lundi 17 mai 2010

Inventaire des pyramides établi par E.-F. Jomard (XIXe s.) : Abousir

Après Guizeh, Dahchour et Saqqarah, suite de notre périple en compagnie d'Edme-François Jomard (1777-1862), avec les pyramides d'Abousir.
Suivront trois autres notes du même auteur, consacrées à des considérations plus globales sur les techniques de construction.
À noter ce qu'écrit ici l'auteur sur les chaussées ayant servi au transport des matériaux. Il reviendra sur ce point au terme de son ouvrage (objet de l'une des prochaines notes).
Rappel : ce texte est extrait de l'ouvrage Description de l'Égypte – Recueil des observations et  des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française, publiée par C.L.F.Pancoucke, tome cinquième, 1829.

Site d'Abousir (Wikimedia commons)
deux mille mètres vers l'ouest du village d'Abousyr, et à onze mille mètres au sud-est des grandes pyramides de Gyzeh, sont trois pyramides en ruine, très rapprochées l'une de l'autre, situées sur le bord de la chaîne, à l'ouverture d'une petite vallée. Elles sont bâties en pierre : leur état de dégradation n'empêche pas de reconnaître qu'elles ont été revêtues d'un parement.
Ainsi que les autres pyramides, elles sont orientées. Leurs dimensions sont à peu près les mêmes ; le côté de la base est inférieur à celle de la troisième pyramide de Gyzeh.
Sur le milieu de la face orientale de chacune d'elles se dirige une chaussée ascendante, construite en pierres de taille de forte dimension ; il est de ces pierres qui ont jusqu'à 6 à 7 mètres de longueur. Il est évident que ces chaussées ont servi au transport des matériaux dont les monuments se composent. Il en est de même qu'aux pyramides de Gyzeh. Hérodote fait remarquer l'art et le soin qu'on déployait pour la construction de ces chaussées. Çà et là, on trouve une grande quantité de blocs énormes de grès, de granit et de trapp noir, taillés et polis, couverts de sculptures, de figures d'animaux, et de caractères hiéroglyphiques. Il est permis de croire que plusieurs de ces pierres dures ont servi à revêtir les pyramides, ou à embellir quelques monuments du voisinage ; peut-être aussi quelque révolution politique ou religieuse a-t-elle empêché d'employer à leur destination la plupart de ces riches matériaux.
De ces pyramides, on se rend en trois heures aux grandes pyramides de Gyzeh, en suivant le chemin qui longe le pied de la montagne libyque. A 1500 mètres sur ce chemin, on remonte une colline que l'on croit être le reste d'une pyramide détruite, et à trois mille mètres, mais plus loin vers l'ouest du village de Chobrâment, on aperçoit à gauche, sur la crête d'un coteau, trois tertres de forme à peu près conique : on y trouve des traces d'anciennes constructions qui font croire qu'il y avait encore là jadis trois petites pyramides, aujourd'hui entièrement ruinées. Au pied de la montagne est un santon ou tombeau arabe.
Non loin de là sont les vestiges d'une ancienne digue en briques cuites, dirigée transversalement au sens de la vallée.

Abousir : reconstitution par Ludwig Borchardt (Wikimedia commons)

Tels sont tous les restes de constructions pyramidales que l'on rencontre depuis les pyramides de Gyzeh jusqu'à Dahchour, dans une étendue d'environ 23000mètres : elles sont au nombre de dix-neuf : trois sont en briques ; les autres ou le plus grand nombre sont en pierres. Il en est deux presque comparables à la seconde pyramide de Gyzeh ; mais quinze sont ruinées ou dans un état complet de dégradation. L'énumération de ces bâtisses prouve qu'elles ne sont pas indignes d'attention : c'est ce que prouvera encore mieux le rapprochement que je ferai plus tard entre elles et celles de Gyzeh. Le plateau où elles sont élevées est un sol calcaire assez uni, partout recouvert de gravier ou de sables mobiles."

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