successivamente l'eco prodotta dall'esperimento nominato, il Professor Trivero in collaborazione con il Professor Gomez sono riusciti a determinare l'altezza del vuoto esistente, che in quel punto si è potuto quantificare esattamente in 21,5 metri. Si precisa che l'altezza della Sfinge nota ad Est è di circa 20 metri. Si deve subito precisare, nondimeno, a scanso di equivoci e strane interpretazioni, che senza i dovuti accertamente in situ non si può ancora assolutamente affermare che l'esistenza di una seconda Sfinge sia cosa certa. I risultati delle recenti misurazioni consentono, tuttavia, di poter affermare, questo sì, che effettivamente il "Terzo livello", dopo aver accertato al di là di ogni ragionevole dubbio la presenza delle tracce di quella che si può definire una struttura ipogea (rilevazione satellitare all'infrarosso), dopo l'accertata presenza di un insediamento litico microlitico di consistente estensione (si vedano i choppers repertati) risalente al Neolitico superiore, ossia all'epoca della costruzione delle Piramidi, dopo aver determinato con certezza l'esistenza di un'area utilizzata quale cava per l'estrazione del materiale destinato con pochi dubbi all'edificazione degli edifici insistenti sull'altipiano (al proposito si veda la mia teoria sulla costruzione delle Piramidi dall'alto, erezioni di templi, di tombe e così via), è per certo un'importantissimo areale che si può contestualizzare nel quadro dipinto fino ad oggi solo parzialmente per el-Giza. Per quanto possibile, gli accertamenti interdisciplinari, vista la fisionomia sempre più delineata dell'apprestamento, proseguiranno al fine di stabilire con certezza che cosa ho effettivamente scoperto. Riassumendo, dunque, lo stato della ricerca basata su "Operazione Sfingi 2007, I - II" consente di poter affermare con certezza che il "Terzo livello" esiste. Esistono con certezza le tracce di quella che sembra essere una struttura ipogea. Esiste con certezza un'industria litica microlitica risalente al Neolitico superiore (epoca della costruzione delle Piramidi) insediatasi ad Ovest di el-Giza. Esistono con certezza le tracce di cavatura di materiale litico. Esiste con estrema certezza uno spazio completamente vuoto al di sotto dello strato roccioso, apparentemente roccia in sito, ad Ovest della Piramide di Chefren, quantificabile in 21,5 metri. Nessuno, fino ad oggi, si è mai accorto di questi importantissimi particolari. Nessuno, fino ad oggi, ha mai preso in seria considerazione né questa parte dell'altipiano di el-Giza, né i risultati che fin qui ho ottenuto. Cordiali saluti, Diego Baratono.
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Après avoir reçu l'autorisation en bonne et due forme du Professeur Paolo Trivero, de l'Université "Amedeo Avogadro", et du Professeur Maurizio Gomez, du Policlinico de Turin, je porte à votre attention l'information suivante : suite à des vérifications "quantitatives" réalisées à l'Université "Amedeo Avogadro" d'Alessandria (Italie) par le Professeur Trivero, avec la collaboration du Professeur Gomez du Policlinico de Turin, on peut affirmer avec une certaine marge de certitude que ce que j'ai appelé le "troisième niveau", que j'ai identifié et qui a fait l'objet d'une exploration à l'occasion de l'"Opération Sphinx 2007, I-II" (ce site très important se trouve à l'ouest du plateau de Guizeh, à une hauteur d'environ 100 m par rapport au Nil), présente effectivement une cavité souterraine. Ce qui semblait être seulement une indéfinissable perception sonore s'est révélée être au contraire une réalité concrète et surprenante.



Plus précisément, le vide souterrain a été détecté dans le "caposaldo", une zone faisant partie des quatre "points de repère" que j'ai découverts et explorés et qui délimitent un espace situé derrière la pyramide de Khéphren, grand comme l'ouverture de la tranchée où est situé le célèbre Sphinx. Nous pouvons donc supposer qu'il se trouve à l'ouest de l'emplacement précédemment indiqué.
En utilisant la technique du "bosing" et en analysant successivement l'écho produit par ladite expérience, le Professeur Trivero et le Professeur Gomez ont réussi à déterminer la hauteur du vide existant, soit exactement 21,5 mètres. Il faut préciser que la hauteur du célèbre Sphinx à l'Est est d'environ 20 mètres.
Il faut néanmoins préciser immédiatement, pour éviter toute équivoque et les moindres fausses interprétations, que sans les vérifications nécessaires sur le site, on ne peut pas encore affirmer de manière catégorique l'existence d'un second Sphinx comme une certitude.
Les résultats des mesurages effectués permettent néanmoins, après avoir établi, au-delà de tout doute raisonnable, la présence de traces de ce que l'on peut appeler une "structure souterraine" (relevée par satellite à l'infrarouge), après avoir établi la présence d'une "installation" lithique microlithique d'une étendue consistante (on y voit des outils de taille en silex), remontant au néolithique supérieur, autrement dit à l'époque de la construction des pyramides, après avoir déterminé avec certitude l'existence d'un espace utilisé comme carrière pour l'extraction des matériaux destinés sans nul doute à la construction des édifices toujours en place à l'étage supérieur (voir ma théorie sur la construction des pyramides "par le haut"...), de pouvoir affirmer qu'effectivement le "troisième niveau" est assurément un espace très important que l'on peut remettre dans son contexte dans le cadre décrit partiellement jusqu'à maintenant pour le site de Guizeh.  



Autant que possible, les vérifications interdisciplinaires, compte tenu de l'aspect toujours plus limité de la prestation, se poursuivront afin d'établir avec certitude ce que j'ai effectivement découvert.
En résumé :
- l'état de la recherche basée sur l'"Opération Sphinx 2007, I-II" permet de pouvoir affirmer avec certitude que le "troisième niveau" existe ;
- il est certain qu'existent des traces de ce qui semble être une structure souterraine ;
- il est certain qu'a existé une industrie lithique microlithique remontant au Néolithique supérieur (époque de la construction des pyramides) située à l'ouest de Guizeh ;
- il est certain qu'existent des traces d'extraction en carrière de matériaux lithiques ;
- il est extrêmement certain qu'existe un espace complètement vide sous la couche rocheuse, apparemment la roche qui est en place à l'ouest de la pyramide de Khéphren, que l'on évalue à 21,5 m [de hauteur].
Personne, à ce jour, n'a prêté attention à ces particularités très importantes. Personne, jusqu'à aujourd'hui, n'a pris sérieusement en considération ni de cette partie du plateau de Guizeh, ni des résultats auxquels je suis d'ores et déjà parvenu.
Diego Baratono

mercredi 20 mai 2009

Robot : c'est reparti pour un tour !

"Le 26 juillet 2009 marquera la découverte de l'un des plus grands secrets de la Grande Pyramide de Khéops à Guizeh", a déclaré Zahi Hawass, Secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes, lors d'un symposium organisé dans le cadre du salon international du Livre de Turin (mai 2009).
Il a ainsi révélé qu'une nouvelle expérience à l'aide d'un robot sera menée prochainement par une équipe de scientifiques des universités de Hong Kong et de Manchester à l'intérieur de la pyramide pour découvrir le mystère planant sur la troisième porte de l'un des conduits de l'édifice. (*) Cette porte, a-t-il ajouté, devrait conduire à la chambre où le pharaon Khéops a été enseveli.
Source : Organisme général de l'information du gouvernement égyptien
(*) Il s'agit selon toute vraisemblance du conduit sud donnant sur la chambre de la Reine.

mardi 19 mai 2009

Ogier d'Anglure (XIVe siècle), témoin de la destruction du revêtement de la Grande Pyramide

 
Dans Le saint voyage de Jherusalem, publié en 1395, le seigneur Ogier d’Anglure (1360-ap. 1412) a fait le récit de son pèlerinage aux Lieux saints, un périple qui dura une année et au cours duquel il fit une halte au Caire. Lors de sa visite du site des pyramides (considérées encore comme des greniers), il vit des maçons qui extrayaient des pierres du revêtement de la Grande Pyramide, ces matériaux de qualité étant utilisées pour la construction du Caire.

"(...) Nombreux sont ces greniers en amont et en aval du Nil, que l'on peut voir de très loin ; mais là où nous fûmes, il n'en a que trois qui sont assez près l'un de l'autre. La vérité est que quand nous fûmes venus jusqu’à ces greniers, il nous sembla que c’était la plus merveilleuse chose que nous eussions vue jusque là durant tout le voyage, pour trois raisons seulement. La première est qu’ils sont très larges à leur pied, car ils sont carrés ; chacun de ces côtés fait plus de neuf pieds. La seconde, c’est la grande hauteur qui est la leur, et ils sont ainsi comme à la façon d'un fin diamant, à savoir très larges dessous et très aigus par dessus ; sachez qu’ils sont  tellement hauts que, si une personne était en haut, à peine pourrait-elle être aperçue : elle ne semblerait en rien plus grosse ni grande qu’une corneille. La troisième chose est les très nobles et gros ouvrages dont ils sont faits, de grosses et grandes pierres bien taillées ; et il n’y a personne nulle part qui ait la puissance d’amasser et d’agencer si noblement tant de pierres. Et nous vîmes alors que sur l'un de ces greniers, à peu près au milieu de la montée, certains ouvriers maçons qui descellaient à force les grosses pierres taillées qui font la couverture desdits greniers, et les laissaient dévaler vers le bas. De ces pierres est faite la plus grande partie des beaux ouvrages que l'on fait au Caire et en Babylone, et que l'on y fit pendant longtemps : et il nous fut juré et certifié par ce guide qui était avec nous et par autres aussi, qu'il y avait déjà mille ans que l'on avait commencé à écorcher et découvrir ces greniers, et ils ne sont pourtant qu’à moitié découverts : et pour cette raison il ne pleut ni ne pleuvra dedans, car c'est une trop noble maçonnerie, et il faut qu’elle soit très épaisse. Ainsi nous fut-il dit que de ces pierres que l'on descend de ces greniers, le Sultan en prend les deux parts du profit, et les maçons l'autre tiers.
(...) Pour parler de ces greniers par dedans, nous n'en pourrions proprement parler, car l'entrée supérieure est murée et par devant sont de très grosses tombes ; et il nous fut dit que là est le monument d'un Sarrazin. Ces entrées furent murées parce que l'on avait coutume d’y faire de fausses monnaies. Et tout bas sur terre il y a une porte, grâce à laquelle nous allâmes très avant par dessous ce grenier, et qui n'est pas à hauteur d'homme. C'est un lieu très obscur et malodorant à cause des bêtes qui y habitent."

(Adaptation du texte d'Ogier d'Anglure par Sylvie Royo. Source : SCÉRÉN-CNDP - musagora)

lundi 18 mai 2009

"Naissance d'une pyramide" : quand la fiction rejoint la réalité

 
Cet ouvrage pour jeunes lecteurs (éditions Deux Coqs d'Or, 1976), de l'auteur-illustrateur américain David Macaulay, décrit la construction d'une pyramide "imaginaire".
Il est toutefois ancré dans l'histoire : nous sommes, précise l'auteur, en l'an 2470 avant notre ère, soit à la toute fin de la IVe dynastie ou durant la période de la Ve dynastie compte tenu des variantes de datation. Toujours est-il qu'aucune mention n'est faite du nom du "nouveau Pharaon de Haute et de Basse Égypte". S'agit-il du mystérieux Chepseskaf, fils de Mykérinos ?
Si la pyramide de ce pharaon est du domaine de la fiction, les techniques de sa construction, telles que (se) les représente dans les grandes lignes l'auteur, sont étayées par des références historiques. Sans faire état des divergences de conception et interprétation des techniques mises en œuvre par les bâtisseurs égyptiens, David Macaulay fait son choix dans l'inventaire des possibilités :
- emplacement de la pyramide : à quelques kilomètres au nord du plateau de Guizeh ;
- hauteur de la pyramide : "Par déférence pour son ancêtre Khéfrou, qui avait fait ériger la plus haute [des pyramides de Guizeh], le Pharaon décréta que la sienne ne dépasserait pas 285 coudées, six de moins que celle de Khéfrou. Cependant il compensa cette modestie en choisissant un site de douze coudées plus élevé que le plateau de Guizeh" ;
- base de la pyramide : 450 coudées pour chaque face ;
- architecture : de son noyau central vers le revêtement, la pyramide comporte successivement des "blocs centraux", des "blocs de remblai" et des "blocs de coffrage", "ces trois parties (étant) bâties simultanément, assise par assise" ;
- l'ensemble resserre et chambre devant abriter le sarcophage est au niveau de la jonction entre la plateforme rocheuse et la première assise de la pyramide ;
- utilisation de deux systèmes de rampes : une rampe frontale pour l'acheminement des blocs de pierre du Nil jusqu'au pied de la pyramide et des rampes hélicoïdales (cet adjectif n'est pas employé par l'auteur), "faites de graviers mêlés avec de la boue extraite du Nil". "À chaque angle de la pyramide, une rampe commença à s'élever, prenant appui sur les degrés du revêtement et rejoignant progressivement le niveau des assises en cours d'achèvement. Elle était consolidée par des rondins qui atténuaient le frottement des patins des traîneaux".
Pour la phase terminale de la construction, l'auteur se singularise par le recours aux échafaudages nécessaires aux travaux de finition :"Les cérémonies [faisant suite à l'installation du pyramidion] achevées, les ouvriers entreprirent de démonter les deux dernières rampes. Dès qu'ils eurent dégagé une vingtaine de coudées de graviers et de boue, une autre équipe dressa des échafaudages de bois portant des plateformes de travail appliquées sur les portions découvertes de la pyramide. À l'étage supérieur, des ouvriers munis de morceaux de pierre et de poudre abrasive polirent la pierre de faîte jusqu'à la rendre parfaitement lisse et étincelante. À l'étage inférieur, d'autres ouvriers aplanirent au ciseau les degrés du coffrage, après quoi l'équipe de polissage et de meulage donna à cette surface un lustre éclatant. Quand une hauteur de vingt coudées était polie, les échafaudages étaient démontés et les rampes démolies, pour être reconstruits vingt coudées plus bas. Le travail de polissage recommençait alors."

dimanche 17 mai 2009

Philon de Byzance : la version multicolore des pyramides

 
Dans son ouvrage Περὶ τῶν Ἑπτὰ Θεαμάτων (Les sept merveilles du monde), l'écrivain scientifique grec Philon de Byzance (3e siècle av. J.-C.), spécialiste de leviers, automates, clepsydres, construction des ports, machines de guerre et... poliorcétique (technique de siège militaire), décrit le revêtement des pyramides comme une "gracieuse broderie de couleurs". Cette précision technique est si étonnante que les spécialistes en égyptologie en arrivent à penser que Philon de Byzance n'a pas pu réellement visiter le site des pyramides.
Le texte ci-dessous est reproduit avec l'aimable autorisation de Sylvie Royo, traductrice, et du SCÉRÉN - CNDP, éditeur du site Internet Musagora.


"La construction des pyramides de Memphis est une tâche impossible, leur description est au delà de toute attente. Ce sont des montagnes amoncelées sur des montagnes, et la taille des blocs quadrangulaires est telle qu’il est difficile de concevoir leur transport, et chacun ne sait par quels leviers des masses aussi importantes ont pu être déplacées. Les pierres de fondation, qui forment une base à quatre côtés, ont une assise enterrée égale en hauteur à la partie visible ; et peu à peu, l'ouvrage tout entier se resserre pour former une pyramide qui se termine [en] pointe.
Sa hauteur est de 300 coudées, son périmètre de 6 stades. Tout l’ouvrage est ajusté et poli, si bien que la construction semble faite d’une seule et unique pierre. Son revêtement est de pierres multicolores et brillantes. On y voit une roche blanche, de même nature que le marbre, et une roche noire venue d'Éthiopie, et une pierre appelée hématite, ainsi qu’une autre encore, multicolore et mouchetée de jaune qui, dit-on, est importée d'Arabie. Certaines ont une surface qui ressemble au verre, avec un reflet naturel bleu sombre ; à côté, d’autres ont une couleur voisine du jaune coing, d’autres enfin ont des nuances proches de la pourpre et paraissent teints avec la substance tirée du murex. Le charme s’ajoute à l’originalité, la virtuosité technique au génie, la magnificence à la richesse. L’ascension, par sa durée, est aussi pénible qu’un voyage à pied et ceux qui, du sommet, regardent vers le bas, sont saisis de vertige. La profusion toute royale des richesses a tissé une gracieuse broderie de couleurs. Et la Fortune se vante d’avoir, en s’appuyant sur des richesses d’emprunt, rejoint les astres. Par de telles oeuvres, les hommes montent jusqu'aux dieux, ou ce  sont les dieux qui descendent jusqu'aux hommes."

vendredi 15 mai 2009

Un "mode d'exécution par enveloppes successives" (Auguste Choisy)

Dans son Histoire de l'Architecture publiée en 1899 (réédition en 1996 par la Bibliothèque de l'Image), l'ingénieur et historien Auguste Choisy établit un parallèle entre l'édification des temples égyptiens et la construction des pyramides, notamment par l'application de la technique de l'"agrégation successive". Il précise également que, comparativement à la construction des temples, celle des pyramides fut plus "aisée", dans la mesure où elle n'intégrait pas les "vides" auxquels eurent à faire face les bâtisseurs de Karnak et autres temples.
"La plupart des pyramides, écrit-il, témoignent par leur structure même d'un mode d'exécution conforme à celui des temples, le mode par agrégation successive. Dès son avènement, le pharaon fait creuser un caveau et bâtir un noyau de pyramide ; ce premier travail achevé, il est assuré d'un asile pour ses restes. Continue-t-il de vivre : il agrandit sa pyramide, il la double d'une enveloppe de pierre renfermant une chambre sépulcrale plus somptueuse, qui désormais remplacera la première. Le pharaon survit : nouvelle enveloppe, nouvelle salle." (Histoire de l'Architecture, réédition de 1996, p. 73)

jeudi 14 mai 2009

"Un tour de force accompli sans connaissances scientifiques bien avancées et presque sans machines" (Gustave Le Bon)

Dans son ouvrage Les premières civilisations, Gustave Le Bon (1841-1931) écrit :

Toute l'architecture égyptienne avait plus ou moins pour but la momie. C'est pour cette chose étrange, à vague forme humaine, que s'élevaient les pyramides, que se creusaient les souterrains, que se dressaient les obélisques, les pylônes, les colonnes hautes comme des tours, et c'est pour elle encore que les colosses pensifs s'asseyaient sur leurs trônes de pierre avec un geste si majestueux et si doux.
Comment donc alors s'étonner si l'architecture égyptienne offre ces caractères de stabilité, de solennité, de grandiose monotonie, qu'on ne retrouve nulle part à un tel degré dans des œuvres humaines ? L'Égypte avait horreur de ce qui périt et de ce qui passe. Aussi, plus que toute autre nation, elle a travaillé pour l'éternité. Ses monuments sont les plus anciens du monde, et peut-être survivront-ils à tous les autres. Lorsque notre globe refroidi roulera vide et désolé dans l'espace, lorsque le dernier homme aura péri, et que se sera dispersée la poussière de nos plus orgueilleux ouvrages, peut-être la grande pyramide qui servit de tombe au roi Khéops subsistera-t-elle encore quelque temps, suprême débris de la ruine d'un monde ; peut-être, au fond de quelque sépulcre inviolé, une momie continuera sans trouble son sommeil séculaire, ayant toujours autour d'elle les objets qui charmèrent sa vie, et sur les murs, sculptées dans le roc éternel, les images de ses anciens plaisirs. Peut-être, après avoir été la première à faire lever l'aube de nos civilisations, l'Égypte sera-t-elle la dernière qui, sur la terre à jamais dépeuplée et muette, proclamera que l'homme a vécu.
(...)
Les plus parfaits, les plus achevés des mastabas ne pouvaient rivaliser avec les monuments funéraires des rois, avec ces formidables Pyramides, qui dominaient de si haut les milliers d'uniformes monticules rassemblés dans la ville des morts, comme la majesté du Pharaon lui-même planait au-dessus de son peuple et confondait les têtes les plus altières et les plus humbles de la foule dans une même égalité servile.
Pour avoir entrepris la construction de ces monuments gigantesques, il fallait avoir à sa disposition, par centaines de milliers, les seuls Instruments mis alors en usage, c'est-à-dire les bras humains. C'est à la force des bras, aidés des machines les plus élémentaires, que furent accumulés, dans leur ordre symétrique, les millions de mètres cubes de pierre qui composent la grande pyramide de Khéops. Cent mille ouvriers, se relayant tous les trois mois y travaillèrent pendant plus de vingt ans.
Lorsque le Pharaon faisait commencer son tombeau, il dépeuplait d'un coup toute une province, dont les habitants, artisans, ouvriers, agriculteurs, quelle que fût leur profession, étaient enrégimentés sous les ordres des architectes et des ingénieurs royaux. Les vieillards, les enfants venaient aussi, s'occupant aux travaux moins pénibles, gâchant le mortier, emportant les déblais, servant les maçons. Lorsque la première troupe était épuisée, décimée par la fatigue du labeur terrible sous un ciel brûlant, ou par les brutalités des contremaîtres, on la renvoyait à ses villages, et l'on recrutait les habitants d'un autre nome.
Toutes les gigantesques constructions de l'Égypte, pyramides, canaux, digues, souterrains et temples, furent exécutées de cette façon. Plus tard on y employa les prisonniers de guerre, les esclaves hébreux, et l'on se rappelle que l'exode de Moïse et de son peuple fut provoqué par l'excès des travaux et des mauvais traitements.
Bien entendu il n'était pas question de salaire pour les manœuvres qui exécutaient ces formidables corvées ; on les nourrissait seulement. Hérodote et Diodore racontent que les frais de cette nourriture se lisaient inscrits sur l'une des faces de la grande Pyramide. Elle portait "une inscription indiquant les dépenses en légumes et en raves consommés par les ouvriers, et ces dépenses se sont élevées à plus de mille six cents talents" (huit millions huit cent mille francs.)
Un roi, en arrivant au trône, commençait la construction de sa pyramide, et l'œuvre allait s'agrandissant toujours par l'addition de couches extérieures, à la façon de l'aubier des arbres, aussi longtemps que le règne durait. Les pyramides dont la masse est la plus considérable appartiennent aux règnes les plus longs. Khéops, qui fit exécuter la merveille du genre, haute de 137 mètres et ayant 227 mètres de côté à la base, régna cinquante-six ans. Sa grande Pyramide n'a plus tout à fait la hauteur qu'il lui donna ; cela tient à ce que la pointe du sommet a été détruite ainsi que le revêtement extérieur. Telle qu'elle apparaît encore au voyageur, avec ses deux moindres soeurs, les Pyramides de Khéphren et de Mykérinus, elle produit encore un effet frappant, bien que très inférieur, d'après nous, aux descriptions enthousiastes des voyageurs. Il n'y a pas, assurément, de beauté proprement dite dans ces collines artificielles. Notre œil ne goûte pas à les contempler le plaisir que lui procure l'harmonie délicieuse et les détails délicats d'un temple grec. Mais l'esprit voit tout d'abord dans un objet sa signification, et il ne peut le trouver gracieux ou laid en dehors d'elle. Or, la physionomie des Pyramides, ce qu'elles représentent, ce qu'elles expriment dans leurs grandes lignes simples, est infiniment supérieur au pittoresque de leur aspect. L'effroyable effort dont elles sont le résultat, le nombre immense de siècles qu'elles ont vus fuir et qu'elles ont bravé dans leur impassibilité formidable ; l'espèce de tranquille orgueil qu'elles respirent, si l'on peut s'exprimer ainsi ; et aussi leur destination funéraire, leur situation sur le bord du désert infini, tant d'idées différentes qu'elles éveillent leur prêtent une puissance évocatrice qui ébranle notre âme et fait naître en nous toute une sorte de sensations.
Cependant au point de vue purement esthétique, la forme d'une pyramide n'offre rien de bien attrayant pour l'imagination, et les Pharaons qui ont fait élever celles du plateau de Gizeh ne comptaient certainement pas faire œuvre d'art. Leur but était de préparer à leur momie une cachette inviolable, un indestructible abri.
Les pyramides des rois ne sont autre chose, en effet, que les mastabas des particuliers, achevés et développés suivant des proportions dignes de leurs hôtes. On retrouve dans leur profondeur les mêmes replis tortueux du serdab ou galerie, et le même caveau profond, obscur, inaccessible. La chapelle seule était supprimée. Car il ne fallait pas laisser à la pyramide une seule ouverture qui, après avoir servi aux fidèles, s'offrirait, dans un jour de trouble, aux profanateurs ou aux étrangers. La chapelle des pyramides royales était construite à une petite distance et en dehors, comme le prouvent les ruines retrouvées.
(...)
[Le sarcophage de Khéops] est une énorme cuve en granit rose surmontée d'un couvercle fait de la même matière, et qui se trouve encore en place dans son caveau également dallé de granit. Ce caveau situé au cœur même de l'énorme masse de pierre, aurait peut-être pu s'écrouler sons le poids effrayant des assises supérieures ; aussi les constructeurs avaient-ils eu la précaution de ménager au-dessus de lui cinq chambres de décharge superposées, dont la plus haute se trouve surmontée d'une sorte de toit formé de deux blocs inclinés qui divisait et rejetait la pression de part et d'autre de la ligne droite. Ce sont ces chambres et ces couloirs intérieurs, ces vides emprisonnés dans l'étau de millions de kilogrammes, et qui n'ont pas fléchi d'une ligne durant des centaines de siècles, qui constituent le côté vraiment extraordinaire de la construction des Pyramides. C'est en eux qu'éclate le génie des ingénieurs égyptiens d'il y a six mille ans, car le tour de force qui fut accompli là, sans connaissances scientifiques bien avancées, et presque sans machines, ne pourrait sans doute être recommencé de nos jours, malgré toutes les ressources dont nous disposons.
(...)
L'Ancien Empire a seul créé des œuvres qui semblent absolument éternelles, mais il a toujours agencé simplement ses lourdes masses d'albâtre et de granit. Il n'a pas connu la colonne et n a su dresser que le lourd pilier à quatre pans. Ses chefs-d'œuvre - le temple du Sphinx et la grande Pyramide - n'offrent que des lignes et des plans verticaux, horizontaux, obliques, Toutefois, de cette simplicité même se dégage une impression de noblesse et d'imposante grandeur. Quel grand rêve elles avaient au fond de l'âme, ces antiques générations, qui soulevaient le dur granit et le dressaient en lignes si pures et si fières. Comme elles avaient compris, mieux que nos orgueilleux pessimistes, la brièveté de l'existence et le néant de ses joies, elles qui ne s'appliquaient et ne s'attachaient qu'aux choses éternelles ! La mort valait mieux pour elles que la vie parce que la mort est victorieuse de la durée, dont la vie est un jouet. Lorsqu'elles accroupirent le grand Sphinx sur le seuil du désert, elles mirent dans ses yeux et sur ses lèvres le sourire de leur espérance et la douceur de leur résignation. Et comment ne pas les admirer, ces vieilles races patientes, puisque leurs mystérieux
travaux sont pour nous si riches en souvenirs, si féconds en pensées ! Elles ont cru savoir le secret de l'avenir, et nous qui le cherchons encore, pour nous reposer de notre anxieuse poursuite, nous venons nous asseoir aux pieds de leur grand colosse rêveur, qui a souri de leurs illusions comme il sourit de nos tristesses, mais qui n'a pas d'ironie dans ses yeux pleins de songe, fixés au loin sur l'espace et voyant peut-être là-bas le mot de l'énigme éternelle.

mercredi 13 mai 2009

L'énigme de la chambre du Roi et la solution proposée par Jean-Pierre Dupeyron

Dans son ouvrage L'Horizon de Khéops (éditions Trouvailles, 1997, 336 pages), Jean-Pierre Dupeyron (ingénieur électronicien aujourd'hui retraité) fait état des recherches qu'il a menées sur la grande pyramide. Il traite des trois principaux sujets à controverse encore en vigueur de nos jours sur cette pyramide, à savoir :
1) Existe-t-il une chambre secrète ?
2) Le chiffre Pi (3,14), que l’on trouve en divisant deux côtés de la pyramide par sa hauteur, est-il le fait du hasard ou de la volonté délibérée de Khéops ?
3) Comment cette pyramide a t-elle été érigée ?

Existe t-il une chambre secrète, au cœur de la Grande Pyramide, où aurait été déposée la momie du pharaon ? Une chambre que les chercheurs de trésors du dix-neuvième siècle n'ont pas pu trouver et dont la plupart des égyptologues nient l’existence. Cependant, depuis peu, le docteur Zahi Hawass (secrétaire général du Conseil suprême des antiquités égyptiennes) pense qu’elle existe bien, mais il n’a pas encore tout mis en œuvre pour la trouver.
Pour mener à bien sa réflexion, l'auteur s'inscrit dans la lignée des "architectes lillois", à savoir Gilles Dormion et Jean-Patrice Goidin, à cette différence près - et elle est importante - qu' "une mauvaise option dans leur raisonnement les a malencontreusement aiguillés sur une mauvaise piste".
Le pharaon Khéops, selon Jean-Pierre Dupeyron, était un "perfectionniste" qui a tenu à ce que, dans l'aménagement de sa pyramide, fussent mis en place des leurres pour "brouiller les pistes", autrement dit pour retarder ou même empêcher l'accès à sa sépulture. En réponse à sa volonté explicite, toute la construction de la pyramide aurait été organisée autour de la chambre secrète, laquelle fut dotée d'une fermeture sécurisée et d'un dispositif destiné à faire croire au premier profanateur que cette pyramide aurait déjà été pillée.
 Dispositif de fermeture de l'entrée secrète :
- en haut : pendant le transfert de la momie
- en bas : en position fermée.
Cliquer sur l'illustration pour agrandir
Quel est donc alors le "grand secret" de la pyramide de Khéops ? Contrairement à la théorie des architectes lillois selon laquelle le corps de Khéops a été directement installé dans la chambre secrète, "pour notre part, écrit Jean-Pierre Dupeyron, nous pensons qu'il a d'abord été disposé, en présence du clergé et de tous les dignitaires, dans la chambre du Roi. À l'issue de la cérémonie, après le départ de tous les invités, la momie royale fut déplacée par son homme de confiance et son équipe." D'où cette conclusion, d'ordre technique, dans la configuration de la grande galerie : les engravures, visibles à mi-hauteur des parois de ce couloir, ne servaient pas à soutenir un faux-plancher, mais plutôt un faux-plafond destiné à dissimuler, lors de la cérémonie des funérailles, l'entrée de la chambre secrète, qui se trouve en haut de la galerie, quelque part dans le cœur de la maçonnerie, soit au-dessus des chambres de décharge, dans l'axe central de la pyramide, soit grosso modo au niveau de la salle des herses. Bref, la Grande Pyramide, prise globalement, est un leurre géant. Les techniques qui ont été mises en œuvre pour sa construction furent inspirées par le souci primordial d'un "secret défense", pour dissuader toute tentative de récupération des richesses de sa sépulture par les pharaons des dynasties suivantes.

Pour le chiffre Pi (3,14) que l’on trouve dans les mesures de la pyramide, Jean-Pierre Dupeyron démontre qu’il est délibéré. Il résulterait tout simplement de la manière dont les architectes traçaient leurs plans.
Séquence pour le déplacement d'un "traînor"
à 5 traverses.
Cliquer sur l'illustration pour agrandir

Concernant l'aspect technique de l'élévation des blocs de pierre, Jean-Pierre Dupeyron réinterprète la relation d'Hérodote, décrivant ainsi la "machine" de l'historien grec : pour pouvoir fonctionner, cette machine comportait une partie mobile, une partie fixe et une source d'énergie. La partie mobile devait ressembler à un traîneau : d'où son nom de "traînor". La partie fixe (ou "stator") devait être réalisée en pierres, d'excellente qualité, en forme de mortaises : pour l'auteur, elles correspondent aux bômides ou "pierres formant socles" mentionnées par Hérodote. La source d'énergie, enfin, provenait des ouvriers, "hommes forts et habiles, utilisant des morceaux de bois courts (des leviers) et organisés en chaîne humaine". Contrairement aux tireurs qui devaient hisser le bloc de pierre, le chariot et eux- mêmes, à chaque voyage, ces "pulseurs" ne progressaient pas avec l'avancement du traîneau : ils prenaient leur poste de travail au début de la journée de travail et ne le quittaient pas de la journée pour exécuter leur tâche répétitive (insérer leur levier dans la mortaise correspondant à leur niveau pour prendre le relais des "pulseurs" précédents) une fois que le traîneau parvenait à leur hauteur, poussé par les "pulseurs" précédents.
Ce dispositif d'élévation des blocs de pierre était adapté autant à la Grande Galerie qu'à la rampe extérieure, de forme hélicoïdale (telle que celle proposée par Georges Goyon, mais beaucoup plus étroite). Sur cette rampe extérieure, nous retrouvons la terminologie d'Hérodote, avec toutefois quelques nuances importantes :"Deux rampes sont prévues [pour les manœuvres des traînors], précise Jean-Pierre Dupeyron : l'une assure la montée et l'autre, le retour des traînors vides." Cette disposition a, pour l'auteur, le mérite de "procurer une interprétation plausible à une explication qu'Hérodote n'a manifestement pas bien comprise". Selon l'historien grec, les crossais (pierres en saillie) et les bômides (pierres formant socles) étaient deux mots correspondant à une même configuration des pierres. Jean-Pierre Dupeyron pense plutôt que ces deux mots représentaient deux dispositions différentes des pierres, mais pour une même fonction, les bômides étant la rampe de montée ("stator") et les crossais, le chemin de retour des traîneaux.
Quant à savoir si ce dispositif d'élévation des blocs de pierre a été effectivement utilisé, à l'intérieur de la pyramide, dans la Grande Galerie, la réponse de Jean-Pierre Dupeyron est claire :"D’après moi, a-t-il répondu à une question que je lui posais, la Grande Galerie n’a jamais servi à l’élévation des blocs. La principale fonction de cette machine à l’intérieur était un leurre servant à justifier une grande cavité permettant de dissimuler l’entrée secrète de la chambre funéraire de Khéops. Pour que cette galerie ne soit pas vue par les profanateurs comme une anomalie, il fallait trouver une astuce. La machine permettait de justifier cette réalisation et, éventuellement, à ajuster le couloir descendant à la taille des blocs-bouchons."
Pour le cas spécifique des monolithes en granite mis en place pour les chambres de décharge au-dessus de la Chambre du Roi, voici la suite de la réponse de l'auteur :"L’élévation des monolithes est, à mon avis, un faux problème : il suffisait de disposer de tous les blocs nécessaires au tout début de la construction. Ensuite, au fur et à mesure de l’élévation de la pyramide, il fallait élever ces blocs de seulement une assise. Dans mon livre, j’envisage le cas où, s’il manquait un bloc, il fallait bien pouvoir le hisser. Dans ce cas, seules les cordes [et non les leviers] devaient pouvoir réaliser cette fonction ; la force développée par les leviers étant trop faible pour être efficace."
Un dernier point que me précise Jean-Pierre Dupeyron au regard des propositions faites par ses "collègues" : l’archéologue Stuart Kirkland Wier a calculé théoriquement le nombre d'ouvriers strictement nécessaires à la construction de la pyramide. Or, ce chiffre est étonnamment bas : 1430 en moyenne pendant 20 ans. Bien sûr, le calcul ne tient pas compte des pertes de rendement en tous genres : rampe à construire, traîneaux à monter, frottement des traîneaux… Toutefois, malgré ce faible nombre théorique d’ouvriers, certains "pyramidologues" veulent encore le réduire avec des dispositifs plus ou moins compliqués. Or, ce raisonnement n’est valable que si l’on est limité en moyens (humain ou financier) et que le temps de construction n’est pas le critère primordial. Nous savons que, du temps des pyramides, les priorités étaient inverses : le temps était limité et le pharaon disposait d’une main-d’œuvre abondante (pas de guerre et excellent rendement agricole). Donc, les architectes anciens ont très certainement favorisé une solution rapide d’acheminement des blocs de pierre, quitte à utiliser une pléthore d’ouvriers."



Les illustrations sont extraites de l'ouvrage de Jean-Pierre Dupeyron et reproduites avec l'aimable autorisation de leur auteur.

mardi 12 mai 2009

"Les plus anciens ouvrages sortis de la main des hommes"

De l'article "Pyramides" du Dictionnaire universel historique et comparatif de toutes les religions du monde, rédigé par l'abbé François-Marie Bertrand (1807-1881), édité à Paris en 1848-1851 :

"Les pyramides d'Égypte paraissent n'avoir jamais été autre chose que d'immenses mausolées ; car dans toutes celles où l'on a pénétré, on a trouvé des chambres sépulcrales et des sarcophages, mais point de cadavres ni de momies, parce que ces sépultures paraissent avoir été violées il y a déjà bien des siècles. Plusieurs de ces monuments remontent à une très haute antiquité : les pyramides de Sahkara et de Ghizé sont très probablement antérieures non seulement à l'invention de l'écriture, mais même à la peinture alphabétique, car les parois n'en offrent pas la moindre trace, contrairement à l'habitude constante des Égyptiens dans tous les monuments postérieurs. Elles sont certainement les plus anciens ouvrages sortis de la main des hommes. Des savants modernes ont supposé qu'elles pouvaient bien avoir été bâties à une époque antédiluvienne. Les Orientaux abondent dans ce sens, car ils disent qu'elles ont été construites longtemps avant le déluge, par une nation de géants, dont chacun transportait, des carrières sur le chantier, une pierre de 20 à 25 pieds de longueur."