mardi 9 février 2010

Relevé des récits relatant l'existence de fissures dans la Chambre du Roi : vers une argumentation... sans faille !

Il est hors du propos de ce blog de susciter ou attiser la polémique.
Son but, vous le savez si vous consultez régulièrement son contenu, est, dans le respect d'une légitime diversité, de s'inscrire le plus "objectivement" possible dans l'histoire des théories et des hypothèses relatives à la construction des pyramides d'Égypte, en tout premier lieu de celles du plateau de Guizeh.
Or, quelles que soient ces théories ou hypothèses, pouvant éventuellement faire l'objet d'échanges de points de vue entre spécialistes concernés, il est certaines découvertes avérées ou certitudes scientifiques qui, au nom même de la plus élémentaire rigueur intellectuelle, doivent être reconnues comme telles, sous peine de pourrir la sérénité du débat. La recherche scientifique et la vérité historique se doivent de respecter une éthique et une honnêteté intellectuelle sans lesquelles la porte est grande ouverte à toutes les fraudes et compromissions, ainsi qu'aux dérives qui entacheraient la crédibilité des découvertes.
Il est trop facile de tordre ou mépriser certains constats indéniables, sous prétexte de défendre une théorie personnelle, aussi respectable puisse-t-elle être "subjectivement".
Or, on a noté depuis quelque temps, ici et là sur certains forums, que l'auteur d'une théorie "alternative" relative à la pyramide de Khéops se répand, avec un aplomb qui frise l'overdose et la surenchère dès lors qu'il devrait s'agir de débats à caractère exclusivement scientifique, pour clamer haut et fort que "seule" sa théorie est bonne, sur la base d'absence de fissures, avant 1899, dans les plafonds de la Chambre du Roi de la Grande Pyramide, soit quarante-quatre siècles après la construction de cette pyramide.
Ledit auteur - et là, la situation risque de devenir carrément plus embarrassante pour lui-même s'il maintient de tels propos qui pourraient être jugés diffamatoires - se targue de mettre en cause la réputation de sérieux d'une grande société spécialisée en informatique, mondialement connue et respectée, ainsi que de ses ingénieurs, lorsqu'il écrit : "On sait que les poutres de la Chambre du Roi de la pyramide de Khéops n'étaient pas fissurées en 1899. Ceux qui ont calculé à grand renfort d'ordinateur que le plafond avait craqué 8 ans après la construction ont oublié de lire les rapports et de regarder les dessins des premiers égyptologues. Mort de rire ! " Ou encore :"Petite pensée pour X... qui avait calculé la fissuration des poutres, 8 ans après la fin de la Chambre du Roi. On peut faire dire n'importe quoi à un ordinateur, mais si le résultat de l'ordi est contrecarré par des dessins et des livres d'avant 1899, on fait quoi ?" 

Je répète que ce blog a opté pour le parti pris de la neutralité journalistique dans l'inventaire proposé des théories. Mais, vous en conviendrez, neutralité ne signifie pas indifférence eu égard à certains écarts de rigueur intellectuelle, si  ce n'est à des coups bas qui n'honorent pas leur auteur.
Cet auteur se reconnaîtra évidemment ici. Il se reconnaîtra d'autant plus que place lui a été faite, comme à de très nombreux autres auteurs, dans ce blog.
Il reconnaîtra également l'identité de l'internaute, un fidèle parmi les fidèles de "Pyramidales", qui m'a fait parvenir le document ci-dessous
, retraçant l'historique des connaissances à propos des fissures des plafonds de la Chambre du Roi.

Que l'auteur des propos (que je considère au bas mot comme "hors sujet") cités ci-dessus ne s'imagine pas pour autant que ce blog se transformera, pour les besoins de "sa" cause, en espace de débat ou de forum. La lecture de certains forums et communiqués de presse à répétition m'a appris que l'occasion serait trop belle pour lui d'en "remettre une couche" pour assurer l'auto-promotion de sa théorie, de son site internet, de son dernier ouvrage !
J'estime personnellement avoir "fait mon job" en lui ayant donné précédemment sa place dans le contenu de ce blog, comme à quiconque manifeste un intérêt pour la "chose" pyramidale. Point final !
Je pense également avoir le droit, par souci de recherche "objective" des faits et constats historiques qui éclairent la route de la vérité, de faire place à l'historique qui suit, dont l'unique propos n'est pas de mettre de l'huile sur le feu, mais de remettre d'actualité des témoignages historiques qui, à eux seuls, feront taire toute vaine polémique.

Pour clore cette présentation de manière triviale, je dirais simplement : y'a pas photo !
M.C.


Illustration extraite de Charles Piazzi Smyth : Life and Work at the Great Pyramid in 1865

Historique des récits relatant l’existence de fissures dans les plafonds de la Chambre du Roi

John Greaves, après avoir visité le Plateau de Guizeh en 1638, écrit : "If the wall of the chamber were not veiled, and not obscured, by the steam of tapers, they would appear glittering and shining."
("Si les murs de la chambre n’étaient pas cachés, et pas obscurcis, par la fumée des bougies, ils apparaîtraient étincelants et brillants.")

Benoît de Maillet écrit dans la Description de l'Égypte, en 1740 : "A l'égard de l'intérieur de la Pyramide, il est si obscur, et tellement noirci par la fumée des chandelles et des bougies qu'on y brûle depuis plusieurs siècles en l'allant visiter, qu'il est difficile de bien juger de la qualité des pierres qui composent les salles et autres lieux renfermés dans cette masse énorme. On reconnaît seulement que leur polissure est extrême, qu'elles sont de la dernière dureté, et si parfaitement jointes les unes aux autres que la pointe du couteau ne saurait pénétrer dans l'espace qui les sépare."

Le colonel Coutelle, suite à l'expédition d'Égypte de 1798, écrit dans la Description d'Égypte : "Le plafond de la chambre [du roi] est formé de pièces monolithes longues de plus de 6 mètres (18 pieds et demi). Il y en neuf ainsi placées en travers : chacune doit avoir au moins 130 pieds cubes et peser vingt milliers. Même remarque ici que dans la galerie et tous les canaux, point de tassement, point d'ébranlement visible ; rien ne s'est déplacé depuis l'origine, puisque tout y est parfaitement d'aplomb ou de niveau. Le granit des parois est si poli et si dur qu'on a vainement essayé d'y graver des noms : tous ceux qu'on y lit sont tracés au crayon. En général, tout cet ouvrage est de la plus parfaite exécution, et l'appareil est admirable."
…/…
"Cette précaution [le fait d'avoir construit cette chambre au-dessus de la chambre du Roi] n'était pas tout-à-fait inutile ; plusieurs pierres de ce second plafond sont fendues à une petite distance de leur portée et les blocs de granit qui les supportent sont éclatés sur les bords, par le poids des pierres posées en décharge sur l'extrémité de ce plafond, et par celui de la masse supérieure."

Dans “Operations carried on at the pyramids of Gizeh in 1837”, volume I, page 154, Howard Vyse écrit : "Mr. Perring had informed me on the preceding evening, that having again examined the works near Davison's chamber, he had directed Paulo, to take away the men employed over the granite blocks on the southern side, and to set them to work in the end of the passage at the north-eastern corner of that apartment, where we had, on the evening of the 12th instant, observed a small crevice in a joint, by the side of the corner-block of granite, which allowed of the insertion of a reed for about two feet in an upward direction."
("M. Perring m’avait informé au sujet de la soirée précédente, qu’après avoir examiné les travaux près de la chambre de Davison, il avait commandé à Paulo d’enlever les hommes travaillant sur les blocs de granit du côté sud et de les envoyer travailler au bout du passage dans le coin nord-est de cette pièce, où il avait, dans la nuit du 12 passé, observé une petite fissure dans un joint, sur le côté du bloc de granit d'angle, ce qui lui avait permis d’insérer une tige sur environ 60 cm vers le haut.")

W.M. Flinders Petrie, dans The Pyramids and Temples of Gizeh, 1883 : "The roof of the chamber [the King's chamber] is formed of nine granite beams. (...) These roofing–beams are not of "polished granite", as they have been described ; on the contrary, they have rough–dressed surfaces, very fair and true so far as they go, but without any pretence to polish. Round the S.E. corner, for about five feet on each side, the joint is all daubed up with cement laid on by fingers. The crack across the Eastern roof–beam has been also daubed with cement, looking, therefore, as if it had cracked before the chamber was finished.
At the S.W corner, plaster is freely spread over the granite, covering about a square foot altogether."

…/…
"In the first chamber the S. wall has fallen outwards, dragging past some of the roof–beams, and breaking other beams at the S.E. corner. The E. and W. end walls have sunk, carrying down with them the plaster which had been daubed into the top angle, and which cracked freely off the granite roofing. On the E. end one block is dressed flat, but all the others are rough quarried."
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"In the second chamber are some bosses on the N. and S. wall stones; and several of the stones of the N. wall are smoothed, and one polished like those in the King's Chamber, seeming as if some spare blocks had been used up here. The S.E. corner shows cracks in the roof .52 wide."
(“Le toit de la chambre [Chambre du Roi] est constitué de 9 poutres de granite. (...) Ces poutres de couverture ne sont pas en "granit poli" comme cela a été décrit ; au contraire, elles ont des surfaces grossièrement dressées, très belles et droites sur toute leur longueur, mais sans intention d’être polies. Près du coin sud-est, et sur environ 1,50m de chaque côté, le joint est aussi enduit au ciment, dressé aux doigts. La fissure en travers de la poutre-toit à l’est a aussi été enduite avec du ciment, apparaissant, par conséquent, comme si elle avait craqué avant que la chambre ne soit terminée.
Dans le coin sud-ouest, du plâtre est réparti librement sur le granit, couvrant une surface d’environ 1 pied carré au total."
…/…
"Dans la première chambre, le mur sud s’est effondré vers l’extérieur, entraînant quelques poutres du plafond, et en brisant d’autres dans le coin sud-est. Les abouts des murs est et ouest se sont enfoncés, entraînant avec eux le plâtre qui avait été enduit dans l’angle supérieur et qui s’est librement détaché du plafond en granit. Dans le coin est un bloc est taillé plat, tandis que les autres sont grossièrement dressés."
…/…
Dans la deuxième chambre, il y a quelques bosses sur les pierres des murs nord et sud ; et plusieurs pierres du mur nord sont surfacées tandis qu’une autre est polie comme celles de la Chambre du Roi, comme si une pierre de rechange avait été utilisée dans ce cas. Des fissures dans le plafond de quelques millimètres sont visibles dans le coin sud-est.")

Charles Piazzi Smyth, dans Life and Work at the Great Pyramid in 1865 (publié in 1867), volume 2, pages 111 et suivantes : "The ceiling of the King’s Chamber is remarkably finished in appearance, being composed of polished granite, which crosses the room in length from north to south. In the run from east to west there are nine of these flat beams, but the two end beams have something more than the half of their breadth concealed ; there are therefore in reality only seven full beams, and two portions of beams to form the ceiling. The breadths, however, of the whole ones are not equal ; and hence the number is probably not important symbolically.
I didn’t measure the breadths of these beams myself ; but having compared Mr. Perring’s drawings with Messrs. Aiton and Inglis’s measures, and found a certain amount of resemblance, though not so close as it might be, I have deduced the following probable breadths, approximately..."


"Yet this mighty ceiling, as everyone knows since Colonel Howard Vyse’s admirable discovery, has above it, five successive ceilings, all designed to assist in taking off the extreme pressure of the upper part of the Pyramid on the lowest ceiling. I did not visit those upper chambers, being quite content with the Colonel’s and Mr. Perring’s thereof…"
(“Le plafond de la Chambre du Roi est remarquablement fini en apparence, étant constitué de granit poli, qui traverse la pièce de nord au sud. Dans le sens est-ouest, il y a 9 de ces poutres plates, mais les 2 poutres à chaque extrémité ont plus de la moitié de leur largeur cachée ; il y a donc en réalité seulement 7 poutres entières, et 2 parties de poutres qui constituent le plafond. Par ailleurs, la largeur de toutes ces poutres n’est pas égale, ce qui fait que leur nombre n’est pas important au niveau symbolique.
Je n’ai pas moi-même mesuré la largeur de ces poutres ; mais ayant comparé les dessins de M. Perring avec les mesures de Messieurs Aiton et Inglis, j’ai trouvé un certain nombre de ressemblances, et bien que pas aussi proches qu’elles le devraient, j’en ai déduit approximativement les largeurs suivantes…
…/…
Maintenant, comme chacun le sait depuis la remarquable découverte du Colonel Vyse, ce formidable plafond, comporte au-dessus de lui 5 plafonds successifs, tous destinés à soulager le plafond le plus bas de l’extrême pression de la partie supérieure de la Pyramide. Je n’ai pas visité ces chambres supérieures, étant relativement satisfait des dires du Colonel et de M. Perring.")

Résumé :

- En 1638, John Greaves indique que les murs de la Chambre du Roi sont couverts de fumée des chandelles et que l’on ne peut réellement les distinguer.
- En 1740, Benoît de Maillet indique qu’en raison de l’obscurité et du noirci des murs dû aux chandelles, il est difficile de bien juger la qualité des pierres des chambres et couloirs.
- En 1798, pendant l'Expédition d'Égypte, le colonel Coutelle, avec sa rigueur militaire, remarque les fissures du plafond de la 1ère chambre de décharge. (Note : techniquement parlant, le 2ème plafond ne pouvait pas avoir fissuré sans que le premier ne fissure en premier.)
- En 1835, le colonel Howard Vyse enfile une tige de fer dans une fissure du plafond de la première chambre de décharge.
- En 1865, Charles Piazzi Smyth visite le Plateau de Gizeh, 37 ans après le colonel Coutelle, 30 ans après Howard Vyse et 15 ans avant Petrie. Il fait principalement une description des murs de la Chambre du Roi. Il admet qu’il n’a pas porté une attention particulière au plafond de la Chambre du Roi et qu’il n’a pas visité les chambres de décharge au-dessus de celle-ci, s’en remettant pour cela aux mesures relevées par Howard Vyse.
- En 1880, Sir Flinders Petrie fait une description très détaillée des fissures du plafond de la chambre du Roi, de la 1ère et de la 2ème chambre de décharge. Il infirme que les poutres soient polies comme l’a rapporté Piazzi Smyth.

Conclusion :

Il est évident que le témoignage de Piazzi Smyth ne peut en aucun cas servir de preuve absolue qu’il n’y avait pas de fissures dans les plafonds de la Chambre du Roi en 1865.
Tout au contraire et après analyse, il montre que la description la Chambre du Roi par Piazzi Smyth est très incomplète, l’auteur n’ayant pas apporté, selon son propre aveu, une attention particulière aux éléments (les plafonds) qui recélaient les fissures, l’état général des murs et plafonds étant très difficilement observable en raison du mode d’éclairage de l’époque et de la présence d’une épaisse couche de noir de fumée ; cette remarque est d’autant plus valable pour le plafond de la Chambre, celui-ci se situant à 5,85m du sol. Quant aux chambres de décharge, Piazzi Smyth ne les a pas visitées.
Maintenant, concernant les passages du livre Les Monuments funéraires de l'Égypte ancienne, d'Albert Daninos Pacha, prétendument mis en avant comme éléments de preuve de l’absence de fissures, en voici les termes principaux : "Malgré leur épaisseur et malgré la dureté de la roche, on pouvait craindre qu'elles ne cédassent et ne se rompissent sous le poids énorme de la maçonnerie qui les surmonte."
(Les verbes "céder" ou "rompre" ne veulent absolument pas dire "fissurer".)
Et encore: "Les mesures étaient bien prises ; dans tout cet ensemble, pas une pierre n'a bougé par le seul effet de poussées intérieures ou du lent écrasement des matériaux."
(Le verbe "bouger" ne veut également pas dire "fissurer".)

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